8 – Les Coste du Mas de Coste


La fille aînée de mon grand-père Coste, Marguerite, épouse Bonnet, rédige en 1970-1971, ce texte excellent répondant à beaucoup de questions.

8.1 - Table des matières

8.1- Table des matières

8.2- Cannes et le Mas des Coste

8.3- Mes arrière-grands-parents paternels

8.4- Mes grands-parents paternels

8.5- Mes parents.

8.6- Les mines de Blanzy

8.7- Montceau-les-Mines

8.8- Les six frères et sœurs

8.9- Christine Coste

8.10- Litanie de la rue Ampère

8.11- Lettre de Michel Bonnet

8.12- Le Mas

8.13- Trois générations

8.13.1 Le Mas du Général

8.13.2 Le Mas de Monsieur Emile

8.13.3 Le Mas de Daniel et Inès

8.14- La branche aînée

8.15- Le Campet

8.16- Lasalle

8.17- Le Rabugas

8.18- Les Bovet

8.19- Mes arrière-grands-parents maternels

8.20- Valentigney

8.21- Arbres généalogiques

8.21.1 Coste

8.21.2 Billy

8.21.3 Pieyre

8.21.4 Bovet

8.21.5 Peugeot

8.22- Descendants d’Emile et Juliette Coste

8.23- Bibliographie

8.24- Source des documents

8.2 - Cannes et le Mas des Coste

1_6_003_01.jpg

Le Mas de COSTE vers 1900

Au cours de sa retraite, mon grand-père, le Général, aidé par son neveu Gustave COSTE, a recherché les origines de sa famille dans les papiers retrouvés dans les greniers du MAS et dans les archives des notaires de la région.

Bon-papa a écrit sur ce sujet une courte notice, qui a été revue et complétée par mon père, Emile COSTE.

Cette notice se trouve au MAS.

Gustave COSTE de son côté a fait en 75 pages une étude très fouillée, qui donne des renseignements géographiques, historiques, politiques, économiques et religieux du territoire de CANNES, qui dépendrait du diocèse d'UZES qui fut très tôt rattaché à la France (1).

Pour ma part, je ne remonte pas au-delà de mon grand père Casimir (1799-1871). C'est d'ailleurs l'époque ou, de propriétaires exploitants qu'ils étaient jusqu'alors, les COSTE ont fait carrière en ville : ils sont devenus avocats, officier, ingénieurs ou administrateurs.

Mais ils sont toujours restés attachés au sol natal et au vieux MAS de leurs ancêtres, et la ténacité de leur caractère doit tenir à cet enracinement.

Marg. R. BONNET née COSTE.

1 | "Cannes et Clairan", des origines à la Révolution, par Gustave Coste.

On y trouve des précisions sur les éléments de la société, la condition des habitants qui, à l'époque féodale, jouissaient d'une certaine liberté. Pas de servage, les villageois cultivaient leurs terres en échange d'un certain loyer, "le cens" dû au Seigneur. Ils chassaient librement. En 1405 un Coste avait déjà des terres à Cannes. Les "Recherches Générales" signalent en 1604 que Jean Coste possédait 48 ha de terres (p. 42). Castignargues et la Salette, terres nobles, lui sont vendues par le Seigneur de Clairan en 1787 (p. 40) etc… En 1604, on parle du Moulin à huile de Coste au Mas.

(Cette brochure se trouve chez son fils Marcel Coste)

8.3 - Mes arrière-grands-parents paternels

Casimir COSTE (1799-1871) - Gabrielle DELON de Saint André de Valborgne

Mon arrière grand-père Jacques Casimir COSTE, né en 1799 au Mas, fit ses études secondaires au Lycée de Nîmes, et ses études de droit a la Faculté d'AIX en Provence. - Avocat au Barreau de Nîmes, plus tard Conseiller Général du Gard, il avait une maison à Nîmes, 3 rue Dorée, où son fils, mon grand-père, vécut enfant. Cette maison fut vendue, mais elle existe toujours, dans la vieille ville.

Il avait fait construire en 1848, au dessous du MAS, une grande maison avec deux tours carrées qu'on appela : "Le Château".

En 1825, il avait épousé Gabrielle DELON, issue d'une vieille famille cévenole de "Nouveaux Convertis" comme on appelait les protestants conver­tis de force au 18ème siècle au catholicisme, mais qui avaient toujours gardé leurs convictions huguenotes. Ce mariage eut lieu au MAS. Bon papa nous racontait que la famille de la mariée était venue à cheval ou en calèche de St. ANDRE de VALBORGNE situé à 40 kms environ. Cela avait dû être une belle noce, avec des repas comme on en faisait à la campagne, et l'on avait dansé sur "l'aire" trois soirs de suite.

Casimir COSTE était le plus gros propriétaire du pays (500 ha) de terres. Il donna en 1851 à la commune de CANNES dont son père avait été le maire, les terrains sur lesquels furent construits la Mairie, l'Ecole et le Tem­ple ; le village était entièrement protestant.

A la fin de sa vie, il voulut veiller de plus près à l'exploitation de sa propriété parce qu'il avait eu des fermiers peu honnêtes. Il s'y épuisa et mourut en 1871, avant la fin de la guerre. Ses parents étant décédés la même année ; quand mon grand-père retrouva sa famille, elle était déci­mée.

Nous avons beaucoup de renseignements sur les ancêtres de Gabrielle DELON car mes grands-parents ont trouvé des documents et des lettres de famille dans la maison de St. André de Valborgne dont Bon-papa avait hérité. Ils ont classé et commenté ces papiers en composant un petit volume édité en 1898, qui s'intitule "Une famille de nouveaux convertis en Cévennes, 1685-1785".

Nous savons que les ancêtres de Gabrielle DELON étaient issus d'une des branches de la famille de l'HOM qui est mentionnée en 1414 dans les "Revues de la noblesse du Haut-Languedoc. En 1900, le château patrimonial était en ruines près de Lestréchure. Les de l'HOM embrassèrent la Réforme et on les retrouve à la fin du XVIIIème siècle, ruinés par les confiscations et les amendes, et privés par les édits royaux de leurs privilèges et de leur noblesse (ils seront ruinés une deuxième fois sous la Révolution). Ils ne voulurent jamais s'exiler et pour conquérir le droit de vivre, ils forcèrent leurs ennemis à avoir besoin d'eux. Juristes intègres et travailleurs opiniâtres, ils sont les intermédiaires obligés entre les plaideurs d'Alais et de Sommière, de Montpellier et de Toulouse, et jus­qu'à PARIS.  Ils voyagent constamment et connaissent tout le monde.

Ils se marient et font baptiser leurs enfants à l'Eglise Romaine pour "ne pas les voir atteints de bâtardise" mais ils déclarent rester protestants et attendent avec foi le moment où la liberté de conscience sera reconnue.

En attendant, plusieurs DELON ont été emprisonnés plusieurs fois, en par­ticulier au fort de St. Hippolyte (1).

Gabrielle DELON descendait de ces hommes et de ces femmes de caractère, dont il faut lire certaines correspondances. Elle était une petite femme très brune, aux yeux noirs, il existe des portraits d'elle et de son mari au MAS et au Château, ainsi que des "silhouettes" de ses parents.

Sans être sortie de son bourg de St. André de Valborgne, car seuls les fils pouvaient aller faire des études en ville, elle était cultivée, ayant fait des lettres et appris le latin et le grec avec le curé du village. J'étais impressionnée comme enfant quand on me racontait qu'elle lisait son Nouveau Testament en grec.

C'est elle qui a veillé à l'installation du Château qui était bien meublé, dans le style de l'époque.

Il nous est revenu au Rabugas le secrétaire en "loupe de noyer" du Grand­-père Casimir et une table très rustique en gros damiers de bois de châtai­gner, originaire de St. André de Valborgne, que Bonne-maman a tenu à me donner pour que je l'utilise au RABUGAS.

(1) Renseignements tirés de "Une famille de Nouveaux Convertis en Cévennes".

_6_007_02_le_general_COSTE_en_1880_basseRes.jpg

Le Général COSTE en 1880...

_6_007_01_madame_nee_margerite_de_billy_BasseRes.jpg

et Madame née Marguerite de BILLY

Déjà très malade au moment de la mort de son mari, en 1918, peu après l'Armistice du 11 novembre, elle ne lui a survécu qu'une année, et après avoir supporté avec vaillance de grandes souffrances.

Son pasteur, M. Ernest CHAZEL, qui est devenu le beau-père de ma sœur Françoise, nous a dit combien cette femme plutôt altière était devenue humble.  Elle a reconnu ses erreurs, en particulier envers ses petits­-fils Teissier du Cros, et elle les a profondément regrettées. –

Henri TEISSIER lui-même m'a raconté qu'elle voulait qu'on le dise à son enterrement et que ses excuses devaient être publiques. Mais le Pr CHAZEL a préféré leur demander pardon de sa part en particulier.

Si je n'ai pas toujours compris cette grand-mère, si je l'ai parfois critiquée intérieurement, je reconnais actuellement la valeur de sa per­sonnalité et sa grande sagesse.

C'est elle qui fut ma MARRAINE et qui, en 1918, nous a donné LE RABUGAS.

Valentigney
Emile et Juliette
1893

6_009_01.jpg

8.4 - Mes grand-parents paternels

Mon grand-père "Le Général" comme tout le monde l'appelait, était un homme charmant, élégant, cultivé, fin causeur en société, mais ne dédai­gnant pas de parler le patois languedocien avec les Anciens du village de CANNES qu'il tutoyait. Sa grand-mère MASSIP le lui avait appris, en même temps que sa mère, une DELON, de St. André de Valborgne, qui savait le grec et le latin, l'avait suivi dans les études brillantes qu'il fit au Lycée de NIMES.

J'admirais beaucoup BON PAPA avec son "Impériale" (1) et son grand feutre beige posé un peu de travers sur sa tête. Il avait fait trois guerres. Jeune Lieutenant du Génie en sortant de 1'École Polytechnique et de 1'Éco­le d'Application de METZ, il avait été en CRIMEE où il avait fait une guerre de sape très dure au siège de SEBASTOPOL. Il l'a racontée dans ses "Souvenirs de la Guerre de Crimée" 1854-1856.

Puis, il a fait la Campagne d'ITALIE 1859.

En 1870, il était en ALGERIE au moment du désastre. Il a été rappelé dans l'armée de BOURBAKI. La trahison de BAZAINE, à SEDAN, avait rejeté cette armée en SUISSE où elle souffrit de son impuissance et des épidémies.

Il ne parlait jamais de cette période douloureuse de notre histoire, ni du procès de Bazaine où il avait été un des rapporteurs.

Mon grand-père était indépendant de caractère. Protestant et Républicain convaincu. À cette époque, les opinions politiques et religieuses ainsi que les fréquentations des officiers étaient surveillées. Il fut mal noté à cause de son attitude pendant le procès (2). Egalement parce que, lorsqu'il était en garnison à ROUEN, il avait fréquenté la Maison du Duc de CHARTRES avec sa femme qui était mondaine.

Néanmoins, il termina sa carrière brillamment. Je ne puis tout raconter. Il commanda l'École Polytechnique en 1884 et, comme Général de Division, il fut nommé en 1893 : Commandant de la Place de Paris.

On m'a raconté que, pendant l'hiver 1894-95, mes parents firent un séjour chez eux, Place VENDOME, où ils avaient un appartement de fonction, très beau mais impossible à chauffer. J'étais un bébé de six mois et j'y ai contracté une bronchite qui a fort inquiété ma famille.

Après ce dernier poste, mon grand-père fut mis à la retraite (1895) après avoir été élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d'Honneur. Mes grands-parents vécurent alors six mois à Paris, puis à Nîmes et six mois à la campagne, au MAS dont ils s'occupaient pour être à même d'y recevoir leurs petits-enfants. Il fit de la musique (violoncelle, harmo­nium). Il écrivit ses mémoires et fit des recherches pour les généalogies de la famille (Coste et Delon). Il faisait des séjours chez ses enfants. À Montceau, il y avait deux belles chambres situées au Nord pour les grands-parents. Avec un petit air fin il nous a dit un jour : Je comprends à présent l'orientation de notre chambre, car il est écrit : "Honore ton Père et ta Mère" et nous avons bien ri !

C'était un délicieux grand-père qui nous racontait de bonnes histoires et chantait des refrains d'Offenbach, au risque de choquer un peu les oreilles puritaines de Bonne-maman.

Notre grand-mère était une femme d'un grand caractère. Elle était auto­ritaire et passionnée, ce qui l'a rendue parfois injuste et dure.

Deux grandes douleurs avaient marqué sa vie. En 1871 la défaite et la perte de l'Alsace-Lorraine l'avaient atteinte en plein cœur car elle était à demi-alsacienne par son père et son enfance s'était, en partie, passée à STRASBOURG.

Quarante ans après, je l'ai vue sangloter un jour où nous lui avons chanté une chanson populaire d'Alsace.

Puis, elle perdit sa fille aînée Louise, d'une fièvre typhoïde, à l'âge de 24 ans. Cette jeune femme, très bien douée et charmante a laissé der­rière elle deux petits garçons de trois et deux ans : Ernest et Henri Teissier du CROS que leur grand-mère a suivis dans leur croissance et dans leurs études, malgré le remariage de leur père qui vivait à VALLE­RAUGUE où il avait une filature de cocons.

Lorsqu'Ernest et Henri furent grands, elle accepta mal, et par chauvinisme, le mariage de ses petits-fils avec deux jeunes filles charmantes, Berthe et Noémi BOUVIER de GENEVE. Ces deux sœurs avaient le tort d'être suisses. Pour notre grand-mère, ils auraient dû épouser des françaises. Les jeunes ménages en ont beaucoup souffert.

Mais Bonne-maman avait aussi de grandes qualités. Intelligente, énergique, généreuse, droite et fidèle, elle eut à lutter pendant sa vie qui ne fut pas facile.

Elle nous a raconté qu'elle avait dû déménager 27 (vingt-sept) fois et que cela avait bien abîmé son mobilier. Une fois, elle a même eu trois ap­partements sur les bras, car on changeait trop souvent de garnison. Les traitements des jeunes officiers étaient peu élevés, ils étaient tenus de sortir et de recevoir. Sans grande fortune, ils eurent des moments diffi­ciles, et ils furent amenés à une certaine époque à vendre des cadeaux de mariage.

Son mari, supérieur et équilibré, eut de l'influence sur elle car il la dominait gentiment. Elle évolua et ce fut un beau ménage.

Jeune fille, elle était assez "snob" ; elle avait été reçue avec ses parents aux Tuileries, sous le Second Empire. Elle était bien apparentée et aimait le monde, mais elle sut s'adapter à toutes les situations.

Du point de vue politique, et alors que sa famille était Orléaniste, elle ne l'est pas restée. Elle m'a dit un jour : "On ne fait pas l'Histoire en revenant en arrière ; actuellement, on ne peut être que Républicaine".

Au temps de "l'Affaire DREYFUS" son mari et elle défendaient les Juifs, malgré les risques que cela comportait.

À l'époque des tensions dans le Protestantisme, elle s'est passionnée pour le Réveil et le renouveau des Églises Évangéliques.

Mes grands-parents ont marqué leur attachement à l'Église Réformée par la donation du "Presbytère de Cannes" qu'ils ont fait construire sur un de leurs champs du village. Ce don était accompagné d'une dotation en argent suisse, qui existe encore et qui était destinée à son entretien.

Le caractère entier de Bonne-maman se heurtait souvent à celui de sa fille JULIETTE BEIGBEDER, jamais à celui de son fils, ÉMILE, notre père.

Elle aimait profondément MAMAN, si différente d'elle, et cette grande affection était réciproque.

La photo de 1907 date des noces d'or de mes grands-parents et ils ont pu fêter leurs noces de diamant en 1917 (voir la photo qui est au Rabugas et sur laquelle ils jouent au jaquet).

1 | Coupe de barbe à la mode sous le Second Empire

2 | Procès de Bazaine

8.5 - Mes parents

ÉMILE COSTE- JULIETTE BOVET

1864-1945 1872-1956

Pendant toute sa carrière professionnelle (1), il était sorti major de l'X, comme Ingénieur au Corps des Mines, mon père a été chargé de missions difficiles.

À St. Etienne, en 1890, contrôlant les Mines de Houille de la région (il venait de se produire de douloureuses catastrophes dues à l'inflammation du grisou) il a organisé les services de protection des mineurs du fond, ce qui a permis d'apaiser les esprits.

En 1900, à Montceau-les-Mines, après des grèves politiques qui avaient duré plusieurs mois, il a été chargé par l'État de remettre de l'ordre dans la région. Il a fait table rase du passé, changé le personnel des cadres de la Société, tenu tête à tous : Président du Conseil d'Admi­nistration, Préfet, Syndicalistes, pour arriver par ses propres méthodes à reprendre l'exploitation des Mines. Les ouvriers disaient de lui qu'il était un patron "juste". Il ne craignait pas non plus d'exposer sa vie en descendant dans les puits de mines lorsqu'il y avait des catas­trophes : en particulier le feu ou des inondations.

En 1914, à Paris, à Strasbourg, à Berlin, dans la Ruhr, il a montré dans des situations très difficiles la force de son caractère et la justesse de ses jugements. Il était souvent incompris, mais ses adjoints avaient pour lui de la vénération.

Il avait sur l'éducation des vues qui dataient du 19ème siècle et qui sont très éloignées de celles d'aujourd'hui.

Avec les garçons il était exigeant et parfois dur. Il voulait former des hommes virils et compétents. Il a marqué ses fils et les aînés de ses petits-fils, François et Michel qui ont vécu deux ans à Nîmes auprès de lui. Il a été un grand-père plus doux vis-à-vis des plus jeunes.

Aux filles, il ne demandait aucune spécialisation, mais une culture géné­rale qui devait les rendre aptes, si possible, à s'adapter à toutes les situations. Il m'a dit un jour : "Les examens des filles, ce sont leurs enfants, elles réussissent ou bien elles échouent. C'est vers cela que doivent aller leurs efforts". Il pensait qu'elles devaient savoir les "élever" dans toute la force du terme : corps, âme, et esprit.

Maman qui adorait son mari le complétait sur certains points. Très vive, son mari la calmait, très imaginative dans ses récits, il tempérait ses descriptions. Très musicienne et bonne pianiste, elle a fait régulière­ment, toute sa vie, de la musique de chambre. Il faut ajouter que, jeune fille, elle avait eu d'excellents professeurs et qu'elle faisait à Valentigney beaucoup d'accompagnement avec son père qui chantait et son frère Philippe, bon violoniste.

Elle avait une excellente santé, en ceci plus forte que mon père qui avait de l'asthme et des bronchites et qui se soignait en faisant chaque année une cure au Mont-Dore.

Très active, elle organisait bien sa maison et elle nous a formées, nous ses filles, en nous demandant beaucoup d'aide.

J'ai pris, je crois, le contrepied pour beaucoup de choses.

J'étais du XXème siècle et la guerre de 14-18 avait changé les situations et le mode de vie.

Et maintenant, je suis "vieux jeu et dépassée" comme disent mes petits-enfants.

Eux aussi seront peut-être dépassés un jour !

1 | Voir annexe : lettre du Ministre des Travaux Publics 1929/ Extrait des Annales des Mines (4e livraison de 1946) page 430

8.6 - Les Mines de Blanzy

catalpas.jpg

Marguerite et Gabrielle sous les catalpas de la pelouse en 1904

A la fin du 19ème siècle, la Cie des Mines de Blanzy était entre les mains de quelques grandes familles très catholiques sous l'influence d'un clergé autoritaire. Tout était entre leurs mains ; l'embauche, les écoles, l'hôpital et toutes les œuvres sociales.

Il en est résulté deux choses : d'une part une mauvaise administration de la Société, d'autre part une réaction anti-cléricale très vive que les syndicats ont utilisée en 1900 pour fomenter des grèves. La situa­tion était à ce point détériorée que la Cie a demandé l'aide de l'Etat.

C'est à ce moment-là qu'on a fait appel à mon père qui avait fait ses preuves à St. Etienne et qui était connu pour la fermeté de son caractère et son intégrité. (1) Un homme neuf pouvait peut-être rétablir la situa­tion.

Il a dû faire des coupes sombres, liquider plusieurs petites industries annexes et déficitaires : la Filature de Bel-Air, la Papeterie de St. Vallier et enfin la Verrerie de Blanzy. Il a renvoyé du personnel et changé pres­que tous les cadres.

Ce traitement de choc a dû lui faire des ennemis, néanmoins, après plus de trois mois de grèves et de troubles sérieux, le travail a repris.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, pendant ces cent jours de grève, notre maison qui se trouvait à une certaine distance de la petite ville était gardée par une centaine de gendarmes qui campaient sous des baraquements dans le jardin dont nous, les enfants, n'avions pas le droit de sor­tir ; ceux qui devaient aller en ville, la cuisinière pour aller au marché, maman pour faire une course ou une visite, ne pouvaient y aller qu'en "coupe" flanqués de deux gendarmes à cheval.

Mon père échappait souvent à la consigne et s'en allait à pied par le bord du canal qui longeait le jardin, jusqu'à son bureau ou à la Mine. Son courage personnel et le refus d'avoir la troupe que le préfet voulait lui imposer lui ont gagné l'estime des mineurs. Lorsqu'il a jugé que le tra­vail pouvait reprendre et qu'il a, en même temps, supprimé les secours de chômage, le travail a effectivement repris.

J'ai vu une fois une manifestation de femmes dans la rue et j'ai été glacée de frayeur par les cris et les poings levés de ces pauvres femmes et mères qui étaient dans la misère. J'avais à l'époque six ans et demi. Pendant plusieurs mois après ce long chômage, il a fallu aider les plus malheureux en leur donnant des secours sous forme de bons de nourriture valables chez les commerçants de la ville.

Comme je l'ai déjà dit, presque tous les ingénieurs étaient changés. Avec la loi Combes, le personnel des Écoles de la Mine était devenu laïque. ­Mais les Sœurs de St. Vincent de Paul qui dirigeaient l'hôpital sont restées et maman était au mieux avec la Supérieure "Sœur Henriette" une femme re­marquable. Ma mère mit sur pied d'autres "œuvres" comme on disait à l'épo­que. Une consultation de nourrissons et une "goutte de lait" et l’Oeuvre du "Trousseau" Pendant leurs années d'études, les petites filles confectionnaient un début de trousseau qu'elles continuaient à la maison et qu'on leur remettait lorsqu'elles avaient 18 ans.

Mais je sais que les méthodes de mon père n'ont pas toujours plu au Conseil d'Administration. Il y avait, en particulier, cette initiative très hardie et unique à l'époque qu'était : l'intéressement des ouvriers aux bénéfices de l'affaire. Mon père disait qu'il ne servait à rien d'augmenter les salaires car, avant même qu'ils aient touché une paye plus forte, elle était dépensée car les commerçants avaient relevé tous les prix. Il avait alors institué de donner, en fin d'année, de grosses primes en argent, qui permettaient aux bons ouvriers de compter sur une somme importante qu'ils utilisaient en général pour construire leur maison.

Ces dispositions, combattues par les actionnaires dont elles diminuaient les revenus qui avaient monté en flèche, et par les syndicats qui avaient moins de motifs de mécontentement à exploiter, ont été supprimées peu après le départ de mon père ; car c'est au moment où la situation était redevenue solide, en 1913, que certains ont essayé de revenir aux méthodes anciennes. Au début de 1913, le Président du Conseil d'administration, Mr. DARCY, a voulu exiger de mon père qu'il licencie avant la fin de l'année tous ses collaborateurs protestants qui à ce moment là, étaient trois ou quatre.

Plutôt que d'avoir à obéir, mon père a donné sa démission.

Il fut réintégré dans les cadres de l'Administration des Mines. Mis à la disposition du Ministre des Affaires Etrangères, il partit en mai 1914 au Maroc, en qualité de Conseiller technique du MAGHZEN pour y suivre des opé­rations de la Commission arbitrale des Mines, qui servit la cause de la pré­pondérance de la France au Maroc (2).

Il achevait sa mission quand la guerre éclata.

Il est à remarquer que, par la suite, il n'a jamais voulu, par principe, faire partie d'un Conseil d'administration.

NOTA : En 1970, les Mines de Blanzy ont presqu'entièrement cessé d'être exploitées, et la région est en reconversion sur le plan industriel

1 | Dans un journal on l'a qualifié un jour de "protestant rigide"

2 | Voir les "Annales des Mines" Quatrième livraison 1946 ? page 434

versailles.jpg

Versailles été 1916

Gabrielle, Daniel, Maman, Philippe, Henri, Françoise, Bon-papa Coste

8.7 - Montceau-les-Mines 1900-1913

Le gisement de houille et l'exploitation des Mines de Blanzy s'étendaient sur plus de 10km, car à mesure que certains filons étaient épuisés, on creusait de nouveaux puits d'extraction vers le Sud.

Les maisons d'ingénieurs et les cités ouvrières étaient implantées suivant cette évolution.

Mais le Siège Social, l'administration, le port de chargement des péniches sur le canal du Centre et la gare se trouvaient à MONTCEAU-les-MINES.

Il y avait, quand nous y vivions, plus de 8.000 mineurs et ouvriers dans l'exploitation.

MONTCEAU-les-MINES a donc été une étape importante dans la vie de notre famille. Nos deux plus jeunes frères : Henri, 1901, et Philippe, 1904, sont nés pendant cette période et ont complété la demi-douzaine d'enfants que nous étions.

La photo montre la grande maison que nous habitions. Le directeur auquel papa succédait avait eu douze enfants. Alors on ajoutait de temps en temps deux ailes symétriques à la bâtisse principale. Cela avait produit six ailes, beaucoup d'escaliers, de couloirs et de chambres. Il y avait une telle distance entre la chambre de maman et la cuisine qu'on avait ins­tallé un petit téléphone intérieur pour faciliter les communications.

Il y avait autour de la maison un très grand jardin entretenu par cinq jardiniers. Il produisait une abondance de fruits et de fleurs. C'était un paradis pour les enfants. La contrepartie était que nous vivions très isolés, avec des domestiques, une institutrice et très peu d'amis, parce que nous étions protestants et que nous n'allions pas en classe. Quand Daniel a dû aller au Lycée, il a été vivre à Paris chez oncle David Beigbeder. Mais quand la question s'est posée pour les suivants, Papa a pris la décision, en 1910, de louer un appartement à Paris, 42 rue Ampère, 17ème. Maman y était avec nous, Papa venant une ou deux fois par mois, pour affaires.

En 1913, il a eu des difficultés avec son Président, difficultés que j'ai évoquées plus haut, et il a démissionné.

Il est donc revenu au Corps des Mines dont il avait seulement été détaché et nous l'avons vu revenir à Paris avec joie, au début de l'année 1914.

Six mois après, la guerre nous séparait à nouveau.

8.8 - Les six frères et soeurs

Avant de vivre à Montceau-les-Mines, nous avions habité Saint-Étienne (Loire) jusqu'en 1900.

Marguerite : Je me souviens de mon père qui, lorsque j'étais petite, me paraissait immense. Il était très brun, presque noir, alors que ma mère avait de beaux cheveux couleur de blé mûr. Il avait une petite barbe et un bon sourire, et de son grand pied chaussé d'une pantoufle sur lequel j'étais assise à califourchon, il me faisait sauter comme sur un petit cheval : "au pas au trot, au galop" ! Je revois la grille de la cheminée remplie de boulets de charbon rouge qui chauffaient son bureau. Le dimanche matin nous avions le plaisir de faire griller des tranches de pain plantées dans une petite fourche à quatre dents avec un long manche, que nous approchions le plus près possible du feu incandescent. C'est assis sur son fauteuil, au coin du feu, qu'il m'a donné mes premières leçons de lecture. Et je me souviens à quel point j'ai été fière de savoir lire et écrire à six ans. Je ne me rappelle pas les sottises que j'ai faites, mais je vois l'alcôve sans lumière dans laquelle on m'enfermait un moment pendant les repas. Je revois aussi la fenêtre de la salle à manger par laquelle, de la hauteur du 4ème étage, nous jetions des gros sous (0,10 F) au joueur d'orgue de Barbarie, dans la cour.

Gabrielle : Elle avait quatorze mois de moins que moi. Comme c'était la mode à l'époque, nous avons tout fait ensemble. Nous dormions dans la même chambre, nous portions les mêmes robes et nous faisions les mêmes études. À quatorze ans, j'ai fait mon premier acte d'indépendance en portant une blouse rouge alors qu'elle en avait une bleue, mais de la même forme. Cette contrainte nous a t-elle donné des complexes ? On ne s'en inquiétait pas de ce temps. Mais nous sommes en tous les cas plus liées l'une avec l'autre que ne le sont beaucoup de sœurs. Gabrielle était plus douce et plus travailleuse que moi. On nous appelait : "les deux grandes".

Daniel : À quatre ans, avec sa robe de velours, son col de guipure et ses cheveux bouclés, c'était un beau petit garçon dont Maman était très fière. Nous avons eu, un peu avant la naissance de Philippe, une forte coqueluche. Daniel a dû passer quelque temps au lit et en a profité pour apprendre à lire tout seul, dans des livres d'images qui racontaient des histoires d'animaux, qu'il aimait beaucoup.
J'étais turbulente et assez bagarreuse, voulant toujours et bien inutilement, "rétablir la paix" en me "battant" contre lui, en particulier quand il nous mettait à bout de nerfs par ses taquineries.
Il travaillait très bien à la maison avec des institutrices jusqu'au moment où, à dix ans, il est parti pour Paris, pour entrer en 6ème au Lycée Carnot Après s'être engagé à 18 ans, pendant la première guerre mondiale, il est entré à l'École Polytechnique et en est sorti dans le corps du Génie maritime.

Françoise : Daniel et Françoise faisaient la paire : "Les moyens". Françoise souffrait du départ de Daniel et jubilait quand il revenait en vacances. Puis, quand il repartait, elle retournait avec peine avec les "deux petits" un peu vexée d'être mise à part des "grandes" avec Anna la bonne d'enfants qui est restée vingt ans chez nous et nous a tous élevés. Quand nous sommes arrivés à Paris, en 1910, les tendances des uns et des autres se sont mieux dessinées. Françoise était, sans aucun doute, la plus douée pour la peinture et le dessin. Elle a travaillé dans divers ateliers et a suivi des cours d'Histoire de l'Art, au Louvre (École du Louvre).

Philippe : Très intelligent et attachant, il était difficile de caractère. J'étais témoin aussi de la maladresse avec laquelle notre institutrice le maniait.Quand cette dernière est partie, Maman m'a chargée de m'occuper de mon petit frère qui avait dix ans de moins que moi. Au retour du lycée, je suivais un peu son étude du soir. J'avoue que j'ai eu de la joie à le faire, même en négligeant un peu mes propres études, tellement sa vive intelligence et sa facilité me passionnaient. Il est entré plus tard à l'X très brillamment et en est sorti, comme son père, dans le Corps des Mines.

Henri : Gabrielle, dans le même temps, était chargée d'Henri, de trois ans l'aîné de Philippe. On dit souvent qu'on ne parle bien que des morts. Je puis le faire sans retenue puisque ce frère, que nous aimions tant, nous a quittés bien trop tôt. Enfant, il avait été délicat, ayant traîné des séquelles de la coqueluche qu'il avait eue à deux ans. C'était un enfant sensible, affectueux, extrêmement musicien ; plus tard, il a très bien joué du violon. Mais il avait beaucoup plus de peine que ses frères à faire ses études, car il souffrait de maux de tête fréquents. Ouvert aux autres, facile de caractère, il se faisait partout des amis. Je rencontre encore actuellement des personnes qui, après quarante ans, ne l'ont pas oublié. Gabrielle donc était chargée de faire réciter ses leçons à Henri. Elle s'est donnée de tout son cœur à cette tâche, à tel point que, lorsqu'il est mort, elle m'a dit qu'il lui avait semblé avoir perdu un enfant. Henri, bien qu'il n'ait pas été doué pour les mathématiques, ce qui lui paraissait une infériorité, a fait de bonnes études : Sciences Po et Droit, et il est entré à l'âge de 23 ans à "Minerais et Métaux" une grosse société qui traitait tous les métaux non ferreux. Il a été envoyé en Extrême Orient pour y fonder des Agences Commerciales. Il a bien réussi, en faisant de longs séjours à Hanoï, à Shangaï et à Tokyo. Il a beaucoup voyagé et a intensément profité des splendeurs de l'Art asiatique. Il a aussi rapporté de là-bas beaucoup de belles choses.

8.9 - Christine Coste

Avant son troisième voyage, il avait épousé Christine Cusenier qu'il a emmenée avec lui. Ils ont visité ensemble beaucoup de lieux célèbres, tout en traitant les affaires de sa Société.

Mais la vie dans ces climats peut être dangereuse - Excès de travail - Contaminations ? Le fait est qu'il a été parfois malade et s'est mal soigné. Quelques semaines après son retour, en 1933, il s'est fait opérer d'une appendicite dont il ne s'est pas relevé. Une infection généralisée s'est déclarée après l'intervention et il est mort d'une septicémie à l'âge de 33 ans.
Pour sa jeune femme, pour toute la famille, cela a été un effondrement et tante Christine est restée toujours fidèle à la mémoire de son mari qu'elle adorait.

Elle a refait des études et s'est mise à travailler et pour ses neveux et nièces et leurs enfants, elle a la même affection qu'aurait eue pour eux leur oncle Henri.

Notre vie de famille qui, de par les circonstances : vie à Montceau, absence du père à Paris, puis la guerre de 1418, a été peut être trop centrée sur elle même, nous a liés les uns aux autres bien plus que la vie actuelle ne le permet. Mais ce sont de beaux souvenirs.

8.10 - Litanie de la rue Ampère

Composé par Pierre CHAZEL en...

La Rue Ampère, aux balcons aériens,

D'où le regard planait jusqu'au Mont Valérien,

La Rue Ampère où Daniel chaque jour,

Veillait comme un guetteur au sommet de sa Tour,

La Rue Ampère où des tribus d'armoires,

Jouaient aux quatre coins tout au long des couloirs,

La Rue Ampère où sur la cheminée

Ta tête, ô Goliath, pendait fort chagrinée,

La Rue Ampère où sur son violon,

Henri jouait cet air triste et beau de Chausson,

La Rue Ampère où Franci, non sans art,

Peignait avec Mavro et dansait chez Poppard,

La Rue Ampère où autour de son front,

Gabrielle portait deux sages macarons,

La Rue Ampère où Philippe n'était

Qu'un bébé rose et blond, potelé à souhait,

La Rue Ampère où notre grande sœur

En chantant Weckerlin rêvait à l'Artilleur,

La Rue Ampère où les mains de Maman

Des comptes au piano glissaient si prestement,

La Rue Ampère où les grosses Berthas

Alternaient leurs concerts avec ceux des Gothas,

La Rue Ampère où les permissionnaires

S'endormaient dans leur bain en oubliant la guerre,

La Rue Ampère où l'homme de la Ruhr

S'en venait de Coblence ou d'Essen faire un tour,

La Rue Ampère où certains amoureux

Tenaient tendres propos sous le piano à queue,

Rue Ampère, magie des syllabes qui laissent

A nos lèvres ton goût doux amer, O jeunesse !

8.11 - Lettre de Michel Bonnet

Ceci est la copie d'une lettre de Michel Bonnet à sa grand-mère Coste, datée du 30 janvier 1945, après le décès de son grand-père.

À l'époque, Michel, engagé dans l'armée de Lattre de Tassigny, comme Sous-lieutenant du Génie, devait être en Allemagne.

Gabrielle Pieyre de Mandiargues a retrouvé la copie de cette lettre après la mort de notre mère, en 1956.

Je laisse à Michel la responsabilité du portrait qu'il a tracé de son grand-père, alors qu'il était encore très jeune.

Je crois que chaque être humain voit l'"Autre" sous un de ses aspects et avec sa sensibilité propre. Et il y a autant de sensibilités que de personnes qui, de plus, changent suivant leur âge et les époques de leur vie.

Pour moi, je discerne avec beaucoup d'intérêt dans cette évocation cette rigueur dont parle Michel ; je la retrouve aussi chez plusieurs membres de ma famille paternelle : chez ma grand-mère Coste, deux de mes frères, souvent chez mes fils, et certainement en moi-même.

La raison en est que nous avons les caractères de nos gènes. Nous pou­vons, tout au plus, les tempérer par de l'amour et le respect de telle personnalité différente de la nôtre. Car cette rigueur qui est une qualité nécessaire dans certains cas, blesse parfois lorsqu'on en use.

Je voudrais rectifier un point : Papa ne vivait pas ignoré au Mas. Beaucoup de personnes sont venues le voir et il n'est que de lire l'article tiré des Annales des Mines (4ème livraison, de 1946) écrit par d'anciens collaborateurs oui l'ont apprécié et admiré.

Dans le pays aussi, tous entouraient "Monsieur Coste" d'un très grand respect

Emile COSTE

1864-1945

MON GRAND-PERE

Très tard, j'ai appris à le connaître.

Il vivait au mas, simple et ignoré.

Je l'entends encore bavarder à l'aube avec son payre (1)et son valet de ferme, alors que sonnent clair sur les pavés de la cour les fers des chevaux se rendant à l'abreuvoir.

Je le revois, dressé au milieu des vignes, avec sa vieille veste de toile blanche, son pantalon rapiécé et son casque colonial (2).

Lorsque les vignerons le rencontraient, marchant d'un pas ferme sur la route, ils ne songeaient pas toujours à saluer ce vieillard humblement vêtu qui un jour avait été le maître de la Ruhr.

C'était un homme austère, aux abords rudes. Il ne cherchait pas à séduire les hommes. Il était ferme et parlait durement. On lui obéissait parce qu'il avait raison.

Il paraissait ignorer jusqu'à l'existence même de son intérêt personnel.

Quoi qu'il fit, il ne pouvait admettre qu'il pût en tirer pour lui-même un quelconque profit.

Pour les siens, il a accepté l'aisance. Lorsque ses enfants se sont dis­persés, il s'est retiré presque pauvre.

Jusqu'à la fin, il a travaillé pour vivre.

Un jour, pour se reposer, il s'est endormi.

On lui a confié des missions difficiles. Il a su les remplir.

La puissance, les honneurs sont venus. Il les a acceptés comme des cho­ses nécessaires à l'accomplissement de sa tâche, mais chaque fois sa mis­sion remplie, il s'en allait laissant aux autres le souci de gagner de l'argent.

Sa droiture gênait certains. On pouvait lui en vouloir, le haïr, on ne pouvait rien lui reprocher.

Il est des hommes que certaines attaques ne peuvent atteindre, sans doute parce qu'ils n'attachent pas aux choses la même importance que tout le monde.

Pour les hommes vraiment forts, pour ceux qui ont un caractère, les choses essentielles ne sont pas de ce monde.

Mon GRAND-PERE était un HUGUENOT.

Michel BONNET 30.1.1945

1 | PAYRE ou BAYLE : Homme appointé et non fermier.

2 | Emile COSTE qui portait la redingote et le chapeau haut de forme dans les cérémonies, ne recherchait pas précisément l'élégance à la campagne. Quand on arrivait chez lui à l'improviste, en été, il s'excusait et m'a dit un jour : "Quand je reçois une de mes filles, je mets le bouton à ma chemise, pour un gendre, j'ai un col, et pour une belle-fille, je cherche la cravate !..."

bonpapa.jpg

Bon-papa et Bonne-maman Coste en 1907

coste.jpg

Au Mas papa et ses trois fils en 1933

de gauche à droite Philippe, Henry, Emile COSTE, Daniel

Enregistrer

8.12 - Le Mas

Quelques souvenirs pour mes petits-enfants de Marguerite COSTE-BONNET

Le "MAS de COSTE" est situé à moins d'un km. du village, au mi­lieu de la "COMBE de CANNES" Gard, en un lieu nommé "COSTE" sur la carte de CASSINI, datant de 1750.

Adossé à une colline appelée "L'ARBOUSSEDE" à cause des buissons d'arbousiers qui y poussent, il est protégé des vents du Nord. Du Mas on a une belle vue sur la plaine de la COURME, ruisseau qui peut devenir un torrent lors des crues.

Du sommet de l'Arboussède on voit, à l'Ouest, toute la chaine des Cévennes, dominée par le Mont AIGOUAL et le Mont LOZERE. Elle est parfois très belle au coucher du soleil.

A l'opposé, par très beau temps, on voit miroiter les marais d'AIGUES-MORTES et la mer. Le PIC SAINT LOUP est visible près de Montpellier.

Comme le dit mon père, Emile COSTE dans sa lettre datée du 3 octobre 1943, les COSTE y étaient déjà fixés au 14ème siècle (voir l'acte accordant "un droit de dépaissance" en 1366 à COSTE de CANNES).

En enlevant des enduits de plâtre, quand on a fait des réparations aux "Salles Basses" on a retrouvé, gravées sur les linteaux des por­tes en pierre de taille, trois dates :

1599 sur la porte extérieure sur le petit jardin,

1743 porte de communication entre les deux salles basses,

1784 sur la porte extérieure donnant sur la cour de la ferme.

Grâce à une jurisprudence spéciale au Languedoc, pendant longtemps, dans le passé, les terres qui appartenaient à une famille ne se par­tageaient pas.

Plusieurs familles COSTE ont parfois habité Le Mas simultanément.

En 1871, à la mort de Casimir COSTE, la propriété importante qui comprenait des terres à Cannes, à Montmirat, Costeplane, Castignargues, La Salette, etc... a été partagée en deux parts.

Mon grand-père, le cadet, alors Colonel COSTE, qui venait de perdre son frère Henri de la variole, a laissé la plus belle part à la veuve qui avait trois jeunes enfants. Elle a reçu en héritage le Château et environ 300 ha de terres. Luimême a eu "Le Mas" c'est-à-dire la ferme où sa grand-mère, une MASSIP de Cannes, avait eu un logement de deux pièces au premier étage, à la fin de sa vie.

Ce sont les deux chambres qui étaient autrefois les chambres à cou­cher de mes grandsparents, puis de mes parents.

Mon grand-père avait des terres autour du Mas, à Cannes, ainsi que Castignargues et La Salette (200 ha.)

Un "MAS" dans le Midi de la France est plus qu'une maison, c'est l'ensemble des bâtiments qui constituent une exploitation agricole.

8.13 - Trois générations

8.13.1 - Le Mas du Général

Mais, très vite, mes grands-parents, qui étaient des précurseurs, ont songé à faire de cette ferme une maison habitable pour leur famille pendant les vacances d'été. Ils ont, en 1872, construit un corps de bâtiment comprenant une salle à manger et une cuisine, relié aux salles basses voûtées devenues salons par "la serre". En outre, une salle de bains, très astucieusement aménagée, a pu servir pendant près de quatrevingts ans à toute la famille. –

Une grille fermait les deux autres côtés du quadrilatère et proté­geait un "petit jardin" que ma grand-mère avait fait planter de lauriers et de roses. Pour l'ombrage, un platane et un pin, ainsi que deux cyprès à l'entrée.

Pour faire le petit jardin, la porcherie et le poulailler avaient été enlevés et reconstruits de l'autre côté de la maison. On voit encore le mur qui entourait le fumier. Cette place est actuellement garnie de buissons et de fleurs, car les étables ont de nouveau été transportées plus bas. Une jolie fontaine crache l'eau de la source par "Le DAUPHIN" un poisson sculpté. Mais la vieille descente devant l'entrée pavée en CALADE (galets ronds plantés verticalement dans le sol) et qui menait des écuries à l'abreuvoir, conserve toute la cou­leur locale. Le gros figuier, en face de la porte, qui avait poussé à travers une énorme meule de grès, a disparu, malheureusement gelé au cours d'un hiver trop rude. C'est bien dommage car il portait des figues délicieuses.

Au moment du mariage de nos parents, on avait remis en état toutes les chambres à coucher du premier étage avec des papiers peints et des cretonnes assorties, et quand leur famille s'est agrandie on a encore repris une grande cuisine de la ferme et des réserves pour en faire des chambres d'enfants, puis, au rez de chaussée, d'an­ciennes caves, le bureau et la cellule de Fabiane.

Enfin, ils ont fait construire une nouvelle aile à la maison avec, au premier étage, une grande salle à manger et le "cabinet de travail” du grand-père, bien isolé du bruit des enfants, et au rez de chaussée une cuisine et ses dépendances, dont la lingerie. Ils ont aussi fait deux adductions d'eau pour alimenter la maison (Source du Malpas et de l'Arboussède).

À l'époque, il n'y avait pas d'autos ni de deux roues motorisées. C'était le début des bicyclettes, un break nous menait à la gare de Vic-le-Fesq et même jusqu'à Lasalle. On circulait peu, nous lisions beaucoup, la bibliothèque était bien fournie et pour tous les âges.

Nos grands-parents avaient aménagé pour nous plusieurs places et terrasses : un croquet, un tennis en terre battue, un portique avec des agrès. Le "Vieux Jardin" déjà préservé des dégâts du troupeau par Madame Casimir née Delon, avait de beaux ombrages. C'était le lieu rêvé pour les bébés et pour les parties de cache cache des plus grands. Bon-papa, pour permettre les promenades, faisait tracer des sentiers dans l'Arboussède, et leur donnait des noms, souvent les nôtres. On y trouvait du romarin, des buissons de myrthes et de la lavande, mais aussi beaucoup de piquants.

Le général avait aussi reboisé la colline avec des pins.

Plus tard, cela s'est avéré dangereux. J'ai vu ainsi deux gros in­cendies des bois au MAS, en 1921 et en 1949. D'autres à Castignargues en 1936 et 1945.

À Pâques, c'étaient nos cousins de Paris, les Beigbeder qui étaient invités au MAS ; nous nous retrouvions parfois avec eux, mais nous ve­nions tous les ans au mois de septembre.

8.13.2 - Le Mas de Monsieur Emile

Mon père y venait pour surveiller ses vendanges. Il avait une "cave" à Montmirat, c'est-à-dire un bâtiment qui contenait des cuves, un pressoir et des foudres, gros tonneaux d'une contenance de 150 ou 200 hecto­litres, où l'on entreposait le vin avant de le vendre.

Là se trouvait aussi le "moulin à huile". Pendant mon enfance, j'ai vu une fois, car il fallait venir en hiver, faire l'huile à la manière anti­que, les olives mûres, qui sont noires, étaient broyées entre deux meules de grès dont l'une était actionnée par une mule qui tournait, les yeux bandés, autour de l'appareil.

Le moulin à huile ainsi que la cave ont été vendus lorsqu'on a installé les caves coopératives dans les villages voisins.

À partir de 1919, mon père a imprimé son genre de vie au MAS. Il n'a construit qu'un logement neuf pour le valet de ferme, attenant à celui du "Bayle". Il a refait les toitures, installé le chauffage central et l'éclairage électrique.

Lorsque ma génération a eu des enfants, la tradition des séjours en septem­bre a continué, et nous avons été jusqu'à 25 personnes à loger dans la maison. Maman gouvernait fort bien son domaine ; il est bon de dire qu'on avait à l'époque de l'aide ménagère, et il n'y a jamais eu de heurts.

Belles-filles, gendres, enfants et petits-enfants ou cohabitaient qui se succédaient ont gardé de beaux souvenirs de cette époque. De nombreuses photos rappellent des belles réunions au cours desquelles nous avons fêté successivement les noces de vermeil et les noces d'or de nos parents.

François a parfois aidé aux vendanges quand il avait environ quinze ans. Mais, une année, il y a eu des protestations du chef de la "colle" (équipe familiale) qui travaillait chez mon père, parce que François cou­pait le raisin trop vite et que les autres ne voulaient pas le suivre.

Un été, Michel qui dessinait bien, a fait de jolies encres de Chine qui me rappellent le MAS en 1938. Elles sont au Rabugas.

Papa aimait causer séparément avec les uns et les autres, et les recevait dans son "Cabinet" au premier étage.

Il organisait aussi, chaque été, bien avant que tout le monde ne le fît, une ou deux belles courses en auto dans les Cévennes, empruntant des rou­tes nouvelles ou recherchant les pistes qu'il avait suivies lorsqu'il était enfant et qu'il allait à pied du Campet à l'Aigoual. Il marchait encore beaucoup dans sa vieillesse. Son pas et le bruit de sa canne sur le gra­vier du petit jardin, le sifflotement par lequel il me disait bonjour lors­qu'il s'arrêtait sous la fenêtre de ma chambre pour noter les températures au thermomètre du grand platane, restent gravés dans ma mémoire et dans mon cœur.

Je descendais le retrouver pour aller déjeuner au petit jardin ou causer avec lui. Il nous parlait parfois de sa vie ou nous questionnait sur la nôtre. Il commentait aussi les évènements de l'actualité politique, prévoyant les effets de certaines fautes. Ainsi, en 1925, lorsque l'Europe se relevait péniblement des ruines de la pre­mière guerre mondiale, il disait qu'il fallait que les Alliés s'enten­dent pour aider l'Allemagne à se relever sinon qu'il s'en suivraient des catastrophes. Il avait constaté, lorsqu'il était dans la Ruhr en 1923, qu'on pouvait travailler avec les Allemands plus facilement qu'avec d'autres, les AngloSaxons en particulier.

Je le revois aussi, au moment du désastre de 1940 et de l'installation au pouvoir du Maréchal Pétain. En marchant de long en large dans le petit jardin, il hochait la tête et disait : "Je ne comprends pas... je ne comprends pas... Pétain a fait de grandes choses. Maintenant il est trop vieux (76 ans) on le manœuvrera... Il arrête les combats par l'Armistice mais il ferait mieux de dire comme Thiers en 1871 à Bismarck : "Monsieur le Chancelier, prenez la France" ! Les Allemands ne peuvent pas occuper toute la France ; en la partageant on divisera les Français Tout cela est très grave"...

Comme mes grandsparents, mes parents sont restés de plus en plus longtemps chaque année au MAS et pendant la guerre, entre 1940 et 1945, ils s'y sont retirés toutàfait. Ils ont hébergé très longtemps toute une famille de Belges réfugiés. Ils ont logé à Nîmes un homme mystérieux qui devait faire partie du 2ème Bureau, et au Mas de Coste un ouvrier agricole qui a fait la moisson, mais qui devait faire bien autre chose étant données sa culture générale et ses connaissances en langues et en télécommunications. Il a disparu un jour, comme le premier, et on n'en a plus rien su.

Leur vie au Mas de Coste était très active. On essayait de trouver sur place un peu de subsistance. Papa faisait cultiver quelques pommes de terre, des fèves, des vesses.

On ramassait tous les fruits, les salades et les poireaux des vignes.

Ils avaient chaque jour une tasse de lait de chèvre que l'on buvait avec du café de glands grillés. Enfin, ils avaient vers Noël deux demi cochons élevés par le bayle qui en engraissait deux. Je dis bien deux demis et pas un entier, vous comprenez pourquoi : les cochons n'engrais­sent pas toujours également et il fallait être juste dans un temps de grandes restrictions. J'ai assisté une fois à tout le rituel de la charcuterie faite à la maison avec les femmes du village. Cela a été sensa­tionnel, le cochon pesait 200 Kilos.

Donc, à la fin de sa vie, toute la vieille sagesse antique et terrienne de notre père s'est manifestée. Devant le désastre il est revenu à ce qui ne passera jamais, à la terre d'où toute vie et tout renouveau découlent.

Nous avons au MAS un tombeau de famille, comme cela se fait dans la ré­gion. C'est une survivance des persécutions religieuses. A l'époque de ces persécutions, on enterrait ses morts dans la bergerie parce que le cimetière était fermé aux protestants. Mon père est mort au MAS en janvier 1945. Il a connu la libération de la France, mais non la fin de la guerre. Il y est enterré ainsi que ma mère décédée à Nîmes en janvier 1956.

Mes grands-parents COSTE (Gustave et Marguerite (née de Billy) s'y trouvent également, de même que notre frère Henri, mort prématurément en 1933.

8.13.3 - Le Mas de Daniel et Inès

À présent, un coup d'œil vers l'avenir!...

Mon frère Daniel qui a hérité du MAS, continue à y recevoir ses enfants et petits-enfants à Pâques et pendant les vacances d'été. Mais avec Inès il y vient aussi souvent en cours d'année car ils y ont fait beau­coup d'aménagements nouveaux et nous sommes heureux de voir combien Inès, qui n'est pas du pays, y est attachée.

Mais l'époque a changé, le style de vie également, il s'en est suivi beaucoup d'améliorations dans la maison et les environnements.

Un glissement de terrain ayant ébranlé l'aile de la grande salle à manger, il a fallu la démolir et la reconstruire après avoir établi des fondations solides.

Ce gros travail a été fait avec goût et l'unité de cette partie de la maison a été rétablie. Ils ont au MAS, à présent, en plus des salles basses, un grand salon bibliothèque très lumineux qui a la vue à l'Est sur le village et la plaine de Cannes. La bibliothèque a été faite avec de belles portes sculptées du XVIIIème siècle, qui viennent de la maison Delon de St. André de Valborgne, et qu'ils ont pu racheter. Avec la cheminée spacieuse où l'on peut brûler d'énormes bûches, et de bons fauteuils, cette pièce est très belle et confortable.

Les salles basses ont été rénovées et pavées de dalles claires. On a aussi transformé le premier étage des chambres avec des lavabos et des salles de bains. La cuisine et les dépendances ont un équipement moder­ne grâce à l'adduction d'eau du VIDOURLE de 1958.

Avec l'aide de Denis COSTE, un des fils de Marcel, qui est architecte paysagiste, Daniel a beaucoup fait planter d'arbustes et de fleurs viva­ces qu'Inès soigne avec compétence. Il a fait discipliner ce qui existait, nivelé certaines terrasses et planté beaucoup de cyprès.

Dans la propriété de Castignargues qu'il a remembrée en achetant ou en échangeant des terres, il a fait faire un travail énorme pour pouvoir met­tre en culture des champs de blés durs dans des parties abandonnées aux bois. Les bois sont loués comme chasses à des personnes d'Alès.

Nous aimons toujours aller au MAS où l'on est si bien accueilli.

Autour de la vieille maison qui ne change guère sous ses métamorphoses, les paysages, la lumière, l'air, les senteurs parfumées des plantes me reportent, quand j'y suis, à toutes les périodes heureuses de ma vie et il me semble parfois que ceux qui n'y sont plus y vivent encore.

Lasalle Paris 1970

8.14 - La branche aînée

La descendance du frère aîné de mon grand-père Henri Coste décédé en 1871, a continué à habiter le Château et à gérer la propriété tout en habitant une partie de l'année à Nîmes.

Ravagées par le phyloxéra entre 1860 et 1870, les vignes de toute la région ont dû être arrachées. De nouvelles espèces, le greffage et de multiples traitements ont compliqué et rendu plus onéreuse la cul­ture du raisin et les années ont été très dures.

Gustave Coste, fils d'Henri, avocat à la Cour et vivant à Nîmes, a été Président de la Sté d'Agriculture du Gard où il a défendu la cause des vignerons du Midi de la France. Il avait épousé Lucie Boissier, fille d'un banquier de Nîmes. Ils ont eu deux fils : André, mort jeune dans un accident de motocyclette, le cadet Marcel Coste sorti de l'Institut Agronomique de Paris, a épousé Geneviève Nègre, fille de Max Nègre, Inspecteur Général des Eaux et Forêts, et de Mme, née Donnedieu de Vabres. Ils ont eu quatre enfants, et leurs nombreux petits enfants viennent chaque année à Cannes.

Ces cousins restent proches, parce que nous les voyons tous les ans.

8.15 - Le Campet

C'est ainsi que "Le Campet" a été la maison de famille de ma grand-­mère Marguerite de BILLY COSTE qui était la fille d'Édouard et de Louise de BILLY-PIEYRE.

Bonne-maman nous racontait que vers 1846 il fallait plusieurs jours pour faire le voyage de Strasbourg à Lasalle. On roulait en diligence en s'arrêtant aux relais et l'on descendait le Rhône en bateau sur la partie qui était navigable.

Mariée, ma grand-mère a continué à aller au Campet, et mon père, petit garçon, s'y retrouvait avec ses cousins germains : Édouard et William, fils d'Alfred de Billy, et Robert, fils de Charles. Il y a passé, avec sa mère et ses deux sœurs, Louise et Juliette, l'hiver rigoureux de 1870-1871, pendant que son père, le Colonel COSTE était aux Armées.

En 1872, Édouard de Billy avait agrandi sa propriété.

Toujours à la recherche d'eau, il voulait en chercher dans le Vallon de Rouveyrac, et il acheta la ferme du RABUGAS. C'est à ce moment là qu'il capta sur le versant Ouest de Rouveyrac la belle source qui alimente le Campet.

Sa propriété comprenait alors les fermes suivantes : Le Campet, les Finiels, La Borie, Rouveyrac, Mayestre et le Rabugas. J'ai retrouvé dans les archi­ves du Rabugas des comptes qui font état des revenus de ces fermes en 1884, alors qu'on les avait mises en valeur par des travaux et qu'elles étaient cultivées et prospères.

La Maison du CAMPET, très bien meublée, était devenue la résidence de notre arrièregrandmère depuis son veuvage. En effet, le 4 avril 1874, Édouard de BILLY avait été la seule victime d'un accident de chemin de fer, dans la Tranchée de Périgny, à 5 km de Dijon.

Je dois ajouter qu'il avait été Ingénieur Conseil dans plusieurs Compagnies de Chemins de Fer et voyageait beaucoup. Cette arrière grand-mère vivait donc à Lasalle avec sa vieille gouvernante qu'on appelait "TABTA" en s'occupant de ses fermes et en faisant très soigneusement entretenir les alentours de sa maison. Une belle terrasse fleurie l'entourait. Dans le petit bois, on avait tracé des sentiers et placé des bancs de pierre, des murs longeaient les routes et l'on sentait partout une pré­sence attentive et constante.

Elle recevait beaucoup les familles des environs.

En 1956, son arrière petit-fils, le Pasteur Edmond de Billy, propriétaire actuel du Campet, a réuni avec sa femme Anne-Marie, née Couve, (tante Annie) toute la descendance d'Édouard de BILLY pour fêter le centenaire de la Maison.

Je n'ai pas pu être présente à cette réception car Maman était très malade et j'étais partie d’urgence la veille avec mon mari pour le Mas de Coste, mais on m'a fait des récits de la fête.

J'ai su qu'Henri Teissier du Cros, qui vivait à Mandiagues, avait écrit avec beaucoup d'esprit une saynète en plusieurs tableaux que l'on a jouée sur la terrasse du Campet. Les acteurs déguisés en costumes de l'époque souvent retrouvés dans les greniers, représentaient : Édouard de Billy (Jean Donnedieu de Vabres), sa femme (Jacqueline Cazalis) quelques enfants, ceux d'Edmond et aussi Nicole Bonnet. Ils retraçaient en les jouant quel­ques épisodes de la vie de leurs arrière grands-parents.

8.16 - Lasalle

LA SALLE (ancienne orthographe : en deux mots)

Le père de Bonne-maman COSTE, Édouard de BILLY (1802-1874), fils du second mariage du Général de Billy (1768-1806) fut élevé par sa mère née Barbe SAUM, puisque son père fut tué à la Bataille d'AUERSTAEDT, en 1806. Ils habitaient Strasbourg.

Il fit ses études secondaires au Collège à Genève, en étant pensionnaire, chez M. TOPPFER, avec d'autres jeunes gens de la société aristocratique. -­M. Toppfer était le père du dessinateur et auteur des albums célèbres (M. Jabot, M. Vieux Bois, etc...) le précurseur des bandes dessinées actuelles.

Doué d'une grande intelligence et travailleur, il entra à l'École Poly­technique et en sortit dans le Corps des Mines. Il y fit une très belle carrière, débutant en Alsace dans le Haut Rhin, puis à Strasbourg, puis à Paris, avec une interruption de deux années pendant lesquelles il fut chargé de rétablir la situation de la Cie des Forges et Fonderies d'Alès (Gard).

En Alsace, il fut chargé de la confection de la carte géologique des Vosges. (Soixante ans plus tard, mon père, son petit-fils, devait faire celle du bassin minier de Saint-Etienne).

Fervent géologue, Édouard de Billy était aussi un passionné de la monta­gne. Ces deux passions s'alliant fort bien, il fit de nombreuses ascen­sions dans les Pyrénées, dans la région de Chamonix et en Suisse.

Membre du Club Alpin suisse, il contribua à fonder le Club Alpin français dont il fut le Président en 1867. Il avait présidé aussi, en 1859, la Sté Géologique de France, travaillant à la carte géologique de France et publiant de nombreux travaux.

Enfin, pendant la guerre de 1870, après les premiers désastres, il revint à PARIS et subit le siège de la ville par les Prussiens. Il fut un des organisateurs de la Croix Rouge et allait relever et ramener les blessés du camp retranché, avec ses services. Par la suite, il posa les bases de l'organisation des services de la Croix Rouge française en temps de guerre.(1)

Il avait épousé, en 1831, Anne Louise Alix PIEYRE, fille du Baron Adolphe PIEYRE qui avait des propriétés à Lasalle, entre autres SOULAGES et MONTREDON.

Louise PIEYRE, mon arrière grand-mère (qui a peint le panaroma du CAMPET qui se trouve au Rabugas) avait reçu en dot plusieurs fermes dont celle du CAMPET. Après son mariage, alors qu'elle habitait Strasbourg, elle revenait à Lasalle en général tous les deux ans, car c'était loin, en été avec sa famille, pour y retrouver ses parents. Comme elle était très atta­chée aux Cévennes, son mari fit construire, en 1856, une maison sur les terres du CAMPET

Quelques hommes éminents, tels que l'Anglais BESSEMER, l'inventeur du four qui a modernisé la fabrication de l'acier, et Henry DUNANT le fondateur de la Croix Rouge, étaient aussi représentés.

Billy avait fait, en effet, un séjour en Angleterre pour y établir un rapport sur le Procédé Bessemer, séjour qui avait été financé par Napoléon III (1868). Et il avait été en rapport avec Henry Dunant pendant et après la guerre de 1870, comme je l'ai raconté plus haut.

La réception d'août 1956 fut très réussie, la relation en a été faite dans le Livre d'Or du Campet.

8.17 - Le Rabugas

rabugas.jpg

Le RABUGAS en 1956

fammi.jpg

Retour de Captivité et de la guerre - 15 septembre 1945

1_13.jpg

Treize ans plus tard, en 1958. (photo en attente)

LE PETIT REDARES dit LE RABUGAS

Ma grand-mère COSTE de BILLY reçut de ses parents la ferme du RABUGAS, et son frère Charles celle de MAYESTRE ;

Alfred de BILLY, l'aîné, eut la partie importante de la propriété et la maison du Campet.

"LE RABUGAS" situé au Col du Rédarès et qui, sur le cadastre de Lasalle s'appelle "LE PETIT REDARES" était en mauvais état au moment de l'achat (en 1872), mais on y a fait d'importants travaux.

Mon grand-père, le Général, a recherché et fait capter la source du Col et l'a amenée à la fontaine. On a fait plusieurs "gourgues" (bassins qui retiennent les eaux des sources) et des petits canaux d'irrigation nommés : AYGUEJETS (1). Il a fallu aussi construire "le grand TANCAT" un mur de soutènement très important qui maintient la terre et canalise le ruisseau qui descend de la montagne de Colognac.

D'après les comptes de Bonne-maman Coste, le fermage était de 1000 F. or par an en 1900, auxquels s'ajoutaient des redevances en nature, poulets, œufs, pommes de terre, châtaignes fraîches et sèches, et pommes (quand il y en avait). À certaines époques, deux ménages logeaient dans la ferme, les cuisines étaient dans les lieux où elles sont à présent.

Plusieurs hommes travaillaient la propriété, les châtaigniers étaient cul­tivés, les fruits ramassés se vendaient bien. Il y avait beaucoup de mû­riers et, chaque printemps, la campagne des vers à soie apportait de l'ar­gent dans le pays et du travail dans les filatures de Lasalle.

Mais après la guerre de 1914-1918, tout a commencé à péricliter. A notre époque, les fermes du pays ne permettent plus à une famille de vivre. D'où l'exode des paysans vers les villes, les usines et l'administration (postes, chemins de fer) et la mutation de la région vers une autre voca­tion : celle des vacances et du tourisme.

LE RABUGAS m'a été donné par Bonne-maman COSTE qui était aussi ma marraine, en "avance d'hoiries" en 1918, lors de notre mariage. Avec une sorte de prémonition elle m'a dit à ce moment là : " Robert et toi vous êtes des déracinés car vous serez amenés à changer de résidence. Je veux que vous ayez des racines quelque part .... Peut être qu'un jour vous aurez à Lasalle une maison où vos enfants se retrouveront .... "

C'est en 1940 seulement que nous avons aménagé les trois pièces sous le toit qui nous étaient réservées dans le bail et qu'elle m'avait bien re­commandé de conserver.

Michel et moi vivions cet hiver là à Montpellier, chez ma sœur Françoise CHAZEL dont le mari était à la guerre, de même que Robert et François.

Les travaux très simplifiés : fenêtres plus grandes, cheminée, sols, plafond, plâtres et W.C. furent commencés le 1er mai. Il n'y avait encore ni eau, ni électricité. Six semaines après, j'avais pu y faire apporter un mobilier sommaire et le 20 juin 1940 nous nous y sommes réfu­giés au moment où les armées allemandes déferlaient sur le Nord de la France.

Paris était occupé et Robert et François, aux Armées, étaient pris dans la retraite.

C'est au Rabugas que mon mari est venu nous retrouver, au début d'août, après avoir été jusqu'en Dordogne depuis les Ardennes belges. C'est là aussi que nous avons appris par un télégramme (comment est-il passé ?) que François avait été fait prisonnier à RENNES, en Bretagne.

À partir de ce moment, Robert s'est beaucoup intéressé à Rabugas. Il préférait les Cévennes au Tarn de la Montagne Noire, à cause de leur cli­mat sec et ensoleillé. Il trouvait que la jeunesse avait la chance de trouver sur place beaucoup de cousins et d'amis.

Il a même refusé l'héritage de "La Borie d'Espérausses" pour se consacrer à cette maison là et pendant tout le reste de sa vie, chaque année il y a fait d'importants travaux.

Bien avant sa maladie, il avait décidé que nous achèterions une concession au cimetière de LASALLE. C'est là qu'il a été déposé après sa mort, le 28 juillet 1963. Pour rappeler son pays du Tarn, nous avons fait poser sur le caveau une dalle en granit du SIDOBRE (2)non polie, ornée d'une simple croix.

Le RABUGAS a été repris par MICHEL BONNET, notre second fils, après entente avec FRANCOIS, lors du partage anticipé de nos biens en 1962 Notre fils aîné et sa femme née Geneviève LESTRINGANT, ont craint que la maison qui avait encore besoin de remises en état, ne soit une trop lourde charge pour un pasteur, et ils ont préféré les capitaux aux terres.

Michel s'était attaché à la propriété en s'en occupant avec son père, dès 1940. C'est lui qui faisait les plans des projets de travaux en y ajou­tant ses idées et son goût.

François, à ce moment, était en captivité en Allemagne jusqu'au mois de juin 1945.

De son côté, ELIANE née COUSIN, aimait le pays où elle avait de la famille et des amis, elle était apparentée aux BILLY par sa mère et avait vécu au Campet pendant l'hiver 19391940.

Et c'est là que Michel a fait sa connaissance.

Aujourd'hui, en 1970, il n'y a plus de fermier au Rabugas depuis cinq ans. Trois appartements, qui peuvent être distincts, sont aménagés et le quart de la propriété, environ cinq Hectares, a été reboisé en cèdres, en pins et en peupliers.

Le Rabugas, été 1970

Rabugas ou Rabrougas doit signifier "rabougri" en langue d'oc.

Le rédarès ou Ré d'Arès (3)ou Rey d'Arez (orthographe ancienne sur des vieux baux.)

1 | s'écrit aussi "AIGATGES" (c'est, sans doute, l'orthographe phonétique)

2 | plateau non loin d'Espérausses où l'on exploite un granit admirable qui sert pour les pierres tombales et les bordures des trottoirs.

3 | Pour plus de détails, voir les albums de photos et l'Historique de Rabugas, année après année depuis 1940.

Voir "Les feux de la colère", de Max Olivier Lacamp, page 29

Enregistrer

8.18 - Les Bovet

La Fabrique de VAUVILLER à BOUDRY Canton de Neuchâtel (Suisse)

Les BOVET sont originaires de FLEURIER, village du Val de Travers, dans le Jura suisse. La maison familiale a été construite au XVIIème siècle par Claude BOVET VAUCHER (1).

1728 - 1795

Son fils, Jean Jacques François BOVET 1728-1795, quitta Fleurier et s'engagea dans la Maison DUTASQUIER comme coloriste (2) puis s'associa avec Claude Abram Du Pasquier sous la raison : Du Pasquier, Bovet et Cie.

À Cortaillod, il épousa Catherine Elisabeth BOVET, de Faoug. Il y vit naître tous ses enfants et mourir sa compagne.

À son veuvage, il s'installa à AREUSE où il avait une maison, puis il acheta la maison de campagne de Jean Louis Pourtalès, ravissante maison du XVIIIème siècle, qui existe encore.
L'Indiennage reprenant un nouvel essor, il acheta la "Fabrique de VAUVILLER, derrière BOUDRY” à la sortie des gorges de l'Areuse.

La fabrique comprenait l'impression à la main des "indiennes" (cretonnes ou toiles) mais aussi des ateliers de dessinateurs et de chimistes. Au début la fabrique travaillait à façon pour Pourtalès et Cie. Plus tard, la succession fut reprise par la famille : Jean Jacques, le père, deux fils et deux gendres. Elle avait des entrepôts pour la vente en Italie, en Autriche, en Allemagne et aux Pays Bas. Les fils faisaient de nombreux voyages pour obtenir des commandes.

1756 - 1811

L'aîné, Jean Jacques BOVET intelligent, joyeux luron, d'une vigueur peu commune, était joueur et dépensier. Avant son mariage, il organisait des parties de traineaux, des jeux, des "surprise parties" de l'époque avec pique nique que l'on allait manger chez des amis.

Il épousa Marie PARIS de Peseux, protestante morave d'une foi profonde, qui eut sur son mari une grande influence.

Un jour, Jean Jacques apporta à sa femme ses cartes à jouer en lui disant que dorénavant il renonçait au jeu "pour ne pas être d'un mauvais exemple à son fils qui grandissait".

Il utilisait sa fortune à construire. Il reste entre autres une maison à COLOMBIER qui s'appelle "LE TINTABENET", toute ornée à l'intérieur de peintures, de fresques sur lesquelles on retrouve les motifs d'impression des Indiennes.

En 1805, son beau frère David ROBERT fonda une maison qu'il transporta à THANN, en Alsace.

1851

Le fils de Jean-Jacques, Claude BOVET lui succéda. Il épousa Suzette FELS, très jolie avec ses boucles blondes, et fille d'un pasteur de St. Gall.

Claude, esprit très fin et musicien (on le voit petit garçon tenant son violon, sur un tableau de famille qui était à Valentigney).

Claude, donc, en 1800 modernisa sa fabrique par les "mécaniques à rouleaux" qui imprimaient des motifs d'une seule couleur. Mais les guerres de Napoléon Ier bouleversaient le commerce européen, puis l'invasion des produits manufacturés anglais sur tous les marchés amenèrent une grave crise économique.

En 1816 et 1817 ce fut l'interdiction d'exporter les toiles peintes en France, en Autriche et en Prusse. Les BOVET cherchèrent des débouchés vers l'Italie, en Lombardie, en Vénétie, en Sardaigne, avec une "contrebande organisée". Ils avaient aussi des comptoirs en Frise, en Bavière, en Pologne, en Hollande, au Levant et dans les pays d'Outre mer, en Argentine, à San Francisco, à la Nouvelle Orléans, à Melbourne. Il y eut une dernière période prospère entre 1830 et 1835.

Claude Bovet Fels, à la suite de la retraite de son frère Henri, s'associa avec ses deux fils Philippe et Charles, et son gendre Adolphe de Pourtalès.

Philippe hérita de GRAND CHAMP acheté par son père en 1840.

1811 - 1882

Charles BOVET, mon arrière grand-père, qui s'installa en 1845 à BOUDRY, y eut ses trois derniers enfants. Il avait épousé une aimable et douce jeune fille d'une ancienne famille bernoise, Françoise de MURALT.
Mais ce séjour à Boudry fut assombri par les soucis d'une industrie qui finissait. En 1855, la maison ferma. Charles la transforma en Société en commandite dirigée par plusieurs employés supérieurs : MM. Bréguet, Curchod, Evard et Welter.
Le 15 avril 1858, ils quittèrent la vieille maison de VAUVILLER et ils s'installèrent dans la belle propriété que venait de leur céder Mme de Roulet d'Owen, et la baptisèrent GRAND VERGER. C'est là, au bord du lac de Neuchâtel que ma mère, petite-fille, allait en séjour chez ses grands parents.
J'ai visité Grand Verger vers 1927. Il y avait un parc boisé où se trouvait encore une petite maison dans laquelle les enfants jouaient et où Maman et ses sœurs s'étaient amusées.

La propriété a été vendue à la succession de Charles Bovet et a passé depuis par d'autres mains.
Alfred BOVET, un des fils de Charles, pour se "recycler" sans doute et trouver une autre voie, vint faire un stage aux usines PEUGEOT à VALENTIGNEY (Doubs).

Il y fit la connaissance de Berthe, la fille d'Emile PEUGEOT.

Ils se plurent et s'épousèrent en 1864.
Ma mère, Juliette BOVET, fut leur troisième enfant,

(voir la suite à Valentigney)

1 | d'après "Les Indiennes Neuchâteloises" de Dorette BERTHOUD éd. à la Baconnière BOUDRY, Suisse. (Philippe COSTE possède le livre).

2 | dans l'Industrie des Indiennes, artisans ou artistes créaient les modèles de dessins en couleur, qu'on imprimait à la main avec des moules en relief, en bois un moule pour chaque couleur.

8.19 - Mes arrière-grands-parents maternels

Mon arrière grand-père PEUGEOT était l'un des fils de Jean-Pierre Peugeot, 17881852, qui en 1810 avait transformé en une fonderie d'acier son moulin à blé des bords du GLAND, un affluent du Doubs. Le cours d'eau fournissait la force motrice. On y fabriquait des ressorts et des scies par laminage. En 1820, on comptait 70 ouvriers dans cette fabrique de SOUSCRATET, près de TERRE BLANCHE.

Les débuts furent difficiles, mais les ateliers se développèrent avec d'au­tres fabrications : outils de toutes sortes, tondeuses, fourches et moulins à café.

Émile PEUGEOT avait épousé en 1845 Minna EHRMANN, de Strasbourg. Le jeune ménage habitait encore à côté de cette petite usine à La CHAPOTTE(1) quand leur fille aînée BERTHE, ma grand-mère, naquit en 1847.

Mais déjà en 1846 Émile PEUGEOT avait acheté avec son frère Jules, une aciérie peu prospère sur les bords du Doubs, à VALENTIGNEY, où ils dévelop­pèrent la fabrication de la quincaillerie. C'est l'origine des Usines Peugeot de Valentigney dont ils restèrent seuls propriétaires en 1851. Ils s'instal­lèrent près de l'Usine. L'idée ingénieuse de faire en acier souple les sup­ports des crinolines à la mode sous le Second Empire fit prospérer l'usine qui, en 1861, comptait 1.500 ouvriers, ce qui à l'époque était beaucoup. En 1857 l'expansion continua avec l'achat du Moulin de BEAULIEU où se créèrent des ateliers qui, en 1887, montaient les "bicyclettes à hautes roues motrices" auxquelles succédèrent les "bicyclettes" que l'on appelait, au début, "vélocipèdes" puis sous l'impulsion d'Armand Peugeot, le fils d'Émile, en 1892, les voitures sans chevaux "quadricycles à gazoline", la première auto­mobile.

Déjà à l'exposition de 1889, la Maison Peugeot avait envoyé un "tricycle à vapeur"(2).

L'industrie de l'automobile venait de naître et se développa, d'abord à AUDINCOURT, puis à SOCHAUX.

Émile Peugeot ne fit jamais de politique. Toutefois, nous savons qu'en 1852, lors du Plébiscite, il réunit ses ouvriers, puis il monta sur un tonneau et leur dit qu'ils étaient libres de voter comme il leur plairait mais que lui-même il voterait "NON".

En 1867, on créa la première "Coopérative d'Alimentation" appelée "La Fraternelle" où les ouvriers pouvaient trouver des denrées alimentaires à bon compte et recevaient en fin d'année une ristourne sur les bénéfices.

Ma grand-mère racontait que son père avait été désolé le jour où il avait appris qu'on y vendait des fards et du rouge à lèvres ....

En 1876, enfin, fut créée une "Caisse de Retraites".

Toutes ces initiatives instaurées au début par les patrons les plus humains furent ensuite reprises, bien plus tard, par la Sécurité Sociale et étendues à tous.

Mais Émile PEUGEOT mourut brutalement d'une attaque en 1874. Son fils, Armand Peugeot et son gendre Alfred Bovet lui succédèrent comme Gérants de la Maison, ainsi que plus tard son petit-fils Philippe BOVET.

La descendance du frère d'Emile, c'est-à-dire de Jules PEUGEOT, comptait aussi plusieurs gérants dans cette affaire de famille qui n'avait encore pas fait appel à des capitaux étrangers.

À la suite de la mort d'Alfred BOVET, en 1900, puis du décès de Philippe BOVET, en 1906, puis par l'élimination d'autres hommes de la famille, Armand Peugeot, puis les fils de Philippe Bovet et enfin les frères de Robert Peugeot et de leurs enfants. ROBERT PEUGEOT conserva la direction de l'affaire pour lui et ses fils. Il vaut reconnaître que, malgré son manque de scrupules, il la mena fort bien.

Néanmoins, c'est à Émile PEUGEOT que la municipalité de VALENTIGNEY a érigé un buste sur la place du village qui porte son nom.

Minna EHRMANN 1818-1893 qu'Émile Peugeot avait épousée en 1845, était issue d'une bonne famille protestante de Strasbourg(4). Elle avait une personna­lité marquée car, avant on mariage, elle avait contribué auprès du Pasteur HAERTER, à fonder la Maison des Diaconesses de Strasbourg.

Elle a aussi apporté ses qua1ités de chrétienne sociale dans sa vie de femme d'industriel en créant à Valentigney un hôpital, l'Hôpital du ROCHER tenu par des diaconesses où l'on soignait le personnel des usines.

Elle avait aussi organisé la première "Salle d'Asile" c'est-à-dire une École Maternelle avant la lettre, où l'on s'occupait des petits enfants des mères qui étaient obligées de travailler.

Grand-mère MINNA, comme on l'appelait, était une femme instruite et d'une grande distinction. Ma sœur Gabrielle Pieyre de Mandiargues possède à NIMES un très joli portrait de Minna Ehrmann, fait avant son mariage. Ses parents possédaient à Strasbourg une belle maison : La Cour d'ANDLAU dont sa fille Berthe, notre grand-mère, nous a parlé jadis.

Maman chérissait sa grand-mère qui était mourante au moment de son mariage (le 3 octobre 1893). Quand le jeune couple vint prendre congé d'elle, avant de partir en voyage de noces, ma mère m'a raconté qu'elle était en larmes lorsque l’aïeule leur donna sa bénédiction. Effectivement, quand ils revinrent de leur voyage en Italie, ce fut pour assister à son enterrement.

Paris 1970

1 | d'après les souvenirs de Lirette Dieterlin MOREL

2 | en 1890, un homme gagnait 4,50 F par journée de 10 heures, une femme gagnait 2,50 F par journée de 10 heures, un enfant gagnait 1,25 F par journée de 10 heures,

3 | d'après Louis RENARD "Nouvelle Histoire du Pays de Montbéliard" p. 260 et suite. C'était l'époque de la première expansion industrielle. Mais à côté de ses qualités d'homme d'affaires, Émile PEUGEOT était un pa­tron social. Il faisait partie de ce groupe d'industriels alsaciens éclai­rés qui fut appelé : l'Ecole de Mulhouse. Il fut un des premiers à diminuer la journée de travail ramenée de 12 heures à 10 heures (en 1851). Puis en 1853 fut créée la "Société de Secours Mutuel". Grâce à de faibles cotisations, (retenue mensuelle de l,50 F) les soins des médecins et les médicaments étaient gratuits. Il y avait aussi une assurance contre les accidents.

4 | EHRMANN signifie en allemand : Homme d'honneur. D'origine israélite et converti au protestantisme, un ancêtre très lointain avait acquis ce nom à cause de sa probité. Grand-maman Bovet racontait que, contrai­rement à certains juifs, cet ancêtre n'avait pas changé plusieurs fois de religion pour toucher des sommes d'argent, comme cela s'était fait à une certaine époque, car les communautés catholiques et protestantes s'étaient disputé les prosélytes à coups d'arguments financiers.

NOTA : L'armoire de Strasbourg du Rabugas, qui contient la vaisselle, m'a été léguée par tante Lucy Peugeot qui la tenait de sa mère MINNA.

valentigney.jpg

La Maison BOVET à Valentigney – Vers 1899 –

bovet.jpg

Mes grands-parents : Alfred et Berthe BOVET-PEUGEOT

Enregistrer

Enregistrer

8.20 - Valentigney

Il ne reste rien de la maison de mes grands-parents à Valentigney, maison où ma mère est née et a vécu jusqu'à son mariage, et où je suis née le 26 juillet 1894, de même que mon frère Henri, le 12 sep­tembre 1901.

Quand nous étions à St. Etienne, puis à Montceau-les-Mines, nous pas­sions tous les ans le mois d'août à Valentigney et quelque fois plus longtemps. La maison, dont j'ai quelques photos, a été démolie en 1914 je crois, pour permettre aux aciéries de s'étendre à sa place.

C'était une demeure spacieuse, construite au bord du Doubs ; un grand jardin l'entourait entre la rivière et la route que surplombait une falaise au dessus de laquelle se trouvait le plateau du Bannot.
Comme le voulait l'époque, il y avait plusieurs kiosques dans le jardin. Le plus grand, construit en bois, avec un plancher pour l'isoler du sol très humide, avait la forme d'un triangle dont le sommet serait arrondi. La base du triangle était à l'air libre et bien exposée au soleil. –

Tapissé de cretonnes, les indiennes de Boudry, avec des nattes sur le sol, meublé de quantité de sièges et de tables en rotin, c'était une sor­te de salon de plein air. Les "grandes personnes" s'y installaient pour lire, écrire, recevoir et papoter. On y prenait souvent le thé.

Ma grand-mère mettait un chapeau et des gants pour aller au jardin.­-

Mes trois tantes et ma mère, alors jeunes femmes et attendant des bébés, étaient à demi allongées sur des chaises longues. Quand j'avais cinq ou six ans, je les regardais avec étonnement s'arrondir sans bouger, ne faisant presque rien, sinon parler de poupons. Ma grand-mère a eu, en effet, vingt trois petits enfants.

Avec nos cousins Bovet et Dieterlin, nous avions trois institutrices, mais elles bavardaient souvent ensemble sans trop nous surveiller. Nous avons fait pas mal de sottises : pêches de verons à la bouteille, de têtards en pataugeant maraude au potager pour nos dinettes. Une fois, nous avons traversé le Doubs en nous mouillant tellement qu'on nous a punis en nous mettant au lit à quatre heures de l'après midi.

Le jardin était très bien entretenu, avec ses pelouses tondues, ses massifs géométriques de canas, glaïeuls, géraniums, bégonias, capucines, etc... ses bosquets de grands buis qui sentaient bon, ses charmilles, son croquet, son tennis, sa salle de gymnastique, un préau aux nombreux agrès.

Au bord du Doubs, on avait même construit un petit port où se trouvait amarrée une barque qui avait appartenu à ma mère. Au bout du jardin po­tager, les écuries avec les deux chevaux que Frédéric, le cocher, attelait quand on lui demandait une voiture. Je revois ce cocher avec son chapeau haut de forme à cocarde et son fouet dont il dirigeait le bout du manche sur le bouton de sonnette de la porte d'entrée pour prévenir de sa présence.

noel.jpg

Le grand salon où nous fêtions Grand-maman BOVET

ecole.jpg

11 août 1903

Il y avait COSENDEY, le domestique, qui nous interdisait de glisser sur les parquets trop bien cirés, et "Catherinette" la cuisinière, une femme du "Pays" très compétente et au mauvais caractère dont tout le monde avait un peu peur. Elle portait encore le "bonnet à DIAIRI. (1) Je ne parle pas des femmes de chambre, repasseuse et aides diverses.

Gottfried, le jardinier, apportait chaque jour les légumes et les fleurs. ‑ Nous étions très nombreux : 12, 18 et plus, avec une deuxième tablée d'enfants dans la pièce à côté de la salle à manger. ‑ Sans doute en souvenir de l'Alsace, ma grand‑mère appelait cette pièce la Wohnstube. Elle ne s'y tenait jamais mais, en cas de pluie, elle servait de nursery aux plus petits.

11 août

Le 11 août, nous fêtions chaque année solennellement l'anniversaire de Grand‑maman. ‑ Gottfried préparait à cette intention autant de bouquets qu'il y avait de petits‑enfants en âge de les apporter, en même temps que leurs vœux. Ces bouquets comportaient immanquablement au centre un glaïeul qui pointait vers le ciel, au‑dessous œillets, petits bégonias, marguerites plombagos s'étageaient en pyramide et se trouvaient encerclés de petites branches de sapin bien régulièrement disposées et entourées d'une dentelle de papier.

C'était l'occasion pour chaque enfant de préparer un petit cadeau fait par lui‑même, d’apprendre, de réciter ou de jouer, qui une fable, qui un morceau de musique.

Nous avons chanté des petits chœurs, appris et joué des scènes des Femmes Savantes, de Cinna et même d'Athalie.

Après un grand déjeuner, on allait au Grand Salon où Grand‑Maman trônait sur son fauteuil pendant qu'oncles et tantes faisaient cercle autour d'elle. ‑ Chaque enfant, avant exécuté son numéro, recevait un tendre baiser pendant qu'on l'applaudissait, et déposait son bouquet aux pieds de sa grand‑mère.

Un peu plus tard, le photographe de Valentigney venait prendre un cliché du groupe de famille. J'ai une photo avec onze petits‑enfants seulement, mais quelques années après nous avons été plus nombreux puisque nous avons été 23 en tout.

Sa dernière fête fut célébrée à Valentigney en 1907.

Je me souviens d'avoir vu en 1905 les premières automobiles Peugeot. Cet été-là, oncle Philippe Bovet avait emmené plusieurs d'entre nous, dont j'étais, et j'avais 11 ans, faire un pique‑nique au Saut du Doubs. ‑ Il s'agit d'une chute d'eau assez impressionnante qui se trouve en Suisse à environ 120 kms. Nous étions dans une torpédo de course dont la vitesse de pointe était de 80 kms/heure. Les parebrises n'existaient pas encore et les routes n'étaient pas goudronnées, donc poussiéreuses en été. Il fallait voir l'accoutrement des gens lorsqu'ils partaient en voiture, avec des casquettes, des voiles, des lunettes et des cache‑poussière !

C'est aussi à Valentigney que toute petite j'ai parlé pour la première fois au téléphone ; cela m'a paru magique.

À Montceau cela m'a semblé tout naturel, nous étions déjà reliés par téléphone à Paris, un peu après 1900.

Oncle Philippe m'aimait bien et m'invitait très souvent à déjeuner au Bannot avec ses fils. Il y avait fait construire une maison magnifique, un château de style 1900 entouré d'un parc dont les arbres étaient en­core petits. Il y montait à cheval avec sa femme "en amazone". Elle était ravissante et je l'admirais quand ils sautaient tous les deux des obstacles.

Vers 11 ou 12 ans, nous avons joué des trios, ma sœur et moi avec Roger et Jean qui étaient musiciens. C'était amusant et pas mal du tout.

Nous allions aussi très souvent chez nos cousins Dieterlen dont le père était pasteur et qui logeait au village à "La Ville Dieu". Il y avait là trois filles avec lesquelles nous avons été très liées. Et puis, il y avait les cousins Duvernoy, les Seyrig, les enfants de Robert Peugeot qui habitaient au Bannot l'ancienne maison de l'oncle Jules. Plus tard, c'est Jean‑Pierre, un des fils de Robert, qui a racheté et habité la maison d'oncle Philippe Bovet au Bannot. Car la mort a tout disloqué.­-

Grand‑papa Bovet a brutalement succombé à une attaque d'apoplexie en 1900. ‑ Six ans plus tard, Philippe Bovet, son fils, est mort lui aussi, après une longue maladie. Des crises de rhumatisme articulaire et une pleurésie avaient atteint son cœur. ‑ Il a laissé derrière lui une jeune femme de moins de 30 ans et quatre petits enfants.

Deux, parmi les gérants de la branche Émile Peugeot avaient donc dis­paru. ‑ La branche aînée a évincé oncle Armand, le frère de grand‑ma­man, en lui prenant sa commandite parce qu'il avait momentanément des difficultés financières dans une autre affaire. ‑ À partir de ce moment, toute la politique de Robert a consisté à garder l'affaire pour lui et ses fils, et il est arrivé à ses fins.

Quoi qu'il en soit, notre grand‑mère, profondément attristée, a quitté "Le Pays"(2) quand sa maison lui a été reprise.

Je me souviens de l'année (1913) où ma mère avec une de ses sœurs, tante Renée Seydoux, a fait pendant plusieurs semaines des triages, des inventaires et des expéditions, pour vider une grande maison habi­tée plus de 60 ans, et dont l'occupant avait été collectionneur.

Il y avait, en particulier, trois pièces entièrement tapissées de bibliothèques de livres aux belles reliures et parfois d'éditions ra­res, ainsi qu'une bibliothèque musicale importante. Grand‑papa avait aussi une collection d'autographes qu'il a fallu faire expertiser (Le Bovet était réputé) et qui a été vendue.

Grand‑papa Bovet était très artiste et il avait une belle voix de baryton. Il était l'ami de plusieurs musiciens de son époque : Gabriel Fauré, Vincent d'Indy qui a donné à maman des leçons d'interprétation musicale en 1892 à Paris. Ces compositeurs venaient à Valentigney ainsi que Chabrier et Boëldieu. Il fréquentait aussi Richard Wagner et allait chaque année suivre la saison des Opéras à Bayreuth. Il possédait aussi de belles peintures de l'époque, françaises et suisses, entre autres des toiles de son cousin germain Edmond de Pury, qui sont à présent au Musée de Neuchâtel.

J'étais trop jeune à l'époque pour apprécier l'érudition, l'élégance la finesse de mon grand‑père ; mais j'ai recueilli bien plus tard les impressions de mes cousins Ernest et Henri Teissier du Cros qui étaient venus faire un séjour à Valentigney, peu après le mariage de mes parents. La vie y était agréable, confortable et même opulente. La conversation d'Alfred Bovet, son talent musical, la grâce de son accueil et tout le charme de sa personne retenaient ses nombreux amis. Il recevait aussi, bien entendu, la société cultivée de Neuchâtel, en particulier, son ami l'écrivain Philippe Godet.

Par contre‑pied peut‑être, Grand‑maman Bovet influencée par sa sœur Lucy et par son gendre le Pr. Pierre Dieterlen, avait glissé dans le piétisme. ‑ Ses filles ne dansaient pas, n'allaient pas au théâtre. Tante Mimi Rappard qui accompagnait son père au piano quand il chantait des airs d'Opéra de Wagner, a bien regretté plus tard de n'être pas allée avec lui à Bayreuth.

Grand‑maman reprochait à son mari ses fréquentations d'artistes et une légèreté certaine.

Après sa mort, elle a quitté Valentigney pour habiter Paris et retrouver sa fille aînée, tante Gabrielle Dieterlen qui, quelques années plus tard, perdait à son tour son mari le Pasteur Pierre Dieterlen que nous aimions beaucoup.

Grand‑maman a habité Paris, puis Lausanne, puis à nouveau Paris. ‑ Mais elle retournait parfois au "Pays" pour voir sa sœur Lucy, femme très pieuse et à l'esprit social. ‑ Elle vivait à Valentigney dans l'ancienne maison de sa mère, Grand‑mère Peugeot, qui s'appelait : "Le Rocher" parce qu'elle était presqu'adossée à la falaise du Bannot.

Tante Lucy Peugeot ne s'est pas mariée. Elle s'est consacrée toute sa vie aux œuvres sociales que son père avait créées, pour les ouvriers de ses usines, à l'époque tous gens du pays et protestants. Il y avait, comme je l'ai dit : La "Salle d'Asile" pour les petits enfants et l'Hôpi­tal du Rocher ‑ Mais elle a fait plus que du Service Social. Au moment du "Réveil" elle avait réuni la première Ecole du Dimanche de la Région et, plus tard, créé le mouvement des Unions Chrétiennes de Jeunes Filles ‑ U.C.J.F., dont Maman a fait partie.

Pour lutter contre l'alcoolisme qui faisait déjà des ravages, tante Lucy, la fille du patron, fut la première dans le Pays à signer un engagement d'abstinence avec le plus grand ivrogne du village qui fut sauvé. ‑ Cette signature fut suivie par celle du Pr. Pierre Dieterlen qui organisa ensuite à Valentigney une section de la Croix Bleue. Tante Lucy fut aussi un ferme soutien de la Société des Missions Evan­géliques de Paris.

Enfin en 1912, ma grand‑mère en vendant sa maison qu'elle quittait, en a laissé le prix à la Paroisse de Valentigney pour permettre de cons­truire deux salles paroissiales : celle de Beaulieu, en souvenir de son fils Philippe, et celle de Valentigney, en souvenir de son gendre Pierre Dieterlen qui avait donné 25 années de sa vie à la paroisse.

Les tombes d'Alfred Bovet et de son épouse sont au cimetière de Valentigney, ainsi que celle de leur fils Philippe.

12 bis rue du Val de Grâce 5ème.

Paris 1970

1 | Les "bonnets à diairi" portés par les femmes de Montbéliard tiraient leur nom du mot ancien "giairi" signifiant chignon. C'était un calot pour le chignon tombant sur la nuque. Ils étaient en velours, en satin, en moire, garnis de canetilles, de chenillettes en métal léger, de perles, de miroirs à facettes. Ils étaient noués sous le menton par un ruban ou un flot de mousseline. Pour travailler, Catherinette avait un diairi de toile fine. La femme qui le portait se nommait "la DIAICHOTTE" (d'après Louis Renard : Histoire du Pays de Montbéliard page 249)

2 | "Le Pays" sous entendu de Montbéliard.

Enregistrer

Enregistrer

8.21 - Arbres généalogiques

8.21.1 - Les Coste

D’après la notice du Général COSTE sur «Les COSTE du MAS de COSTE revue et complétée par mon père Émile COSTE. Se trouve au Mas.

Arbre généalogique fait d’après ces recherches par ma grand-mère : Marguerite COSTE de BILLY et qui est au Mas

Arbre_Coste.jpg

Arbre_Coste_2.jpg

Enregistrer

8.21.2 - Les Billy

D’après l’arbre généalogique de la famille qui est au CAMPET. Document établi par Jean PLANTE de BILLY

Arbre_Billy.jpg

8.21.3 - Famille Pieyre

D’après l’arbre généalogique de la famille conservé par Gabrielle PIEYRE de MANDIARGUES à Nîmes.

Pour la propriété quelques renseignements dans les archives du RABUGAS.

Arbre_Pieyre.jpg

8.21.4 - Famille Bovet

Il existe un arbre généalogique que j’ai vu enfant chez mon grand-père BOVET à VALENTIGNEY, et que détient son arrière-petit-fils, le fils Gaston BOVET. Je n’ai pas pu en avoir la copie.

Généalogie BOVET d’après le tableau de la «CAISSE de la Famille BOVET «communiqué à Philippe par Danielo BOVET.

Tableaux dans le livre de Dorette BERTHOUD «Les Indiennes Neuchâteloises»

Arbre_Bovet.jpg

8.21.5 - Ascendance Peugeot

D’après un catalogue édité par la maison PEUGEOT en 1954, qui donne un arbre généalogique très simplifié. Le document est dans les archives.

Les détails sur les usines se trouvent dans:

«La Nouvelle Histoire du Pays de MONTBELLIARD» par Louis RENARD, ancien Directeur de Cours Complémentaires écrite à l’usage des Professeurs de Cours Complémentaires des Maîtres des Collèges et des Collèges Techniques de la région. Préface de Marcel Duvernoy.

Arbre_Peugeot_1.jpg

8.22 - Descendants d’Emile et Juliette Coste

genealogie.jpg

Descendance d’Emile COSTE et de Juliette BOVET: 6 enfants,
19 petits-enfants,
67 arrière petits-enfants, (sans les alliés)
(Tableau fait en 1970)

1 - Émile COSTE(1864-1945) épouse Juliette BOVET (1872-1956)

1.1 – Marguerite COSTE (1894) épouse Robert BONNET (1889-1963)

1.1.1.François BONNET 1919 épouse Geneviève LESTRINGANT

1.1.1.1 - Dominique BONNET (1948)

1.1.1.2 - Olivier BONNET (1949)

1.1.1.3 - Claude BONNET (1949)

1.1.1.4 - Catherine BONNET (1955)

1.1.2 - Michel BONNET (1922) épouse Eliane COUSIN (le 9.06.46)

1.1.2.1 - Nicole BONNET (1947)

1.1.2.2 - Patrick BONNET (1949)

1.1.2.3 - Hubert BONNET 1952)

1.1.2.4 - Alain BONNET (1954)

1.1.2 - Gabrielle COSTE(1895) épouse Robert PIEYRE de MANDIARGUES (1885-1962)

1.1.2.1 - Jacqueline PIEYRE de MANDIARGUES épouse Jacques DADRE

1.1.2.2 - Pâquerette DADRE

1.1.2.3 - Hubert DADRE

1.1.2.4 - Sabine DADRE

1.1.2.5 - Fabiane DADRE

1.1.2.2 - Madeleine PIEYRE de MANDIARGUES épouse Bernard LESTRINGANT

1.1.2.2.1 - Philippe LESTRINGANT

1.1.2.2.2 - Christine LESTRINGANT

1.1.2.2.3 - Antoine LESTRINGANT

1.1.2.2.4 - François LESTRINGANT

1.1.2.2.5 - Frédéric LESTRINGANT

1.1.2.3 - Églantine PIEYRE de MANDIARGUES épouse François MOREL

1.1.2.3.1 - Nicolas MOREL

1.1.2.3.2 - Agnès MOREL

1.1.2.3.3 - Béatrice MOREL

1.1.2.3.4 - Catherine MOREL

1.1.2.3.5 - Dominique MOREL

1.1.2.4 - Françoise PIEYRE de MANDIARGUES épouse Daniel DOMMEL

1.1.2.4.1 - Florence DOMMEL

1.1.2.4.2 - Pierre DOMMEL

1.1.2.4.3 - Étienne DOMMEL

1.1.2.4.4 - Véronique DOMMEL

1.1.2.4.5 - Henri DOMMEL

1.1.3 - Daniel COSTE (1898) épouse Inès d’EICHTAL

1.1.3.1 - Valentine COSTE

1.1.3.2 - Gérard COSTE épouse Chantal ………et divorce

1.1.3.1 - Philippe COSTE

1.1.3.2 -Laurent COSTE

2ème mariage épouse Marie-Josée AIMARD

1.1.3.3 - Christine COSTE

1.1.3.4 - Anne-Sophie COSTE

1.1.3.3 – Béatrice COSTE épouse Jean SCHLUMBERGER

1.1.3.3.1 - Nicolas SCHLUMBERGER

1.1.3.3.2 - Martin SCHLUMBERGER

1.1.3.3.3 - Henri SCHLUMBERGER

1.1.3.3.4 - Guillaume SCHLUMBERGER

1.1.4 - Françoise COSTE (1899) épouse Pierre CHAZEL (1897)

1.1.4.1 - Henri CHAZEL épouse Sonia VISCHER

1.1.4.2.1 - Christian CHAZEL

1.1.4.2.2 - Sylvie CHAZEL

1.1.4.2.3 - David CHAZEL

1.1.4.2.4 - Nicolas CHAZEL

1.1.4.2 - Marthe CHAZEL épouse André VINARD

1.1.4.2.1 - Michel VINARD

1.1.4.2.1 - Philippe VINARD

1.1.4.2.1 - Catherine VINARD

1.1.4.3 - Alain CHAZEL épouse Francine PEIRA

1.1.4.3.1 - Anne CHAZEL

1.1.4.3.2 - Claire CHAZEL

1.1.4.3.3 - Colette CHAZEL

1.1.4.4 - Vincent CHAZEL épouse Edmée de LUZE

1.1.4.4.1 - Guillaume CHAZEL

1.1.4.4.2 - Ariane CHAZEL

1.1.5 - Henri COSTE (1901-1933) épouse Christine CUSENIER

1.1.6 – Philippe COSTE (1904) épouse Georgette SEYDOUX (1906)

1.1.6.1 – Jacques Henri COSTE épouse Geneviève Grand d’Esnon

1.1.6.1.1 - Emmanuel COSTE

1.1.6.1.2 - Elisabeth COSTE

1.1.6.1.3 - Delphine COSTE

1.1.6.1.4 - Olivier COSTE

1.1.6.2 - Roger COSTE épouse Catherine BOISSONNAS

1.1.6.2.1 - Bertrand COSTE

1.1.6.2.2 - Stéphane COSTE

1.1.6.2.3 - Mathilde COSTE

1.1.6.3 - Hubert COSTE épouse Noëlle PERROT et divorce

1.1.6.3.1 - Agnès COSTE

1.1.6.3.2 - Florence COSTE

1.1.6.3.3 - Christine COSTE

2ème mariage - épouse Michèle CRETEAU (1956)

1.1.6.3.4 - Sarah

1.1.6.3.5 - Conrad

1.1.6.4 - Mireille COSTE épouse Guy RAOUL DUVAL

1.1.6.4.1 - Antoine RAOUL-DUVAL

1.1.6.4.2 - Véronique RAOUL-DUVAL

1.1.6.4.3 - Didier RAOUL-DUVAL

1.1.6.4.4 - Philippe RAOUL-DUVAL

1.1.6.4.5 - Juliette RAOUL-DUVAL

1.1.6.5 - Ysabel COSTE épouse Michel WIDMER

1.1.6.5.1 - François WIDMER

1.1.6.5.2 - Patrick WIDMER

1.1.6.5.3 - Henri WIDMER

1.1.6.5.4 - Laurence WIDMER

1.1.6.6 - Thierry COSTE épouse Isabelle NOYER

1.1.6.6.1 – Bruno COSTE

1.1.6.6.2 – Vincent COSTE

1.1.6.6.3 – Xavier COSTE

1.1.6.6.4 – Cédric COSTE

 

Enregistrer

8.23 - Bibliographie

CANNES et CLAIRAN – Des origines à la Révolution Par Gustave COSTE (75 pages dactylographiées), chez Marcel COSTE

UNE FAMILLE de NOUVEAUX CONVERTIS en Cévennes (Les DELON de Saint André de Valborgne)

Les recherches et la rédaction de ce petit volume sont dues à mes grands-parents, Le Général et Mme COSTE née de BILLY (éd. En 1899 à Audincourt – Doubs)

Le Général de BILLY, sa vie, sa mort à AUERSTAEDT (1805) Notice sur M. Edouard de BILLY, Inspecteur Général des Mines.

Ces deux notices sont réunies dans une plaquette éditée pour la famille, par Marguerite COSTE née de BILLY et qu’elle m’a dédicacée en 1915

Les Feux de la COLERE de Max OLIVIER-LACAMP qui mentionne une ferme brûlée en 1704 au RE D’ARES, qui est certainement Le RABUGAS

Les INDIENNES NEUCHATELOISES de Dorette BERTHOUD à la Baconnière, BOUDRY, Neuchâtel, Suisse, Nouvelle HISTOIRE du PAYS de MONTBELLIARD par Louis RENARD, Professseur de Cours Complémentairesen retraite. Préface de Marcel DUVERNOY (Imprimerie Metthez Frères à Montbéliard (Doubs).

8.24 - Source des documents

Familles COSTE

4) D’après la notice du Général COSTE sur «Les COSTE du MAS de COSTE revue et complétée par mon père Emile COSTE. Se trouve au Mas. Arbre généalogique fait d’après ces recherches par ma grand-mère: Marguerite COSTE de BILLY et qui est au Mas De BILLY

5) D’après l’arbre généalogique de la famille qui est au CAMPET. Document établi par Jean PLANTE de BILLY PIEYRE 6) D’après l’arbre généalogique de la famille conservé par Gabielle PYERE de MANDIARGUES à Nîmes. Pour la propriété quelques renseignements dans les archives du RABUGAS BOVET

7) Il existe un arbre généalogique que j’ai vu enfant chez mon grand-père BOVET à VALENTIGNEY, et que détient son arrière-petit-fils, le fils Gaston BOVET.

Je n’ai pas pu en avoir la copie.Généalogie BOVET d’après le tableau de la «CAISSE de la Famille BOVET «communiqué à Philippe par Danielo BOVET.

Tableaux dans le livre de Dorette BERTHOUD «Les Indiennes Neuchâteloises»

PEUGEOT

8) D’après un catalogue édité par la maison PEUGEOT en 1954, qui donne un arbre généalogique très simplifié.

Le document est dans les archives.

Les détails sur les usines se trouvent dans:

«La Nouvelle Histoire du Pays de MONTBELLIARD» par Louis RENARD, ancien Directeur de Cours Complémentaires écrite à l’usage des Professeurs de Cours Complémentaires des Maîtres des Collèges et des Collèges Techniques de la région. Préface de Marcel Duvernoy.