7 – Mathilde Seydoux 1880-1971 et Edith Thuret 1890-1963


Elles sont les deux filles d’ Elisabeth Silhol du livre 5.
Ma grand-mère maternelle Mathilde, épouse du précédent a pendant près de 30 ans raconté ses journées. Mon frère Roger Coste a fait un résumé de ces souvenirs. C’est le document 7.1
Ma grand-tante, sa sœur, Edith, épouse Thuret, a fait un peu la même chose. Mon frère en a fait aussi un résumé. C’est le document 7.2 suivant.
J’ajoute deux autres textes rédigés par mon frère, l’un, 7.3 sur les mines de Bessèges et l’autre, 7.4, sur mon oncle Roger Seydoux.

7.1 - Carnets de Mathilde Seydoux

LES CARNETS DE MATHILDE - 1930 à 1970

LES CARNETS DE BONNE-MAMAN MATHILDE

Préface

Née en 1880, mariée en 1902 et décédée en 1971.

Bonne-maman a rédigé ses carnets tous les jours de 1938 à 1970.
Ces carnets étaient restés entre les mains de Nicolas Seydoux. Jacques, qui en connaissait l’existence, n’a pu en prendre connaissance qu’au printemps 2002 il les a photocopiés, puis me les a remis. Je vais m’efforcer d’en faire un petit résumé et de donner mes impressions principales pour que Jacques puisse en disposer pour son prochain livre.

Il y a quelques notions fortes qui frappent immédiatement et durablement le lecteur :
l’énergie et le courage, son absence d’émotion, ses insatisfaction et angoisse à propos du temps.

Tous les jours Bonne-maman notait le temps pour s’en plaindre :
- ou bien, il y avait trop de mistral ce qui, par temps froid, refroidissait la maison au point de la rendre inconfortable ; je pense que le bâtiment du château était naturellement mal isolé et laissait passer les courants d’air à tout va,
- ou bien, il faisait trop chaud ce qui avait pour effet de tarir les sources, et en particulier la source du Griffe, et par voie de conséquence et de gravité d’assécher tous les bassins en aval,
- ou bien, il y avait trop de moustiques qui rendaient la situation intenable.
Bref, Bonne-maman notait tous les jours la météo et elle était rarement satisfaite.

Bonne-maman notait également tous les jours ses propres activités et là elle faisait preuve d’une énergie exceptionnelle.
Elle faisait tous les jours son tour du parc. Elle recommençait dans l’après-midi si elle avait des visiteurs, et les invitait à faire le tour du parc.

Bonne-maman allait également souvent à Meynes et presque toujours à pied, ce qui ne la troublait pas. Elle ne se plaignait jamais de cet effort. Bonne-maman, née en 1880, avait 73 ans, elle ne semblait pas craindre de promener seule au fond du parc et seule sur la route de Meynes. Elle aurait pu simplement trébucher et tomber, ce simple accident représentait déjà un grand risque. Bonne-maman ne semble pas s’être souciée de ce risque, elle ne s’est jamais plainte ni inquiétée. De même, elle n’a jamais eu peur des soldats allemands qui envahissaient le parc et la maison. (Mathilde a fait une chute dans le parc le 15 mars 1947).

Bonne-maman allait également souvent à Nîmes, la plupart du temps en voiture, avec la vieille Renault à 4 ou 2 chevaux, ou la Juvaquatre, conduite par Albin. Pendant toutes ces journées à Nîmes, Bonne-maman enchaînait une vaste série de courses sans s’arrêter, course d’affaires et courses ménagères.
Bonne-maman faisait également quelques sorties en Avignon chez les Emile Silhol, chez les Chauffard, aux Baux à Servanes, chez les Revoil (Albin me l’avait déjà signalé). Il y avait un ancêtre Revoil de grande réputation qui avait été diplomate. Bonne-maman allait rarement à Marseille ou à Montpellier. Albin était toujours le chauffeur et faisait un certain nombre de courses.

Bonne-maman allait aussi à Paris. Sans avoir fait le décompte exact, je pense qu’elle devait s’y rendre à peu près une fois par mois.

Elle voyageait en train dans les conditions de la guerre, puis de l’immédiate après-guerre ; trains peu exacts, bondés, mal chauffés, toujours sans se plaindre. Là aussi elle enchaînait les courses sans discontinuer, visites à ses enfants, à quelques amies, à ses banquiers, visites de quelques musées ou expositions.

Dans toute cette période des années 1950, les carnets de Bonne-maman signalent un certain nombre de décès mais également beaucoup de fiançailles, de mariages et de naissances, quelques expositions. Bonne-maman faisait ces déplacements en métro ou en autobus, rarement en taxi. Pendant ces séjours parisiens, elle logeait avenue Vélasquez, au rez-de-chaussée et au second.

Elle a accompagné sa mère jusqu’à la fin de sa vie : Bonne-maman Elisabeth semble être morte d’épuisement, vers 98 ans, après une série de malaises, identifiés comme tels par Bonne-maman, malaises qui ne lui coupaient pas l’appétit. À la fin elle avait une infirmière qui lui faisait des piqûres. Bonne-maman a raconté avec certains détails les derniers instants de la vie de sa mère.
C’est la seule période où Bonne-maman, dans ses notes, mentionne « ressentir une certaine fatigue et un peu de déprime ».

Bonne-maman faisait également preuve d’une formidable énergie mentale.
Elle traitait des problèmes de personnel, salaires, horaires, congés, retraites, sécurité sociale ; Elle s’occupait également des relations avec Pierre Causse et avec l’inspection du travail. De même elle s’occupait des impôts, discutait avec les banques, la Société Générale ou Arnaud Gaidan, avec les notaires.

Elle passait également beaucoup de temps et d’énergie à remettre en état la maison – surtout pendant et après la présence des occupants allemands – où tout se dégradait progressivement. Elle devait identifier les désordres, chercher des artisans pour réparer, les attendre car ils étaient rarement à l’heure pour les rendez-vous. Ces problèmes d’entretien de la maison y compris les pannes de chauffage et d’électricité étaient une lourde tâche, d’autant qu’elle était complètement seule pour y faire face : il n’y avait aucun homme pour l’aider.
Et, quant à ses fils et gendre, à supposer qu’ils fussent capables de l’aider, ils n’étaient pas souvent là ; quand ils venaient, c’était toujours entre deux trains et entre deux voyages d’affaires.

Bonne-maman parle peu des problèmes immobiliers ni des loyers à recevoir, ni du mas de Mourrier.
Bonne-maman ne parle pas du manque de ravitaillement.
Bonne-maman n’évoque jamais de problème économique ni de problème de personnel.
Bonne-maman conservait en plus quelque énergie disponible pour écrire à ses amies et à ses enfants.

Tout cela donne l’impression d’une existence très renfermée à cette époque, alors qu’avant la guerre, Elisabeth et François voyageaient beaucoup en touristes à travers l’Europe.

Elle lisait les nouvelles tous les matins et elle notait sur ses carnets les évènements qui lui paraissaient importants, particulièrement les nouvelles des affaires étrangères, ainsi que les grèves des services publics qui affectaient particulièrement cette province lointaine et isolée.

Quelque temps plus tard, Bonne-maman a commencé à s’occuper de problèmes de succession.
Une première difficulté est alors apparue avec Pierre Causse. Plus tard Pierre Causse s’est montré intraitable sur un autre point.

Bonne-maman s’est également occupée de vendre ou de faire vendre l’appartement de l’avenue Vélasquez (rez-de-chaussée et 2ème étage), l’hôtel Silhol de l’avenue Feuchères avec l’aide de Jacques Pagézy, et le mas de Mourrier.

Pour cette dernière opération, Bonne-maman a pu trouver 2 acheteurs, l’opération semble s’être passée devant un notaire, Maître Flaissier. L’acquéreur était un commerçant, dont je ne sais rien, les parties se sont mises d’accord sur le prix final de 23MF, payables 4 MF en espèces le jour de la réservation, le 12 mai 56, puis 22 MF, puis 6MF le 31 juillet 1953 L’acte de vente semble avoir été signé le 31 juillet 1953. Il semble que ce prix global avait d’abord été partagé une première fois 50/50 entre Mathilde et Edith, puis une deuxième fois 50/50 entre Edith et Mme Whitecomb, je ne sais pour quelles raisons.

Bonne-maman a géré tous les mouvements d’argent avec le notaire et avec les banquiers. À ce stade je n’ai aucune information sur les droits de succession.

Bonne-maman voit régulièrement ses banquiers à Nîmes, Arnaud Gaidan et Société Générale.

Pour régler tous ses problèmes agricoles financiers et fiscaux et l’entretien de la maison, Bonne-maman n’a comme conseiller que Pierre Causse. Ses banquiers nîmois et contrôleur des impôts et son notaire Me Flaissier, ses enfants et gendre n’interviennent jamais, ne semblent jamais être invités à donner des avis ou des conseils, ce faisant, ils laissent la place libre à Causse.

Edith est parfois un peu souffrante et fatiguée. Dans ces rares cas, elle se repose dans sa chambre.
Les commentaires les plus tristes de ces carnets concernent l’excellent résumé que Bonne-maman présente pour ce qui concerne la vie politique française : grèves, ministères renversés, et la vie internationale. Elle reste toujours très sensible à ce monde, aux affaires étrangères et aux difficultés rencontrées par tous les pays pour vivre ensemble.

Bonne-maman Mathilde est toujours attentive à garder de bonnes relations avec les Meynois : visites régulières, présence aux enterrements, coopération pour les actions en faveur des prisonniers, préparation de colis…

Mathilde garde également des contacts suivis avec les amis et parents de Nîmes, très peu de contacts avec Montfrin, Montpellier et Marseille.

Pour le personnel de Clausonne, Bonne-maman mentionne souvent Méger et Albin, Joséphine, mais jamais Joseph Barrère et Charlotte, et bien peu Cyrille Fabro.

Il semble que Bonne-maman envoie régulièrement quelque argent à sa belle sœur Marie Seydoux à Séridos, dix mille francs par mois. La vente de l’avenue Vélasquez semble réglée par une action personnelle d’Emile et de Maurice Silhol, « qui ont fait cavaliers seuls », Olivier se préparerait à faire de même, (décembre 1949).

Bonne-maman va de temps en temps au concert à Nîmes, Avignon, ou la Roque d’Anthéron.

Quelques faits

Pour ses 30 ans de service Méger reçoit une prime spéciale 500.000 F.

Elisabeth et Mathilde reçoivent chacune une pension de 2000 € par mois, payée par la poste, ces sommes sont un peu variables d’un mois à l’autre.

31 juillet 1953
Bonne-maman règle une somme de 6 MF à Pierre Causse. (S’agit-il de sa part de l’indemnité de départ de Léoni ?).

3 janvier 1947
Elisabeth fait une donation partage à ses 2 filles par devant Me Flaissier. Elles reçoivent chacune 5 MF.
Il semble que, le 4 mai 1947, Bonne-maman ait redistribué sa part à ses 4 enfants, qui reçoivent 1.400.000 F chacun ; il faut payer pour Roger 70.000 F de droits à la banque Arnaud.

Mai 1947
Pierre Causse annonce à Bonne-maman que le compte du mas de Mourrier est en déficit à la BNCI (découvert) de 5.000.000 F et qu’il en faudra à peu près autant pour marcher jusqu’au mois de septembre.

De passage à Paris, le samedi 18 juin 1947, Bonne-maman va rendre visite à la banque Vernes ; Gérard Vernes lui conseille de reprendre diverses valeurs et de lui laisser seulement la Grande Combe et l’Air Liquide. Elle quitte Vernes d’où elle ramène un certain nombre de titres. Bonne-maman finit ses courses à Paris, va aux Galeries Lafayette, va au théâtre de la Gaïté Lyrique avec ses petits-enfants et reprend le train pour Nîmes, descend à Tarascon.

vendredi 24 juin
Bonne-maman va à la banque Arnaud où elle dépose un certain nombre de titres ramenés de chez Vernes.

 30 juillet
Pierre Causse écrit que le déficit (découvert) du mas de Mourrier s’élève à 70.366 F, après le virement d’Arnaud de 300.000 F, « soirée désagréable ».
La récolte de vin serait de 900 hectolitres au mas de Mourrier et de 1700 hectolitres au mas Neuf.
En septembre à la fin des vendanges, le vin ou le jus de raisin se vendait alors 4000 F l’hectolitre.

10 novembre 1947
Début des négociations pour vendre l’avenue Vélasquez, avec l’intervention d’Emile Silhol.

1er janvier 1957
Bonne-maman donne environ 150.000 F à ses enfants et petits-enfants comme cadeau.

Mars 1957
Le compte de Bonne-maman du Crédit agricole est à découvert pour
400 000 F

Citation de Guillaume d’Orange, rapportée par Mathilde en première page de presque chacun de ses carnets : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer », citation qui exprime un sentiment tristesse, de résignation active et de lucidité.

Bobby

Bonne-maman Mathilde - Clausonne
Dans le salon
1967

1939 – 1949

Dîner du 1er janvier 1939
Georgette, Jacques et Bobby jouent aux piano et violoncelle la sérénade de Schubert.

2  janvier
Maman souffre beaucoup et est bien misérable.

26 janvier
Franco rentre à Barcelone qui ne se défend pas.
Les réfugiés espagnols commencent à arriver en France.

10 février
Mort du Pape.

27 février
L’Angleterre et la France reconnaissent simultanément Franco.
À Rome, ouverture du Conclave.

12 mars
En Tchécoslovaquie, l’Allemagne réclame avec vigueur l’autonomie de la Slovaquie.

14 mars
Des troupes allemandes pénètrent en territoire tchèque.

15 mars
La Tchécoslovaquie a cessé d’exister. Hitler fait son entrée à Prague.

16 mars
La Hongrie et la Pologne se partagent l’Ukraine subcarpathique.

28 mars
La victoire de Franco, et surtout celles de Hitler et de Mussolini, est aussi complète que possible.

31 mars
Chamberlain déclare que l’Angleterre et la France assisteront la Pologne par tous les moyens si son indépendance est menacée.

7 avril
L’Italie a mis la main sur l’Albanie, qui devient un protectorat italien.
Edith et Robert rentrent de voyage à Béguin, Robert est mobilisé à Clermont.

19 avril
Le paquebot Paris prend feu en rade du Havre et coule à pic.

26 avril
L’Angleterre annonce la conscription obligatoire.

15 mai
30 000 nazis viennent d’arriver à Dantzig pour parler un plébiscite.

12 juin
Au Louvre, on vole l’Indifférent de Watteau.

19 juin
18 journalistes américains ont mis par l’hydravion «Atlantic Clipper», 49 heures de New York au Bourget.

24 juin
Remis à Joseph le diplôme et la médaille des 30 ans de service (et autre chose).

3 juillet
René revient du Texas après 21 mois d’absence.

7 juillet
Maman est en proie à un de ses malaises habituels.

12 juillet
Joseph et Charlotte partent en congé. [Bobby : C’est la première fois que Mathilde évoque ce problème ; est-ce une conséquence de 1936 ?].

22 août
L’Allemagne et l’URSS auraient conclu un pacte de non agression !

24 août
On commence à mobiliser à Dantzig.

25 août
Von Ribbentop et Molotov signent le pacte de non-agression. [Jacques : les gens de Clausonne étaient consternés].

30 août
Les Allemands entrent à Bratislava.

1er septembre
On annonce l’entrée des Allemands en Pologne et le bombardement de Cracovie.

2 septembre
Albin va à Marseille ne sachant pas quoi faire. Au Mas Neuf, les 3 fils de Léoni s’engagent dans l’armée française.
«Mobilisation générale, pour la deuxième fois en 25 ans. Réunion du Parlement qui vote 67 milliards de crédit.»

3 septembre
Déclaration de guerre de l’Angleterre et de la France à l’Allemagne: les ambassadeurs s’en vont. [Mathilde est toujours à Clausonne - Bobby].

5 septembre
Déclaration de neutralité des États-Unis.

7 septembre
Christian Silhol va s’engager. Cracovie serait prise, le gouvernement polonais aurait quitté Varsovie.
Albin revient de Marseille. Roger serait sur la frontière dans un petit village alsacien, à l’état-major du 16ème chasseur.

13 septembre
Ysabel tousse beaucoup. coqueluche ?
Jacques aussi.
[Il s’en souvient fort bien. Cuvette. Vomissements ; Farine lactée.- Jacques].

16 septembre
Les Russes et les Allemands se seraient partagé la Pologne.
La tribu André Silhol essaie de se regrouper avenue Feuchères, Ysabel va mieux, sa coqueluche semble se terminer.
Situation stationnaire sur les différents fronts, où il ne se passera pas grand-chose.

13 octobre
Torpillage d’un cuirassé anglais, le Royal Oak, sur 1200 hommes, on n’en sauve que 450.

14 octobre
Rien de nouveau sur le front. Les Russes se préparent à envahir la Finlande, les pays scandinaves sont très émus,

26 octobre
Les Allemands Masseraient des troupes derrière la Hollande du côté de la mer du nord.

2 novembre
Roger a encore changé d’emploi, il est Officier de renseignements auprès du Colonel.
Elisabeth continue à rendre visite à ses amies et parentes dans la région de Nîmes et d’Avignon.

14 novembre
Georgette part pour Paris en laissant ses fils à Christine Coste.

19 novembre
Les avions allemands survolent à peu près toute la France, vallée du Rhône et jusqu’à Bayonne.
Alerte à Nîmes le vendredi.

30 novembre
L’URSS envahit la Finlande.

2 décembre
Roger a reçu la croix de guerre avec une belle citation.

10 décembre
On va chercher Philippe à Tarascon. Il arrive de MiraMas pour une histoire de poudre, il repart le soir pour Paris.

18 décembre
Le «Graf von Spee», croiseur allemand réfugié à Montevideo, se fait sauter en sortant du Rio de la Plata pour éviter la bataille avec les croiseurs anglais qui l’attendaient. L’équipage est sauf.

20 décembre
«Le commandant du Graf von Spee se brûle la cervelle».

Fin du carnet de 1939

 

11 janvier 1940
Départ de Cyrille qui est mobilisé et rejoint son dépôt à Fontainebleau.

18 janvier
Abominable tempête. Mistral, très froid de plus en plus violent et glacé, -4°C le matin.

28 janvier
Effroyable tempête de mistral; le froid et le vent augmentent, -10°C. Le Rhône est gelé.
À Paris –12°C, en Russie, -40 °C.

24 janvier
Troisième jour de tempête toujours aussi effroyable.

29 janvier
Mort de Madame Martin. Je pars pour Uzès avec Joseph. Elle s’est éteinte la veille sans lutte. Je décide, avec la directrice de la maison de santé, de faire le service protestant, et de l’enterrer dans le cimetière protestant, à côté. Je vais à la mairie faire la déclaration de décès et l’achat d’une concession.

17 février
Le bateau allemand «Altmark» transportant des prisonniers anglais faits par le «Graf von Spee» se réfugie dans un fjord norvégien, où un destroyer anglais «le Cosak»le poursuit, l’aborde et délivre les prisonniers qu’il ramène en Angleterre.

24 février
À 2 heures, on s’aperçoit qu’Albino a disparu, emportant toutes ses affaires, il laisse un mot à Georgette. Il est probablement parti en Italie.
Albino Toya, fils de Alexandrine Toya a été valet de chambre chez nous, rue de la Faisanderie avant la guerre - Bobby

1er mars
Il paraît des décrets annonçant des cartes de rationnement.

13 mars
La radio annonce que la paix est conclue entre les Soviets et la Finlande.

18 mars
Le Griffe est à peu près à sec.

28 mars
La veille au soir, Méger avait été saisi de si violentes douleurs qu’il avait fallu chercher le docteur Matet, il avait diagnostiqué un point de pneumonie ou de pleurésie. Revenant le matin, Matet croit qu’on a enrayé la chose, mais Méger est à plat et au lit.
Retour de Joséphine.

3 avril
Méger est toujours au lit.
Matet trouve que pour Méger ce sera très long.
Mort de la mère d’Emile Silhol, enterrement à Saint-Victor
Voyage à Séridos, via Nîmes et Marmande.
Problèmes de santé chez Marguerite Snollaerts.
Bataille de Narvik considérée comme une victoire.
Les troupes alliées quittent la Norvège pour débarquer ailleurs. Nous parlons de recul stratégique, les Allemands parlent d’une grande victoire.

5 mai 1940
L’Allemagne adresse un ultimatum à la Belgique, à la Hollande et au Luxembourg et commence l’invasion de ces pays qui font appel à la France et à l’Angleterre.

11 mai
Geneviève reçoit une dépêche de son père lui enjoignant de rentrer tout de suite au Val Richer, sans passer par Paris. (Elle passa avec ses enfants par Tours et fit un voyage long et pénible mais sans incidents).
On ne dit pas grand-chose des opérations.
En Belgique, les Allemands progressent.

12 mai
Paul Reynaud annonce les prises d’Amiens et d’Arras, puis démenti de Weygand.
Situation confuse au Bénélux.

13 mai
La famille royale hollandaise part pour l’Angleterre,
La plus grande bataille de l’histoire s’engage sur la ligne Liège – Namur – Sedan.

14 mai
Bruxelles très bombardée, mais le gouvernement belge serait en Angleterre.
À Meynes, le maire, on annonce l’arrivée probable de réfugiés, et demande qu’on prépare leur hébergement.

15 mai
En Hollande, l’armée encerclée se rend.
Il règne une certaine panique à Paris.
À Meynes, les réfugiés ne sont pas encore arrivés.

16 mai
Geneviève reçoit un télégramme de son père lui enjoignant de partir pour le Val Richer, sans pénétrer dans Paris et surtout pas le soir, car il semble qu’il règne une certaine panique.
Béatrice sa mère et ses enfants sont à Béguin.
Il arrive beaucoup de réfugiés à Nîmes.

18 mai
Pétain est nommé chef de l’état

22 mai
En Angleterre, on annonce une loi draconienne qui obligerait les gens de n’importe quels âges et conditions, à travailler et à donner tous leurs biens.

23 mai
Les Allemands exercent leur poussée surtout en direction de la mer.
Meynes reçoit 300 réfugiés belges de 16 à 35 ans, on les loge dans les maisons vides et ils prennent leurs repas chez l’habitant.
À Meynes les choses commencent à s’organiser.

25 mai
Georgette est entrain d’acheter une auto à Nîmes.

26 mai
Vent chaud, moustiques et vent du midi.
Invasion des Nordiques et des Belges.
À Meynes on ne voit plus que des Belges. L’Italie annonce qu’elle se mettra en guerre le jour qui lui conviendra.

28 mai
La radio annonce que le roi des Belges a mis bas les armes, ainsi que son armée. Le gouvernement déclare vouloir continuer la lutte en France. Le roi des Belges aurait livré 300 000 hommes et tout leur matériel.

30 mai
Les troupes alliées se replient vers la mer où l’on tachera de les embarquer.
Georgette arrive avec la petite Renault qu’elle vient d’acheter.

30 mai
Les armées françaises et anglaises continuent à se battre en se dirigeant vers la côte.
On peut supposer que c’est vers la mer, où on tâchera de les embarquer.

31 mai
Télégramme de Geneviève qui a reçu des nouvelles de René.
Une partie de troupes alliées se serait embarquée à Dunkerque.

1er juin
Nîmes serait en état d’alerte. Jacques et Bobby seraient enfermés soit aux arènes soit dans les caves du lycée. Inquiétude de Georgette qui n’a pu joindre ses fils.
[Je me souviens parfaitement de cet événement et en particulier de la panique du proviseur - Bobby].

3 juin
La pression sur Paris s’accentue. Paul Reynaud fait appel aux USA.

4 juin
L’embarquement de Dunkerque serait terminé. On aurait transporté 300 000 hommes ce serait le plus grand fait de guerre de tous les temps.
L’Italie est en guerre, sans la déclarer.

7 juin
Les communiqués débordent d’enthousiasme et de lyrisme sur la bataille en cours; il semble que nous reculions un peu partout, mais en bon ordre.

8 juin
La bataille s’étendrait de la mer à l’Argonne.

10 juin
Mussolini déclare la guerre à la France et à l’Angleterre.
Reçu télégramme de Geneviève qui fait des recherches pour René. Geneviève écrit qu’elle a pu voir à Lisieux le Colonel du régiment de René.

11 juin
Geneviève à Lisieux rencontre le Colonel du régiment de René. Le régiment s’est embarqué à Dunkerque le 10 mai pour la Hollande, pour rembarquer un quart des effectifs, le 17 et1e 18, «il est probable que René a été fait prisonnier à ce moment-là et peu de chance pour qu’il ait été blessé».

12 juin
Les Allemands seraient à Nantes et à Reims.
Tous les gens qui le peuvent quittent Paris.

13 juin
La pression sur Paris s’accentue. Paul Raynaud fait appel aux États-Unis.

14 juin
Les Allemands encerclent davantage Paris. Selon un communiqué Paris serait déclarée ville ouverte. Les journaux de Paris n’arrivent plus.

15 juin
Les Allemands seraient en Normandie et en dessous de Paris, attaqueraient en Alsace.

16 juin
Le conseil des Ministres est démissionnaire.

17 juin
La route de Nîmes est remplie d’autos de réfugiés, de camions et de voitures militaires. On sent que la guerre se rapproche.
À la radio, Pétain déclare vouloir s’entendre avec les Allemands pour cesser le combat. L’Angleterre déclare vouloir continuer la lutte.

20 juin
Les réfugiés sont de plus en plus nombreux à Meynes.
Béatrice serait arrivée du côté de Montauban.

23 juin
Philippe Coste est à Clermond Ferrand depuis 3 jours.
L’Armistice est signé.
Nous sommes dans une situation effroyable.

24 juin
Signature de l’Armistice avec les Italiens.

23 juin
L’Angleterre ne dit plus rien. Il semble qu’un gouvernement français serait formé par le Général de Gaulle qui serait à Londres et créerait un Comité National Français.

26 juin
Peu de nouvelles, pas de radio, pas de journaux, à cause de l’Armistice.
Occupation de territoire d’une ligne allant de Genève à Tours en passant par Moulins et devant toute la côte ouest jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port.
Démobilisation de l’armée de terre, de la flotte qui reste dans les ports, de l’aviation. L’Italie ne conserve que ce qu’elle a conquis, la moitié de Menton et des points d’appui en Méditerranée.

28 juin
Nîmes est surpeuplée et tous les villages sont remplis de soldats.
L’URSS pose un ultimatum à la Roumanie en réclamant le retour de la Bessarabie.

29 juin
La Roumanie cède à l’URSS.
Le gouvernement s’installe de Bordeaux à Royat. On ne sait rien de ce qui se passe en Angleterre et en Allemagne.

1er juillet
Le gouvernement irait à Vichy.
Depuis 32 semaines, aucune nouvelle d’Edith. Christian Thuret serait prisonnier.

2 juillet
Lettre de Geneviève annonçant que la Croix Rouge suisse aurait retrouvé René sur les listes de prisonniers Oflag 10 b.

3 juillet
Après une sommation à l’Amiral Gensoul, la flotte anglaise attaque la française dans le port d’Oran (Mers El Kébir) et détruit plusieurs unités.

5 juillet
Reçu des nouvelles d’Edith. Tout serait calme à Beguin où elle est avec Madame Thuret et les Pierre de Seynes.

6 juillet
Tout le monde est très monté contre l’Angleterre.

7 juillet
François serait à Vichy.

14 juillet
Arrivée de Philippe venant de Riom et qui a vu François à Vichy.

17 juillet
Edith annonce que les Allemands auraient quitté Béguin.

18 juillet
La Chambre et le Sénat acceptent le principe d’une révision de la constitution proposée par Pétain.
La Chambre adopte le projet de constitution à la majorité moins 80 voix.
Le nombre de prisonniers devient de plus en plus effrayant.

20 juillet
On ne donne plus d’essence. Il faut une carte pour circuler en auto et les cars sont presque tous arrêtés.
Le ministère des Finances et ses services rentrent à Paris.
Les Allemands interdisent tout rapport entre la zone libre et la zone occupée. Les trains sont arrêtés.

31 juillet
Béatrice est à Vichy, après un voyage très compliqué. Cyrille est démobilisé.

6 août
Roger serait à Paris.
Violente explosion à MiraMas, d’un wagon de munitions.

7 août
L’Espagne réclame Gibraltar. Le Japon réclamerait Hong Kong et Singapour.

9 août
Madame de Seynes et son fils Maurice arrivent à Clausonne.

11 août
Bombardements très violents sur l’Angleterre.

12 août
La bataille aérienne se développe.

13 août
Les restrictions augmentent.

14 août
Il ne semble pas que la bataille aérienne anglo-allemande donne beaucoup de résultats autres que beaucoup d’horreur.

20 août
Les communications entre les deux zones deviennent de plus en plus difficiles.
Les appartements de l’avenue Vélasquez vont être réquisitionnés.
Bonne-maman téléphone à François à Vichy et ne le trouve pas. (Le téléphone interurbain fonctionnait encore).
Des canons à longue portée tirent de France vers l’Angleterre et d’Angleterre sur la France, par-dessus le Pas-de-Calais.

26 août
La lutte aérienne continue, aussi violente des deux côtés, mais il est bien difficile de savoir où est la vérité.

27 août
Cent avions allemands seraient allés bombarder Londres.

28 août
Il semble bien que les Allemands renoncent à un débarquement en Angleterre.

29 août
Il serait rentré plus de 1 million de réfugiés et il en resterait encore plus de 2millions.

30 août
«François est nommé Conseiller d’ambassade de 2ème classe.»

1er septembre
Bobby fait une chute du haut des remises. On le rapporte avec assez de sang provenant d’une coupure à la lèvre, et à moitié évanoui. Il reprend assez vite connaissance et se plaint du cou et de l’épaule. Le docteur Matet que nous faisons chercher ne trouve rien de particulier et croit qu’il n’y aura pas de suite. On le couche. [On s’en souvient très bien].

2 septembre
Bobby a bien dormi. Le docteur ne constate rien de plus.
Il paraît très affaibli et reste au lit toute la journée. Il ne paraît pas trop souffrir.
La guerre aérienne continue de plus en plus violente, mais ne semble pas devoir conduire à une décision

9 septembre
Bobby est parti à 6 heures du matin, emmené par M. Sabonadier, Maire de Meynes, pour aller à Nîmes passer l’examen d’entrée en sixième. Il revient à 5 heures et demie.
Roger déclare qu’il est à Vichy.

13 septembre
Roosevelt déclare que les États-Unis sont décidés à ne pas se mêler de la guerre, sauf pour vendre tout ce qu’ils pourront.

21 septembre
Geneviève est arrivée à bon port à Clairac.

23 septembre
Edith et Robert repartent pour Béguin, via Clermont.
Bonne-Maman va très régulièrement à Meynes visiter ses amis, faire des paquets pour les prisonniers.

6 octobre
On établit entre les 2 zones, des cartes imprimées dites familiales.

10 octobre
Mistral, pluie, pas de courant, pas de lumière pas de téléphone, pas de courrier.
On appelle la société de vidange de Nîmes pour vidanger les 4 fosses qui ne l’avaient pas été depuis…[Nous ignorions qu’il y avait des fosses d’aisances à Clausonne].

1er novembre
Le savant George Claude fait un grand discours à la radio pour prouver combien il est bon et remarquable de s’unir aux Allemands “pour qui nous prend-on”.

13 novembre
Vu le docteur Matet pour Ernest Tronc qui est bien souffrant. [Ernest est le beau-père de Joseph Méger et le grand père d’Albin – Bobby].

14 novembre
Mort d’Ernest Tronc, jardinier depuis 30 ans à Clausonne.

Le 15 novembre
On place le cercueil d’Ernest sur une charrette, que Méger son beau-frère et Albin plus 5 ou 6 neveux ou cousins, Joseph, Joséphine, Cyrille, Julien et moi suivrons à pied par le bois de pins, à l’entrée de Sernhac, on place le corps sur un corbillard. Courte cérémonie à l’église qui est pleine et au cimetière. Retour à 2 heures et demie.

23 novembre
Arrivée de 53 nouveaux réfugiés à Meynes, venant de Metz,

10 décembre
On commence à dire qu’on va manquer de pain.

24 décembre
La situation devient préoccupante, bien que le nombre de degrés soit moins bas que l’année dernière, il fait dans la maison beaucoup plus froid, ce sont des douches d’air glacé qui entrent par toutes les fenêtres et pas un instant de rémission à cette tempête…

26 décembre
Même temps, -10 ° à Nîmes, le tuyau du moteur est gelé et l’eau n’arrive plus dans la maison, les bassins et les ruisseaux sont pris.

Fin du carnet de 1940

 

2 janvier 1941
Chutes neige d’une violence inouïe, qui atteint par endroits 50 cm, accompagnées d’un mistral glacé, tout est bloqué, trains, cars, autos piétons. Ce serait surtout le bas de la vallée du Rhône qui serait le plus atteint.

4 janvier
Situation invraisemblable, nous sommes complètement bloqués et séparés du monde extérieur, par la neige.

La neige qui atteint par endroits 50 cm est balayée par le vent à plus de 1 mètre de hauteur, Aux endroits où elle est moins épaisse, elle gèle de sorte que la route est impraticable.

10 janvier
Les bombardements reprennent avec force sur l’Angleterre et sur l’Allemagne.
Je vais jusqu’à l’aire et rentre par la route du parc, vent glacé.

5 janvier
Même situation, les trains sont bloqués sur les 2 rives du Rhône.

4 janvier
Georgette téléphone qu’elle viendra avec un taxi attendre ses fils sur la route de Nîmes, où l’on peut passer. Geneviève se décide aussi à partir avec Véronique, Jérôme et les 2 garçons. Joseph et Cyrille. Ils partent à pied à 10 heures et quart, ils vont jusqu’à Bezouce où Georgette n’arrive que vers midi. À 2 heures elle téléphone pour dire que ses fils sont bien arrivés à Nîmes.

[Je me souviens très bien de cet épisode. Les arbres du parc étaient écrasés par la masse de neige qu’ils avaient à supporter. Ils n’étaient pas faits pour cela et ployaient sous la charge.
Nous sommes allés à pied de Clausonne à Bezouce, soit 6 kilomètres, je n’avais jamais fait une si longue marche, marche très difficile dans la neige parfois agglomérée en congères. Je me souviens des efforts faits par Joseph pour pousser une brouette, chargée de nos bagages sur cette route difficile je n’aurais pas été capable de faire cet effort - Bobby].

[Je me rappelle de l’ignorance des adultes devant cette situation – Jacques].

11 janvier
Il neigeotte, les chemins sont de plus en plus difficiles la neige étant tombée sur de la glace.

L’après-midi, (je vais) jusqu’au Mas Neuf, où le fils Léoni est installé dans sa cuisine, il est assez pâle avec des traits tirés, on dit que cela ne va pas bien au point de vue local.

13 janvier
L’après-midi avec Edith je vais sur la route Nîmes, dont l’état paraît s’améliorer un peu.
Le ravitaillement de Paris paraît devenir très difficile.

17 janvier
Nouvelle réglementation pour les fermiers, à laquelle on ne comprend rien.

19 janvier
On annonce que le rapatriement de 30 000 internés en Suisse va commencer à raison de 2 000 par jour.

22 janvier
Après une journée ensoleillée et douce, le vent est passé au Nord. Il ne reste que quelques plaques de neige dans les endroits abrités, comment a-t-elle pu disparaître si vite?
On respire.

25 janvier
On annonce que les pâtisseries vont être fermées et la ration de pain diminuée, par suite du manque de farine.

30 janvier
Edith part pour Nîmes et Vichy où elle couche. Elle reprend le lendemain après-midi un car pour Montluçon où son mari doit venir l’attendre.

1er février
La ration de pain est diminuée.

7 février
Rendez-vous avec la banque Arnaud pour l’impôt sur le revenu.

On diminue la ration de blé et on annonce que la situation est «tragique».

12 mars
«Les Américains nous viendraient en aide pour le ravitaillement.»

18 mars
Georgette part pour Lyon rejoindre Philippe.

20 mars
Mistral. Beau temps.

Jacques et Bobby doivent venir déjeuner, mais Bobby tourne bride à Saint-Gervazy et Jacques arrive seul, il repart seul.

[Je me souviens de cet incident ; avec un mistral épouvantable et un vélo probablement en mauvais état, je n’arrivais plus à avancer ; alors j’ai décidé de faire demi-tour et de rentrer à Nîmes, sans prévenir qui que ce soit, Jacques était trop loin devant moi pour que je lui explique. Je me suis fait tirer les oreilles. - Bobby].

[Il m’avait semblé que dans une situation identique nous étions arrivés à Clausonne tous les deux – Jacques].

21 mars
L’Angleterre autorise le libre passage des navires chargés de blé américain pour la zone libre.

28 mars
Selon le docteur Matet, les enfants auraient la coqueluche.

4 avril
Aux États-Unis le transatlantique Normandie et 18 bateaux français sont placés sous garde spéciale.

7 mai
On annonce un accord entre les autorités françaises et allemandes. La ligne de démarcation serait ouverte aux marchandises, et aux valeurs ; on pourrait communiquer par cartes postales ordinaires.

26 mai
Le cuirassé «Hood» est torpillé.

27 mai

Le cuirassé «Bismark» disparaît à son tour.

4 juin
Mort de Guillaume II, ancien empereur d’Allemagne.

[Mathilde, jeune femme, avait été invitée à la cour de Guillaume II, grâce aux fonctions diplomatiques de son mari - Bobby].

22 juin
L’Allemagne entre en Russie, qui n’a pas tenu ses promesses. L’Italie, la Roumanie et la Finlande déclarent également la guerre à l’URSS.

8 août
Au Chambon, crainte de diphtérie. Dans le «home» des enfants, un petit Richemont est mort en quelques heures.

Bobby est porteur de germes et gardé sous surveillance, les autres enfants sont rendus à leur mère.

16 août 41
Roger arrive d’Alger en avion.

3 septembre
«Téléphone d’Edith, que je n’arrive pas à comprendre. Elle me fait dire par le facteur que Robert est mort».

Mathilde passe sa journée au téléphone et à télégraphier. «C’est éreintant».

4 septembre
Mathilde et François partent pour Béguin. Arrivée à Vichy, l’auto du ministère les attend. Edith est là avec sa belle-mère et les Waldner. Elle est très naturelle, Robert a été souffrant à partir de lundi soir, et est mort à 4 heures du matin d’un œodème pulmonaire, sorte d’angine de poitrine. Il a beaucoup souffert jusqu’au moment où les piqûres de morphine ont fini par agir.

5 septembre
Cérémonie religieuse à Béguin, en présence d’un cortège de légionnaires et de leur drapeau. Enterrement à Lurcy où Maman et Mme Thuret ont été conduites en auto.

Mme Thuret et Edith vont chez le notaire de Lurcy pour l’ouverture du testament. Roger a pu se joindre à la famille.

20 décembre
La tempête augmente. Ce ne sont que «hurlements mugissements et ce ne sont que hurlements, mugissements, ululements.»

Mathilde allait voir sa banque à Nîmes assez régulièrement, une fois par mois  ?- Bobby .

Fin du carnet de 1941

 

8 janvier 1942
Joseph est chez Hébrard.
Le comité à Meynes rend les comptes de 1940 à 1941.
Recettes 23 424 F / Dépenses 22 548 F, pour le mois de juillet 40.
On a envoyé 386 colis de 2kg en moyenne à 25 prisonniers, offert des jouets et des goûters aux enfants des prisonniers et des réfugiés lorrains, donné des dons en espèces aux familles de disparus, de démobilisés.

16 janvier
«Maman donne à Edith, représentée par André Silhol et à moi, les droits des 1 840 actions de Bessèges qu’elle possède, afin de nous permettre de détenir chacune 460 actions nouvelles de l’augmentation de capital».

19 janvier
Les Japonais approchent de Singapour. 20 000 britanniques sont encerclés dans la région de Johore Bahrn.

1er février
Le siège de Singapour est commencé.

2 février
Parlons de Bessèges avec la banque Arnaud.
[Mathilde correspond avec Roger par lettres numérotées – Bobby ].

7 février
La tempête tourne à l’ouragan. Effroyable. Mathilde descend à Meynes avec Mme Andrée en manquant plusieurs fois d’être renversées.
Il y aurait 10 000 travailleurs français en Allemagne.

15 février
Singapour se rend sans condition.
Un combat naval aurait anéanti 32 bateaux anglais.
La tempête est encore plus sauvage et plus abominable.
Pension Maman février 2 000 F.
Donné 1 000 F à M. Laborde, ancien professeur de lettres. [Je me le rappelle fort bien. Aveugle, bavard, érudit – Jacques]

20 février 42
«Voyage à Paris, j’ai l’impression que l’on voit des soldats allemands partout».

3 mars
Bombardement des usines Renault de Billancourt par la RAF: 450 morts, 1 500 blessés.

5 mars
Arrivée à Tarascon où j’attends 3/4 d’heure devant la gare.
[La voiture d’Elisabeth avait été équipée d’un gazogène, qui semblait marcher de manière aléatoire et peu fiable.- Bobby].

7 mars 42
Edith part pour Vichy et Béguin.

30 mars
Mort de Marguerite Nollet.

8 avril
Les défendeurs de Sumatra ont capitulé.

20 avril
Grand discours de Laval qui ne cache pas son intention de collaborer avec l’Allemagne.

6 mai
Aux Philippines capitulation de la forteresse de Corregidor, après 4 mois de résistance.

15 mai
Les platanes sont de plus en plus misérables.
Joseph et Charlotte ne rentrent qu’à deux heures du matin, après une soirée chez les sœurs.

19 mai
D’après le journal de Genève, les Russes auraient déclenché une offensive dans le secteur de Karkov.

30 mai
«Nouvelles de Georgette, Philippe n’est pas encore revenu d’Allemagne, René aurait été dénoncé par une lettre anonyme au commandant de son camp comme“gaulliste”».
[Cette information n’a jamais été confirmée ni par Georgette, ni par Véronique pour le compte et son père – Bobby]. [Je suis certain de ce souvenir. C’est là qu’il aurait vu Oncle R. J’ai vu une lettre dans les archives. Il a traité Pétain de vieux …. – Jacques].

31 mai
Beaucoup parlé avec Edith de la question succession.

5 juin
En France, fermeture d’usines qui n’ont plus de matières premières.

6 juin
Edith à son tour n’est pas brillante.

8 juin
Visite à Séridos.

20 juin
Arrivée de Roger qui est parti d’Alger en avion à 8 heures du matin.

22 juin
Discours de Laval, qui déclare qu’il faudra faire la paix avec l’Allemagne, qui est un pays admirable, pour commencer il faut que les ouvriers français aillent remplacer les ouvriers allemands qui vont se battre pour nous, contre les bolchevistes.
«Et l’on écoute cela.»

30 juin
En Égypte, l’avance du «Maréchal» Rommel est foudroyante.

11 juillet
La campagne dans les journaux et à la TSF pour le départ des ouvriers français en Allemagne redouble d’intensité.
Les Allemands prennent la ville de Roskov sur le Don et annoncent 90 000 prisonniers russes.

18 juillet
Depuis quelques jours, il règnerait à Paris une sorte de terreur, causée par une véritable persécution des juifs, que l’on traque, arrête, fusille, quand ils ne se suicident pas eux-mêmes.

20 juillet
Mireille se plaint de mal de tête et de mal au cœur. On la couche.

1er août
Charlotte n’est pas bien. On fait monter le docteur Clément, qui diagnostique une chute de matrice. Le cœur est un peu mou. On parle d’opération.
Charlotte a 38 ° et quelques palpitations et se plaint de beaucoup souffrir des pieds qui sont un peu enflés.
Charlotte ne passe pas une bonne journée et souffre beaucoup. Le docteur diagnostique une crise de rhumatismes articulaires, mais le cœur va plutôt mieux.
Charlotte souffre moins et paraît bien mieux, le docteur Clément fait une piqûre de salicylate.
Charlotte va mieux, mais est très mal à l’aise.

11 août
Discours de Laval à la TSF. Un train d’ouvriers part de Compiègne, un train de prisonniers y arrive, c’est «la relève».
«à quel degré sommes-nous tombés ?».

20 août
Stalingrad serait de plus en plus menacée. Le débarquement Anglo-américain sur les côtes de Dieppe aurait complètement échoué.

4 septembre
D’après les Allemands, la situation de Stalingrad serait désespérée.

9 septembre
«Je ne suis pas très bien».

23 septembre
M. Pierre Causse vient déjeuner. On parle beaucoup de terres à échanger, ou à vendre, mais les questions n’avancent guère.

24 septembre
«On se bat dans Stalingrad qui doit être un enfer».

7 octobre
Mathilde dîne seule rue de la Faisanderie, en faisant réchauffer les restes du déjeuner.

10 novembre
Nous n’avons pour ainsi dire plus de nouvelles, la TSF, étant évidemment tout à fait sous contrôle allemand.

2 novembre
Les Allemands semblent occuper Clausonne.

8 novembre
Les Anglo-Américains débarquent en Afrique du Nord, les troupes françaises -120 000 hommes - résisteraient.

16 novembre
«Arrivent plusieurs autos et un nombre considérable d’officiers allemands. Ils visitent toute la maison (…) Ils nous laissent le rez-de-chaussée et prennent le premier et le deuxième étage».
«La question de la cuisine reste douteuse. Ils demandent que Charlotte leur fasse la cuisine».
«à partir de ce moment c’est un envahissement perpétuel de camions, autos, gens qui sont partout». [Joseph est toujours là – Bobby].
«Il y a des Allemands partout, à Nîmes, à Avignon, à Montfrin».

21 novembre
Visite de Pierre Abauzit, futur gendre de Pierre Causse, qui est attaché à l’état-major allemand à Montfrin. Pierre Abauzit répète qu’une partie de l’état-major allemand s’est installée ici.

23 / 24 novembre
Le lendemain, venant de l’avenue Feuchères,
« Nous arrivons à 7 heures pour trouver une maison vide, ce qui est une impression bien agréable. Les Allemands auraient trouvé qu’ils étaient trop loin de Montfrin et qu’ils avaient trop froid (…) Plusieurs Allemands reviennent pour enlever tous les fils des téléphones. Nous sommes entièrement débarrassés, ce qui paraît bien bon. Tournée des chambres du premier avec Joseph et, bien entendu, Maman. Tout est sale et les meubles qui ont beaucoup changé de place se rencontrent de la manière la plus hétéroclite, mais il ne semble pas que les choses manquent ou soient trop abîmées.»
[Cette occupation allemande de la zone libre, en 1942, est la réaction allemande contre le débarquement allié en Afrique du Nord. Est-elle une manifestation de l’occupation de la zone libre? Mathilde ne dit rien sur ces points.
Il ne faut pas confondre cette occupation de 1942, avec celle de 1944 correspondant à la retraite des Allemands, tout cela à préciser.- Bobby].

27 novembre
L’armée française serait licenciée par les Allemands. À Toulon la flotte s’est sabordée.
«Pas de journaux, pas de téléphone, pas de télégrammes, nous sommes bien privés de toute relation avec le monde extérieur».gendre P. Abauzit est démobilisé et il est sans rien. [sans travail – Bobby].

12 décembre
Méger va à Montfrin remettre le fusil de chasse de son beau-père, car on ne doit pas conserver d’arme.

11 décembre
«à la radio suisse “la situation internationale” par René Payot assez intéressant, mais bien lamentable pour nous.»
[Dans toute cette année Mathilde n’emploie pas une seule fois le mot de résistance, et ne cite aucun fait de résistance – Bobby].

Fin du carnet de 1942

 

Janvier 1943
«La chronique internationale de M. Payot ne dit rien de plus sinon que la guerre n’est pas près de finir».

4 février
Les Allemand reconnaissent qu’ils ont évacué entièrement Stalingrad où 60 généraux auraient «été faits prisonniers».

5 février
M. Payot parle «de 25 généraux et 45.000 hommes».

17 février
«Aux tribunes, on a enlevé tous les balustres et les pierres du dessus et on a laissé que les socles, «c’est plus propre mais bien lamentable».

21 février
«La radio française annonce que les autorités allemandes supprimeront à partir du 1er mars la ligne de démarcation».
«Les Allemands demandent 250 000 hommes de 20 à 22 ans pour le STO, service du travail obligatoire; une partie des prisonniers reviendrait en France».

8 mars
«Joseph part pour Nîmes à bicyclette, voulant préparer son départ pour les Pyrénées où sa maison est tout à fait envahie et pillée par les Allemands. En arrivant à Nîmes, il est renversé par un camion allemand et ramassé sans connaissance par un Commandant de gendarmerie, qui le mène chez un pharmacien. Ensuite il se rend à la gendarmerie pour les déclarations et rentre à 7 heures à bicyclette, il a la figure un peu abîmée et quelques contusions à l’épaule et à la hanche, le docteur Clément vient le voir et ne trouve rien de grave».

17 mars
«On annonce le recensement des hommes de 33 à 50 ans».
«Pierre Causse vient et nous allons visiter le Mas Neuf, je visite les chambres à peu près inexistantes, et les greniers complètement vides et énormes, la toiture parait en assez mauvais état, les portes et les voltes s’en vont en morceaux, il y aurait bien des choses à faire. Ensuite l’étang où une trentaine d’hectares auraient été remis en culture, et une trentaine d’autres pourraient l’être».
[Mathilde ne mentionne plus rien sur l’accident de Joseph - Bobby].

18 avril
«Les Allemands saccagent de plus en plus les arbustes du parc».

4 mai
« Joseph et Charlotte vont à Nîmes par le car».

7 mai
«Vues certaines choses à l’intérieur, avec le couple Barrère, qui part à 6 heures tout à fait en grand seigneur, dans un taxi qu’il a fait venir de Nîmes pour aller dans les Pyrénées passer un mois de congé».
[Mathilde mentionne de temps en temps que des avions anglais survoleraient la région, je suis très sceptique, comment est-il possible de les reconnaître, problème de rayon d’action ? – Bobby].

17 juin
«Les avions allemands redoublent d’intensité et se livrent à des exercices de parachutistes qui descendent sur le plateau ».
«En panne de voiture à Meynes, Elisabeth qui ne veut pas attendre un dépannage remonte à pied, fort allègrement ».

30 juin
Edith fait procéder à l’inventaire des meubles de Béguin et en fait vendre une partie par un commissaire-priseur.
[Tous ces voyages Nîmes/Moulin aller et retour, sont pénibles et difficiles, trains bondés couloirs encombrés de personnes et de bagages, réservations de places incertaines, compagnons de voyage de tout genre1.- Bobby].

6 septembre
«Le soir, grande scène entre Maman et Charlotte. Elle et Joseph disparaissent dans les bois et ne reviennent que vers 10 heures».

7 septembre
«Après 2 ou 3 entretiens fort pénibles avec le ménage (Barrère) ce dernier ne voulant rien entendre décide de partir demain définitivement». «Je fais certains inventaires avec Joseph».

8 septembre
Le couple Barrère part dans un taxi qu’il a fait venir de Nîmes. «Le départ est correct de part et d’autre, mais s’en aller ainsi après 35 ans …!».

14 septembre
Le jeune Delbet et Antoine sont «partis» on ne sait où ils sont actuellement. Le jeune Lafont, en prison, n’est plus à celle de Montpellier et on ignore où il est.
[Première mention, timide, de ce qui est peut-être un début de résistance et de départ pour l’Espagne ou pour le STO. – Bobby].

17 septembre
«Georgette fait une fausse-couche, sans souffrances, selon le docteur Matet.»

19 septembre
«Après une nuit agitée, où elle souffre pas mal et perd assez de sang, Georgette expulse l’objet et se sent assez vite soulagée. Matet déclare que tout est en règle et normal.»

21 septembre
Jacques et Bobby reviennent du Mas de Coste. Leur père et Daniel n’ont pu venir à la grande réunion de famille, probablement à cause des bombes».
(Noces d’or d’Emile et Juliette. Maman n’y parut point pour des raisons évidentes. Maman ne semble pas avoir été hospitalisée pour cette circonstance). [On a mis en avant un problème de taxi! – Jacques].

25 septembre
« Georgette reprend ses allures normales».

17 octobre
«Visite d’un fils de Léoni qui m’annonce que lui et ses deux frères partent pour l’Allemagne. Cette mesure toucherait tous les Italiens».

19 octobre
«Les fils Léoni ne sont pas partis de Nîmes et sont revenus coucher au Mas Neuf. Léoni espère pouvoir garder au moins un de ses fils».
Les fils Léoni ne partent pas. Ils iront peut-être à Montfrin.

8 novembre
«Tout le monde s’accorde à dire qu’il existe une véritable organisation gaulliste qui s’étend à toute la France».
[Première mention de ce mouvement – Bobby].

10 novembre
Le Comité d’Alger publie la liste d’un ministère complet, dont fait partie Massigli, mais non Couve de Murville.

27 novembre
Mort d’André Silhol.

1er décembre
Me Flaissier annonce que la maison de l’avenue Feuchères va être réquisitionnée par la milice. Madeleine Kléber répond d’abord que les choses pourront peut-être s’arranger, puis paraît croire qu’on n’évitera pas l’occupation de l’avenue Feuchères par la milice.

25 décembre
«Maman a eu un malaise».

Fin du carnet de 1943

Notes pour 1943

1 25 juillet 1943 « En Italie, le Roi met Mussolini de côté et nomme le maréchal BADOGLIO Chef de toutes les forces militaires».

16 août 1943 «Meynes est de nouveau complètement envahie par 200 allemands, en plus de 60 et 40 prisonniers Russes arrivés Samedi».

3 septembre 1943 Les Anglos-Américains débarquent en Calabre».

 

2 janvier 1944
Le bombardement de la région parisienne fait 250 morts et autant de blessés.

4 janvier
Déménagement de l’avenue Feuchères et Clausonne.

7 janvier
Mathilde écoute Payot éditorialiste sur la radio suisse.

12 janvier 1944
Mathilde et Edith semblent se préoccuper de vider les meubles de l’avenue Feuchères : la maison est dans un état lamentable, Mathilde y laisse Elisabeth et Edith, Mathilde va à la banque Arnaud Gaidan et chez l’antiquaire.

13 janvier
On déménage tous les meubles, dont deux tapisseries et une fontaine de la salle à manger.
Philippe est nommé directeur général de Saint-Gobain.

17 janvier
Le déménagement de l’avenue Feuchères: Tout est terminé et le téléphone coupé. La milice en prend possession.

21 janvier
Mathilde écoute toujours Payot, qui informe sur la situation des combats autour de Léningrad, et de Rome.
Mathilde travaille régulièrement avec le comité d’entraide à Meynes, et expédie des colis aux prisonniers.

11 février
Roger annonce à sa mère ses fiançailles avec Jacqueline Mirabaud.

14 février
Publication des arrêtés instituant toute la région en zone de guerre, sous le contrôle complet des Allemands, toute la côte dans le Gard et le Grau-du-Roi y est déjà et l’on a commencé à évacuer Aigues-Mortes
10 000 personnes doivent l’être [évacuées ? Bobby].

26 février
Toute une partie du quai de La Fontaine est évacuée. Les Colomb, Hérisson, Mourier et Pallier seraient mis dehors.

9 mars
Voyage difficile et tourmenté à Paris, via Moulins ; Roger attend Mathilde à la gare et la mène rue Saint-Dominique. [Mathilde ne se plaint ni de la fatigue, ni de l’inconfort– Bobby ].

13 mars
Mathilde va voir son bijoutier M. Boivin, avenue de l’opéra pour discuter la question bijoux, [S’agit-il d’une réparation, de transformation de bijoux anciens en bijoux récents - Bobby] «Les bagues à la mode sont bien laides».

14 mars
Mathilde à Paris reçoit une lettre d’Edith annonçant qu’un sous-officier allemand est venu pour annoncer la venue de 200 hommes, 13 sous-officiers et 5 officiers en principe dans 5 jours.

16 mars 44
Les Allemands sont à Clausonne.
[Les voyages de Mathilde à Paris sont de vrais parcours du combattant; elle rend visite à ses enfants, ses amies, va chez sa modiste, chez son banquier et au théâtre, tout cela en métro ; toujours sans se plaindre de la fatigue ou de l’inconfort - Elle a 64 ans - Bobby].

20 mars
Préparation du mariage de Roger – Jacqueline ; visite de leur futur appartement rue de Varenne.

22 mars
Mathilde apprend par François Pagézy arrivé le matin, que Clausonne est entièrement occupé par les SS et que Elisabeth aurait à peine conservé une chambre.

24 mars
Mariage de Roger à l’Oratoire, retour à Clausonne par le train de Nîmes. Mathilde arrive à Nîmes avec 2 heures de retard, le chef de train l’aide à descendre ses bagages. Mathilde prend un taxi pour Clausonne.

Elle trouve :

«Sur l’aire toute une bande de SS ayant juste une petite culotte se livrant à des exercices de culture physique. Des tanks, des autos sont à l’entrée de l’avenue à moitié dissimulés dans les buissons. La maison est entièrement occupée sauf la chambre de Maman et la mienne, celle d’Edith et de Robert. La cuisine reste à notre disposition».
«Les occupants se lèvent tard et se livrent à diverses occupations entre autres celles de faire leur lessive qu’ils mettent à sécher sur le grenadier.
Je fais le tour vers midi, il n’y a qu’une sentinelle vers le grand vivier, qu’ils ont commencé à démolir en détournant l‘eau».

27 mars
«Les occupants annoncent qu’ils partiront dans l’après-midi, et n’arrêtent pas de se livrer à des allées et venues, chargements etc. à 3 heures ils font monter le maire pour se livrer à un inventaire, puis sous prétexte qu’un camion est démoli ils déchargent la plus grande partie de ce qu’ils avaient chargé et finissent par rester, peut-être un peu moins nombreux»;
«Dans la journée, au contraire, ils n’arrêtent pas et c’est un tourbillon continu, au milieu de tourbillons de poussières, d’autos, d’énormes camions, de militaires. À 4h, le capitaine flanqué d’un acolyte demande à nous faire ses adieux. Mais ils sont encore là le soir».

29 mars 44
«Les occupants se mettent en branle, vers 3 h du matin, mais ne partent qu’à 5 h, après avoir encore fait pas mal de bruit»;
«Avec Edith, nous faisons à 2 ou 3 reprises, le tour de la maison, qui est dans un état… Pas un, des meubles qu’on a laissés, n’est resté en place et les objets les plus hétéroclites et invraisemblables voisinent au milieu d’une saleté…
Dehors, des bornes ont été brisées, des branches et quelques arbustes coupés et une poussière. Si seulement il pouvait pleuvoir».

1er avril
«Méger fait une grande sortie au sujet de l’augmentation des salaires».

2 avril 44
«À 2 h paraît un camion allemand portant 5 ou 6 officiers qui visitent longuement et déclarent que cela leur convient, tout à fait. Un officier les suit puis les premiers reviennent et commencent à s’installer, précédant l’arrivée d’un train à Remoulins qui amènerait 200 jeunes gens des chars d’assaut qui viendraient faire leur instruction ? Ils font la nuit un vacarme épouvantable apportant un matériel formidable.»
«À 6 heures, au milieu de ce tohu-bohu, arrive M. Georges-Picot Secrétaire Général de la Préfecture qui appartient bien à la famille des Georges-Picot . Il connaît tous mes fils, et me donne de bonnes paroles.»

3 avril
«Toute la nuit, les allées et venues ne cessent pas un instant, et il est impossible de fermer l’œil. Dès le matin,les officiers commencent à réclamer tout ce qu’ils nous avaient soi-disant laissé, il faut abandonner la plus grande partie de la cuisine où l’on transporte le fourneau de l’autre côté et d’où il faut placer tous les plats par l’extérieur, la grande lingerie et la salle de bains qu’ils envahissent à tout moment. Je passe mon temps à essayer de lutter et à discuter pour n’arriver à rien. Je fais juste un petit tour dans le parc vers midi, le Griffe est transformé en grande cuvette savonneuse, car je crois bien qu’ils se sont tous lavés dedans».

4 avril 44
«La nuit est sensiblement plus calme, le mouvement a commencé à partir de 6 heures, les occupants continuent à transporter, déménager, entrer, sortir et s’installer partout. Ils profitent des bassins pour se baigner partout et restent ensuite complètement nus. Ils mettent hors du garage toutes les autos, tous les engins, tous les orangers en cassant un certain nombre de vases. On les réinstalle comme on peut dans la cour».
«À 11 h ½ Me Rémizy, notaire à Montfrin vient me faire signer l’acte de vente à M.Icare d’une parcelle de terrain située au delà du bois de pins.»

5 avril
Tous les bassins sont envahis, on vide celui des grenouilles. La nuit a été calme, le petit Lieutenant demande à me parler pour demander une installation pour prendre leur repas sur la terrasse devant la chambre rouge. Je lui demande s’il pourrait ne pas nourrir ses bêtes dans notre pré où sont 1 vache et 2 chevaux. Ils ont aussi 4 cochons.
Sur l’aire, très bien dissimulés dans les buissons sont un certain nombre de tanks qui ont l’air assez vieux.»

6 avril
«Les Allemands tuent leur vache dans la cour et réclament à gros cris un frigidaire, le nôtre est cassé et trouvé trop petit».
«En revenant de Meynes, plus moyen de passer par le Griffe où les occupants habillés ou pas ont élu domicile.
Le spectacle du parc, de l’avenue des cours sur l’aire, est de plus en plus navrant.
Avec Edith chez Méger où jusqu’à présent ils n’ont pas pénétré.»
[Je crois que Tante Edith montait dans sa chambre toujours accompagnée de Marcelle.- Jacques].

8 avril
«Les occupants ont une classe de chant sous l’alisier, ils sont beaucoup plus présents.»

9 avril
«La matinée est calme, l’après-midi un peu moins et la soirée bruyante. Ils ne font rien au point de vue travail.»
«A 11 heures, dans le parc éblouissant de verdure et de fraîcheur.»
L’après-midi, «Maman a eu un malaise».

10 avril
«Nos hôtes sont en villégiature, bains froids, bains de soleil, jeux, ils font moins de bruit que la veille au soir.
Nos hôtes, à certaines heures font des tirs probablement sur l’aire, mais il en reste toujours un certain nombre et ils continuent à prendre tout ce qu’ils peuvent»

14 avril
«Le capitaine demande à me parler, il demande le piano, ce qui nous promet une nuit agréable…».

15 avril
«La nuit a été en effet des plus agitées. Véritable “nouba” avec certains des convives à de l’extérieur, accompagnée de musique, chants, cris et sans aucun doute consommation de liquides variés, ne cesse pas jusqu’à 3 heures du matin. Edith, Andrée et moi ne fermons pas l’œil, Maman n’entend rien. A midi, concert militaire par des musiciens venus d’Uzès ?».

[ au milieu de cette soldatesque, le langage de Mathilde se dégrade. On ne nous aurait jamais autorisé l’emploi de ces mots : nouba, bambocher, orgie, éreinté,… ]

16 avril
«Nos hôtes se lèvent tard, mais sont tous très frais et très animés toutes la journée».

17 avril
«Nos hôtes partent d’assez bonne heure en camions et tanks, probablement pour des manœuvres, et ne reviennent que vers 6 heures, ils creusent des tranchées dans la partie de l’avenue entre les remises et la petite allée ».

18 avril
«Les hôtes sont de nouveaux absents une partie de la journée, mais le soir, le hall est assez bruyant.»

20 avril
«Nos hôtes célèbrent la fête d’Hitler, en accrochant une grande banderole à croix gammée à la grille et par une revue à 7 heures du soir.

22 avril
«M. H. hurle des réflexions d’ailleurs très vraies qui ne modifieront rien à la situation apocalyptique que nous subissons.»

23 avril 44
«Les hôtes sont agités toute la matinée où ils auraient la visite d’un colonel ? et on leur fait des cours et des démonstrations un peu partout. Dans l’après-midi, ils se reposent et en se mettant à l’état de nature. »

25 avril
«Nos hôtes préparent une grande réception pour le soir. Ils réclament 80 verres, 50 assiettes, des nappes. A partir de 6 heures, jusqu’à une heure indéterminée de la nuit, grand vacarme dans le salon transformé en salle à manger ; on dit qu’un certain nombre serait parti et que d’autres doivent suivre ; le pain a manqué et celui qu’on nous donne est plus horrible qu’on ne l’a jamais vu et à peu près immangeable.»

28 avril, 29 avril, 1er mai
«Les hôtes - qui continuent à diminuer - préparent une grande fête, ils s’emparent des rideaux enfermés dans la lingerie, de vieilles robes et demandent vaisselle, nappes, argenterie et verres etc.».
Les hôtes demandent sans arrêt tout ce qu’ils peuvent. La fête dure de 6h à 4 heures du matin.
Les hôtes se lèvent tard, mais à partir de midi, ils reçoivent des visiteurs très nombreux et bruyants.

2 mai
«Les hôtes remettent un peu en ordre les reliefs de leurs orgies*».
Mathilde et Elisabeth vont à Nîmes en auto. Arrêt à la Préfecture chez Georges-Picot, retour à Clausonne.
Roger écrit que « les évènements» doivent se produire dans un délai de quinze jours, un mois au plus.

10 mai
Nouvelle fête en préparation, on recommence à bambocher*.

17 mai
Cyrille est réquisitionné avec l’auto, il va deux fois à Arles où il a une panne.

18 mai
«Après une nuit assez mouvementée, la matinée l’est également, vers 2 heures l’agitation devient telle que nous ne sommes pas très étonnées d’apprendre leur départ, qui a lieu après d’innombrables allées et venues, transports de tout ce qu’on peut imaginer paquetages, etc.».
«Le capitaine demande à me voir, et exprime sa reconnaissance pour le séjour qu’il a fait et où ils se sont si bien trouvés, trois ou quatre hommes remettent de l’ordre. Maman est bien agitée.»

19 mai
«Un délégué de la mairie vient faire avec un ou deux des visiteurs restants, l’inventaire des dégâts, nous parcourons la maison dans tous les sens et dans tous-terrains ; elle est très sale, presque partout des vitres brisées, des clous enfoncés, des boutons de porte disparus, et tous les fils électriques plus ou moins arrachés, ainsi que les prises. Une quantité considérable de visiteurs reste consignée dans la serre.»
«Après le déjeuner, nous recommençons une tournée et tâchons de mettre encore quelques meubles et objets de côté.»

25 mai
«J’attends le docteur Matet qui vient me voir à midi dit que j’ai de la cystite du col. Il m’ordonne tisane de queues de cerise et cachets et dit que je dois m’alimenter en légumes. Le soir cela va moins bien, j’essaie de rester tout à fait étendue. Il n’y a plus de sang dans les urines qui sont moins fréquentes, mais toujours très brûlantes ».

[C’est la première fois que Mathilde parle de sa santé et de son inconfort.- Bobby].

30 mai
«Arrivée d’une auto avec 3 officiers allemands à la recherche d’un cantonnement pour une compagnie qui serait à Uzès. Méger leur fait visiter la maison. Ils annoncent leur arrivée pour après-demain.»

31 mai
«Il me semble que localement je suis mieux, mais complètement éreintée*, on continue à mettre à l’abri certains objets. Cyrille bat les tapis.
À 8 heures du soir on voit arriver de nouveaux visiteurs qui seraient des aviateurs de Remoulins».

2 juin
Visite d’un représentant de la Mairie au sujet de l’évaluation des dommages.

6 juin 44
La radio annonce que les Américains avec 4 000 navires et 4 000 avions ont débarqué dans la presqu’île du Cotentin, à Arromanches, Le Havre.

7 juin
Nouveaux visiteurs qui se montrent moins exigeants et gênants que les précédents, puisqu’ils ont installé la cuisine au garage.
«Je ne suis de nouveau pas bien, avec un sentiment de fièvre et pas d’appétit».

9 juin
«Je ne suis pas brillante et passe une triste journée occupée par la visite de 10 officiers allemands qui annoncent leur venue le soir ou le lendemain, ils recommandent qu’on laisse toutes les portes ouvertes».

10 juin
«Les premiers visiteurs n’arrivent que vers 10 heures, mais arrivent en foule : ce sont des hommes qui disent venir de Russie. Ils sont en verdâtre et amènent d’énormes camions encombrant le tour de la maison et la cour. Eux sont partout».

12 juin
«Je m’alimente à peu près normalement et me sens un peu moins à plat.»
«Les visiteurs ont, cette fois-ci, tout à fait envahi le parc, établi des tentes au milieu du pré qu’ils foulent sans aucun respect, ainsi que leur 6 chevaux. Un énorme camion obstrue l’allée du bois à l’emplacement du banc de Maman, qui ne peut plus s’y rendre. Ces hommes disent venir de Bessrabie.»
« Edith va le matin chez la coiffeuse».

13 juin
«A 5 heures le jazz des visiteurs s’installe sur le perron, collée à la fenêtre je n’en bouge plus jusqu’à 9 heures».

15 juin
«On entend des bruits d’avions, et une véritable canonnade ou pétarade au-dessus de nos têtes, tout le monde a très peur, à commencer par les visiteurs plus agités et remuants que jamais».

17 juin
«Les Allemands ont inventé une arme nouvelle, l’avion sans pilote, porteur de bombes. Lancée sur l’Angleterre, elle aurait fait déjà beaucoup de mal. C’est un triomphe!»

23 juin 44
«Je ne bouge pas. Très à plat. Maman n‘est pas bien non plus. Vézinet que l’on attendait ne vient pas.

24 juin
«Bien que n’ayant pas de fièvre, je ne suis toujours pas brillante. Vézinet vient sans avoir eu d’obstacle sur sa route.»

26 juin
«Je suis plutôt mieux et m’efforce de reprendre ma vie normale. La fournée 7 part, mais la 8ème se présente en la personne d’un représentant de l’organisation Todt qui serait pire que tout et qui annonce pour demain l’arrivée de 100 personnes. La maison est… indescriptible de saleté».

28 juin
«Les visiteurs se montrent fort exigeants, et réclament entre autres la repasserie, j’essaie de parlementer avec le chef qui répond que dans ces conditions toute la maison sera réquisitionnée, et que nous serons mises dehors. Bien entendu nous cédons, d’autant que le maire, auquel j’ai fait demander de monter et qui ne bouge pas me donne ce conseil, répété dans l’après-midi M. Georges-Picot auquel je téléphone en descendant à Meynes».

Philippe Henriot est assassiné ce même jour.

30 juin
Les visiteurs sont un peu plus calmes et font un nettoyage des abords de la maison.
«à 6 heures visite du maire qui s’excuse de ne pas être monté la veille et qui reste très longtemps. Il vient de Nîmes et déclare que nous serons très probablement sur la ligne de bataille.»

1er juillet
«La TSF ne donne pour ainsi dire plus d’émission, de sorte que l’on ne sait rien sur une situation qui paraît à peu près pareille. Les émissions sont brouillées et incompréhensibles.»

3 juillet
«Le «chef» réclame une pièce de plus, il est évident que le nombre des femmes augmente et elles ont une touche…»

4 juillet
«Un visiteur s’installe chez Méger dans la chambre de Cyrille…»

7 juillet
«Anita vient annoncer que des Malgaches coupent du bois de leur propre autorité au milieu de l’avenue, Méger va voir et trouve qu’en ayant besoin pour faire cuire la soupe, ils venaient en faire là où il y en avait… Bambous et terrasse»

[Comme au moyen-âge, les personnels et paysans, en cas de crise ou de troubles viennent chercher refuge au château sous la protection des seigneurs. - Bobby].

8 juillet
Les ramoneurs viennent de Nîmes pour nettoyer la chaudière, mais pas le fourneau de la cuisine.

11 juillet
«Les visiteurs continuent à affluer de plus en plus nombreux, (est-ce le rebut du port de Marseille!).»

[En ces temps troublés Mathilde et Elisabeth continuent d’avoir à leur service, leur staff d’avant guerre, Andrée, Ruanita, Méger et Albin et Cyrille. Qui protège qui ? - Bobby]

15 juillet
«Je suis de nouveau pas brillante, diète ce qui m’éreinte, complètement, en revanche Maman est tout à fait requinquée. Léontine et Anita sont emmenées à Bellegarde par un camion de visiteurs».

16 juillet
«Il y a à Meynes la fête des Malgaches. Je suis mieux».

20 juillet
Annonce de l’attentat commis contre Hitler et son état-major.

Dans ce désordre, la pension d’Elisabeth arrive régulièrement, tous les mois.
Mathilde suit avec précision les mouvements de troupes et les combats en Normandie, en Italie et en Russie. [Bobby]

1er août
Edith va le matin chez le coiffeur où elle se trouve avec la dactylo.

7 août
Les avions américains ne cessent pas de circuler. Toute la nuit et la matinée, on entend de nombreuses chutes paraissant se rapprocher, on parle du pont d’Aramon.

12 août
On parle d’évacuer Nîmes.

15 août
Les visiteurs sont dans la plus grande agitation, ils ne peuvent pas partir, parce qu’ils n’ont pas d’essence et, surtout, les ponts sont coupés.
Toute la journée, beaucoup d’avions et de bombes. Tout le monde est affolé sauf Maman qui continue à ne rien entendre.

18 août
L’électricité disparaît à 7 heures et revient à 1 heure.
Le courrier marche irrégulièrement. Pas de nouvelles de Paris.

20 août 44
Les visiteurs partent et sont remplacés par d’autres, des artilleurs, hommes, officiers, canons, chevaux, ils s’installent partout.
Mort d’Augustine Bilquet.
Mathilde descend à Meynes, pour l’enterrement d’Augustine Bilquet, elle revient par le parc avec Méger, où tous les sous-bois sont remplis de chevaux, de canons, ces visiteurs partant et annonçant qu’ils seront remplacés par d’autres.
Toujours bruits d’avions et de bombes.

22 août
Les visiteurs restant commencent à piller, ce qu’ont laissé les Allemands non seulement les habitants de Meynes, mais n’importe qui arrivant essaie d’emporter quelque chose, c’est lamentable.
Pas de d’électricité, pas de nouvelles.
Nuit pénible, envahissement, par la population de Meynes, j’envoie Méger demander au Maire s’il ne pourrait pas,envoyer quelques Malgaches, ceux-ci arrivent en grand nombre et passent une journée à enlever le matériel restant.

2 septembre
«Nous voyons arriver 3 officiers auxquels nous offrons à dîner. Dans la salle à manger, il y a juste la table et 6 chaises, pas d’électricité mais une lampe à pétrole. Après le dîner nous nous retournons dans la galerie ces messieurs qui représentent le parti de la France Libre, parlent beaucoup et sont curieux à entendre, très enthousiastes pour de Gaulle, et très convaincus qu’ils vont renouveler la France, bien que jusqu’à présent, ils trouvent qu’ils ne sont pas accueillis avec un enthousiasme délirant ».
[Ces dames attendaient la visite des commandants Killian et Lubowick].

3 septembre
«Pour la première fois depuis 6 mois, nous prenons nos repas dans la salle à manger, où il manque 3 vitres, nous avons juste la table et quelques chaises.»
Cyrille et Andrée s’efforcent de nettoyer la maison.

11 septembre
Pour la première fois les combats ont lieu en territoire allemand.

16 septembre
Cyrille remplace les vitres cassées de la salle à manger par des vitres prélevées sur des tableaux.

19 septembre
Mathilde fait faire par M. Troupel et M. Gardet, huissier d’Aramon, un constat de l’état la maison et du parc. L’opération dure toute la matinée.

24 septembre
Les Allemands contre attaquent à Arnhem et dans les Ardennes.

5 septembre
Mathilde demande que nous laissions les Malgaches occuper le garage, afin de laisser libres les locaux de l’école pour permettre la réouverture des classes.
Mathilde donne beaucoup d’informations sur l’occupation de Clausonne, mais ne donne aucune information sur l’occupation dans les villages voisins.

27 septembre
Mireille a été opérée d’une appendicite, Roger est parti avec l’armée Leclerc, François qui est au Quai d’Orsay recevrait une affectation pour l’Allemagne.

28 septembre
Cyrille continue à nettoyer la maison.
Nationalisation des mines de Bessèges.

2 octobre
La maison est à peu près nettoyée. Nous commençons à descendre les meubles de la bibliothèque.

16 octobre
Visite inattendue de François qui parti de Paris à 8 heures arrive à Tarascon via Lyon et Avignon sans changer de train. Traversée du Rhône à Tarascon dans une petite barque et arrivée ici, en partie à pied et en partie en camion, il est très maigre. Il doit être nommé à Bruxelles comme Conseiller avec Brugère comme Ambassadeur.
[Il nous en a beaucoup parlé ! – Jacques].

8 décembre
Maman est tombée dans sa chambre et souffre de la hanche et du genou.

9 décembre
Maman passe une mauvaise nuit en souffrant beaucoup, le docteur Matet dit qu’il n’a trouvé aucune lésion. Ce n’est donc pas le col du fémur, comme nous l’avons craint mais une forte commotion avec des muscles ou des nerfs froissés, Maman passe la journée entière au lit, la fin de la journée est meilleure. L’appétit reste excellent.

10 décembre
Maman va mieux, elle prend son tub, puis vient au salon, elle prend ses repas à table.

13 décembre
Maman marche avec de plus en plus de difficulté et le soir nous avons toutes les peines du monde à lui faire regagner sa chambre.

14 décembre
Maman passe une nuit médiocre, Matet dit qu’il n’y a rien de cassé, mais qu’il ne faut pas qu’elle marche tout en ne restant pas au lit.
Nous nous ingénions de toutes les manières, ce qui n’est pas commode et nous prenons notre faction dans cette chambre où nous avons passé 6 mois. Maman conserve un appétit extraordinaire.

15 décembre
Maman passe une bien meilleure nuit, mais la douleur n’a pas beaucoup diminué, la marche qu’elle ne fait plus puisque nous la faisons circuler sur un fauteuil à roulettes, me parait lui être presque impossible.
Maman dort bien,il ne semble pas qu’il y ait beaucoup de progrès dans la douleur et dans la marche.
Andrée et Yvonne cherchent à Meynes une garde qui pourrait s’occuper d’Edith pour soulager et remplacer Andrée

29 décembre
Un télégramme de Roger annonce que Jacqueline avait eu un accouchement prématuré, que l’enfant n’avait pas vécu et que Jacqueline après avoir donné certaines inquiétudes allait aussi bien que possible.
[Je me souviens des observations de ma mère sur Roger qui a eu beaucoup de chagrin pour ce triste évènement. - Bobby].
[Quelques années plus tard, elle nous a parlé de la perte de ce bébé encore avec émotion – Jacques].

Fin du carnet de Mathilde de 1944

 

27 janvier 1947
Le charcutier de Montfrin vient avec un aide. Toute la journée on ne s’occupe que de l’animal qu’on déclare superbe et qui pèse près
de 170 kg,  il s’agit de tuer un cochon venant du Mas Mourier.

29 janvier
Roger est nommé conseiller d’ambassade aux États-Unis.

31 janvier
Maman organise une donation-partage par les soins du notaire Me Flaissier en présence de 2témoins. Elisabeth donne 5 MF à Edith et 5 MF à Mathilde.

11 février
Pas d’appel de téléphonique de René.

7 mars
Bonne-Maman reçoit la visite de Maître Rigaud, avocat à Moulin, à Saint Etienne du Grès, qui vient lui demander si « nous voulons vendre Clausonne», pas de commentaires. Pas de réponse.
René doit repartir pour le Vénézuela et François pour Moscou.

15 mars
«Je vais à Meynes par le chemin du cimetière où je fais une violente chute sur le nez, ce qui m’oblige à m’arrêter chez Madame Souchon.»

16 mars
Georgette m’écrit que Philippe est arrivé après 4 mois d’absence, en bon état.
Souchon vient savoir de mes nouvelles.
J’ai le nez en compote et 2 grosses poches sous les yeux, je ne souffre pas d’une manière aiguë, c’est surtout gênant.
[à cette époque, Mathilde est âgée de 67 ans, née en 1880].

23 mars
Mathilde travaille toute la journée à l’impôt sur le revenu qui est prêt, Pierre Causse fournit quelques éléments.

6 avril
Roger passe la plus grande partie de l’après-midi à lire ou à travailler, dans le parc où les narcisses sont en pleine floraison.

18 avril
Jacques a été pris d’une forte fièvre et de violents maux de tête. Florant découvre le lendemain un point de congestion, les sulfamides font tomber la fièvre.
[Une pneumonie m’a terrassé. J’étais à Clausonne. Je me requinquai. J’avais perdu le sommeil et je broyai du noir. – Jacques].

8 mai
Les ministres communistes sont remplacés par décret.

7 mai
Rendez vous chez Me Flaissier, qui me fait attendre une demi-heure, je signe devant témoins l’acte de donation-partage de 5 MF donnés par Maman, et à chacun de mes enfants 1,4 MF (il y a eu une deuxième donation partage entre Mathilde et ses enfants, l’histoire ne le dit pas).
Il me faut payer pour Roger 70 000 F de droits plus 75 000 F de droits à la banque Arnaud.

18 mai
Arrivée d’une nouvelle vache avec Vézinet, vache qui est de l’Ariège, qui devrait donner 18 litres ayant eu son veau il y a 8 jours, elle ressemble beaucoup à l’autre que l’on emmène au Mas de Mourier.
[La pension d’Elisabeth augmente régulièrement, après être restée longtemps à 3 000 F elle est montée 5 000 F en avril et à 6 000 F en mai 47- Bobby].

21 juin
«Maman est gémissante.» [Mathilde n’évoque jamais d’éventuels problèmes de santé chez Edith – Bobby].

8 juin
Maman est toujours gémissante et a pourtant un peu plus d’appétit.
L’impôt de solidarité est augmenté de 25 %.

26 juin
Vote d’un impôt sur les domestiques, 60 000 F pour la première femme de chambre, 90 000 F pour la seconde, 120 000 F pour l’homme.

8 juin 1947
Les problèmes d’alimentation en eau des bassins et du parc sont permanents. La source du Griff est inconstante et insuffisante. Toute l’eau du grand vivier va chez Cabassol pour arroser la terre proche du potager de Clausonne.
(Cette opération paraît un peu douteuse, et personne ne vient aider Bonne-Maman, sauf peut être Jacques Pagézy, qui meurt le 17 juillet 1947.)

6 juillet
M. de Dadelsen nouveau pasteur de Beaucaire revient avec une cinquantaine de jeunes paroissiens. Culte au Grand Vivier.

21 juillet
Maman est certainement mieux, mais toujours bien gémissante et nerveuse.

25 juillet
Le Griffe ne coule pour ainsi dire plus.
Pension Elisabeth juillet : 3 000 F et 4 000 F en août.
Maman a un de ses malaises.

10 septembre
Ouverture et vidange des fosses. Tout se passe bien et est terminé avant midi et sans augmentation sur le prix convenu.

24 septembre
Après le dîner (anniversaire de Georgette) Maman a un très mauvais moment.

26 septembre
Bourrasque continue toute la nuit, de plus en plus furieuse avec un vent soufflant dessous les côtés.
Elisabeth pension octobre : 8 000 F.

4 octobre
Tout va depuis plus mal. Pierre Causse me remet un chèque de 20 000 F.
(Sans explications de Mathilde, Pierre Causse de temps en temps remettait un chèque à Mathilde - Bobby).

9 octobre
Je vais jusqu’au passage à niveau entre la gare de Lédenon et Sernhac et je reviens par le bois. Je suis ici à 7 heures.

14 octobre 1947
Pierre Causse remet à Bonne-Maman un chèque de 41 206 F, solde de ce qu’il lui doit pour les 3 dernières années de loyer.

30 octobre
Paiement de l’impôt de solidarité, Mathilde a un long entretien avec
M. Pallier de la banque Arnaud Gaidan à Nîmes.
[Détails non communiqués - Bobby].

4 novembre
Retour de la Société Générale avec M. Walter pour l’impôt de solidarité, et puis avec M.Pallier chez Arnaud Gaidan.

7 novembre
Vu Me Flaissier pour l’impôt de solidarité.

8 novembre
Inquiétude de Mathilde qui craint que le futur impôt sur le revenu ne soit triplé, quintuplé ou décuplé.

21 novembre
Maman a des douleurs, ce qui ne l’empêche pas de faire ses 4 repas.
Albin est appelé à Nîmes pour son service militaire.
Pension Elisabeth novembre : 45 000 F.

1er décembre
6ème jour de tempête, le mistral déchaîné est glacé.
8ème jour de tempête qui est plus violente et plus froide.

23 décembre
L’intensité de la tempête devient absolument odieuse. En descendant à Meynes, je suis presque renversée par le vent. La tempête fait rage toute la nuit.

24 décembre
Grosse augmentation du gaz, de l’électricité et de la SNCF.

26 décembre
Séance de travail avec Pierre Causse au Mas Neuf, au sujet des réparations à entreprendre sur les toitures. Ulysse rabat son devis de
22 000 F à 130 000 F. Nous examinons aussi la possibilité de faire des chambres dans les immenses greniers.
Elisabeth pension décembre: 4 000 F.

Fin du carnet de 1947

 

6 janvier 1949
Tour du parc avec Méger et Albin qui a pris ses fonctions.

17 janvier
Le Président des Référés aurait prononcé l’expulsion des Dudezael du rez-de-chaussée de l’avenue Vélasquez dans un délai de 15 jours.

27 janvier
Edith reçoit une dépêche de M. Garnier lui apprenant que la grange du domaine de la forêt a brûlé et qu’il faut y aller.
«Pension Maman janvier 5 000 F ».
Edith dit que pour reconstruire la grange qui a brûlé il faudrait de 4 à 5 millions.

22 février
Travaillé sur l’impôt sur le revenu plus compliqué que jamais.
Pierre Causse apporte la déclaration pour le Mas Mourrier qui est en déficit.
«Pension Maman février 5 000 F »
Mathilde va de temps en temps chez le coiffeur et chez le dentiste.

9 mars
Saignement de nez de Maman qui finit par s’arrêter. Maman est toujours très enrhumée, elle de lève, comme d’habitude, mais elle ne quitte pas sa chambre et conserve son apathie.

11 mars
Pas de téléphone, ni d’électricité. Maman est de plus en plus bas, pourtant, elle passe sa journée au salon et continue à avoir bon appétit, mais elle est affaissée et endormie.
Promenade dans le parc, les bassins sont bien pleins.

16 mars
Je reste toute la journée avec Maman qui semble faire quelques petits progrès, mais est toujours très bas.

21 mars
Philippe part pour la Nouvelle-Calédonie.
Pension Maman mars 5 000 F

14 avril
Arrivée de front à bicyclette des 3 garçons qui viennent de Nîmes après leur tournée sur la Côte d’Azur de Cannes à Toulon.
(Vacances de Pâques nombreux mouvement des enfants et des petits-enfants).
Maman va mieux, se repose et paraît plus détendue et plus normale, mais la journée est quelconque, Maman est très gémissante et de plus en plus autoritaire.
Matet déclare que Maman va se remettre et n’a plus qu’à rependre sa vie normale, elle est d’ailleurs excessivement nerveuse, démoralisée, exaspérée et les journées sont longues.
Pension Maman avril : 5 000 F

3 mai
Maman reste bien nerveuse et démoralisée.
«Nous célébrons le 94ème anniversaire de Maman, qui a le même âge que le Maréchal Pétain que l’on dit très affaibli.»

7 mai
Maman se plaint de plus en plus de ses yeux. Ne pouvant plus lire, elle écrit.

10 mai
Edith a terminé ses affaires à Lurcy et pense partir pour Paris, où elle descend chez Madame de Seynes.

13 mai
Maman n’est pas mal, bien que paraissant de nouveau avoir le cerveau un peu pris.

19 mai
Pierre Causse annonce que le compte du Mas Mourrier à la BNCI est en déficit de plus de 500 000 F et qu’il en faut à peu près autant pour marcher jusqu’au mois de septembre.

Pension Maman mai : 15 000 F.

24 juin
Mathilde dépose à la banque Arnaud Gaidan un certain nombre de titres venant de la banque Vernes [après les avoir transportés avec elle au théâtre, dans le métro et dans, le train pendant 3 jours, quelle imprudence ! Comment se fait-il que Vernes n’ait pas expédié ces titres à Nîmes en toute sécurité ? - Bobby].
Pension Maman juin : 5 000 F.

2 juillet
Le jugement de l’affaire Dudezael pour l’avenue Vélasquez est rendu définitivement en faveur de Maman.
Maman a toujours des petits malaises et n’est pas bien.

21 juin
Pierre Causse écrit à Maman que le déficit du Mas de Mourrier est de 73 636 F après le versement d’Arnaud de 300 000 F. Soirée très désagréable.
[Ces 300 000 F versés pour le Mas de Mourrier proviennent-ils des titres pris chez Vernes et ramenés à Nîmes chez Arnaud Gaidan ? Supposition, sans aucune preuve. - Bobby]
Pension Maman juillet : 4 000 F.
27 septembre
Selon P. Causse, la récolte devin serait de 900 hecto au Mas de Mourrier et de 1 700 hectolitres au Mas Neuf.

9 Août
François quitte définitivement l’Allemagne.

8 Septembre
François est nommé à la Direction de l’Europe à Paris.
Pension Maman septembre 10 000 F
Envoi d’un mandat à Marie Seydoux à Séridos 25 000 F.

7 octobre
Je ne quitte guère Maman qui a froid et s’ennuie.

14 octobre
Mort de M. Arnavon.

Le docteur Roche oculiste examine Maman, dit qu’il n’y a aucune cataracte ni glaucome, mais un durcissement des artères dû à l’âge et à la mauvaise circulation et qu’il n’y a rien à faire.

21 octobre
Une bourrasque de vent casse 3 vitres dans le salon, il faut faire monter Léoni de Meynes.

22 octobre
Mathilde va voir les Cormouls à Nîmes et rencontre les Nègre à Vaquerolles.

25 octobre
Edith voir le percepteur à Meynes. J’y vais à mon tour pour lui transmettre 2 chèques, un pour Maman et un pour moi ; tout est réglé comme impôt pour 1949.
Pension Maman 25 000 F.

3 novembre
Mathilde passe une journée de malaises et de gémissements.

12 novembre
Maman a son rhume plutôt du côté du cerveau, elle est dans un état incessant de démoralisation et d’énervement.

P. Causse me remet un chèque de 50 000 F pour la ferme du Mas Neuf. J’envoie 10 000F à Marie Seydoux.

18 novembre
Emile Silhol téléphone pour transmettre une proposition de vente pour l’avenue Vélasquez.
[À l’occasion, quand tout le personnel est parti, Mathilde s’inquiète de rester seule à Clausonne. Bobby].
Plusieurs discussions avec Roger, puis avec Olivier Silhol sur l’Avenue Vélasquez.

29 novembre
Un dératisateur qui arrive en retard reste une demi-heure et empoche
3 000 F. Le résultat est que le chat du Mas Neuf est mort.

5 décembre
On annonce la mort de Madame de Witt Guizot.
Mas Neuf, on n’a trouvé aucun rat mort, mais on n’en voit plus et on n’en entend plus.

9 décembre
Albin a vu un individu qui coupait des fagots et dont la camionnette est dissimulée derrière le Mas de Cabasol. Méger est absent, je téléphone à la gendarmerie de Montfrin une demi-heure après les gendarmes sont là, ils mettent la main sur un gros Italien de Marseille parlant un affreux charabia, qu’ils emmènent et qui paie avec empressement 300 F pour le bureau de bienfaisance. Méger revient et critique ce que l’on a fait (9 décembre).
[Ainsi, à 69 ans, Mathilde s’offre le luxe de prêter main-forte à la gendarmerie pour arrêter un voleur opérant sur les terres de Clausonne. Quelle curieuse procédure pour la gendarmerie et pour remplir les caisses du Bureau de bienfaisance. Bobby].

Edith est tombée, ce qui cause un grand émoi à Mathilde.

27 décembre
Visite de Causse (achat d’un petit lopin de terre pour 25 000 F).

Fin du carnet de 1949

 

1950 - 1959

16 janvier
Maman est de nouveau très lamentable.

26 janvier
Maman ne trouve plus ses mots et dit des mots les uns pour les autres, pourtant elle dîne assez bien.
François annonce qu’il a la rosette.
Maman se plaint de souffrir beaucoup de la tête, Matet n’est pas autrement inquiet, rien au cœur ni aux poumons, il ordonne des piqûres d’asécoline pour la circulation. Maman reste toujours troublée et abrutie, elle paraît avoir retrouvé une élocution normale.

28 janvier
Maman va mieux.

11 février
Visite à Nîmes. Kermesse Croix Rouge, qui me fait l’effet d’une fumisterie.

20 février
Maman se plaint toujours plus de sa jambe, et est très à plat, elle a de plus en plus de mal à se mouvoir.
Matet déclare la douleur à la jambe droite de Maman inexplicable et ordonne des cachets.
Mathilde écoute régulièrement des concerts à la radio.

13 mars
Rien n’est prêt pour la signature de l’acte de vente de l’avenue Vélasquez.

18 mars
M. Causse me fait signer l’acte d’achat de la pièce de terre cédée par Mme Cabassol de Sernhac 25 000 F.
Visite du conservateur du musée Calvet à Avignon.

21 mars
Cyrille qui s’en va définitivement est conduit en auto à Remoulins.

21 avril
À la poste de Meynes, le facteur me paie la pension de Maman du 5 juin et la mienne du 27 mai, celle-ci avec des arrérages. Le tout monte à
88 635 F [aucune explication - Bobby].
Maman de plus en plus lamentable et nerveuse.
Renée envoie un chèque de 2MF, premier versement de M. Magnin pour la vente de l’avenue Vélasquez.

9 juin
Pierre Causse me remet un chèque de 50 000 F [sans explication – Bobby].

30 juin
Bobby est admissible à l’École des Mines de Paris.

Maman va mieux que la veille, mais dans un état de nervosité.

28 juin
Jacques est reçu à son droit et Bobby à l’oral des Mines.

1er juillet
Albin fait une chute à bicyclette en descendant à Meynes. Matet ne trouve rien de grave.

6 juillet
Mireille est reçue à son bac de philo avec la mention assez bien.

13 juillet
Matet trouve Maman bien, ne lui ordonne rien et ne cherche même pas à expliquer d’où viennent ses malaises.
Départ d’Andrée qui va encore en congé chez elle.
Parlé avec Méger du puits de Cabassol.

15 juillet
Maman a ses malaises, ce qui ne l’empêche pas de se bourrer de crème au chocolat. Descente dans le parc et le potager, le spectacle du premier me fend le cœur. La question de l’arrosage devient angoissante (tout l’approvisionnement en eau vient de la source du Griffe toujours défaillante).

22 juillet
Jonquet apporte le devis du puits de Cabassol. Vu Jonquet avec lequel on décide l’installation d’un moteur, environ 100 000 F.

25 juillet
Vu le percepteur et lui remet un chèque de 150 000 F pour le règlement de la moitié des impôts de Maman. Il reste encore une somme équivalente à payer avant le 1er novembre.

30 juillet
Deux individus travaillent au puits de Cabassol, le Griff baisse de plus en plus: le bassin des grenouilles se vide.
En juillet, Mathilde s’achète une robe pour 3 000 F et une ombrelle pour 800 F.
Chez Cabassol. Le moteur est posé et fonctionne, mais on n’a pas l’autorisation de l’EDF.

7 août
Maman fait des essais d’appareil auditif. Ceux-ci ne sont guère concluants.

9 août
Méger est à Beaucaire, chez EDF, où on avait perdu le dossier. Tout sera en place d‘ici deux ou trois jours pour le puits de Cabassol.
Il n’y a plus d’eau dans la maison. Chez Cabassol, le moteur fonctionne et il est en train de s’en servir.
Dans le haut de sa ferme, M. Malbos creuse un puits .
[Pourquoi Malbos fait-il creuser un puits et le fait-il payer par ces dames? - Bobby].
Jonquet vient se faire régler le moteur de Cabassol, 100 000 F.

28 août
Préparation de l’inventaire qui doit avoir lieu avenue Vélasquez, avant le 30, date de départ de M.Levinsson.

30 août
A Séridos, mariage d’Irène Seydoux, fille de Pierre, avec le Vicomte Pinon.

11 septembre
Bobby est reçu à Centrale.
[Dans la maison, il y avait tout le temps des pannes d’électricité et de plomberie - Bobby].

21 septembre
Bobby reçoit une lettre lui annonçant son admission à l’École des Mines de Paris.
Les vendanges seraient de 1 400 à 1 600 hectolitres au Mas Neuf.

18 octobre
François emporte dans une auto du ministère tous les papiers de Jacques (J. Seydoux) au Ministère des Affaires étrangères.

20 octobre
Chez Thibaude, les signatures sont apposées à l’acte de propriété et à l’acte de partage. [De qui s’agit-il? - Bobby].

Évacuation de tous les meubles (de l’avenue Vélaquez) par les hommes de la salle des ventes.
[Je présume qu’il s’agit des opérations consécutives au bal donné avenue Vélasquez, par les 4 familles. -Bobby].
[Ce bal avait été très réussi – Jacques].

8 novembre
À Nîmes banque Arnaud Gaidan, je remets le chèque de 20 000 F à
M. Pallier.

6 novembre
Vu Georges, Jacqueline reçu un chèque de 2 200 000 F.

15 novembre
Je suis à Nîmes à la banque Arnaud pour le réemploi de la vente de l’avenue Vélasquez.

4 décembre
Le docteur Armangeaud dentiste m’enlève, non sans peine, une très grosse racine.

Maman est bien nerveuse.

25 décembre
Maman passe une mauvaise fin de journée, en déclarant qu’elle n’entend plus, ce qui fait que nous échouons dans sa chambre où nous passons la soirée (de Noël).

31 décembre
Nous ne voyons pas une âme de toute la journée.

Récapitulation :

Travaux pour la salle de bains, 121.768 F.
Travaux exécutés pour le compte de la reconstruction, salon du nord,
19 352 F.
[Est ce que ces deux travaux sont exécutés pour le compte de la reconstruction, de quoi s’agit-il? - Bobby].
[Bonne-maman avait reçu les indemnités dîtes, je crois, de guerre, suite à l’occupation de Clausonne par les Allemands. – Jacques].

Fin du carnet de 1950

 

1er janvier 1951
Andrée, malade, ne pourra pas faire la cuisine.
Edith et moi mettons la table, nous sommes 15 à table.

5 janvier
Maman est dans un «mauvais jour», d’une humeur exécrable et ne veut pas quitter sa chambre
Le docteur Matet trouve que Maman a un cœur en parfait état et, un état général aussi satisfaisant qu’il peut l’être à son âge.
Ses misères et infirmités des yeux et des oreilles qui ne feront probablement qu’augmenter et il ne peut rien.

12 janvier
Visite de Pierre Causse qui réclame et emporte un chèque de 20 000 F sur Arnaud, pour les nouveaux plans [ou plants ?- Bobby] du Mas de Mourrier. On ne peut vendre le vin qui est bloqué jusqu’en avril.
Maman est prise d’un de ses malaises qui sont devenus quotidiens.

20 janvier
Je récupère à la poste des arrérages de pension 15 000 F pour Maman et 12 000 F pour moi, «on comprend que l’État n’ait plus d’argent».

27 janvier
Je manque Causse qui annonce qu’il s’était entendu avec un autre entrepreneur de travaux agricoles pour remettre en état un certain nombre d’hectares, dans lesquels on fera pousser du riz.

6 février
Maman est de plus en plus lamentable et affaissée, elle mange très peu et le soir se plaint de violentes douleurs partout.

7 février
Nous allons à Servannes chez les Revoil.
Maman n’est plus prostrée, mais de nouveau plus nerveuse et plus pénible, elle ne se relève plus le matin.

15 février
Pierre Causse apporte les comptes du Mas de Mourrier.

5 mars
«Méger m’entreprend sur diverses questions, toujours les mêmes».

13 mars
M. Causse dit que sa fille est toujours dans le même état. [Tuberculeuse, je crois. Elle était très jolie et charmante.- Jacques].

29 mars
P. Causse téléphone de Paris et fait part de la mort de sa fille.

14 avril
Mise en exécution du plan Schumann.

18 avril
Le plan Schumann est signé.

19 avril
Pierre Causse dit qu’à la BNCI, le compte du Mas de Mourrier est de nouveau en déficit.

18 mai
«Visite à la banque Neuflize, où Maman possède sur son compte un crédit de 320 000 F, et visite à la banque de Paris qui me dit que j’aurais
180 000 F.»

21 août
P. Causse qui reste longtemps et annonce que la BNCI réclame l’argent avancé, près de 2 millions, et impossible de vendre du vin, toujours bloqué, d’ailleurs le vendra-t-on ?

29 août
«La banque Arnaud vire à la BNCI, au compte Baronne de Clausonne Mas de Mourrier la somme de 200 000 F.»

3 septembre
Pierre Causse a vendu un foudre dans les 500 000 F et déclare que tout va bien…

11 septembre
Arrivent Bobby et son ami Tripard, après 4 semaines d’un voyage à moto à travers la Suisse, le sud de l’Allemagne, le Tyrol, les Dolomites, Venise, le nord de l’Italie et la Côte d’Azur.
Ils n’ont eu aucun incident sérieux.

25 septembre
P. Causse, qui, malgré le temps se déclare satisfait des vendanges au Mas de Mourrier et au Mas Neuf.

5 octobre
Visite de Méger qui vient payer sa ferme.

6 octobre
Visite de Mme Pitot qui vient régler sa ferme.

7 octobre
Visite de Mme Daniel qui vient payer sa ferme.

10 octobre
P. Causse indique que les vendanges au Mas Mourrier seraient terminées et que le résultat, 1 300 hecto serait moins bon que celui sur lequel on comptait.

30 octobre
Visite de P. Causse qui me remet un chèque de 50 000 F pour le Mas Neuf et qui dit qu’au Mas de Mourrier la situation financière n’est pas brillante.

14 novembre
Georgette téléphone que Jacques en a bien fini avec son droit et qu’il part pour Saumur.

15 novembre
Visite à la poste Meynes «pour l’impôt foncier on paierait seulement pour les terres 135 000 F sur un total de 276 000 F.»
[Pas très clair, serait-ce que l’impôt foncier sur le château et sur les habitations serait retardé  ? - Bobby].

22 novembre
Visite de Pierre Causse, «nous parlons ensemble longuement de plusieurs questions, impôts assurances, baux etc…».

24 novembre
Jacques à Poitiers où il a froid et faim.

27 novembre
P. Causse parle longuement du Mas de Mourrier. Le déficit à la BNC n’a été comblé en partie que par une avance de l’acheteur.
[S’agit-il de l’acheteur du vin ou de l’acheteur de la propriété ? Bobby].

5 décembre
Pierre Causse achète un tracteur.

Fin du carnet de 1951

 

1er janvier 1952
Déjeuner du 1er janvier.

16 février
Pierre Causse me fait signer des papiers pour le tracteur. [sans commentaire – Bobby].

1er avril
P. Causse parle longuement du Mas de Mourrier, où la situation financière est de nouveau fort mauvaise, la BNCI exige le remboursement des avances avant le 1er juin.

17 avril
Visite d’Antoinette de Fleurieu. Elle a complètement abandonné Boisseron, dont le château est en principe en vente, et s’est installée à Piedbouquet.

23 avril
Venue d’un huissier d’Aramon pour remettre un papier du préfet du Gard au sujet de l’immeuble de l’avenue Feuchères.
Visite à la banque Arnaud où j’ouvre le coffre-fort qui ne contient que des titres (russes) absolument inutilisables.

29 avril
Un jeune Ricard commence à creuser une tranchée pour la réparation de la conduite d’eau du Griffe.

5 mai
Les plombiers se mettent au travail. Après pas mal de recherches, on finit par découvrir l’amorce d’un tuyau de plomb qui fait le tour du bassin pour alimenter le deuxième canon.
À six heures une bonne partie de tuyaux est posée.
Les plombiers mettent l’eau. Elle coule à peine ou même pas du tout. Les plombiers partent après 6 heures, après s’être fait bien trempés ce qui est bien ennuyeux.

7 mai
Les plombiers reviennent pour le Griffe, où les deux canons finissent par couler à peu près normalement sans excès. Le lendemain matin, je descends au Griffe, de bonne heure. Les deux canons coulent honorablement, sans plus.

12 mai
René annonce un chèque de M. Vanier de 6 millions de francs pour le solde de la vente de l’avenue Vélaquez. René téléphone pour demander si le chèque est bien arrivé.

14 mai
Visite à Nîmes à la banque Arnaud Gaidan. M. Pallier auquel je remets le chèque de 6 MF de M. Vanier. Il est entendu qu’on versera 1 MF à la Société Générale, 1 MF à la Banque Neuflize et probablement 2 MF à la BNCI pour liquider le compte du Mas de Mourrier.

18 mai
Georgette annonce les fiançailles encore tout à fait officieuses de Jacques avec Geneviève Grand d’Esnon.
M. de Gretry, de la Banque Neuflize, insiste beaucoup pour que Maman consacre tout le million qui vient de l’avenue Vélasquez à l’emprunt Pinay.

27 juin
Hubert a raté tous ses écrits et Véronique a échoué au droit. [Ce qui m’étonne bien étant donné le haut niveau de ses notes d’écrit, vues un jour sur les affiches de la fac : 17/18. – Jacques].

20 juillet
Arrivée à Clausonne de Bobby, Tripard et Roubinet avec une voiture très chargée, «les explorateurs», qui partent pour Marseille.
Elisabeth a périodiquement de malaises qui la rendent pénible.
[Je ne sais toujours pas en quoi consistent ces malaises. - Bobby].[Bonne-maman avait, comme tante Edith, un cancer. – Jacques].

Le Griffe recommence à baisser
Certains dimanches, il arrive que ces dames se retrouvent absolument seules à Clausonne.
Mathilde n’apprécie pas cette situation et s’en inquiète.

30 août
En Rhodésie à Victoria Falls. Le voyage se poursuit jusqu’à présent sans incident.

3 septembre
Il semble qu’il y ait, maintenant à Clausonne, une 2 CV Citroën, qui s’ajoute à la vieille Renault et à la Juvaquatre. Ces deux dernières voitures marchent généralement mal.

18 octobre
M. Viala doit 75 000 F. En paye 55 000 F et promet le reste avant le 1er janvier.

12 novembre
P. Causse vient : la récolte de riz (du Mas Neuf) est tout à fait ratée.

16 novembre
Le Griffe ne coule presque plus.

4 décembre
Effroyable tempête et mistral froid qui pénètre partout et rend la vie insupportable, d’autant plus qu’il s’y ajoute des pannes d’électricité.
Le salon et la salle à manger ont été refroidis, mauvais charbon et chaudière en mauvais état. Comment lutter contre ce vent?
[Edith et Mathilde allaient souvent à Meynes, mais j’ai l’impression qu’elles y allaient rarement ensemble. Bobby].

Fin du carnet de 1952

 

11 janvier 1953
Il fait très froid, Maman a eu un malaise. Elle avait pourtant fort bien déjeuné. Le froid augmente… son énervement jusqu’à l’exaspération.

13 février
Vu Pierre Causse qui parle de nouveau très longuement de l’affaire du Mas de Mourrier. Je lui remets un chèque pour Vézinet.
Dès qu’elle se lève, Maman est complètement démoralisée et exaspérée.

29 janvier
Vu M. Causse auquel je parle d’une lettre reçue du fisc pour Maman au sujet de la déclaration d’impôts.

2 février
Tempête épouvantable. Un raz-de-marée dévaste les côtes de la Belgique, de la Hollande, l’Angleterre et celles du Nord de la France (mais moins). Il y aurait des centaines de morts [Jacques : 2 500] et des milliers de sans abris, sans compter les dégâts matériels, les dégâts sont épouvantables.

5 février
Maman a une forte grippe. Matet lui donne de la pénicilline.

9 février
Vente de la vieille Renault.

11 février
Visite de P. Causse qui parle du Mas de Mourrier. Le procès est enfin terminé [quel motif et quel résultat? - Bobby] et la situation viticole de plus en plus déplorable.

6 mars
Le pasteur de Beaucaire arrive avec un bon quart d’heure d’avance.

20 mars
Soirée de concert. Au retour, je trouve Maman en train de se coucher, ayant fait, vers 5 heures une chute dans le salon. Matet vient. Maman ne passe pas une bonne nuit. Les mouvements sont difficiles. Elle passe toute la journée au lit, assoupie et abrutie. Elle mange peu. Matet dit qu’elle n’a rien de cassé, mais souffre du choc.
Maman va un peu mieux.

15 avril
M. Causse gémit sur les lois et sur l’impossibilité de vendre le vin dont personne ne veut plus.

30 avril
Je ne suis pas brillante. L’après-midi, je fais encore un tour du parc, puis je ne bouge plus.

6 mai
Je commence par faire une chute en me lavant et j’ai un œil complètement poché, puis courses à Nîmes.

5 juin
Le Griffe donne à peine quelques gouttes.

14 juin
Méger parvient à rétablir le filet d’eau qui reste encore.

2 juillet
Un ouvrier du Mas Neuf vient annoncer que le fils des Idéal Léoni, 24 ans et le deuxième fils des Paris ont été foudroyés sur un tracteur et qu’il faut téléphoner pour envoyer le docteur, ce que je fais. Quand je m’y rends avec Méger, je trouve toute la petite famille dans le désespoir.
Enterrement le lendemain à Meynes.

11 juillet
Messe à la mémoire des enfants Léoni.

7 août
On refait laborieusement le tennis.

21 août
On annonce la mort subite, au Val Richer, de Marcel Schlumberger.

1er septembre
Bobby et Tripard partent en Espagne avec la Juvaquatre.

14 septembre
Naissance d’Emmanuel Coste chez Geneviève et Jacques, à Nîmes. Dans le parc, le Griffe coule un peu. P. Causse dit que les vendanges sont terminées au Mas de Mourrier, avec 1 200 hectolitres et peut-être même 1 500.

26 septembre
Matet passe et ne paraît pas encore satisfait pour Maman. Il l’autorise à reprendre sa vie normale. Elle déjeune à table, mais a peu d’appétit.

28 septembre
Tour du parc où j’ai la surprise de voir le Griffe couler par ses trois ouvertures.

17 octobre
Maman a de violentes douleurs.
Maman a des «accidents» et se recouche.

18 novembre
Annonce de la mort presque subite de Madame Léoni. Je m’y rends tout de suite.

2 décembre
Maman, qui toussait beaucoup depuis le matin, est prise vers 7 heures d’un malaise et demande à se coucher. À partir de 10 heures, elle commence à être dans une sorte d’agitation très pénible.
Elle n’a pas l’air de bien savoir ce qu’elle fait. Edith monte se coucher. Je me couche un moment. Le docteur vient et ordonne immédiatement des piqûres de pénicilline et de camphre.
Mme Souchon passe les faire dans la journée. Maman est de plus en plus accablée, sans rien dire, sans rien prendre et sans bouger, mais elle est calme.
Matet trouve que la réaction à la pénicilline est satisfaisante.
Je n’ai aucune voix et je tousse sans arrêt. J’ai toujours très mal à la gorge et certainement de la fièvre. Matet me déconseille de partir à Paris et je reconnais que je ne suis pas flambante. Il affirme que Maman va s’en sortir.
Maman est dans un état de nervosité dont rien ne peut donner une idée.
Mme Souchon reste passer la nuit. Matet trouve le pouls plus faible. Maman n’urine plus et n’a guère sa tête. Matet ordonne de nouvelles piqûres.
Maman a une assez forte évacuation. Nous avons bien de la peine à la remettre sur son lit. Mme Souchon s’en va. Matet et Souchon disent que la fin est très proche.
Maman s’agite pas mal et dit des mots tout à fait incompréhensibles.

10 décembre
Maman commence à râler, ce qui est affreusement pénible.

«Le vendredi 11 décembre, 11 h 1/2 Maman s’éteint doucement et très lentement.
Georgette et Béatrice arrivent. Nombreux coups de téléphone, et l’agitation commence.
Arrivée du représentant des Pompes funèbres, avec qui nous convenons de tout.»

Samedi 12 décembre
La mise en bière se fait très rapidement et l’on dépose le cercueil et quelques gerbes sur le perron, dans le coin. Une centaine de Meynois sont montés et se tiennent au bas des marches. Le temps et beau assez ensoleillé et calme.
Après quelques prières prononcées par le Pasteur M. Brunel, nous partons Edith, François et moi dans le fourgon avec Maman. À 15 h nous sommes au cimetière.
Il y a peu de monde. M. Brunel fait le service court et reparle pour la deuxième fois de Maman, mieux que la première fois, nous nous rendons sur la tombe où tout est prêt.
René et Geneviève ramènent Edith et moi ici où nous sommes à 4 h 30. Ensuite nous voyons partir par le train du soir Béatrice, Hubert, Liliane, Philippe, Mireille, René. Jérôme et Geneviève partent dîner et coucher à Avignon.
Beau temps ensoleillé et calme.
Nous parlons assez longuement de la question «succession» avec René, François, Edith, Georgette et François.

15 décembre
Je fais le tour du parc l’eau est bien abondante.
François va faire une petite promenade. Nous passons la fin de l’après-midi et la soirée paisiblement
Mon système d’économie et surtout le mistral font que le soir la chaudière est éteinte.
Jacques et Geneviève et le bébé arrivent de Milan, via Marseille, le 22 décembre. Tout est prêt pour les recevoir. Le bébé est beau et ravissant.
[Quelle formidable capacité de récupération pour Mathilde qui accueille si généreusement son premier arrière petit-fils. - Bobby].

Fin du carnet de 1953

 

3 février 1954
Nîmes. Banque Arnaud. Ouverture du coffre fort où il n’y a que des titres russes sans aucune valeur.

8 février
Rangement avec Edith du secrétaire de Maman.

11 février
Vu Pierre Causse qui parle très longuement du Mas de Mourrier. [Pour dire quoi ? – Bobby].

14 février
Pierre Causse m’apporte un chèque [motif? ? – Bobby].

23 février
Visite de Pierre Causse avec Blaguer. Nous parlons beaucoup du Mas de Mourrier.
Mathilde demande un passeport à la mairie.

15 mars
Conversation avec Pierre Causse sur le Mas de Mourrier et le Mas Neuf, beaucoup plus longue que prévue.
Contestations avec les antiquaires sur l’ancienneté des fauteuils.

31 mars
J’arrange le salon du nord où je couche pour la première fois.
Je vérifie avec Edith les listes des valeurs envoyées par les banques.
Me Flaissier qui répond que la police n’a toujours effectué aucun paiement.
[Pour l’avenue Feuchères je présume ? – Bobby].

14 avril
Versement chez Arnaud de la somme due par la Police pour l’avenue Feuchères.

28 avril
Pierre Causse parle longuement de l’allocation vieillesse pour ne rien expliquer et demande 500 000 F pour le Mas de Mourrier.

10 mai
Lettre de Pierre Causse annonçant qu’il a vendu un foudre de vin au Mas de Mourrier à 2 900 l’hectolitre ! en m’envoyant un chèque pour le Mas Neuf.
Le Général de Castries serait prisonnier avec 10 000 hommes.
Les antiquaires se succèdent et enlèvent quelques meubles de Clausonne et des meubles d’Edith (ex Béguin).

18 mai
Mathilde semble se préparer à aller à Milan. À Vintimille on perd beaucoup de temps avec la douanes française et italienne et toutes les formalités qui les accompagnent et on arrive à Milan où Jacques avec Geneviève et le bébé m’attendent.

9 juin
En rentrant à pied avenue Vélasquez, je me trouve par terre, ne pouvant me relever, ma jambe gauche ne me soutenant plus.
On m’aide à m’asseoir sur une chaise, on téléphone à Georgette qui arrive un moment après, puis Philippe avec l’auto et le chauffeur qui m’emmènent chez le docteur Bruneton. J’ai la rotule du genou droit démise. On me transporte à la clinique de Montmorency où l’on m’installe dans une chambre où je passerai une nuit bien médiocre. On m’opère en m’endormant avec des piqûres de morphine. C’est assez long et je suis longue à me réveiller. Nuit quelconque, série de supplices chinois.

11 juin
Edith arrive de Bordeaux.

15 juin
Le Dr Bruneton et le Dr Florant déclarent que l’on peut me rentrer rue de la Faisanderie.
Je m’installe. Je déjeune. Je suis mieux qu’à la clinique.

17 juin
J’ai une infirmière compétente, gentille et complaisante. Beaucoup de visite. Je suis éreintée.

7 juillet
Le Docteur Bruneton enlève le plâtre, ce qui n’est pas douloureux. En revanche je commence à souffrir du genou. La plaie n’est pas encore cicatrisée.

Je me lève et m’habille pour la première fois depuis un mois.

9 juillet
Mireille annonce ses fiançailles avec Guy Raoul-Duval.

16 juillet
Béatrice m’annonce les fiançailles de Liliane avec Pierre Peugeot.

21 juillet
Philippe et Georgette me vont faire un petit tour au bois.

20 juillet
Retour à Clausonne, bien entourée avec René. Nous faisons le voyage en pullman plus taxi. Joséphine dort dans mon ancienne chambre.
Je suis bien nerveuse et n’éprouve aucune détente. René fait le tour du parc et repart pour Avignon en auto puis en train pour Paris.
Mot d’Elisabeth Vin, fille d’Hélène Vin.

9 août
Téléphone à Me Flaissier pour le partage.
On annonce la mort du Père Léoni.
[Mathilde suit avec une grande attention les résultats de ses différents petits-enfants à leurs examens- Bobby].

27 septembre
Je souffre toujours des reins. Matet pense que c’est de la sciatique.

2 octobre
Mariage de Mireille.
Matet m’ordonne des cachets qui ne produisent aucun effet.

8 novembre
François est nommé Ambassadeur à Vienne.

6 novembre
Edith et moi remettons au Maire, M. Sabonadier, un chèque de 50 000 F en souvenir de Maman, plus 2 000 F pour le bureau de bienfaisance. Je donne 2 000 F au Curé.

9 novembre
Visite du ménage Léoni qui vient m’entretenir de bien des problèmes concernant leurs rapports avec P. Causse, qui arrive inopinément et parle du renouvellement du bail du Mas Neuf et de la situation au Mas de Mourrier.
Le ménage Sallager revient à la charge pour les 6 fauteuils de tapisserie ; nous les lui vendons au prix de 300 000 F. Il en emporte tout de suite 3.
Le lendemain M. Sallager vient chercher les 3 autres fauteuils de tapisserie.

17 novembre
Dépôt à la société générale de 150 000 F, part de la vente des 6 fauteuils de tapisserie. [La seconde part est celle d’Edith – Bobby].

3 décembre
Téléphone de Pierre Causse. Je vais à midi au Mas Neuf voir la famille Léoni m’entretenir des mêmes questions bien ennuyeuses.

8 décembre
P. Causse qui parle du Mas de Mourrier et du Mas Neuf qui donnent tous les deux bien des ennuis.

10 décembre
Chez Me Flaissier on signe l’acte définitif de partage.

14 décembre
Je m’entretiens longuement avec M. Sabonadier, le maire sur la question de renouvellement du bail du Mas Neuf. D’après lui P. Causse ne pourrait plus être fermier.

Le Griffe n’alimente plus le bassin des grenouilles.

29 décembre
René me conduit à Nîmes, chez P. Causse avec qui nous avons un long entretien sur le Mas Neuf.
René va ensuite voir les Léoni.

Fin du carnet de 1954

 

12 janvier 1955
L’eau du Griffe se perd entre le Griffe et le bassin des grenouilles.

30 janvier
Longue conversation avec Pierre Causse et à la fin, les Léoni.

25 février
Visite à Me Flaissier pour la déclaration d’impôt sur le revenu.

5 mars
L’huissier vient de nouveau apporter un papier pour l’électricité du Mas de Mourrier.

17 mars
Le ménage Marcel Coste vient déjeuner. Nous parlons longuement des questions «propriétés».
[Mathilde se décide à consulter des spécialistes - Bobby].

19 mars
Départ d’Andrée avec une forte indemnité.

17 mai
Paris. M. Pilliot m’apporte 4 mois du loyer de l’avenue Vélasquez
(235 000 F) que je dépose à la banque de Paris-Pays-Bas à M. Nöffy trop occupé pour que je puisse lui parler.

2 juin
François part prendre son poste d’Ambassadeur à Vienne.

12 juin
François est nommé Commandeur de la Légion d’Honneur, et Roger comme Officier.

1er juillet
Vu le Maire M. Sabonadier qui reste longuement pour parler de l’affaire Léoni.

5 juillet
Un certain M. Gautier souhaite acheter un hectare de garrigue autour du château de Lédenon. Il me propose de 50 000 à 80 000 F [étonnement de Mathilde – Bobby].

8 juillet
Vu Pierre Causse : le jugement sur l’affaire Léoni est renvoyé au mois d’octobre.

15 juillet
P. Causse. Toujours pour les mêmes questions. Signature d’un nouvel avenant.

5 septembre
P. Causse va voir les Léoni à 6 h et déclare que tout est arrangé.

5 octobre
Bobby à Avignon. Pour préparer le départ d’un bataillon avec lequel il s’embarque aujourd’hui de Marseille pour la Tunisie.

9 octobre
Réunion avec P. Causse et les 3 frères Léoni. Ils arrivent enfin à la solution qu’ils toucheront 40% de l’indemnité qu’il me faudra verser à P. Causse et qui sera fixée par des experts.
Tous se retrouvent après le déjeuner pour signer un papier.
M. Léon Malbos et M. Brousson voient René et l’entretiennent de la possibilité d’élever des faisans dans le parc.

22 octobre
Téléphone de Pierre Abauzit [gendre de P. Causse – Bobby] au sujet du Mas de Mourrier.

28 octobre
M. Molinier passe pour la question de l’indemnité à P. Causse pour le Mas Neuf qui demande 9 millions, chiffre que M. Molinier trouve excessif.
L’armée de l’air m’informe qu’elle ne veut plus acheter le terrain de Lédenon, mais le louer.

8 novembre
P. Causse parle surtout du Mas de Mourrier.

14 novembre
Arrivée de M. Sabonadier qui vient pour me demander pour le jour même un prêt de 400 000F. Je lui demande un petit délai et téléphone à René qui tient à lui parler.
Sabonadier s’entend avec René pour qu’il lui fasse verser à la Société Générale à Beaucaire la somme de 400 000F.
Mais Sabonadier me déclare qu’il lui faut absolument cette somme pour «hier», si bien que je finis par lui remettre un chèque sur Arnaud de
400 000 F, soit au total 800 000F.
[Finalement Mathilde consulte bien René, mais elle fait le contraire de ce qui était prévu par René et ne semble pas le prévenir ; il aurait pu annuler son virement sur la SG de Beaucaire - Bobby].

18 novembre
M. Pallier de la Banque Arnaud m’informe qu’aucun virement n’a été effectué.

21 novembre
M. Sabonadier m’apporte un chèque sur la Société Générale de
400 000 F que je peux toucher à partir de jeudi. Il paraît très satisfait.
M. Molinier vient du Mas Neuf où il a rencontré avec Causse et Sauvinet. La manière de procéder ou plutôt de ne pas procéder me paraît assez embrouillée.
Visite à la Société Générale et chez Arnaud où je parle de mes soucis financiers.
Visite des gendarmes qui font une enquête pour le sinistre du Mas de Mourrier.

29 novembre
M. Pallier me téléphone que la banque à touché le chèque de M. Sabonadier.
[Plusieurs appels téléphoniques dans la même journée de P. causse qui harcèle Mathilde. - Bobby ].

20 décembre
Molinier reste toute la matinée. René arrive et discute avec P. Causse et vont au Mas Neuf. René revient et trouve Malbos et Brousson venus lui parler des faisans.
Rien ne semble résolu.
Bobby est à Avignon, rentré de Tunisie, tout à fait libéré. Il part immédiatement pour Paris et n’a pas le temps de venir ici.

23 décembre
Molinier va au Mas Neuf d’où il revient avec les comptes du mois de novembre qui se montent à 324 000 F [Dépenses ou recettes? - Bobby].

26 décembre
Je vais au Mas Neuf où je remets aux Léoni un chèque de 324 000 F sur la banque Arnaud.

27 décembre
Visites à Nîmes. Je fais ouvrir un compte au Crédit Agricole. Visite de P. Causse auquel Edith remet un chèque de 400 000 F pour le Mas de Mourrier.
[Mathilde retire fréquemment de sommes importantes de ses comptes en banque, continue sa journée avec ces sommes dans son sac. Ces sommes sont, semble-t-il destinées aux étrennes variées. Mathilde donne un chèque de 150 000 F à chacun de ses enfants pour le 1er janvier - Bobby].

Fin du Carnet de 1955

 

4 janvier 1956
M. Molinier vient m’apporter les comptes de décembre.

8 janvier
Pour ses 30 ans de service, Méger reçoit une prime spéciale : je lui donne un chèque de 50 000F.
Je donne un chèque à Léoni pour payer le mois de décembre.
M. Molinier serait malade.

18 janvier
M. Molinier vient au Mas Neuf pour l’évaluation du matériel. La question indemnité ne fait aucun progrès.

30 janvier
Georgette m’annonce les fiançailles de Bobby avec Catherine Boissonnas.

31 janvier
M. Molinier fixe l’indemnité pour la reprise du matériel à 1,5 MF.

3 février
Causse et Sauvignot demandent, rien que pour le matériel, 2,5 MF.
Léoni vient chercher le chèque pour le mois de janvier.

5 janvier
Visite des Boissonnas à Clausonne, pour déjeuner, avec Catherine.
Molinier et Sauvignot, les 2 experts des parties, après un entretien, ont fixé définitivement l’indemnité pour le matériel à 2,2 MF.

17 février
Vu M. Palier, banque Arnaud, pour la vente de valeurs pour régler l’indemnité du matériel du Mas Neuf. [Pas de commentaire - Bobby].
Grand froid sur toute la France (panne d’électricité, donc pas de chauffage à Clausonne).

29 février
À Nîmes, voit Flaissier pour l’impôt sur le revenu, puis Pallier à la Banque Arnaud pour la vente de 2,4 MF des valeurs et à la Société Générale pour 1,5 MF.
[Personne ne soulève de problème ou ne signale de difficulté. - Bobby].
Pierre Causse m’apporte les comptes du Mas Neuf pour février.

5 mars
J’apporte à Léoni le chèque pour le mois de février pour le Mas Neuf.

8 mars
Pierre Causse annonce l’intention de Vézinet de se retirer au mois d’octobre.
Le dégel fait apparaître de nombreuses fuites dans la maison. Vézinet confirme son intention de partir à la retraite en octobre.
Molinier m’apporte un exemplaire de l’inventaire du matériel du Mas Neuf.

20 mars
Vois Flaissier pour parler toujours de la même proposition de vente.
[De quoi ? – Bobby].

29 mars
Edith et moi allons chez Me Flaissier pour discuter de la même offre de vente de M. Camfrane qui parviendrait à 12 MF.

12 avril
Me Flaissier vient nous soumettre une proposition de l’acheteur éventuel du Mas de Mourrier, qui serait de 22 MF.
Nous allons au Mas Neuf pour porter le chèque du mois de mars.

13 avril
Pendant que M. Causse est là, arrivée tout à fait intempestive de M.Camfrane, l’acheteur éventuel du Mas de Mourrier, que je me refuse de recevoir seule.

14 avril
Réunion entre Me Flaissier, M. Camfrane et moi, qui n’aboutit à rien.
M. Camfrane
Je téléphone à René.

23 avril
Chez Me Flaissier, avec M.Camfrane. La vente du Mas de Mourrier est conclue au prix,de 23 MF, dont 2 MF payés dès hier, 15 MF le 1er juin, date de la prise de possession et 6 MF au 31 juillet.
Nous signons l’acte.

5 mai
Paris. Je fais une chute à l’entrée de l’hôtel.

31 mai
Chez Me Flaissier, nous retrouvons M. Camfrane et après une longue discussion finissons par signer l’acte de vente du Mas de Mourrier. M. Camfrane nous remet 4MF à chacune, de la main à la main et fait un chèque de 11 MF, ce qui avec les 2MF déjà versés fait un total de 17 MF. Restent donc 6 MF qui seront payés le 31 juillet.
Nous portons chez Arnaud ces 4 MF que nous déposons,

5 juin
Au Mas Neuf. Je règle les comptes de mai.

15 juin
Chez Me Flaissier. Il va toucher les 11 MF et en versera 5,5 MF à chacune. Il en mettra pour moi 2,75 MF à la banque Arnaud et 2,75 MF à la Société Générale. Le solde 6 MF est représenté par deux papiers de 3 MF chacun qui sont dans le coffre.
[De qui ? du Notaire ?- Bobby ].

21 juin
Roger est nommé Ambassadeur Extraordinaire en Tunisie.

4 juillet
Téléphone de René au sujet de l’affaire Causse. Celui-ci ne veut rien savoir et persiste à aller devant le Tribunal Paritaire.

30 juillet
Banque Arnaud. Je discute avec M. Pallier du versement de 6 MF à Pierre Causse.

31 juillet
Avec René. Téléphone de M. Sabonadier pour déclarer qu’il est dans l’impossibilité de payer sa dette et ne pourra le faire qu’en septembre.

Chez Maître Flaissier, nous terminons la vente du Mas de Mourrier, M.Camfrane ayant versé les 6 derniers millions, 3 pour chacune.

5 septembre
Départ pour Paris et le Val Richer, pour le mariage de Catherine et Bobby. Mariage civil dans le salon. Thé à 6 heures. Panne d’électricité. Le dîner n’a lieu qu’après 9heures : 76 couverts, 2 toasts. Deux toasts charmants de Jean Schlumberger et de René.
Mariage religieux à Houlgate, véritables trombes d’eau.

27 septembre
Au Mas Neuf Léoni me transmet la proposition suivante : Casino se propose d’acheter immédiatement 400 hectolitres de vin à 300 F « le degré hecto», j’accepte.

10 octobre
Jean-Pierre Nègre et le ménage Marcel Coste viennent à Clausonne.

12 novembre
Vu Madame Léoni à laquelle je remets un chèque de 400 000 F.
Je revois M. Sabonadier, les mains vides. (Il ne rembourse pas sa dette).

14 novembre
René passe une partie de la matinée au Mas Neuf.

21 novembre
Vu Léoni pour parler achat engrais sulfate.

25 novembre
Même temps glacé, horrible. La chaudière ne fonctionne plus et les salons étant inhabitables, je me réfugie dans la petite pièce d’Edith où, avec le soleil et un radiateur, c’est supportable.

30 novembre
Le vent se transforme en tempête d’une rare violence et très froid.
Vers midi, nous faisons ensemble le tour du parc. Le parc est dans un état indescriptible.
Arrivée de Vézinet qui apporte les 100 000 F de la vente du cheval et auquel nous remettons un chèque de 600 000 F représentant les congés payés qui ne l’avaient pas été et trois cent mille francs comme cadeau.

Fin du carnet 1956

 

Janvier 1957
Le crédit Agricole fait savoir le 22 mars 1957, par M. Sabonadier, qu’il n’a aucune provision.

12 janvier
Métivet dit que le vin serait vendu à Casino (800 hectolitres à 3,350 F l’hectolitre).

20 janvier
Grand froid, la nappe du Griff ne coule pour ainsi dire plus,

5 février
Discussion avec M. Molinier, il déjeune au Mas Neuf, nous parlons de beaucoup de sujets, je suis impressionnée par le nombre de factures à payer, d’imprévus !

14 février
Mme Léoni me fait part de tous ses ennuis.

16 février
Venue de Léoni et de son frère pour parler de leur différents familiaux.

27 février
À Nîmes, au Crédit Agricole où je dépose un chèque d’un million reçu de Casino. (Délai de paiement exceptionnellement rapide).

5 mars
M. Sabonadier m’écrit 2 chèques sur le Crédit Agricole de 200 000 F en disant qu’il n’y a aucune provision.
Sabonadier remet à Méger le diplôme de 30 ans de service autour d’une bouteille d’apéritif.
Mathilde reçoit périodiquement la visite de M. Poudevigne.
J’ai le sentiment que Poudevigne prépare une candidature éventuelle de René à un poste pour des élections à venir ; René reste ainsi en réserve dans le département.

1er avril
Bien petites réjouissance: avec Edith pour mes 77 ans, nous mangeons une toute petite boite de foie gras.

8 avril
À Nîmes à la Société Générale, je dépose le dernier chèque de Casino.

6 juin
M. Sabonadier me dit qu’il n’a rien à me remettre.

1er juillet
Méger m’annonce les fiançailles d’Albin avec Anita Chiron.

2 juillet
Molinier m’apporte 2 000 F du fermier pour les herbages. [En relation Avec le Mas Neuf? Bobby].

13 juillet
Edith et Mathilde vont à Saint-Auban, via Avignon et par Forcalquier, nous mettons 3 heures, le jeune ménage va très bien, la maison à l’air d’un grand joujou.

8 août
Naissance d’Elisabeth chez Geneviève et Jacques.

1er septembre
Je dépose au Crédit agricole 2 chèques de Casino.

26 septembre
Visite de Léoni, je lui remets un chèque de 530 000 F. [Motif? Bobby]

26 novembre
M. Sabonadier me répète toujours la même rengaine.

Fin du carnet de 1957

20 janvier 1958
Mort de M. Cabassol.
L’armée m’apporte le dernier loyer (2 500 F) du terrain de Lédenon.

3 février
Déplacement à Saint-Auban avec Edith.

24 février
Visite de M. Pons agent d’affaires de l’Isle sur Sorgue qui serait acquéreur du Mas Neuf.

3 mars
M. Teyssaire de Lédenon vient m’apporter à signer l’acte de vente pour le terrain qu’il a acheté et pour m’apporter les 30 000 F qu’il me doit.

26 mars
Visite chez le percepteur de Montfrin. Je touche une ristourne de
27 000 F pour la machine à sulfater du Mas Neuf.

Visite de M. Fabre ingénieur en chef du génie rural qui reste très longtemps.

9 avril
Avec M. Tivet on décide la vente de 500 hectolitres sur les 600 restants, à 900F le l’hecto.

21 avril
Visite de M. Fabre de Lyon, Inspecteur du Génie Rural qui voudrait acheter Clausonne, maison et parc, pour en faire une maison de repos pour les ingénieurs.

26 avril
Téléphone de René au sujet de la proposition d’achat.
Le vin aurait baissé de 100 F °/hecto.

2 mai
M. Molinier me fait acheter un tracteur pour 1,8 MF, avec un acompte de 200 000 F.

9 mai
Je dépose à la poste 30 000 F pour la souscription à un nouvel emprunt des PTT.

18 mai
Méger a un début de congestion.

28 mai
Méger au lit, Méger se dit mieux.

13 juin
À Nîmes chez Citroën, paiement de la nouvelle 2 CV par un chèque de 443 186 F.

21 juin
Hubert nous emmène Edith et moi déjeuner quai Louis Blériot, où l’appartement est gentiment arrangé.

22 juin
Jacques nous emmène Edith et moi à Saint-Cloud. J’ai bonne impression de la maison qui est très propre et où il n’y a pas un meuble.
Le jardin est encore un peu en friche.

2 juillet
Consultation chez le Dr. Florand qui me trouve trop de tension, 21.

9 juillet
Georgette m’annonce la mort de tante Antoinette, Mme Alfred de Clausonne. Cérémonie aux Diaconesses et probablement pas à Nîmes.

11 juillet
Léoni vient régler le compte de juin.

12 juillet
François est nommé à Bonn.

24 juillet
Vu M. Sabonadier. [Sans commentaire de Mathilde - Bobby].

25 juillet
Albin me remet 80 000 F pour l’achat de la vieille 2CV.

5 septembre
Le Griffe ne coule pour ainsi dire plus et, par conséquent, rigoles et bassins se vident.
Je remets au Crédit agricole un chèque de 30 000 F de Casino et souscris pour un million de bons à 5,5 %, pour 5 ans.
Vu Léoni auquel je remets le chèque d’octobre.

20 octobre
Mathilde remet à la mairie une participation de 20 000 F pour les sinistrés du Gard victimes des inondations, et remet aussi une participation au nom de René et de François.

12 septembre
Vu Léoni qui vient me réclamer un chèque de 200 000 F pour le maçon.
M. et Mme viennent souvent voir Mathilde pour la vigne, 660 F le degré/hecto.

5 novembre
Me notaire de Montfrin vient me demander des renseignements sur l’échange des terres avec la maison Villemorin. Bien entendu, il ne retrouve pas l’acte de partage de la succession de papa. [?? Bobby et Jacques].

8 décembre
René Léoni vient m’annoncer que lui et sa femme rentrent aux docks méridionaux à Eyguen et que par conséquent il quittera le Mas Neuf le 1er janvier.

17 décembre
M. Murguet qui m’apporte l’acte à signer pour l’échange de la terre de l’étang avec la société Vilmorin, mais il ne me verse pas la somme de
60 000 F qui ne serait payable qu’en février.

20 décembre
Téléphone de M. Tivet, le vin ne se vend plus.

23 décembre
M. Tivet est d’accord pour vendre 100 hectolitres après accord de Molinier.
[Mathilde allait seule souvent au concert à Avignon.
Mathilde prenait régulièrement de l’argent liquide à la banque, pour ses dépenses courantes, ce qui peut montrer que bien peu de personnes acceptaient d’être payées par chèque, donc que peu de personnes étaient bancarisées - Bobby].

[On n’avait pas peur de se faire attaquer et voler! – Jacques]

Fin du carnet de 1958

 

6 janvier 1959
Molinier est d’accord pour vendre 300 hectolitres de vin à 600 F degré/hecto.

13 janvier
Au Mas neuf, je revois les comptes avec Léoni.
Crédit Agricole où je dépose 2 chèques de Guichard de 400 000 F.

17 janvier
À Montfrin, le percepteur m’annonce une remise de 15% pour la machine à sulfater. [Voir le 22 septembre].

22 janvier
Je remets à Léoni un chèque sur le Crédit Agricole de 928.000 F pour la plantation de la nouvelle vigne.
[Mathilde semble payer le déficit d’exploitation, les investissements terrain, les investissements machines et encore l’indemnité pour le train de culture, où sont les recettes provenant de la vente du vin ?- Bobby ]

11 février
Casino proposerait de prendre 250 hectolitres à 5 500 F l’hecto.
Il faut répondre demain matin, avant 9 heures.
[Je ne sais pas si la vente du vin est bloquée par la réglementation ou par le prix du marché qui est bien bas, alors qu’il n’y a qu’un seul acheteur - Bobby ].

17 février
La vente et la livraison du vin sont faites.

20 février
Mathilde prépare l’impôt sur le revenu, avec M. Molinier.

7 avril
M. Tivet et Léoni proposent de vendre à casino 100 hectolitres à 50 F le litre ? Le prix est toujours plus bas car il n‘y a aucune demande.

4 juillet
Par une magnifique journée, nous partons Edith et moi avec le couple Méger à 8h et demi pour Marseille, où nous arrivons sans incident en 1 heure 50. Nous nous rendons à la clinique du docteur Bouchard où se trouve Catherine et le bébé et où viennent Bobby, Philippe et le ménage Boissonnas.
[La visite de ces deux dames en grand noir dans une maternité restera un grand moment de gentillesse. Bertrand est né le 1er juillet - Bobby].

7 juillet
Thierry reçu à son 2ème bac avec la mention très bien et les félicitations du jury.
Le Griffe ne coule presque plus.

29 juillet
Je remets à Léoni le chèque pour le règlement du mois de juillet.

8 août
Georgette annonce que Philippe en faisant une visite d’usine s’est fracturé le péroné. Il est chez lui.
[Visite des mines avec un jeune ingénieur qui est mort, sa femme veuve deviendra Mme Mathian – Bobby].

13 août
François reçoit 25 étudiants de Tubingen qui circulent en car dans la région, ils donnent un petit concert sous l’alisier, se rafraîchissent et repartent.

31 août
Roger descend à Meynès pour voir Sabonadier.

14 septembre
La première fusée soviétique parvient à la lune.

22 septembre
Je pars avec Méger pour Montfrin où le percepteur me remet la somme de 193 850 F comme ristourne pour l’achat de la machine sulfater.

29 septembre
Vu Léoni à qui je remets pour les vendanges un chèque de 800 000 F.

4 octobre
Léoni me remet les comptes de septembre contre un chèque de
205 364 F.

11 novembre
Vu Léoni à qui je remets un chèque pour le règlement d’octobre.

3 décembre
Rupture du barrage de Malpasset dans le Var.
La souscription de Meynes pour les sinistrés de Fréjus a produit 201 400 F.

Fin du carnet de 1959

1960 - 1970

25 février 1960
Mathilde fait établir sa déclaration d’impôt sur le revenu par MMolinier plus ou moins responsable du Mas Neuf.
[Mathide manque complètement de directives à ce sujet, dans son environnement, tout le monde est au courant de ses avoirs et de ses revenus.
Jacques me signale que Mathilde et Elisabeth tiraient quelques ressources des mines de Bessèges dont Emile Silhol était devenu le Président.
Selon sa fille Isabelle, c’est lui Emile qui apportait à ces dames les revenus auxquels elle avaient droit, au cours des visites qu’il leur rendait régulièrement, après la nationalisation, les dividendes des actions ont été remplacés par les dividendes des obligations.
Curieuses méthodes, il faudra que je vérifie tout cela quelque part. - Bobby].

13 mars
M. Basset vient remplacer les Léoni qui nous quittent définitivement, et je leur remets la somme de 38 280 F. M. Basset vient chercher le reliquat des affaires du ménage.

5 mai
Mathilde se rend au Mas Neuf, un employé de la Compagnie du Bas-Rhône lui dit qu’une branche du canal devrait arriver jusqu’au Mas.

6 mai
Je remets à Léoni le chèque pour le compte du mois d’avril.
[Je croyais que Léoni était parti – Bobby].

10 mai
À la mairie de Meynes M. Molinari, René et moi trouvons le représentant de la Compagnie du Bas-Rhône et Léoni, avec lequel ils fixent le points probables d’arrivée d’eau.

6 juin
Mathilde, examinée par plusieurs médecins, aurait un polype de l’urètre. Ces médecins lui conseillent d’aller à Paris le plus vite possible.
À Paris, le docteur Florand confirme le diagnostic de Matet. Nouvel examen, d’après le docteur Dufour, camarade de René à Carnot, il n’y aurait pas d’intervention chirurgicale pour le moment. [Mais qu’est-ce que c’est ?- Bobby ]

20 juin
Mes fonctions sont inexistantes et je ne suis certes pas brillante.
Jean Snollaerts me téléphone la mort de sa grand-mère Marie Seydoux, d’un arrêt du cœur.

2 juillet
Retour pour Nîmes avec François et Roger.

6 juillet
Je vois arriver Léoni qui me parle de la livraison d’un tracteur acheté à Nîmes par René, à 4heures je vois arriver un camion que j’expédie au Mas Neuf.

11 juillet
Tour du parc.

20 juillet
À Nîmes visite au Crédit Agricole où on m’annonce un déficit de 416 000 F.

Août
Roger est nommé Ambassadeur à Rabat.

30 août
Tour du parc.

18 septembre
Edith repart pour l’Allier.

6 octobre
Molinier me remet quinze mille francs en espèces pour la vente de la camionnette.

Octobre
[Mathilde continue à remettre des chèques à Léoni ? Mathilde ne se plaint plus de son état de santé - Bobby].

Novembre
Mathilde continue ses déplacements à Meynes pédestres et solitaires.

8 novembre
René retrouve Molinier au Mas Neuf, où nous faisons les comptes et causons longuement. René propose de s’occuper personnellement du Mas.

10 novembre
Je remets à Léoni le règlement de septembre.

28 novembre
Edith revient de Meynes et me rapporte un chèque de 22 065 F de M. Ducaux de l’Union [???].

8 décembre
Je revois Sabonadier qui ne me dit rien.

Fin du carnet 1960

4 novembre 1970

[L’écriture de Mathilde devient moins ferme, moins régulière.

Les commentaires quotidiens se limitent aux allées et venues de ses enfants et petits-enfants].

6 novembre 1970, Clausonne

Projet de lettre manuscrite adressée à toi, mon si fidèle correspondant. [Probablement François? Bobby].

«Il est à peine 11 heures à ma fidèle montre, après mon, lever matinal et un premier déjeuner tout à fait solitaire, à présent, ce qui n’a rien de réjouissant. Je continue ma journée par une lettre qui t’est destinée à toi mon si fidèle correspondant, envers lequel je ne suis pas assez reconnaissante pour ses lettres qui restent le grand intérêt de mon existence, qui n’en présente plus guère, il peut en être certain. (Mon stylo ne fonctionne pas, je suis obligée d’avoir recours à un crayon)

Mon écriture ne s’est pas améliorée, mais que faire. Pour ne pas être originale, en écrivant du temps, celui-ci est superbe, du soleil brillant dans un beau ciel bleu, ce qui ne vous arrive pas bien souvent à Paris, que ne puis-je vous l’envoyer, mais vous possédez d’autres avantages que je ne suis pas sans vous envier, ce sont tous les journaux et livres qui ne manquent pas ici, puisque la bibliothèque en contient 130 000, tu les as peut-être déjà lus mais ils peuvent être quelque fois oubliés, assez pour pouvoir les relire.

Dans l’espoir que tu ne tarderas pas à venir pour te livrer à cette agréable occupation

Je t’embrasse avec ma profonde tendresse sans oublier, bien entendu, ceux qui t’entourent,

Mathilde»

Fin du carnet de 1970

 

7.2 - Les carnets d'Edith

1945

Edith écoute quotidiennement M. Payot à la TSF commenter l’évolution de la guerre et note soigneusement les faits les plus importants.

Mort de Marguerite Tronc, grand-mère d’Albin

Edith découvre qu’elle était à Clausonne depuis 34 ans,

Le cercueil a été déposé dans la cuisine où il y a une dizaine de personnes

21 avril

Edith aperçoit le Maire M. Sabonadier qui est continuellement à Paris, lequel dit que le «ravitaillement dans la capitale va de plus en plus mal».

9 août

Bombe atomique sur Nagasaki,

Le château de Montfrin aurait été bien dégradé par l’école des cadres FFI . [J’ignorais cette utilisation. Bobby]

1954

Octobre

[Elisabeth a beaucoup d’ennuis de santé, principalement digestifs, Mathilde essaie de la mettre au régime, aux bouillons de légumes, elle est une malade difficile et pas contente - Bobby].

1958

9 juillet

« mort de tante Antoinette».

1962 (gros carnet).

[Qui est Loulou ? Possiblement oncle Robert Thuret ? -Bobby]

Automne 62

Edith a des problèmes de santé, elle consulte plusieurs médecins, elle finit par se faire hospitaliser à la maison de santé, accompagnée par Mathilde et Georgette le 10 octobre 62.

11 octobre

Opération le matin, tout se passe normalement, la journée n’est pas trop pénible.

Anita passe la nuit.

Mme Souchon passe la nuit.

Edith reçoit beaucoup de visites pendant son séjour à la clinique.

24 octobre

Finalement le docteur Guigou lui rend son dossier. «Le résultat voulu n’est pas atteint, et je ne sais pas ce que j’ai eu»

Il s’agirait de problèmes urinaires.

Edith fatiguée et énervée.

«Edith aurait toujours un peu d’albumine».

20 novembre

« Fonctions intestinales difficiles, état général de faiblesse et d’inconfort».

Lettre de Joseph annonçant la mort de Charlotte.

[Cette information ne semble pas apparaître dans les carnets de Mathilde - Bobby]

Edith souffre et ne se lève pas. «Le docteur Agnel et le docteur Guigou me conseillent de consulter un spécialiste»

21 novembre

«Diverses piqûres, je suis très fatiguée, bien triste Noël».

Fin des carnets d’Edith.

7.3 - Les Mines de Bessèges

Les mines et l’industrie

Déjà au XVIIème siècle, les mines de charbon et de fer étaient exploitées. Alès possédait des fonderies, des forges, une manufacture d’armes. En 1760, on comptait 80 mines dans le bassin d’Alès, dont 60 dans les vallées de la Cèze et de l’Auzonet, mais les moyens d’exploitation restaient très rudimentaires. Il appartint à un minéralogiste d’origine normande, Tubeuf, de donner l’impulsion décisive à l’industrie houillère de notre région. Commençant ses recherches en 1770, procédant avec méthode, rationnellement, il avait, sept ans plus tard, découvert tout le bassin houiller d’Alès et mis en exploitation les gîtes les plus importants. L’exploitation de la houille était entrée dans l’ère industrielle. Elle connut une formidable expansion au XIXème siècle, avec la généralisation de l’usage de la machine à vapeur dans l’industrie et les transports; La production passa de 28 000 tonnes en 1835 à plus de 2 000 000 tonnes en 1912.

Ce développement entraîna un important besoin de main-d’œuvre et un afflux de population nouvelle. De petits hameaux perdus devinrent des centres miniers. Bessèges ne comptait que 200 habitants en 1830; l’évacuation du charbon se faisait à dos de mulets pendant la belle saison et ce n’est qu’en 1833 qu’elle fut reliée à Saint-Ambroix par un chemin carrossable pour desservir les mines. En 1886, Bessèges avait 10656 habitants. Pour faire face aux besoins croissants de transport du charbon vers les utilisateurs qui ne pouvaient être satisfaits pour les moyens traditionnels, on construisit les premiers chemins de fer qui existèrent en France: Nîmes Beaucaire en 1832, Nîmes –Alès et les mines en 1842, Bessèges-Alès en 1852. L’exploitation des mines se poursuivit jusqu’au milieu du XXème siècle puis elle cessa, vaincue par l’importation de charbons étrangers à meilleur coût et le développement de l’emploi du pétrole. Les mines ont fermé avec un grand dommage pour l’économie locale. (Ch Lacroix, Itinéraires protestants en Languedoc, p.137-138, - Les Presses du Languedoc 2000)

Historique de la mine

La première trace écrite d’une exploitation de la houille remonte au 13ème siècle, en 1230. Les exploitants de gisements de terre noire - celle-ci était extraite des affleurements - alimentaient de petites forges qui traitaient le minerai de fer. L’exploitation ne prend une certaine ampleur qu’à la fin du 18èmesiècle, quand le seigneur de Tubeuf obtient plusieurs arrêts royaux (1771-1774) qui lui donnent le privilège de mettre en valeur les mines qu’il a découvertes (le sieur et dame Tubeuf obtiendront une nouvelle concession en novembre 1809)
Les méthodes nouvelles d’extraction lui procurent pendant 10 ans de forts revenus, mais attirant par la-même les convoitises des seigneurs locaux propriétaires du sol, il en est dépossédé en 1784 (Sugier p. 22).

L’administration des mines de l’industrie houillère

Les effets de la loi du 21 avril 1810 établissent un régime bien spécifique pour les mines: celles-ci sont une propriété perpétuelle, disponible et transmissible, le titre de propriété est l’acte de concession qui précise le rôle des pouvoirs publics par rapport au fonctionnement. Des concessions sont accordées entre 1815 et 1828, par arrêté du 16 novembre 1809, mais les sociétés sont trop petites pour développer l’extraction et pour améliorer les moyens de transport. Ceux-ci sont restés les mêmes depuis le moyen âge, transport du charbon à dos d’âne dans le lit de la Cèze quand elle et à sec.
Des concentrations s’opèrent alors, réduisant le nombre des concessionnaires de 6 à 3, pour former la société civile de la Grand-Combe.
Le manque de capitaux régionaux empêche de développer l’extraction en profondeur, les capitaux locaux s’investissent plutôt dans la soie et la vigne plutôt que dans la grande industrie.

Le véritable décollage économique est consécutif à l’injection de capitaux provenant de Paris ou de Lyon, qui permettent en premier lieu de construire des lignes de chemin de fer qui joignent le bassin du Gard au Rhône et donc à son débouché naturel Marseille, (Sugier p.23).

L’acte de propriété ou « l’acte de concession» délimite cette nouvelle propriété, fixe les redevances que le nouveau propriétaire doit payer à l’État, organise le système de sécurité et de contrôle.
C’est la création du service des mines
L’arrêté de la préfecture du Gard, vu le décret impérial du 16novembre 1809 détermine les nouveaux concessionnaires de mines de houille de l’arrondissement d’Alès,
Six concessions sont ainsi attribuées pour une durée de 50 ans.
La concession de Bessèges portait sur une superficie de 2.805hectares et cinq puits d’extraction (Sugier, p. 24).

Historique de la société

Il est fait concession à dame de Suffren, dûment autorisée de son mari, demeurant au château de la Potelières.
Le droit d’exploiter les mines de Robiac et de Meyrannes, après différents apports dont celui de M.Auguste Grangier, belge, pour faire de la fonte à Bessèges, M.Grangier entra dans la société civile qui fut formée alors et qui après plusieurs transformations et adjonctions successives de plusieurs personnes est devenue la société anonyme actuelle, connue sous le nom de Mines de Bessèges, constituée par acte du 27 février 1868, aux minutes de Maître Dufour notaire à Paris (Lacour ,p. 4).

Mme de Suffren céda sa concession à son fils Frédéric de Suffren, qui la vendit en octobre 1821 à MM. de Robiac, de Lassagne et François Silhol.

Pour les houillères de Bessèges, les familles Robech et Silhol, étaient présidentes en alternance.

J’avais cherché à rencontrer Isabelle pour retenir ce qu’elle pouvait me donner comme information sur sa famille et sur Bessèges. Elle m’avait prévenu qu’elle ne disposait d’aucun élément à caractère d’archives, donc je savais que les informations à recevoir porteraient uniquement sur ses souvenirs personnels.

François Silhol 1780 – 1845, achète en 1821 aux Suffren de la Potelière, descendants des Montalet, un tiers des mines de Bessèges Robiac.
Un autre tiers appartenait à M. Deveau de Robiac, devenu Robech, le dernier tiers appartenait à M. Lassagne, oncle de Deveau. Lassagne meurt sans héritier; Deveau héritera de cette part.

La famille de Robech possédait donc les 2/3 des mines de Bessèges et la famille Silhol 1/3.

Ce François Silhol avait épousé Françoise Chambon de la Rivière, morte en 1806.
Son fils Emile 1804-1886 épousera sa cousine germaine Eugénie Chambon de la Rivière, fille de Melchior Chambon de La Rivière et de Marie Adélaide Silhol,
(pas proche d’Emile).

Leur fils Alfred 1829-1912 épousera une Mathilde de Clausonne.

Alfred Silhol 1829-1912 semble être le grand homme de la famille, à la fois industriel et homme politique.

Le couple Alfred et Mathilde aura 3 enfants:
- Louis, père de Jacques Emile Maurice et Olivier
- Elisabeth 1855-1953, qui épousera son cousin François de Clausonne, sous-préfet, d’où Mathilde Seydoux et Edith Thuret.
- André, d’où Fleurieu, Pagézy et Kléber.

 

Analyse de la thèse de Sugier

Les problèmes de la société: les transports
Les problèmes du transport de la houille produite vers Saint-Ambroix, Alès et Marseille demeuraient liés, malgré la construction en 1857 par la société des mines de Bessèges d’une antenne de voie ferrée entre Alès et Bessèges. Les mines de houille de la Cèze étaient enfin reliées au grand réseau des chemins de fer et pouvaient expédier ses produits jusqu’à Marseille.
Mais la compagnie du PLM continuait à demander des frais de transport trop élevés et surtout supérieurs aux tarifs payés par la Grand’Combe, pour atteindre raisonnablement Marseille et Toulon.

Les problèmes de l’ouverture des marchés

On était, à cette époque, imbu de l’idée que le charbon anglais seul pouvait être employé pour la navigation à vapeur, à Marseille comme à Toulon, tous les charbons français étaient exclus de la consommation des bateaux et de celle des arsenaux.

La compagnie des mines de Bessèges, convaincue qu’il y avait un préjugé dont on pouvait avoir raison, fit des ouvertures à la compagnie des messageries maritimes qui accepta de faire des essais.

Un premier marché de 6 000 tonnes fut conclu au prix de 30 francs par tonne, au lieu des 40 à 45 francs qu’on payait pour le charbon anglais.
Ces essais furent concluants et bientôt toutes les compagnies de navigation de Marseille s’alimentèrent en charbon français, la marine de l’État à Toulon qui ne pouvait pas rester seule à consommer de la houille étrangère fit aussi des essais et bientôt les charbons français furent seuls désormais admis dans les arsenaux

Par suite du développement considérable des industries houillères et métallurgiques dans la vallée de la Cèze, le petit hameau de Bessèges s’agrandit de plus en plus; il faut le constituer en commune puis en chef-lieu de canton, c’est aujourd’hui une ville de 10 000 âmes, c’est-à-dire la plus peuplée du département du Gard après Nîmes et Alès, (Lacour p.7).

Les concessions de Robiac, Meyrannes et celle Bordezac sont considérées comme une seule concession qu’on désigne ordinairement sous le nom de concession de Bessèges.

Réserves de charbon

Les richesses houillères de la concession de Bessèges se divisent donc en deux parties:
- Celle connue, presque entièrement aménagée, évaluée autour la superficie de la concession et jusqu’à une profondeur de 500 mètres au-dessous du niveau de la Cèze, est évaluée à 20 millions de tonnes, dont 1,5 million de tonnes déjà extraites.
- Celle des réserves hypothétiques des morceaux de terrain houiller de Molières et de Brousses, qui s’étendent de Bessèges jusqu’à Molières et qu’on peut évaluer à cent millions de tonnes Lacour p. 9).

Les couches de charbon au nombre de 9 sont généralement d’une faible épaisseur variant de 0,30 m à 0,90 m, reconnue jusqu’à 600 mètres profondeur.

Quelques chiffres caractéristiques

En 1913 la mine de Bessèges a produit environ 520 000 tonnes de charbon, la mine de la Grand’Combe en a produit 90 0000 tonnes, alors que l’ensemble du bassin du Gard a produit environ 2 800 000tonnes, (Sugier p. 27)
La production totale française était en 1913 «de 41 millions de tonnes».
A la déclaration de guerre en 1914 les premières semaines de guerre voient l’arrêt d’une bonne partie de l’économie du pays. Dans les Cévennes, la désorganisation a plusieurs motifs. L’affectation des chemins de fer au transport de troupes et de leur matériel, la réquisition des moyens privés de locomotion, rendent l’évacuation du charbon très difficile, enfin la chute de la production provient du départ massif d’ouvriers, tous les moins de 48 ans, environ un quart de l’effectif est parti dès les premiers jours, (ultérieurement certains mineurs seront dispensés d’armée pour rester à la mine).

Ce bouleversement initial est toutefois peu à peu surmonté. L’extraction se relève progressivement dès octobre 1915.
M. Gaillard attribue l’essentiel des responsabilités au traité du libre-échange de 1860, «la houillère Gardoise n’a pas été en mesure de faire face à la concurrence britannique, le traité de 1860 apparaît ici comme un arrêt de mort dans la mesure où il met en présence des bassins charbonniers à des niveaux de développement tout à fait incomparables» (Sugier p. 33).

De plus, en France la consommation de houille (51 millions de tonnes) a toujours été supérieure à la production (41 millions de tonnes), le reste est fourni par la Belgique, l’Allemagne et l’Angleterre, et cesse avec la guerre.

La nationalisation de1946 contraint les mineurs et leurs familles à partir.

En 1944, Jacques Bounin, (frère de Claude Bounin, époux de Laure Silhol et sœur d’Isabelle) Commissaire régional de la république à Montpellier, a nationalisé la compagnie des houillères de Bessèges, ainsi que d’autres houillères des Cévennes. La nationalisation de Bessèges a-t-elle consisté à suivre l’évolution des choses ou à exécuter une décision politique, ou à limiter la sévérité de l’opération.

Lors de la nationalisation en 1946, les actionnaires ont été évidemment privés de leurs fonctions et de leurs revenus; et Isabelle précise que les actionnaires auraient reçu en compensation de la saisie de leurs actions un certain nombre d’obligations sans valeur d’avenir pour un montant total largement inférieur à la valeur de la société, le montant de l’indemnité reçue a été estimé à 30 % de la valeur vénale.

Saint-Victor-de-Malcap

Sur la rive gauche, en face du large bassin que draine la Cèze, se dresse le village de Saint-Victor dont se détache le château avec ses tours à créneaux.

Potelières

En face de Saint-Victor, sur la rive droite de la Cèze, se trouve le village de Potelières. Au XVIIIème siècle, c’était une possession des Montalet, barons d’Alès et catholiques particulièrement intransigeants. C’est sans doute pour cela que Potelières fut la cible des représailles des camisards. A la fin de l’été 1703, de nombreuses arrestations et déportations eurent lieu dans la région cévenole et des exécutions capitales à Nîmes et à Alès. Les camisards répondirent à la violence des autorités par des représailles dont le malheureux village de Potelières fut une innocente victime.

Le mercredi 12 septembre 1703, à la nuit tombante, entre 7 et 8 heures, trente camisards investissent le village et le domaine des Montalet à Potelières ; Ils fouillent systématiquement les maisons, tuent, pillent et incendient. Une quinzaine d’habitants, dont des femmes et des enfants, sont regroupés dans l’église et massacrés à coups de hache et de baïonnette, dans la lueur des torches, puis le feu est mis à l’église. Une partie des assaillants est allée attaquer le château des Montalet. (Ch. Lacroix, p.138)

Le martyre des demoiselles Chambon la Rouvière

Saint-Victor compte un deuxième château situé dans le hameau de Saint-Etienne-de Sermentin. Contrairement aux châtelains de Saint-Victor, le seigneur de Saint-Etienne-de-Sermentin, Chambon La Rouvière, était protestant. Les autorités lui enlevèrent ses trois filles âgées de 10, 12, et 14 ans, le 17 février 1748, et les enfermèrent dans le couvent des Ursulines à Nîmes. Elles y furent élevées dans la religion catholique contre leur gré et celui de leurs parents.

Quelques années plus tard, sorties du couvent, Jeanne-Elisabeth et Suzanne-Françoise se marièrent devant un ministre protestant. Le scandale fut énorme. L’évêque d’Uzès somma le père de faire régulariser leur union devant l’Église romaine, l’intendant du Languedoc le menaça de graves représailles. Les deux filles risquaient d’être enfermées pour la vie dans un couvent, mais elles refusèrent de se soumettre et préférèrent «s’ôter la vie» plutôt que d’abjurer leur foi, Suzanne-Françoise, âgée de 24 ans, dans le château de son mari à Aubussargues, en décembre 1760, «en se poignardant sans qu’on s’en aperçût», Jeanne-Elisabeth au château de La Rouvière en janvier 1761, quelques jours seulement après son mariage avec le sieur Rodier d’Anduze, d’un coup de pistolet dans la tête. La sœur cadette, Emilie-Catherine (1738-1777), devait décéder en détention au couvent d’Aix, après avoir été detenue au couvent d’Aramon et à celui de Pont-Saint-Esprit. (Ch. Lacroix, p.139

Ferdinand Chalmeton

Il est sans doute la plus grande figure industrielle du bassin d’Alès, en même temps que l’un des artisans de son développement. Né en1817 à Saint-Ambroix (Gard) dans une famille bourgeoise des Vans (Ardèche), il apprend le métier d’ingénieur à l’école des Mines de Saint-Etienne, dont il sort en 1839. Puis il part pour la Belgique, où l’industrie houillère est alors plus avancée qu’en France. Le 1er avril 1841, il est appelé par les propriétaires de la concession de Bessèges pour diriger les travaux d’aménagement et d’exploitation durant 63 ans! Comme le souligne le Dictionnaire biographique du Gard, «la tâche était ardue, l’exploitation n’existait que de nom, tout était à faire, organisation, exploitation, voire même la prospection des terrains…». Son œuvre de pionnier s’exerce principalement dans trois directions:
- Il s’occupe d’abord de la construction des premières installations minières de la vallée de la Cèze, ainsi le puits Grangier et le puits De Robiac. Puis il confie à J.-B. Marsaut, la tâche de créer, à partir de 1855, un nouveau centre de production à Molières. Parti de quelques milliers de tonnes, l’extraction atteint près de 80.000 tonnes par an à la fin des années 1840, 130 000 tonnes en 1853, 570 000 tonnes en 1883.
- Il s’efforce parallèlement d’assurer à cette production croissante des débouchés réguliers. Il est l’un des initiateurs du pôle métallurgique de Bessèges, avec MM.Grangier et Varin d’Ainvelle. Ainsi, le traité passé le 28 juillet 1863 avec la Société des hauts-fourneaux de Terre noire, stipule que celle-ci doit acheter, pendant 47 ans, à la Compagnie houillère de Bessèges, les trois cinquièmes de la consommation en charbon de ses hauts-fourneaux installés à Bessèges. D’autre part, dès 1856, il travaille à conquérir des marchés sur la place de Marseille, qui s’approvisionne alors exclusivement en charbon anglais. La première livraison de charbon gardois à la Compagnie des Messageries Impériales est ainsi conclue en 1856 sur la base de 6 000 tonnes à 30 francs. Ensuite, il intervient constamment auprès des Pouvoirs publics pour supplanter la houille britannique auprès de grandes sociétés de navigation et des arsenaux. Par exemple, en 1892, la Compagnie de Bessèges commercialise, à l’usage des croiseurs et des torpilleurs, des agglomérés spéciaux à faible teneur en cendres, grâce à des couches de charbon très pur du gisement des Molières.
Enfin, il est à l’origine de la ville-même de Bessèges qui n’existait pas. Dans les années 1840-1850, il s’occupe de la réalisation des différentes infrastructures (ventes, logements, fourniture des services.), et du recrutement de personnel, en Ardèche essentiellement. En quelques décennies, Bessèges, est érigée en commune puis en chef-lieu de canton, et compte 12.000 habitants au début du XXème siècle.
Il est intéressant de noter que, contrairement à la grande majorité des directeurs des autres compagnies, F. Chalmeton (ni d’ailleurs J.-B. Marsaut qui lui a succédé) n’a jamais brigué de mandat politique.
Il est décédé en 1904. (Fabrice Sugier -Mineurs des Cévennes, p. 187 - Edition Espace Sud).

L’exploitation de la mine

Quelques chiffres clefs
- La production de Bessèges a été de 298.000 tonnes, en 1873
- De 415,000 tonnes en 1874
- et de 390,00 tonnes en 1876
- puis de 448,000 tonnes en1877
(Lacour page 12) avec un effectif de l’ordre de 300 à 500 personnes

Les charbons qui sont chargés dans les différents ports d’Angleterre au prix de 10 à12 francs la tonne arrivent dans les ports de la Méditerranée avec un frêt de 13 à 14 francs par tonne, ils peuvent donc être livrés dans le port de Gênes au prix de 25 à 26 francs la tonne, alors que les charbons français n’y arrivent qu’à des prix plus élevés:
- prix d’une tonne de charbon à la mine 12 F
- transport de Bessège à Marseille, 5 F/tonne
- redevance port de Marseille 2 F/ tonne
- frêt Marseille /Gênes 6 F/tonne

La compagnie de Bessèges prend entièrement à sa charge, la caisse de secours, caisse de retraite, les secours à divers ouvriers, chauffage, service médical gratuit, infirmeries, écoles.

La totalité des entreprises consacrent une partie notable de leur budget aux dépenses dites de prévoyance nationale. Avant même que la loi ne leur en fît une obligation, elles ont créé des caisses de retraite, des caisses de prévoyance, elles ont fait construire des logements (Sugier, p. 51).

Le pouvoir de la compagnie s’exerce dans tous les domaines, mais cette même volonté d’exiger de l’ouvrier un certain comportement vis-à-vis de la religion, de la famille, existe aussi (Sugier p. 66)
Tout ceci représente un certain paternalisme qui ne commencera à décliner qu’après la première guerre mondiale.

Les lois ouvrières, fruit de l’examen de la question sociale, ont contribué pour une part à desserrer l’emprise des compagnies sur leur personnel.
Ces lois apparaissent au début du XXème siècle. De ce fait les compagnies ne peuvent plus se prévaloir des efforts de bienfaisance, qui sont le «premier aspect du paternalisme» (Sugier p.70). Deux lois vont dans le sens d’une plus grande indépendance de l’ouvrier, la loi de 1909, en particulier retire aux compagnies leur pouvoir de contrôle sur les «économats et sur le commerce local».

L’aire de recrutement du personnel :

L’ensemble des charbonnage français ont des difficultés pour se procurer la main d’œuvre indispensable, de plus le monde de la mine est tellement particulier qu’on retient plus volontiers les candidats qui ont déjà une certaine «habitude» de la mine (par les récits que leur en font les gens au village ou les parents).

Les candidats viennent des communes et de cantons voisins de la mine, principalement des communes agricoles, mais aussi des départements voisins comme la Lozère ou l’Ardèche, (Sugier p. 98).
Les travailleurs sont un peu des intermittents de la mine, ils retournent au pays pour les semailles, les vendanges et les châtaignes (Sugier p.99).
La politique salariale des compagnies est empreinte du même double souci d’une générosité affichée, mais le désir de rester absolument «maître chez soi», «prévenir les demandes des ouvriers et celles de l’administration, puis s’en tenir aux décisions prises», (Sugier, p. 41).

Après la Guerre de 14-18 et après les périodes agitées de 1920 à 1922, on observe que le problème de la main d’œuvre est sans doute le plus aigu, on assiste en effet à une véritable «fuite de la mine» de la part de ceux qui y étaient occupés pendant la guerre,(Sugier p.328).
Les compagnies ont alors «tendance à recourir à une main d’œuvre étrangère, Polonais, Italiens».
Les documents disponibles ne permettent pas d’avoir une connaissance significative des conditions économiques du fonctionnement des mines, les documents utilisés ne contiennent aucune statistique.

Les nationalisations de 1946-1956

Il n’y a pas d’information sur cette période. Il me faudra rechercher dans les archives départementales du Gard des renseignements sur cette époque. La nationalisation de mines a sûrement été précédée d’une phase d’études qui a dû permettre d’apprécier la valeur économique et financière des sociétés nationalisées, actualisation des résultats passés en plus-value pour les réserves de charbon reconnues ou repérées, moins value pour la dangerosité de la mine concernée, moins value pour un retard patent de mécanisation.
En face de cette évaluation des sociétés à nationaliser, les rapporteurs ont certainement dû faire des propositions d’indemnisation, sous forme d’échange d’actions contre des obligations, (nombre, durée, taux) pour le moment ces informations manquent.

(Les documents disponibles à ce jour ne me permettent pas d’évaluer de manière fiable, l’importance des bénéfices réalisés ni la masse des dividendes distribués aux actionnaires).

La mine de Bessèges ferme en 1957.

Toute activité souterraine est suspendue en 1985 et les installations sont dynamitées les unes après les autres.

Avec l’agonie de la mine, c’est toute l’économie régionale qui a périclité (Sugier, p. 409).

 

7.4 - Roger Seydoux - Voyages à Alger en avion

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Photo de Roger Seydoux

VOYAGES A ALGER

Présentation

Dans ses carnets, Mathilde Seydoux précise que son fils Roger Seydoux est parti pour Alger le 9 août 1941, revenu d’Alger le 16 août 1941, qu’il est reparti pour Alger le 16 juin 1942 et revenu le 20 juin 1942

Première question, pourquoi est-il allé à Alger ?

Seconde question, comment est-il allé à Alger?

Je n’ai pas voulu classer ces informations sans les avoir éclaircies.

Selon la courte notice autobiographique rédigée par Roger Seydoux, avec l’aide de sa belle-fille Anne-Marie Seydoux, il n’y a aucune indication sur ces voyages à Alger.

Un bref retour en arrière sur sa carrière peut nous aider à comprendre.

Il ressort de cette notice que Roger a fait un diplôme d’Études supérieures de droit public et d’économie politique, après deux tentatives au concours de l’Inspection des finances. Il eut le privilège de travailler aux côtés de Jacques Rueff, alors Attaché financier près l’Ambassade de France à Londres, dont il a été l’adjoint en 1930-31.

Puis, en 1933, il a été Adjoint au directeur de cabinet de M. Ponsot, Résident général de France au Maroc.

En 1937, il succède à son frère René comme Secrétaire général de l’École libre de sciences politiques.

Il raconte : «mon recrutement ne posa aucun problème ; mon frère m’introduisit dans le bureau du Président (L. Tirard, successeur d’Eugène d’Eichtal mort en 1936) où siégeait le Conseil d’administration, assemblée de hautes personnalités, telles que le Maréchal Pétain, l’Ambassadeur Roger Cambon (Londres), le Gouverneur de la Banque de France, le Président du Comptoir national d’escompte, le Président de la Compagnie universelle du canal de Suez, le Professeur André Siegfried ; je ne restais que quelques instants, aucune question ne me fut posée.»

Très rapidement, Roger Seydoux fut nommé Sous-directeur de l’École des sciences politiques par le Président Tirard.

Pendant la guerre, il se préoccupa d’aider les étudiants de l’École à faire de bons choix, le STO facilita grandement son rôle auprès des étudiants. Avec l’appui des entreprises, l’École a ainsi aidé tous ceux qui le voulaient - la quasi-totalité - à trouver un refuge en France, quelques-uns finirent par participer à la Résistance.

En dehors de l’École, Roger Seydoux semble avoir beaucoup contribué à collecter des fonds provenant des entreprises au profit des organisations de Résistance (contacts Jacques Bingen et Michel Debré).

Le 29 novembre 1942 Roger Seydoux sera nommé Directeur de l’École des sciences politiques.

Pourquoi est-il allé à Alger ?

J’ai interrogé ses enfants et ceux de ses cousins qui avaient pu le connaître à cette époque. Aucun d’entre eux n’avait entendu parler d’un voyage à Alger.

J’ai examiné les archives personnelles de Roger Seydoux, qui avaient été déposées par ses fils au ministère des Affaires étrangères. Je n’ai trouvé aucune information sur ces voyages.

J’ai également pris contact avec M. Alain Lancelot, ancien Directeur de l’Institut des sciences politiques, qui avait connu Roger Seydoux. Il m’introduisit auprès du service des archives de l’École. Madame Parcollet, responsable de ces archives, m’aida à trouver des réponses:

Pendant la guerre, après l’occupation de la zone sud, l’École se retira à Lyon, quai Saint-Bernard.

«Une opération du même ordre avait été amorcée, par Roger Seydoux juste avant le débarquement allié à Alger: la création d’un centre d’études politiques et administratives, à Alger, qui devait être animé par Louis Joxe, alors redevenu simple professeur.

Très vite, ce fut un autre professeur d’Alger, M. Courtois, qui fit vivre pendant deux ans un centre fonctionnant avec l’accord du Gouvernement général, sous le patronage conjoint de l’Université d’Alger et de l’École libre des sciences politiques, assurant l’enseignement de la première année.»

(Rain et Chapsal, l’École libre des sciences politiques, Fondation des sciences politiques 1963, pages 111 et 112).

Comment Roger Seydoux a-t-il effectué ces voyages à Alger ?

J’ai consulté Air France. La réponse de Madame le Guernevé, Conservatrice du musée d’Air France, donne toutes les précisions utiles. (Voir sa lettre ci-dessous).

 

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UNIVERSITÉ D’ALGER
ÉCOLE LIBRE DES SCIENCES POLITIQUES
INSTITUT DES SCIENCES ADMINISTRATIVES À ALGER

Cet institut des sciences administratives à Alger, initialement désigné sous le nom d’Institut des sciences administratives, sociales et coloniales à Alger, a reçu finalement la désignation de Centre d’études politiques et administratives.

Certains aspects de cette collaboration entre l’Université d’Alger et l’École ont déjà été étudiés lors d’une réunion qui s’est tenue en septembre 1941 dans le cabinet du Secrétaire général (M. Etori) du gouvernement général de l’Algérie, à laquelle assistaient, le Recteur de l’Académie d’Alger, le Doyen de la faculté des lettres, le Sous-directeur de l’École libre des sciences politiques et le Directeur du cabinet du Gouverneur général.

Objet :

Le Centre d’études politiques et administratives a pour objet de donner une première année de formation générale aux jeunes gens, qui se destinent aux hautes carrières administratives, ou postulent des emplois de direction dans des entreprises privées et dans les organisations corporatives et qui désirent poursuivre leurs études à l’École libre des sciences politiques de Paris ou à son annexe de Lyon.

Les jeunes filles sont admises dans les mêmes conditions que les jeunes gens.

Organisation :

Le Centre fonctionne dans les locaux que l’Université d’Alger met à sa disposition.

Un comité de surveillance délibère sur toutes les questions relatives au régime des «études»; il est ainsi composé:

Présidence :

· Président, le Recteur de l’Académie d’Alger,

· Vice-président, le Président du conseil de l’École libre des sciences politiques

Membres :

· Les Doyens de la faculté de droit et de la faculté de lettres de l’Université d’Alger,

· Le Directeur de l’Intérieur et le Directeur des Affaires musulmanes du gouvernement général de l’Algérie,

· Le Directeur du CEPA d’Alger sera M. Courtois.

On remarquera qu’il y a peut-être eu une certaine concurrence entre l’Ecole libre des sciences politiques et l’Université d’Alger cherchant l’une et l’autre à créer un centre d’études politiques et administratives.

Finalement ces deux institutions ont préféré la collaboration, plutôt que l’affrontement.

Le centre ainsi créé sera clairement rattaché à l’Université d’Alger.

On observera le glissement sémantique du titre de ce Centre. Les mots «sociales» et «coloniales» ont disparu, le mot «administration» est maintenu, le mot «politique» apparaît.

Il est clair que la mise au point d’un tel centre a dû demander plusieurs réunions de travail. (Correspondance générale années 1941 à 1942 – Archives de Sciences Po). Voir annexes.

Il est probable, compte tenu des hautes personnalités concernées par ce projet, que ces réunions de travail ont dû avoir lieu à Alger. C’est Roger Seydoux qui devait effectuer les déplacements.

La création de ce centre constitue un motif parfaitement valable pour expliquer la présence de Roger Seydoux à Alger en août 1941 et juin 1942.

Il n’est pas interdit de penser que les nombreuses réunions nécessitées par ce projet, aient justifié plusieurs voyages de Roger Seydoux. Les carnets de sa mère Mathilde Seydoux ne font état que de deux voyages, il doit être possible de retrouver les traces des autres réunions organisées pour le même motif, s’il y en eut.

Le service aérien Marseille /Alger a été supprimé en novembre 1942, après le débarquement des alliés du 5 novembre. Le Centre d’études politiques et administrative d’Alger sera fermé en 1945.

On peut également se demander si Roger Seydoux n’a pas cherché à profiter de ces déplacements à Alger pour rencontrer d’autres personnes ou organisations. (D‘après M.Lancelot, Roger Seydoux aurait pu être tenté de rencontrer la mission Murphy.)

Robert Murphy, né en 1894, était un diplomate, Conseiller d’ambassade en poste à Paris en 1939, il occupa quelque temps le poste de Chargé d’affaires auprès du gouvernement de Vichy, puis il fut nommé Consul général à Alger en janvier 1941. Il joua un rôle important dans la préparation du débarquement des Alliés en Afrique du Nord qui eut lieu le 8novembre 1942.

M. Murphy fut détaché à Alger avec pour mission de gagner la confiance de Weygand.
«Il obtint au moins de lui que les agents de renseignements américains puissent opérer librement sur le territoire avec comme couverture les services d’aide alimentaire. De cette manière, le terrain était préparé pour le débarquement allié en Afrique du Nord [….].

(Irvin M. Wall, L’influence américaine sur la politique française 1945-1954, p. 36 – Balland 1989).

Ces rencontres à Alger constitueraient un second motif pour expliquer des voyages à Alger, nécessairement plus discrets, ces déplacements étant couverts par les voyages officiels et visibles concernant le centre d’études. Cette interprétation est peut-être plausible, mais n’a jamais été confirmée; une recherche plus approfondie dans les archives de la mission Murphy donnerait peut-être quelques précisions.

Les avions de 1942

Observations sur les appareils disponibles, sur les passagers et sur la fréquentation de la ligne.

L’appareil assurant la liaison Marseille /Alger était un hydravion Léo H 246 équipé de 4moteurs Hispano-Suiza de 720 ch. Il volait à 255km/ heure et avait une capacité 26passagers. Il fut produit à quelques unités (7).

Par comparaison, à peu près à la même époque, était mis en service le fameux DC3, dit Dakota.

Les caractéristiques de ces deux appareils étaient sensiblement voisines.

Le DC3 était équipé de 2 moteurs de 1067 ch, sa vitesse atteignait 290 km/ heure, sa capacité était de 28 passagers. Entre 1939 et 1945 sa production totale fût de 13.641 exemplaires

A cette époque, on préférait utiliser des hydravions, les pistes plus longues facilitaient les amerrissages de nuit.

Avant la guerre, l’hydravion a permis de résoudre les problèmes des trains d’atterrissage qui étaient incapables de supporter de fortes charges.

Après le conflit, les progrès réalisés entre autres sur les Bombardiers, ont donné naissance à une nouvelle génération d’avions plus rapides, volant plus haut, avec un meilleur confort, grâce à la pressurisation de la cabine (Le Figaro, 25 décembre 2003).

Il faut observer que Air France exploitait à cette époque un hydravion LEO H 246 d’une capacité de 26 places, ce qui, avec un coefficient de remplissage de 60 %, représentait quand même un trafic de 20 personnes par jour dans chaque sens, 5 jours par semaine, soit 100 personnes par semaine, ou 500 personnes par an.

Pour l’époque, il s’agissait d’un trafic civil assez important. Qui étaient ces passagers, qu’allaient-ils faire à Alger?

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Reproduction d’une gouache

Lioré et Olivier LéO H 246

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Liste des Décorations de Monsieur Roger SEYDOUX

Grand Officier de la Légion d’Honneur

Croix de Guerre

Commandeur de l’Etoile Noire

Commandeur de l’Ordre des Arts et Lerttres

Commandeur des Palmes Académiques

Grand Cordon du Nicham Iftikar

Grand Cordon de l’Ordre de la Confiance

Grand Officier d’Orange – Nassau

Grand Officier du Cèdre du Liban

Grand Officier e l’Ordre National des Mérites Distingués (Pérou)

2ème Classe de l’Ordre du Trésor-Sacré (Plaque – japon)

Commandeur de la Croix du Sud

Commandeur du Ouissam Alaouite

Commandeur de l’Ordre Royal de St-Olav (Norvège)

Commandeur Homayoun (Iran)

Commandeur de l’Ordre du Mérite (Italie)

 

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