Je rejoins ma famille maternelle. Mon arrière-grand-mère maternelle, Elisabeth Silhol épouse François Fornier de Clausonne. Au cours de l’année 1953 elle raconte sa vie dans son «Journal». Elle décède à la fin de cette même année.
5.1 - Introduction
Pendant l’été 1953, mon arrière-grand-mère, la Baronne Fornier de Clausonne, âgée de 98 ans, a dicté ses mémoires, a raconté sa vie. C’est son « Journal ».
D’une lecture agréable ce « journal » montre le souci de sociabilité, de maintien des liens familiaux et amicaux et de connaissance des évènements politiques de mon arrière-grand-mère.
Il montre aussi sa générosité.
Pour en rendre la lecture plus facile, j’ajoute ma modeste griffe sous les trois formes suivantes :
1. Dans la marge à gauche j’indique des dates de manière que le lecteur sache sans difficulté les époques évoquées.
2. Sans changer un seul mot, ni une seule virgule de ce texte, j’y ajoute des précisions pour venir en aide au lecteur d’aujourd’hui. Ces ajouts sont imprimés dans des caractères différents de ceux du « Journal ». Ce dernier reste donc parfaitement au premier plan.
3. Enfin, j’ajoute des photos de quelques unes des personnes citées.
Je confirme avoir conservé le texte d’origine dans son intégralité.
Jacques Coste
5.2 - 1855-1874
1855-1953
Epouse du Baron François Fornier de Clausonne
dicté à sa fille
Madame Jacques Seydoux à Clausonne, terminé le 21 septembre 1953
1855
Je suis née à Nîmes le 5 mai 1855, un an moins huit jours après mon frère aîné, Louis, ce qui fait qu’on nous traitait comme des jumeaux et que, pendant ma petite enfance, j’ai toujours partagé les jeux et les occupations de mon frère, tout en regrettant de ne pas être un garçon.
Mes parents, voici Alfred Silhol, son père ; je n’ai momentanément pas de photographie de sa mère.
dont le bonheur paraissait aussi complet que possible, quittèrent très vite le petit appartement qu’ils occupaient pour s’installer dans la grande et belle maison qu’ils avaient fait construire entre la gare et la préfecture, avenue Feuchères, et c’est là que s’est passée toute ma jeunesse.
Voilà cette « grande et belle maison », envoi de mon frère Roger Coste. Effectivement elle est superbe. J’y suis allé deux fois dans les années quarante. Elle est aujourd’hui un commissariat de police.
Mes frères : les voici avec leurs épouses.
En 1855 ils n’ont pas cette allure là évidemment. Je n’ai pas de photo d’eux, enfants. Comme il sera souvent question de ces deux ménages dans les pages qui suivent, je les présente tout de suite aux lecteurs. A gauche, Louis l’aîné, (envoi d’Isabelle Silhol) qui sera général et qui aura comme camarade à Saint-Cyr le futur maréchal Lyautey. A droite André,(envoi de Simone Guttinger), futur Maître des Requêtes au Conseil d’État. La photo de Louis date de 1936, elle est prise à Saint Victor, la photo d’André date de 1934, elle est prise à Boisseron. La femme de Louis était Marguerite Verdet et la femme d’André Jeanne Vautier. J’ai bien connu oncle André. Et voici leur soeur, l’auteur de ce journal, mon arrière-grand-mère :
dans une attitude familière, la main gauche sur la table et la main droite tenant une lettre. Cette photo prise à Clausonne date de 1950, nous avons bien profité du grand jardin qui l’entourait, et ce n’est que le jeudi et le dimanche qu’on nous envoyait promener à la Fontaine, où je retrouvais les enfants de ma génération où les filles étaient en minorité ; aussi quittais-je peu mon frère aîné, tandis que mon frère André, plus jeune de cinq ans, faisait bande à part.
A cette époque, notre existence se partageait entre Nîmes et la propriété de Boisseron, que voici, envoi de Simone Guttinger :
où nous faisions de longs séjours, très calmes. Nous avons bien fait cependant quelques saisons de bains de mer, à Cannes, à Arcachon où j’ai appris à monter à cheval, ce qui m’amusait beaucoup, et aussi notre premier voyage en Suisse.
Notre vie de famille était très unie, mon grand-père Silhol ayant dans la maison son installation particulière où il nous attirait et nous gâtait beaucoup.
Mon grand-père de Clausonne (1) le chef de la famille, habitait la vieille maison de la rue du Chapitre, que dirigeait sa fille aînée, ma tante de Rouville, et où étaient aussi mon oncle et ma tante de Clausonne avant de s’installer quai de la Fontaine. C’est là qu’avaient lieu les grands dîners du 31 décembre où mon grand-père distribuait à ses petits-enfants leurs étrennes, accompagnées d’un punch enflammé chaud, qui les égayait beaucoup.
Mes parents se mêlaient volontiers au mouvement mondain de la société nîmoise et donnaient eux-mêmes plusieurs bals ou grands dîners, que l’agencement et le bon goût de la maison rendaient très brillants.
Nos vacances se terminaient toujours à Clausonne, dans le patrimoine familial depuis 1780, où mes frères et moi étions bien contents de nous retrouver avec nos cousins et cousines, et où notre grand jeu était celui de la diligence, Amédée de Rouville (1) étant toujours le cocher et François, Louis, Lucie et moi, les chevaux.
Le premier mariage de la famille, auquel j’ai assisté fut celui de Suzanne de Rouville (1) avec Monsieur de Marveille où j’étais très fière de ma robe de taffetas à petits carreaux blancs et bleus et de ma petite capote de tulle blanc, ornée de marguerites ; personne ne fit attention à moi et je ne me rappelle pas que ce mariage ait donné lieu à de grandes réjouissances tandis que je me rappelle avoir assisté comme enfant à quelques soirées dansantes pour ma cousine Suzanne.
L’entrée de Louis au lycée avait séparé nos études ; je continuais à m’intéresser aux siennes et, comme il n’y avait point de cours de jeunes filles, on m’organisa les miennes avec trois professeurs du lycée, un pour l’histoire et la géographie, un pour la grammaire et la littérature et un pour l’arithmétique, qui venaient chacun une fois par semaine, me donnant des devoirs assez difficiles, que je faisais toute seule, et qui m’occupaient bien, car j’avais aussi des leçons de piano et d’allemand, hors de la maison.
(1) : je cherche une photo
Notre vie était bien réglée quand notre famille fut très assombrie par la mort de notre cousin de Marveille, tué par la chute d’un arbre qu’il faisait abattre dans sa propriété de Marveille, et qui fut suivi de près par celle de sa jeune femme, qui succomba à une fièvre typhoïde qui l’avait prise chez ses beaux-parents, à Calviac (Lasalle). Le deuil régna donc rue du Chapitre où j’allais souvent pour être avec ma cousine Lucie née Rouville, soeur d'André de Rouville et c’est de ce moment que date notre grande intimité.
1870
Ce fut aussi à cette époque que commence celle avec ma cousine Augustine qui vînt s’établir à Nîmes, en épousant Monsieur Roussellier. Mes années de jeune fille ne furent pas mondaines, la mort de mon grand-père de Clausonne nous ayant plongés dans un deuil profond et la guerre de 1870 ayant été très vivement ressentie par notre milieu nîmois. Mais avant cette époque, j’avais déjà entendu parler politique ; mon père blâmant beaucoup les candidatures officielles que soutenaient les préfets d’alors tels que : Messieurs du Limbert, Boffintois, Janvier de la Motte, avec lesquels on avait toujours pourtant quelques relations, quand ils étaient des gens du monde, et le dernier, Monsieur Hamelin, s’était même beaucoup lié avec mon grand-père Silhol, auquel il a laissé un encrier un peu monumental, et qui doit être à présent chez un de mes neveux. C’est avec les enfants du Limbert que j’ai pris mes premières et seules leçons de danse, et comme distraction en cette fin du second empire, je me rappelle un grand déjeuner à la foire de Beaucaire, une journée à Bessèges, et quelques goûters dansants parmi la jeunesse. La guerre de 1870, débutant par la défaite de Sedan et la proclamation de la République, causa une véritable stupeur et changea pour quelques mois le cours de notre vie. La Préfecture fut prise par les chefs du parti républicain nîmois, mais mon père ne s’occupa pas de politique à ce moment-là, et consacra tout son intérêt et toute sa peine à une organisation d’une ambulance pour les blessés, dans le nouvel hôpital, où il allait dès 7 heures du matin, à la création du premier Comité Nîmois de la Croix-Rouge, dont il fut tout de suite nommé président et à l’envoi de paquets aux prisonniers en Allemagne, que l’on apportait à la maison où mon père et mon cousin de Rouville emplissaient toutes les formalités nécessaires à leur expédition.
Cet hiver, très rigoureux, fut donc tristement employé et les troubles de la Commune, qui éclatèrent dès la signature de la paix, augmentèrent l’anxiété et le désarroi ; mais il n’y eut pas d’émeutes à Nîmes. Lorsque Monsieur Thiers, que l’on déclara le « sauveur de la Patrie » eut triomphé des insurgés, la vie, à peu près normale, reprit son cours en province. On fit alors une grande vente pour les blessés, qui réussit très bien, on souscrivit à l’emprunt qui fut couvert plusieurs fois et les Français donnèrent alors un bel exemple d’une véritable union pour hâter le départ des vainqueurs, qui occupaient une grande partie du pays. Très impressionné par l’état d’esprit qui régnait alors, mon frère Louis, décida de préparer Saint-Cyr, ce qu’il fit à Paris, au collège Sainte-Barbe ; il y entra dans un rang fort honorable et en sortit 7°. Son éloignement me fut très pénible ; mais, à mes occupations habituelles s’ajoutait mon cours d’instruction religieuse, sous la direction de Monsieur le Pasteur Viguié, et quelques leçons variées. Ma grande distraction était de fréquents voyages à Paris avec mes parents, où je pus profiter de quelques leçons de piano chez Madame Massurt et de quelques séances d’équitation dans le manège de la rue Duphot.
Un de nos séjours coïncida avec celui de mon grand-père de Clausonne, délégué au Synode de 1872, où il joua un rôle important, mais ne put faire triompher ses idées d’union et de conciliation. Il nous fut enlevé l’année d’après, à la suite de quelques jours de maladie.
1868
Avant la guerre, de 1870 nous étions allés avec mon oncle et ma tante de Clausonne, faire un voyage en Allemagne, pour y voir mon cousin François, qui passa deux années à Heidelberg comme étudiant, je pense qu’il parlait couramment l’allemand, François a t-il interrompu son séjour à Heidelberg à cause de la guerre ? mais après nous fûmes assez retenus à Boisseron, où mes parents faisaient des réparations importantes pour rendre la maison plus moderne et plus confortable. La présence d’amis, avec lesquels je montais à cheval, anima mes dernières vacances de jeune fille, car ce fut en novembre 1874 que se décidèrent mes fiançailles avec François, que l’on convint de garder sécrètes jusqu’à la fin de ses études de droit, qu’il faisait alors à Paris.
Cette année fut très calme à Nîmes, mais elle fut agrémentée de deux ou trois séjours à Paris où l’on s’occupa de mon trousseau et où nous fûmes fréquemment au théâtre et au concert.
1874
Au mois de juillet, François ayant terminé ses examens et passé sa thèse, sur quel sujet ? nos parents firent les communications officielles à Nîmes.
Un séjour à Luchon nous permit de faire de très jolies promenades ; la saison de Boisseron fut assez animée et le 3 novembre on donna un grand bal à la maison qui fut très nombreux et très brillant . Plusieurs des amis de François y vinrent et restèrent jusqu’au 6 novembre où eut lieu notre mariage.
Mon père tint à ce que le mariage civil précéda immédiatement le mariage religieux. C’est donc à l’Hôtel de Ville que je déployai d’abord la traîne imposante de ma belle robe de faille blanche. Au Grand Temple, ce fut Monsieur le Pasteur Viguié qui bénit notre union et qui, selon l’usage nîmois, ne prononça que la liturgie. Ces deux cérémonies amenèrent un assez grand déploiement de voitures et de cortèges, mais tout se passa très bien grâce à la précision de mon frère qui, dans son brillant uniforme d’officier d’Etat-Major, fut l’ordonnateur de cette fête de famille et ce fut à l’heure que l’on servit le déjeuner. La grande table de 50 couverts était dressée dans la galerie : le menu fut aussi copieux et soigné que l’étaient alors les oeuvres du célèbre restaurateur Durand ; plusieurs toasts furent prononcés par mon père, Messieurs Juillerat, Paulin de Clausonne, etc. ; un autre repas eut lieu dans les communs, pour les gens de maison et des campagnes, et fut plus bruyant que celui de la maison. On put encore un peu profiter du jardin, et ce fut vers 6 heures du soir que mon père et mon beau-père nous accompagnèrent à la gare, d’où nous partîmes pour Marseille, notre première étape. Nous y restâmes peu de temps, et fîmes un plus long séjour à Cannes où le Grand Hôtel m’avait toujours attirée par son beau jardin ; il n’était pas encore encombré et nous avions pu faire quelques jolies promenades qui n’étaient guère possibles pendant la chaleur de l’été.
Notre entrée en Italie se fit par Gênes qui me causa d’abord une légère déception car je trouvais la ville triste et sale, surtout dans le quartier de notre hôtel, mais quelques visites d’anciens palais, de musées, et une après-midi à la villa Pallavicini me firent changer d’avis.
Je fus très séduite par Venise et Florence où nous restâmes quelques temps et où je regrettai seulement de n’avoir pas su mieux préparer mon voyage. Malheureusement, le temps fut très mauvais et très froid ; on ne m’avait pas assez munie de vêtements chauds et je dus acheter à Venise un horrible manchon, qui me préserva au moins les mains pendant les longues séances d’églises et de musées, d’où nous rentrions un peu gelés, pour nous réchauffer auprès d’un bon feu dans notre chambre.
Après six semaines de voyage, nous rentrâmes en France par Vintimille ; nous trouvâmes à Marseille mes parents et mon frère Louis venus à notre rencontre pour nous faire faire un bon déjeuner à la Réserve, avant de regagner la maison où l’accueil de mon grand-père et de mon frère André fut des plus affectueux, et où nous nous installâmes rapidement dans l’appartement qu’on nous avait préparé au second étage.
Pour fêter notre retour, mes parents donnèrent un beau réveillon la veille de Noël, où je revis toute la famille, et après les visites du premier janvier, notre vie prit son cours normal. Nous allâmes passer les jours gras à Paris où, avec Amédée et Louis, nous fîmes de bonnes parties de théâtre. J’avais déclaré que je ne voulais pas que mon mari restât inoccupé, aussi fus-je très satisfaite que, grâce à la présence de mon cousin de Rouville comme chef de cabinet de Monsieur de Marcère, il fut nommé Conseiller de préfecture à Nîmes. Il fit ses débuts dans l’administration sous la direction du nouveau préfet, Monsieur Gisolme, qui devint pour lui un véritable ami, si bien que,lorsque sous l’Ordre Moral, Monsieur Gisolme donna sa démission, François suivit son exemple et revint avec lui, mais, cette fois, comme Secrétaire Général du Gard. Il le resta avec les préfets suivants :
5.3 - 1877-1890
1877
Messieurs Dumarest et de Girardin. Nous fîmes nos visites de noces et nous retrouvâmes souvent avec les ménages Dumas Gasparin, etc…, mais j’eus le chagrin de perdre mon amie, Madame Margarot, et notre hiver de 1877 fut très attristé par la chute de cheval que fit mon frère Louis ; il eut la jambe cassée mise dans le plâtre ; le jour où on le lui enleva, la fièvre typhoïde se déclara et il fut même déclaré perdu par le médecin de Montpellier, appelé en consultation.
Il se remit cependant, grâce aux soins éclairés du Docteur Bonne, et après une saison de bains de mer, rentra à l’Ecole d’Etat-Major, d’où il était absent depuis sept mois. Avec mon mari, nous fîmes une saison à Ragatz et un séjour dans l’Engadine, qui ne me firent pas grand bien, et pendant l’hiver de 1878, mes parents reçurent tous les mercredis du Carnaval et ces soirées dansantes, fort animées, se clôturèrent par une comédie jouée par tout notre groupe de jeunes ménages qui eut beaucoup de succès. C’est à une de ces soirées que j’ai dansé avec le futur Maréchal Lyautey,qui échangera dans les années 1900-1914 une trés intéressante correspondance avec le neveu de mon arrière-grand-mère, Jacques Silhol, voir « Mélodie familiale » venu avec son ami Keller pour faire avec mon frère un grand voyage en Algérie.
Mes parents firent de leur côté un beau voyage en Italie, où ils emmenèrent ma tante de Rouville et nous profitâmes de leur absence pour nous installer dans le petit appartement de la maison Crespon, tout à fait voisine de la maison.
En été, nous nous rendîmes à Trouville où nous fîmes aux Roches-Noires une saison fort agréable, où nous nous liâmes avec quelques Parisiens. Au retour, François me laissa avec mes parents à Paris pour visiter l’Exposition, dans ses plus grands détails, ce qui m’intéressa beaucoup.
1877
J’ai omis de raconter en son temps que ma cousine Lucie de Rouville s’était mariée avec Monsieur Maroger et qu’en 1877, nous partîmes tous pour Paris, assister au mariage de son frère, avec Mademoiselle Broliman qui devint, très vite, une de mes plus intimes amies.
Pendant toute cette période, mon mari prit une part active à la politique dans le département, et mon père fut nommé Conseiller Général.
1880
Nous fîmes partie du cortège du mariage de Mademoiselle Chalmeton, qui fut très brillant, et nous allions partir pour Etretat lorsque étant un peu souffrante, on trouva plus indiqué que je reste tranquille à Clausonne, pendant que mes parents faisaient un voyage en Auvergne avant de nous réunir tous à Boisseron, où les réparations étaient terminées. François fut seul à Paris et je restai tranquille à Nîmes où le 1° avril 1880, j’eus le bonheur d’avoir ma fille : Mathilde.
Ce fut une grande joie pour toute la famille ; Monsieur Viguié la baptisa et, au mois de juillet, nous l’emmenâmes à Evian où mon mari fit une cure et à Etretat pour que je puisse prendre quelques bains de mer. Le retour fut moins brillant que le départ car la nourrice arriva juste pour perdre son dernier enfant, et son lait, et ce fut le début de mes ennuis et de mes inquiétudes pour ma fille, qui ne prospéra plus comme elle l’avait fait jusque là et qui nous fit passer de bien mauvaises nuits.
1881
Mon père ayant été nommé député du Gard, mes parents s‘installèrent à Paris, 58 boulevard Malesherbes. Le séjour que nous fîmes chez eux en 1881, ayant causé une véritable amélioration dans l’état de ma fille, nous fîmes ensuite un séjour à Luchon qui fut beaucoup moins salutaire.
Nous revînmes à Nîmes, rappelés par la mort de ma tante de Rouville, et nous passâmes un bien triste hiver à soigner ma fille qui ne se nourrissait que de cuillerées à café d’eau sucrée ou de lait non bouilli. Aussi, bien que très peinée d’avoir à m’éloigner de mon grand-père Silhol, avec lequel je vivais dans une très grande intimité, je fus soulagée par la nomination de mon mari comme sous- préfet à Verdun, bien que cette ville frontière nous séduisît peu.
Ma mère revînt pour m’aider à mon déménagement, et après nous être arrêtés quelques jours à Paris, nous nous installâmes dans la vieille abbaye, transformée en sous-préfecture. Au premier abord, tout me parut horriblement triste ; le pays, le climat, les gens, et notre résidence ; celle-ci avait cependant un certain air quand, après avoir traversé une cour spacieuse et gravi un escalier assez imposant, on arrivait à un palier vitré qui distribuait tout l’appartement. Ma chambre, et celle de Mathilde, donnant sur le jardin, pourvu de grands arbres, étaient bien exposées ; puis venaient le petit salon avec de très belles boiseries sculptées, un grand salon, tout nu, et une grande salle à manger dont les belles boiseries portaient les traces des balles de 70 et les chambres destinées à François et aux invités donnaient sur la cour.
Un ménage de concierges nous accueillit bien et j’avais ma maison montée avec cuisinière alsacienne prise à Paris, la femme de chambre et la bonne de Mathilde méridionales, et un jeune valet de chambre qui devait nous arriver avec notre cheval et notre phaéton.
Nous ne perdîmes pas de temps pour faire une grande tournée de visites où nous fûmes peu reçus, d’autant plus que la société verdunoise, très réactionnaire, était mal disposée pour nous, protestants et républicains.
L’Evêque, vis-à-vis duquel je ressentais une certaine timidité, nous fit au contraire, bon accueil, ainsi que le Général, célibataire, et les officiers supérieurs de la très nombreuse garnison ; les plus jeunes furent contents de voir, l’hiver d’après, les salons de la sous-préfecture s’ouvrir. Je pris tout de suite un jour de réception, habitude de l'époque et qu'elle garda ; avant 1939 ce jour de réception était le mercredi, qui fût assez suivi ; nous fîmes quelques apparitions à Paris, mais ne retournâmes pas dans le midi et ce fut, au contraire, ma belle-mère qui vint passer le premier janvier avec nous.
1882
Ce fut en plein hiver que nous donnâmes notre premier bal, qui semble avoir été un succès et qui était en tout cas pour Bonne-maman un excellent souvenir, car elle en parlait volontiers qui fut très nombreux et très animé et pour lequel mon frère André vint nous aider.
Nous fûmes à Bar-le-Duc voir le préfet qui vint ensuite chez nous pour le Conseil de Révision ; nous changeâmes de général, dont le successeur nous amena une femme fort agréable, et nos trois années et demi de Verdun me furent rendues très supportables par le rétablissement complet de la santé de Mathilde, mais l’ambiance en était toujours un peu mélancolique car les souvenirs de 1870 y restaient beaucoup plus vivants que dans le reste de la France :
1885-1886
La mort de Gambetta, (1882) de Victor-Hugo (1885), l'inauguration de la statue du Général Marguerite à Verdun, marquèrent la période que nous y passâmes. Ce fut, à mon retour d’un voyage à Nîmes, où j’avais accompagné ma belle-mère, rappelée par la mort de sa mère, Madame de la Farelle, que j’appris la proposition de Monsieur de Girardin de faire nommer François Conseiller de Préfecture de la Seine. Nous ne perdîmes pas de temps pour faire nos visites d’adieu et laisser la place à notre successeur, Monsieur Paul Viguié, et nous restâmes à Paris chez mes parents, pendant nos recherches d’appartement, que nous trouvâmes assez vite 66 rue de Monceau. Je retrouvais mes meubles et installais d’une manière confortable et agréable mon nouveau chez moi, qui me rapprochait de toute la famille. François se mit très vite au courant de ses nouvelles fonctions, qui lui plaisaient beaucoup plus que l’administration active, et ses connaissances en droit furent très appréciées par ses collègues.
Pour ce premier été, il lui fallut aller faire une saison à Aix-les-Bains pendant que j’emmenais Mathilde prendre des bains de mer à Houlgate.
Nous passâmes l’automne dans le midi et ce n’est que l’hiver d’après que commença notre existence parisienne dont je conserve un si bon souvenir.
C’est pendant notre séjour à Verdun que se décida le mariage de Louis avec la charmante Marguerite Verdet, qui fut célébré à Avignon, et le jeune ménage, après quelques mois de garnison à Marseille, s’installa à Paris pour ses quatre années d’état-major au Ministère.
André, de son côté, réussit à entrer au Conseil d’État, et nous fûmes ainsi tous réunis dans la capitale.
J’y trouvai la vie fort agréable car je repris l’habitude d’aller tous les matins chez mes parents pour combiner mes journées avec ma mère, qui aimait que je l’accompagne dans ses visites et ses courses, et je fis ainsi rapidement connaissance avec ses nombreuses relations.
Nous allions aussi souvent, ensemble, au concert et au théâtre et nos dîners de famille du dimanche devinrent vite réguliers.
L’éducation de Mathilde commença peu à peu ; le parc Monceau était pour elle une grande ressource ; elle se lia très vite avec Marguerite de Rouville et Isabelle Rostand, dont la mère devint aussi une véritable amie pour moi.
Elle avait tous les jours une promeneuse qui était censée lui parler anglais et, quelque temps après, elle commença à suivre le Cours Pape-Carpentier et le cours de solfège avec Madame Leroy. Nous sortions assez souvent avec les Amédée de Rouville avec lesquels nous nous réunissions pour louer, en été, une villa à Villers ou Houlgate.
1885
C’est pendant un de ces séjours que je fus rappelée dans le midi par la maladie et la mort de mon grand-père Silhol, qui attrista bien notre automne que nous partagions, comme toujours, entre Clausonne pour Clausonne voir « Et rêver de Clausonne » et Saint-Victor que voici :
A la demande de mon grand-père, mes parents avaient entrepris de grandes réparations à Saint-Victor, devenue une résidence fort agréable, que mon grand-père aimait beaucoup et qui nous parut bien vide, lorsqu’il n’y fut plus. C’est là, néanmoins, que se continua chaque année notre réunion de famille avec les ménages de mes frères.
André épousa Mademoiselle Jeanne Vautier dont il eut trois filles, Antoinette devenue Delbet puis Fleurieu, Madeleine devenue Kléber et Jacqueline devenue Pagezy, plus Pierre mort à 10 ans en 1907, voir « Mélodie familiale », tandis que Louis avait trois garçons. Nous avions peu de voisins immédiats mais certains membres de la famille y venaient en séjour, mon grand-père y recevait ses fidèles amis : Messieurs Troupel et Delbos d’Ozon, et mon père, bien que n’ayant pas été renommé député, s’occupait toujours de politique dans l’arrondissement de Saint-Ambroix et des mines de Bessèges. Il était alors président du Conseil Général du Gard, ce qui l’obligeait à être toujours à Nîmes à la fin d’août et il y offrait alors un grand dîner à ses collègues auquel j’ai bien assisté quelquefois.
Mes parents continuaient à habiter Paris une grande partie de l’année ; mon père aimait à suivre les expositions, les ventes, et c’est alors qu’il a recueilli pas mal des objets d’art qui ont orné son intérieur.
Sans être très mondains, nous menions une vie assez animée et je suivais de très près l’éducation de Mathilde, mais je me fatiguais un peu trop et j’eus le grand chagrin de ne pas avoir vivant le petit garçon que nous désirions tant.
J’eus assez de peine à reprendre mon équilibre et mon mari voulut alors me faire faire un grand voyage, tout en me donnant la grande satisfaction d’y emmener Mathilde et c’est ainsi qu’à l’âge de huit ans, elle nous a suivis pour traverser l’Arlberg, visiter le Tyrol, le Salzkammerguth, Vienne, Prague, Budapest, Trieste et Venise. Partout, on s’étonnait de voir la « petite Française ».
1886
Cette réunion familiale à Clausonne sur le perron n’est pas racontée par bonne-maman. Mais j’ai cette photo dans mes archives. Je pense qu’elle m’a été envoyée par Denis Martin de Clausonne. Je trouve cette photo remarquable c’est pourquoi je l’intègre au texte de ma grand-mère.
De quand date t-elle ? La petite fille portant un chapeau noir, à genoux au premier plan, a peut-être six ans. Je pense reconnaître ma grand-mère Mathilde, fille de Bonne-maman Elisabeth.
Comme elle est née en 1880, je date la photo en 1886. Avec un risque d’erreur.
Quelles sont les autres personnes ? Le personnage le plus grand à l’arrière plan riche d’une belle barbe grise est très probablement le baron François Fornier de Clausonne, mon arrière grand-père.
Il a trente six ans. Plus bas, assise, au-dessous d’une dame en chapeau, je pense reconnaître l’auteur de ce journal, mon arrière grand-mère Elisabeth Silhol. Elle a trente et un ans.
A la gauche de mon arrière grand-père, l’invité serait probablement son beau-frère André Silhol, le frère de l’auteur de ce journal.
Pour les autres, je demande de l’aide. Merci.
1890
A notre retour à Paris, nous profitâmes encore de l’exposition de 1889, très réussie, et en 1890, j’eus la joie d’avoir ma fille, Edith, un très beau bébé, dont la nourrice ne me donna aucun ennui et, avec nos deux enfants, nous fîmes un séjour à Interlaken, où nous retrouvâmes la famille Rostand et plusieurs autres relations. Des petits Berlinois y apportèrent une fâcheuse coqueluche qu’Edith attrapa et qui gâta complètement la fin de nos vacances et me priva de mon séjour à Saint-Victor. Elle n’eut, heureusement, aucune suite, et ma vie fut encore plus remplie avec mes deux filles, d’âges si différents, et dont j’étais très fière car Mathilde était très jolie et intelligente et Edith, très belle enfant, devint vite très gaie et affectueuse. Je fis faire son portrait par Boutet de Monvel, qui fut très bien réussi. Sa petite enfance se passa beaucoup au parc Monceau et à l’avenue Vélasquez où mon frère, désireux de s’installer chez lui à Paris, avait acheté l’immeuble, je pense qu’il s’agit bien de l'immeuble du 3 avenue Vélasquez où il organisa pour ma mère et lui, un très bel appartement.
On y pendit la crémaillère avec une très jolie soirée où Madame Amel de la Comédie Française vint divertir les nombreux invités. On y donna beaucoup de beaux dîners, une charmante matinée costumée pour les petits-enfants où Edith était en Madame Sans-Gêne avec une grande traîne, une autre pour Mathilde, l’année qui suivit sa première communion, qu’elle fit avec Monsieur le Pasteur Roberty, et plusieurs beaux bals. C’était surtout notre centre de famille auquel restent attachés tant de bons souvenirs.
Mes parents ayant des loges au Français et à l’Opéra-comique, nous en suivions régulièrement les représentations, ainsi que les auditions des concerts du dimanche, et, en été, nous les rejoignions à Evian où ils faisaient des saisons, rendues fort agréables par tout un groupe d’amis et d’hommes fort distingués : Messieurs Franck Chauveau, Ployer, Pontzen, Sadi Carnot, Mézières, etc…
5.4 - 1895
1895
Nous avons fait aussi de nombreux voyages : un à Rome au moment de Pâques, en Suisse, en Hollande et sur les bords du Rhin, et en Allemagne jusqu’à Berlin et Dresde. Ce fut vers 1895 que, nous trouvant trop à l’étroit rue de Monceau, nous avons, après d’innombrables recherches, fixé notre choix sur un appartement 19 rue de Téhéran, au quatrième étage, remarquablement bien distribué et clair, que nous avons arrangé avec beaucoup de goût.
En ce temps-là, je suivais beaucoup Mathilde elle avait quinze ans dans tous ses cours, études et distractions ; elle me donna la satisfaction de finir le cours Pape-Carpentier en étant toujours première au classement de fin d’année ; puis nous suivîmes des cours supérieurs dans divers établissements et ils m’intéressaient autant qu’elle, Richepin, Larroumet, etc.. ; elle travaillait assidûment son piano avec Mademoiselle Weipert, qui était une amie pour nous et pour elle, prit part à toutes les auditions, eut des leçons d’accompagnement, d’anglais, d’allemand et travailla surtout son dessin qu’elle aimait beaucoup et dans lequel elle réussissait bien. Effectivement Mathilde devint une très bonne pastelliste.
5.5 - 1899-1908
1899
Malgré cela, elle allait dans le monde où elle retrouvait son groupe d’amis, de danseurs et les bals donnés pour elle par ses grands-parents et par nous eurent la réputation d’être des mieux réussis. Ce fut après son premier bal que Jacques Seydoux nous la fit demander en mariage par l’entremise d’un de mes frères.
1902
Il était alors secrétaire d’ambassade en Grèce et nous le connaissions fort peu, mais surtout, nous trouvions Mathilde beaucoup trop jeune pour se lancer dans une vie qui la séparerait autant de nous, et ce ne fut que trois ans plus tard que Jacques Seydoux, ayant renouvelé sa demande, cette fois-ci par l’entremise du Baron de Courcel auprès de mon frère, et ayant appris à le mieux connaître, nous donnâmes à ces jeunes gens l’occasion de se voir plus souvent. Mathilde se rendit compte rapidement des qualités sérieuses et aimables qu’elle trouverait chez lui et elle se fiança au mois de juillet 1902, Mathilde avait vingt deux ans. Jacques étant alors en poste à Berlin, d’où il ne pouvait prendre un congé immédiatement, ce ne fut qu’après une saison à Biarritz où ma santé m’obligeait à aller souvent, que nous nous arrêtâmes à Pau où, dans la jolie villa des Chènes, de Madame Seydoux, les fiançailles furent annoncées officiellement.
1907
Jacques put nous rejoindre pendant quelques jours à Clausonne et à Saint-Victor où il fut rapidement charmé par le pays et par les membres de la famille, mais il fut obligé de retourner à Berlin et nous rentrâmes à Paris pour préparer le mariage. Malheureusement, ces préparatifs furent interrompus par la mort de mon beau-père, Emile, avocat, 1827-1902, qui souffrant depuis quelques temps, nous fut enlevé brusquement, ce qui nous obligea à partir pour Nîmes.
Jacques nous y accompagna et prit ainsi tout de suite sa place dans la famille.
Nous ne voulûmes pas, néanmoins, retarder le mariage, qui eut lieu le 29 novembre à l’Oratoire, célébré par Monsieur le Pasteur Roberty, au milieu d’une assez nombreuse assistance bien que nous n’eussions pas fait d’invitations.
Le jeune couple partit le soir même pour la Cote d’Azur et c’est alors que la maison me parut bien vide et que j’eus beaucoup de peine à me résigner à perdre ma fille tout en prenant une grande part à son bonheur.
C’est alors qu’Edith nous fut bien précieuse, car, malgré son âge et sa timidité, elle s’était beaucoup intéressée au mariage de sa sœur et, surtout, à ses cadeaux, qu’elle mit en ordre avec un soin méticuleux. Mon grand deuil me permit de me consacrer beaucoup à elle et je commençais à la suivre dans son éducation comme je l’avais fait pour Mathilde.
Le retour du jeune ménage fut fort troublé par une maladie de Mathilde et puis il fallut s’occuper activement du départ pour Berlin. De là me vinrent des lettres bien intéressantes à la fois sur l’installation, sur la situation à l’Ambassade, sur le genre de vie et les nouvelles relations et Jacques m’écrivait toujours que Mathilde se tirait bien d’affaire.
Je fis de mon mieux pour reprendre mes occupations, mais je pensais surtout au moment où je pourrais aller à Berlin ; après un retard mal venu, nous y fûmes au printemps, couchâmes à Cologne et logeâmes au « Reichshof » car les Seydoux entraient dans leur appartement 4 In den Celten juste le jour de notre arrivée. Je ne pus me convaincre qu’ils y seraient confortablement et agréablement car il donnait sur le Thiergarten, et nous fîmes bonne connaissance avec Messieurs Prinet et Romieu et les Comtes de Seigny et de Chazelles. Nous circulâmes dans Berlin, admirant les magasins de jouets et de porcelaines sans être émerveillés par les splendeurs du Château Royal.
Mathilde me raconta le grand défilé pour lequel je lui avais fait un beau manteau de cour de 4 mètres de long, en brocart blanc, où elle avait bien accompli ses deux révérences, les bals de la cour où brillaient les nombreux et magnifiques bijoux de toute l’aristocratie étrangère, et les somptueux dîners et réceptions auxquels elle avait pris part malgré un début de grossesse.
1902
En entrant à Paris, nous commençâmes à nous occuper sérieusement des réparations qu’il nous fallait faire faire à Clausonne où notre premier soin fut de faire monter l’eau dans la maison et où l’architecte, notre ami, Monsieur Renaut, vint nous donner des conseils sur les améliorations à apporter, mais je ne pus y rester longtemps, ainsi qu’à Saint-Victor, où je laissais Edith, pour rentrer à Paris dès le début d’octobre. Mathilde m’y attendait et c’est rue de Téhéran, le 19 octobre, qu’est né René.
1903
Je fus tout de suite très heureuse et fière de mon premier petit-fils qui était un très joli bébé avec de grands yeux noirs, mais qui nous donna pas mal d’ennuis de nourrice avant d’accepter la quatrième. On le baptisa avant qu’il ne repartît pour Berlin avec ses parents, en plein hiver et nous retournâmes les voir à Pâques, avant qu’ils ne viennent aux vacances faire les saisons de Clausonne et de Saint-Victor, après celle que j’avais faite à Biarritz.
1904
Au mois de février, j’allais seule à Berlin pour y recevoir mon second petit-fils, François dont l’arrivée, un peu précipitée, me forçant à un départ qui le fut également, laissant chez moi un grand dîner de 24 personnes, et faisant le voyage à travers toute l’Allemagne par une tempête de neige qui me causa plusieurs heures de retard, mais le bébé n’arriva qu’après moi. Il était très petit, mais se contenta d’une nourrice bohémienne et je pus tenir bien compagnie à Mathilde, qui se remit sans incidents.
L’Ambassade de France où je fis la connaissance de l’Ambassadeur, Monsieur Bihourd, et de l’attaché militaire, le Marquis de Laguiche, ainsi que de sa femme, était très occupée par les préparatifs d’un grand dîner qu’elle offrait à l’empereur Guillaume avant son voyage au Maroc et qui eut lieu le lendemain de mon départ.
C’est à mon retour qu’Edith fut opérée des amygdales, ce qui l’éprouva assez et je m’occupais beaucoup d’elle et de ma correspondance avec Berlin d’où Jacques et Mathilde me tenaient bien au courant de tous les évènements.
Nous les retrouvâmes au mois d’août à Evian, où Madame Seydoux avait pris une villa pour les recevoir et où nous rejoignîmes au Splendid Hotel le groupe habituel de mes parents, qui s’était encore augmenté.
1905
Après la saison du midi et un séjour à Paris chez Madame Seydoux, Jacques et Mathilde y laissèrent leurs enfants et repartirent pour Berlin, où ils firent leur déménagement, Jacques étant nommé à Paris, au Ministère. Après bien des recherches, ils s’installèrent dans un très joli appartement 70 boulevard de Courcelles, Philippe et Georgette Coste et leurs enfants y ont habité pendant leur année scolaire 1936 ; bonne-maman l’a quittée en 1938 pour s’installer avenue Vélasquez chez sa mère. J’étais très heureuse d’avoir mes parents et mes enfants à proximité.
1906
L’été d’après, je rejoignis pendant quelques jours Mathilde à Saint Gervais avant d’aller à Evian, où mon père, fort malheureusement assez souffrant, le jour où nous étions partis pour Clausonne, ce qui me fit le rejoindre immédiatement, où mes frères arrivèrent aussi. Le Docteur Florand nous rassura vite sur les suites de cette première attaque mais conseilla quelques jours de repos, et je restais auprès de mes parents jusqu’au moment où je pus les ramener à Nîmes et rejoindre à Clausonne François et Edith qui avaient déjà reçu les deux aînés de Mathilde.
J’eus tout de suite à y recevoir André, sa femme et ses enfants, ainsi que ma belle-mère ; les premiers étaient empêchés de se rendre à Boisseron par suite du manque d’eau et comme ils avaient leur auto, nous pûmes fréquemment nous rendre à Nîmes et faire quelques courses et promenades dans les environs.
1906
Je reçus bientôt la nouvelle de la naissance de Georgette et dès que les André nous eurent quittés, je me rendis à Paris où, logée chez Mathilde, je pus lui tenir compagnie et faire connaissance avec ma petite-fille qui était une belle enfant. C’est pendant mon voyage de retour que j’ai appris la mort d’Albert Hérisson, grand ami de mes frères, tué dans un accident d’auto, qui fit grande impression dans la société nîmoise. Après un séjour avenue Feuchères, où la présence des enfants fut une distraction pour mon père, menant une vie très sédentaire, nous regagnâmes Paris et François que j’étais toute fière de ramener avec bonne mine, me joua le tour d’avoir un accès de fièvre pendant le voyage…
Mes parents rentrèrent quelque temps après nous et mon hiver fut très absorbé par eux, bien que mon père eut repris une existence un peu plus active.
1907
François se rendait souvent à Nîmes pour voir sa mère et surveiller les réparations de Clausonne ; nous pûmes, au début de l’été, faire avec Edith un très joli voyage en Écosse, favorisé par un très beau temps et qui nous intéressa beaucoup avant de nous rendre, avec mes parents, à Evian, mais cette fois dans une villa, comme l’été suivant.
1907
Jacques avait perdu, au mois de juin, son frère Roger, il a trente cinq ans; sa mère ayant loué une villa à Versailles pour l’été, Mathilde s’y établit avec les enfants. Ceux-ci furent assez sérieusement souffrants par suite d’une sorte d’empoisonnement pour que l’on me rappelât de Deauville où nous passions quelques jours chez les Alfred, avant de nous rendre à Cherbourg où Louis remplaçait le Général. J’y envoyais Edith toute seule, ce qui lui fit faire la connaissance de cette partie de la Normandie et de la propriété des Pourtalès à Martinvast.
Avec François, nous restâmes à Paris, d’où j’allais tous les jours à Versailles distraire les enfants qui se remettaient lentement et où Jacques fut atteint d’une violente crise rhumatismale, début de toutes ses souffrances, rhumatisme déformant est le nom vulgaire définissant cette maladie ; Daniel Fris connaît le nom technique ; effectivement ces rhumatismes firent souffrir Jacques Seydoux jusqu’à sa mort en 1929. Il put, néanmoins, accompagner sa famille à Clausonne d’où il partit faire une saison à Lamalou, qui ne lui réussit pas et d’où son retour fut gêné par les inondations qui ravagèrent la région. L’hiver ne fut par bon pour lui mais il continua à travailler régulièrement. Nous fûmes aussi très troublés par la grave maladie de mon beau-frère Alfred, que voici, envoi de Denis Martin de Clausonne, père de Blanche épouse Silhol et de Colette épouse Martin.
qui appela ma belle-mère chez nous. Il mourut le 28 mars, jour de la naissance de Roger, dont Mathilde fut plus longue que d’habitude à se remettre. Je ne pus donc pas accompagner François qui se rendit avec sa mère et sa belle-sœur à Nîmes où eurent lieu les funérailles d’Alfred. Il en revint assez ébranlé et fatigué, si bien que lorsque Mathilde fut remise, nous partîmes avec Edith faire un petit voyage dans le nord de l’Italie, ce qui aida François à reprendre son équilibre et ses occupations parisiennes.
Ma belle-mère, Louise de la Farelle Rabourguil, étant emmenée à Deauville par Antoinette, épouse d’Alfred Fornier ci-dessus, Nous fûmes avec mes parents à Evian dans la villa du Grand-Hôtel. Avant la mort d’Alfred et sur ses conseils, nous avions acheté notre première auto, une Panhard, chercher photo probablement introuvable d'ailleurs : je souris en entendant ce nom car dans les années 40 dans « l’avenue » bonne-maman m’en a parlé avec grand plaisir, elle aimait bien les voitures, très bien carrossée par Bail, et qui nous permit de faire de nombreuses promenades dont mon père put prendre sa part.
Une fois rentrés à Clausonne, nous y gardâmes les enfants pour que Jacques et Mathilde puissent, à leur tour, se rendre à Evian, à l’Ermitage, où Jacques fit surtout une cure de repos, ce qui lui fit encore passer quelques jours complètement au lit, à son retour à Clausonne, avant de regagner Paris où il reprit toutes ses occupations au Ministère, avec beaucoup de courage physique et moral.
1908
A cette époque j’étais très absorbée par mes parents, mes enfants, par Edith, que j’accompagnais à de nombreux cours supérieurs et à de nombreuses réunions mondaines, où elle se retrouvait avec ses cousins et cousines, en particulier Madeleine devenue Kléber et ... Vivette Demarçay épouse Grand d’Esnon, ma future belle-mère. Ma mère donna pour eux un bal qui eut lieu à la salle de l’avenue de Messine, et nous reçûmes plusieurs fois chez nous ainsi que les André.
Je suivais aussi mon mari avec intérêt dans ses diverses occupations qui furent modifiées au moment où, mis à la retraite comme Conseiller de Préfecture de la Seine, il entra grâce à son ami Monsieur Th. Morin, au Conseil d’Administration du « Temps » où il eut tout de suite de très bons rapports avec les fils de Monsieur Adrien Hébrard, avec Monsieur Louis Mill et ses autres collègues. Il était ainsi au courant de ce qui se passait en politique et nous avions toujours été pleinement d’accord sur l’Affaire Boulanger, sur l’Affaire Dreyfus, dont les répercussions se faisaient encore sentir dans les familles après avoir donné lieu à des discussions passionnées.
Il était aussi membre du Conseil Presbytéral de l’Oratoire ; il était dans les meilleurs termes avec Messieurs les Pasteurs Roberty, Viénot, Guirand, trop vite disparu, et A.N. Bertrand, qui fut toujours pour nous un véritable ami.
Mon intimité avec ma cousine Augustine Roussellier, qui datait de notre plus tendre enfance, n’avait fait que se développer. Elle s’était beaucoup intéressée à mes débuts de jeune femme ; la naissance de son fils, contemporain de Mathilde, nous rapprocha encore.
C’était une femme assez originale, très remarquable par son intelligence, sa culture d’esprit et sa chaleur de cœur, ce qui rendait les relations avec elle charmantes. Interrompues pendant qu’elle était à Montpellier et nous à Verdun, nous les reprîmes dès mon arrivée à Paris, où nous eûmes la chance de loger rue de Monceau, à côté l’une de l’autre. Elles furent très assombries par la mort subite de son mari qui la plongea dans un profond désespoir, mais elle n’en remplit pas moins tous ses devoirs vis-à-vis de ses enfants et eut la satisfaction de voir son fils parvenu au Conseil d’État.
Nous fîmes un joli voyage à Naples et Rome, quelques séjours au moment de Pâques chez les Franck Chauveau, dans leur jolie villa de Cannes, et commençâmes au mois de juillet à emmener à Houlgate en Normandie pour qu’ils puissent y prendre quelques bains de mer, les quatre enfants de Mathilde, afin que celle-ci puisse rester auprès de Jacques.
5.6 - 1911-1919
1911
En 1911, notre séjour dans le Midi se prolongea afin d’assister au mariage d’André de Rouville avec Mademoiselle Lavergne, et nous pûmes encore ramener mon père à Paris.
1912
Mais là son état s’aggrava peu à peu et c’est à la fin de janvier 1912 que nous eûmes le chagrin de le perdre. Le Docteur Florand, grand ami de Georges Clémenceau lui-même au début de sa vie médecin à Paris, ne permettant pas à ma mère de repartir pour Nîmes, je dus rester avec elle, et ne put donc rendre les derniers devoirs à celui que j’aimais tant et qui avait tenu si grande place dans ma vie. Ses funérailles firent beaucoup d’impression à Nîmes où il avait fait tant de bien d’une manière aussi discrète que généreuse. Ce n’est qu’à Pâques que nous ramenâmes ma mère à Nîmes en emmenant les deux aînés de Mathilde qui furent pour ma mère une distraction bienfaisante, mais tout nous parut bien vide et bien triste, sans mon père, et je trouvai très dur de laisser ma mère toute seule dans notre grande maison.
Nous fûmes alors passer quelques jours à Tours chez les Louis, qui avaient su y organiser une très jolie installation. Nous visitâmes les châteaux de la Loire et revînmes par la Normandie où nous voulions trouver une villa pour l’été. Ce fut à Houlgate que se fixa notre choix et nous y emmenâmes, au mois de juillet, ma mère, et les quatre enfants qui s’y amusèrent bien, malgré le temps pas très favorable cette année là. Ma mère vint passer quelque temps avec nous à Clausonne où je pus l’installer confortablement dans la chambre du rez-de-chaussée.
1913
Ce fut en 1913, qu’après un hiver fort calme à Paris, nous retournâmes à Houlgate avec les enfants, cette fois-ci au Grand-Hôtel mais sans ma mère qui, en séjour à Clermont-Ferrand chez les Louis, y fut assez souffrante pour qu’on nous y appelât et ce ne fut que lorsqu’elle fut bien rétablie que nous vînmes à Clausonne, profiter de l’électricité que l’on finissait d’y installer. Ma mère avait sept ans ; elle m’a plus d’une fois raconté la distribution des lampes à pétrole aux différents habitants de Clausonne, petits et grands, avant de monter se coucher.
1914
Jacques et Mathilde, ma mère, vinrent aussi. Edith y eut quelques amies et nous profitâmes bien de nos améliorations. L’hiver suivant, la vie mondaine reprit peu à peu et au printemps, très tard, nous donnâmes avec les André un bal à la salle de l’Avenue de Messine, pour faire danser nos filles et ce fut à ce moment-là que l’on annonçât les fiançailles d’Antoinette avec Charles Bérard.
Nous retournâmes encore à Houlgate avec les enfants, mais pour bien peu de jours, car la déclaration de guerre, le 4 août 1914, nous fit rentrer précipitamment à Paris, où nous passâmes tout le mois, voyant partir Louis et ses trois fils, Maurice, Jacques et Emile, de différents côtés pour le théâtre de la guerre. Je me mis tout de suite à travailler à l’ouvroir de Madame Franck Chauveau.
Jacques, très au courant des évènements qui s’aggravaient tous les jours et qui prévoyait le départ du gouvernement et du Ministère des Affaires Etrangères pour Bordeaux, fit partir Mathilde avec ses enfants et Madame Seydoux pour Nîmes où nous les rejoignîmes le 2 septembre, emmenant ma mère.
Nous nous casâmes tous dans la maison, même les André, qui faisaient des allées et venues avec Boisseron ; ma mère avait sa vie tout à fait organisée au premier étage ; ce fut moi, qui avais emmené ma cuisinière et ma femme de chambre, qui m’occupais du ménage pour le reste de la famille et nous prenions nos repas au rez-de-chaussée.
Avec François, nous fûmes tout de suite pris par le Comité des Réfugiés, vers lesquels nous attiraient nos souvenirs de Verdun et avec Pauline Causse, nous fîmes bien des courses pour leur trouver des logements. Avec mes filles, nous allions travailler à l’ouvroir installé dans les casernes. La victoire de la Marne vint ranimer les courages et Mathilde put aller passer quelques jours à Bordeaux avec sa tante de Rouville qui allait y rejoindre aussi son mari, le Conseil d’État y étant également, et l’agitation qui régnait dans tous les milieux politiques était grande.
Les nouvelles de Louis et de ses fils se maintinrent bonnes mais nous fûmes bien secoués par la mort tragique de Pierre, le fils des André, qui se remettant d’une coxalgie et jouant à Boisseron 1914 avec des camarades, fit une chute si malheureuse qu’elle amena une fracture du crâne. Le soir même tout était fini. L’enterrement eut lieu à Nîmes où nous fûmes entourés par beaucoup d’amis mais nous étions tous bien ébranlés par cet événement et ce fut le moment que choisit Antoinette pour rompre ses fiançailles avec Charles Bérard, ce qui fit aussi beaucoup de peine à ma mère.
1915
Dès que le gouvernement et Jacques furent rentrés à Paris, Mathilde l’y rejoignit avec sa belle-mère qui avait très bien supporté son séjour à l’hôtel du Luxembourg. Son père lui ramena ses enfants pour le 1er janvier ; je fus retenue quelques jours de plus par une forte angine d’Edith et ce n’est pas sans préoccupation que je m’éloignais de ma mère.
Il me fallut retourner auprès d’elle au mois de février pour lui annoncer la mort de Jacques Sihol, tué au front.
Le voici il avait trente et un ans :
Ce fut une grand chagrin pour nous tous ; bien que très jeune encore, il avait déjà fait ses preuves et avait tout ce qu’il fallait pour devenir un homme très distingué ; il avait été pris en affection par le Maréchal Lyautey qui entretenait avec lui une correspondance des plus suivies. François et Mathilde allèrent passer quelques heures à Clermont auprès des Louis, qui avaient aussi appris que leur fils Maurice, dont on était resté sans nouvelles pendant longtemps, était prisonnier en Allemagne après avoir été relevé blessé sur le champ de bataille de Charleroi.
Je restais quelque temps à Nîmes où je rentrais pour recevoir Marguerite que François accompagna dans son voyage dans le Nord auprès des chefs de son fils afin de recueillir les derniers souvenirs de celui-ci qui montrèrent combien il avait été apprécié de tous.
Notre existence continua, très angoissée, par tous les évènements et les tristesses qui se succédaient. Edith travaillait à la lingerie de l’ambulance de la rue de Trévise ; j’allais dans différents ouvroirs et comités, tout en faisant de fréquents voyages à Nîmes. Ma mère revint cependant à Paris, ainsi que ma belle-mère pour assister au mariage de Blanche de Clausonne avec Oliver Silhol, pendant un de ses congés car il était mobilisé dans la Marine. Le jeune ménage se fixa pour quelque temps à Lyon où Louis avait été nommé adjoint au Gouverneur de Lyon et où naquit Gérard, le fils aîné des Olivier.
En été, Mathilde emmena une fois ses enfants pendant une quinzaine à Deauville à la pension « La Jouvence », une autre année aux Lecques, à côté de Marseille où je fus les voir avant de les accueillir à Clausonne où Mathilde les déposa avant de rentrer à Paris.
1918
L’hiver fut triste et absorbé par des nouvelles fort angoissantes. Au mois de mars 1918, les bombardements par la Bertha causèrent un mouvement de panique et Jacques fit partir pour Nîmes Mathilde et les enfants, sa mère étant morte l’année précédente. Les deux aînés suivirent les classes du Lycée de Nîmes et les deux plus jeunes eurent des leçons de Mademoiselle Salmon pendant tout le dernier trimestre car nous les rejoignîmes à Pâques afin de permettre à Mathilde de rentrer à Paris auprès de son mari et nous nous arrangeâmes pour que les enfants ne fussent jamais seuls auprès de ma mère. En juillet, nous les emmenâmes à Clausonne où leur professeur, Monsieur Laborde-Milaa, homme fort distingué et aimable vint s’occuper d’eux jusqu’au moment où leurs parents vinrent passer quelques jours.
Monsieur Laborde-Milaa presque aveugle habitait un petit appartement froid et sombre dans le quartier des Termes. J’y suis allé quelques fois – j’étais à l’époque en quatrième – écouter ce monsieur m’enseigner le français et quelques fois le latin. Il ne m’inspirait aucune foi dans l’enseignement et dans les deux disciplines dont il me parlait. Il m’accueillait en souriant avec l’expression latine bien connue : « Quid novi ? ». Il parlait d’oncle Roger avec le sourire en citant en particulier un fameux supin, temps latin insaisissable pour un élève de quatrième et grâce auquel oncle Roger aurait réussi un examen. Je lui apportais quelques fois des légumes pour qu’il se nourrisse, sa pauvreté me paraissait affreuse.
Au premier octobre, les évènements prenant une tournure plus favorable, ils purent rentrer tous à Paris, emmenant Roger dans un état de santé peu brillant et menacé de l’opération de l’appendicite. Je restais encore quelque temps auprès de ma mère qui ne voulait plus quitter Nîmes, mais nous étions rentrés à Paris le 11 novembre pour y célébrer l’Armistice, journée d’allégresse, bien que le souvenir des disparus y mît une note de tristesse. Je ne me portais pas très bien et le Docteur Florand, qui se remettait d’une grave opération, délégua auprès de moi son gendre, le Docteur Flurin qui avec le Docteur Desnos, me firent suivre un traitement de repos qui me réussit assez bien.
L’opération de Roger se fit sans encombre, et il put assister, à la fin de l’année, au mariage d’Emile Silhol avec Dagmar Schlumberger, d’Isabelle Silhol, leur fille, les voici ci-dessous en 1951 à Brimborion, envoi d'Isabelle Silhol, leur fille, qui fit plaisir à toute la famille.
Cet oncle et cette tante étaient charmants. Dans ce texte Bonne-maman Elisabeth en parle souvent car ils sont souvent venus à Clausonne dont ils ont été de grands fidèles. Oncle Emile venait également volontiers rue de la Faisanderie.
1919
La vie reprenait peu à peu son cours normal, mais au mois de février 1919, je fus brusquement appelée auprès de ma mère, souffrant d’une bronchite. En arrivant à Nîmes, je la trouvais un peu mieux et André, qui me suivit de près, eut plus de confiance que moi dans sa résistance au mal, et parla longuement avec elle des histoires de sa fille Antoinette, qui s’était mariée, sans son approbation, avec le Docteur Delbet, après s’être convertie au catholicisme, ce qui avait fait beaucoup de peine à ma mère.
Antoinette avait pour fille Anne-Marie, charmante, que ma mère a beaucoup vue à Nîmes pendant l’hiver 1939-1940. Voir « Georgette Seydoux ».
Tout de suite après le départ d’André, les médecins, constatant un épanchement au cerveau, ne me donnaient plus d’espoir. Je téléphonais à François pour lui dire de venir immédiatement, ainsi que les Louis, mais c’était trop tard et le lendemain à une heure de l’après-midi, j’étais seule auprès d’elle quand elle nous quitta.
Ce fut pour moi un coup bien cruel, car mon intimité avec ma mère n’avait fait que croître pendant ces dernières années, et je lui consacrais beaucoup de temps. Lucie Maroger, retenue par la grippe, ne put même pas venir auprès de moi, mais son mari me fut un très précieux appui pour les décisions urgentes à prendre, et Pauline Causse me fut aussi très fidèle. Ce fut seulement le lendemain à midi que toute la famille arriva, sauf Mathilde, retenue par une angine.
L’enterrement eut lieu au milieu d’une assez nombreuse assistance, dont les regrets sincères, en voyant disparaître celle, dont la bonté et l’amabilité étaient appréciées de tous, furent pour nous un soutien dans notre grand chagrin.
Les André et les Louis repartirent pour Paris et Avignon et nous restâmes quelques jours pour mettre un peu d’ordre dans la maison, où nous laissions sa fidèle femme de chambre, Emma Pano, qui l’avait très bien soignée et son valet de chambre , Jean, qui était depuis plus de trente ans auprès d’elle.
Ce départ fut pour moi un moment très pénible, mais en Avignon, nous retrouvâmes les Louis, et après un très fort retard nous arrivâmes à Paris, où il me fut doux de retrouver Mathilde et Jacques qui comprenaient et partageaient ma douleur.
Nous étions très préoccupés de voir se fixer l’avenir d’Edith ; ce fut quelque temps après que par leur entremise nous parvinrent les premières propositions de Robert Thuret.
Personnellement nous ne le connaissions pas, mais nous avions toujours été en relations avec les familles Jaucourt et Berckein, avec lesquelles avaient même existé des liens de parenté. Ce milieu nous séduisait donc assez, et nous décidâmes de donner à ces jeunes gens l’occasion de se rencontrer, soit chez la Baronne de Neufville, soit chez la Baronne Pacquement. Les impressions premières n’étant pas mauvaises, il fut décidé que Robert viendrait nous retrouver à Biarritz où Mathilde faisait une saison avec ses enfants, et c’est là qu’après quelques promenades et soirées passées ensemble, ils se fiancèrent, Edith n’étant nullement effrayée d’une installation à la campagne.
Robert rentra chez lui et ce fut à notre arrivée à Clausonne, après un arrêt à Puylaurens, chez la Baronne Rey que nous trouvâmes la dépêche de Madame Thuret, nous adressant la demande officielle. Il fallut donc tout de suite annoncer les fiançailles et ce fut après l’arrivée de ma belle-mère et des Seydoux que nous reçûmes Madame Thuret et son fils et que nous les célébrâmes en famille.
Au même moment, on annonça celles de Madeleine Silhol avec Maurice Kléber que voici à droite sur la photo à côté des fiancés, Tante Edith et Robert Thuret. Cette photo de 1919, envoyée par Denis Martin de Clausonne, est prise à Boisseron.
et de Lucie de Rouville avec Jean Maze. Ce fut une véritable éclosion de mariages ; il nous fallut quitter Clausonne plus tôt que d’habitude pour nous arrêter quelques jours en Bourbonnais, à Béguin, que voici. On se rend vite compte qu’il s’agit d’une maison immense. Il y avait paraît-il trente cinq chambres. J’ai passé une nuit à Béguin en 1939 dans mon voyage Paris-Clausonne. Madame Thuret mère était là très gaie, très amusante. Elle m'a fait faire la dictée de Mérimée. Combien de fautes ? J’ai oublié. Metternich : aucune faute.
Cette photo est une carte postale de 1921, envoyée par oncle Robert à son beau-père, mon arrière grand-père, dont voici le texte d’une grande courtoisie
où nous fûmes très bien reçus par Madame Thuret et ses filles, ainsi que par le Comte et la Comtesse de Waldner, et nous hâter de regagner Paris où il nous fallait terminer notre installation au deuxième étage de la rue de Téhéran.
J’y arrivais assez fatiguée, mais nous nous mîmes tout de suite en courses pour le trousseau, les essayages, les cadeaux et la fin de l’organisation de l’appartement, qui était bien plus confortable que le quatrième.
Nous assistâmes aux mariages Kléber et Rouville ; nous eûmes un dîner chez la Marquise de Jaucourt, dans son bel hôtel de la rue de Varenne ; j’en donnais un plus nombreux pour toute la famille où des toasts furent échangés et tout fut prêt pour le mariage qui eut lieu le 20 novembre à l’Oratoire.
Nous formâmes un beau cortège ; la mariée était très belle avec une toilette toute garnie de dentelles, trois généraux au grand uniforme, l’assistante très nombreuse avec, au premier rang, le représentant du Comte de Paris et Monsieur Roberty prononça un de ses jolis sermons où il tint à parler des souvenirs laissés dans le protestantisme par les familles Jaucourt et Clausonne. Le défilé fut long, ainsi que le lunch à la maison ; tout se passa sans incident, et à 6 heures le jeune ménage partit pour la Gare de Lyon, escorté par Joseph.
Je n’avais plus grand courage, mais ma chère Augustine nous voulut absolument à dîner et sa sympathie et les observations de ses enfants, sur la cérémonie, animèrent la soirée.
Il nous fallut travailler à la mise en ordre de l’appartement où deux chambres et un cabinet de toilette étaient réservés au ménage Thuret pour ses séjours à Paris, mais je fus obligée de partir assez rapidement pour Nîmes où nous nous réunissions avec mes frères pour régler la succession de ma mère et le partage du mobilier, ce qui était pour moi très dur, mais qui se passa sans trop de difficultés.
Je restais copropriétaire de la maison de l’avenue Vélasquez avec mon frère Louis et de celle de l’avenue Feuchères avec mon frère André.
5.7 - 1920-1929
1920
Nous restâmes quelques jours à Nîmes pour voir ma belle-mère et rentrâmes à Paris où je ne revis Edith et Robert qu’au moment du jour de l’an et pour très peu de jours. Leur séjour sur la Côte ne s’était pas prolongé, Robert étant très pressé de voir Edith prendre ses habitudes à Béguin et où lui retrouvait les siennes. Sa mère y resta encore quelque temps. Je fus les voir au mois de février après une forte grippe, et je pus me convaincre que, matériellement, Edith s’était bien accoutumée à cette vie plutôt austère et où elle appréciait beaucoup le voisinage du Comte et de la Comtesse de Waldner et des familles Raymond Thuret et Louis Monnier.
Elle et son mari nous vinrent au printemps et restèrent avec nous jusqu’en juillet et nous passâmes encore quelques jours à Béguin avant d’aller faire ma première saison à Vichy, qui me réussit assez bien et où j’eus le plaisir de me retrouver avec les Louis avant d’aller nous installer à Clausonne où nous eûmes notre réunion habituelle.
Jacques avait commencé la série des conférences internationales où Mathilde l’accompagnait, par celle de Spa, en juillet. Elles se poursuivirent pendant quatre ou cinq ans, par celles de Bruxelles, l’hiver suivant, où il était premier délégué, avec comme second, Monsieur Cheysson de Londres, à plusieurs reprises, la grande conférence de Gênes où il était expert avec Monsieur Barthou, etc… et de Cannes. Il supporta assez bien les fatigues de ces déplacements successifs et pour Mathilde c’était l’occasion de voir des pays nouveaux et de connaître des personnalités intéressantes.
Pendant leurs absences, je surveillais les enfants de très près, soit chez eux, soit chez moi ; ils étaient en pleine période d’examens qui pour les baccalauréats s’étaient bien passés pour les aînés et François s’acharnait au travail en pensant à la diplomatie. Lui et René firent ensemble leur service militaire, d’abord pendant six mois à Saint-Cyr où René fut assez souffrant comme élève-officiers et les six derniers mois comme sous-lieutenants de réserve, René à Menton et François à Dijon, où nous passâmes le voir en été et où, le trouvant à l’hôpital militaire, avec la menace d’une angine diphtérique, nous finîmes par rester 21 jours auprès de lui, à l’hôtel de la Cloche, renonçant à cause de lui à un séjour sur la Côte, et, après un arrêt à Beaune, regagnant Clausonne.
En quittant Paris, ou en le regagnant, nous nous arrêtions très régulièrement à Clausonne, Bonne maman doit confondre Clausonne et Béguin, situé près de Moulins et où elle s’arrêtait effectivement à chacun de ses voyages en voiture vers Clausonne, bien que les Thuret vinssent très régulièrement à Béguin, mais nous avions renoncé aux saisons de Vichy qui ne nous réussissaient pas et nous tâchions de varier nos itinéraires pour connaître un peu mieux la France.
Nos hivers étaient moins mondains depuis que je n’avais plus de fille à sortir, mais nous allions pas mal au théâtre, je suivais certaines conférences et nous nous retrouvions souvent en famille.
1921
Les évènements heureux de cette époque furent le mariage de Maurice Silhol avec Mademoiselle Champin qui eut lieu à l’Oratoire, celui de Jacqueline Silhol avec Jacques Pagézy, lieutenant-colonel, qui fut célébré à Boisseron, en automne, et le voyage en 1924 à Londres de François, pour accompagner son père à la Conférence, qui fut pour Jacques la dernière à laquelle il assista.
Il était avec nous à Clausonne quand, l’automne suivant, ma belle-mère, qui y séjournait comme d’habitude, et qui était encore malgré ses 94 ans en excellente santé, nous fut enlevée en 24 heures, ce qui jeta un voile de tristesse sur notre réunion de famille.
Lucie Maroger elle est la mère de Jean Maroger, voir « Mélodie familiale » et une grande amie de Bonne-maman Elisabeth. Pendant les étés 1938 et 1939 où j’étais comme de juste à Clausonne, Bonne-maman allait rendre visite à tante Lucie et je l’accompagnais. Je restais immobile et terrorisé dans le salon obscur d’un petit appartement en rez de chaussée dans une rue perpendiculaire à la avenue Feuchère pendant que ces deux dames causaient en mangeant des gâteaux. Quand Bonne-maman « levait le camp », je me rasseyais soulagé à côté du chauffeur dans la voiture et Augustine nous entourèrent de toute leur affection. La seconde me fut bien utile pour reprendre à Paris ma vie quotidienne, à laquelle elle était de plus en plus mêlée, car, depuis la mort de ma mère, elle me témoignait une affection et une compréhension vraiment maternelles.
Edith m’écrivait régulièrement et venait avec Robert, passer le printemps avec nous ; elle se montrait satisfaite au point de vue matériel de sa vie à la campagne et était bien accueillie par la famille du Bourbonnais mais elle était tellement désolée de ne pas voir arriver l’enfant qu’elle désirait tant, que son existence en était très assombrie, et qu’en dehors des théâtres et des concerts, elle n’était pas très mondaine pendant ses séjours parisiens.
Elle était toujours disposée à me suivre chez ma tante Augustine et chez Jacques qui tous les deux recevaient le dimanche Boulevard de Courcelles où se réunissaient un certain nombre de ses collègues, diplomates, étrangers, journalistes, personnalités intéressantes. Bien que sa santé, très altérée, l’eut obligé à quitter le Ministère, où on lui avait donné la cravate de Commandeur, il conservait son entrain et son charme de causeur ainsi que son esprit d’observation très aigu qui attiraient toujours autour de lui un cercle assez nombreux.
Pour ne pas rester inoccupé dans sa retraite, il avait accepté une place au Conseil d’Administration de la Banque de Paris et des Pays-Bas où il se rendait régulièrement deux fois par jour et il écrivait dans les journaux des articles appréciés.
Le dimanche soir, nous dînions en famille soit chez nous, soit chez les André, et c’était toujours Jacques qui animait la conversation, et nous retenait autour de lui. Sa femme ne le quittait jamais, mais ses enfants prenaient chacun leur vie indépendante.
1927
Georgette, après avoir assidûment suivi le cours Dieterlen avait pris sa vie de jeune fille ; sa mère lui faisait donner de très bonnes leçons de chant, car elle avait une jolie voix, qui nous faisait plaisir à tous ; elle avait de nombreuses amies, dont certaines ont profité de l’hospitalité de Clausonne en automne et ne manquaient pas d’invitations à des soirées et à des bals où un de ses frères l’accompagnait toujours quand sa mère ne pouvait pas la suivre. Ce fut à Clausonne que François la mit en rapports plus suivis avec Philippe Coste, très distingué, sorti premier de Polytechnique, dont nous connaissions la famille, et dont Jacques et Mathilde appréciaient les qualités sérieuses. Aussi, dès que Georgette rentra à Paris, les fiançailles furent-elles vite décidées.
1928
René, après un passage dans les bureaux des usines Mayerisch, à Luxembourg, Milan et Bâle, revenait à Paris comme secrétaire général de l’Ecole des Sciences Politiques et, ensuite, comme directeur après la mort de Monsieur d’Eichtal ; il y réussit bien pendant les quelques années qu’il y passa ; François, après un travail acharné, était en juin 1928 reçu premier au Concours des Affaires Etrangères, ce qui rendit son père très heureux et Roger, qui n’avait pas été très travailleur dans sa petite enfance, réussissait ses examens de baccalauréat et de droit.
Eté 1928
Avec Mathilde, nous donnâmes une grande matinée dans l’appartement de l’avenue Vélasquez, où nous nous étions installés dans le courant de l’été. François y avait opposé une certaine résistance, mais, cependant, il fit toutes les démarches nécessaires pour obtenir le départ des locataires. Une fois bien installé dans son bureau, il partagea ma satisfaction de rentrer dans cette maison, où j retrouvais tant de souvenirs de mes parents, que j’y avais si bien entourés, auxquels s’ajoutaient les regrets de ne pas y être avec eux. J’étais heureuse de m’y rapprocher de mon frère Louis qui occupait le premier étage et avec lequel je repris vite l’intimité qui avait été interrompue par sa vie errante.
1928
La matinée fut des plus réussies, et le couronnement de tous les préparatifs, auxquels je m’étais beaucoup intéressée, de tous les préparatifs du trousseau de Georgette et de la toilette de la mariée qui était fort belle, garnie de dentelles laissées par ma mère et qu’avaient portées la sienne à son mariage. Jacques était à sa place à l’Oratoire, le 10 janvier 1928 mais ne pouvant conduire lui même sa fille, c’est son grand-père qui lui donna le bras et je n’ai malheureusement aucune photo de ma mère et de son grand-père, je n’en ai pas davantage à ma grande surprise de mes parents bras-dessus, bras- dessous immobiles à la sortie du temple alors que j’ai des photos de sortie d’église de tous mes oncles et tantes. J’ai recherché partout où je pensais logiquement trouver cette photo. Réponse inexistante. Il me reste un espoir qui est dans les mains de mon neveu Philippe Coste, propriétaire du Mas : les archives de mes grands-parents Coste au Mas ils formaient à eux deux un très beau couple.
Le mariage fut béni par Monsieur Henri Monnier, grand ami de Jacques ; l’assistance était nombreuse, mais le lunch qui suivit, boulevard de Courcelles, fut au contraire tout à fait intime.
Le jeune ménage partit le soir même passer quelques jours sur la Côte d’Azur et s’installa ensuite à Clermont-Ferrand où Philippe avait un poste de début qu’il échangea quelques mois après pour un plus important à Saint-Etienne.
Je fus quelques semaines après frappée dans mes plus chères affections par la mort de ma chère Augustine qui nous fut enlevée très rapidement après une courte maladie, et qui me laissa un vide énorme. Il ne faut pourtant pas regretter qu’elle n’ait plus été là lorsque son petit-fils, Maurice Abric, à l’âge de 25 ans succomba à de cruelles souffrances et que sa fille, Alice, subit une grave opération à laquelle elle ne survécut que quelques mois.
1929
J’étais donc fort désemparée quand fut communiqué le mariage de Colette de Clausonne avec Olivier Martin que voici ci-dessous, envoi de leur fils Denis Martin de Clausonne :
et pourtant ce fut encore François qui remplit le rôle de père auprès d’elle, son père Alfred, frère de François, était décédé en 1910 et nous assistâmes au lunch qui fut la seule réjouissance du mariage. Georgette était revenue pour cet événement et ce fut au début de l’été suivant que l’état de Jacques s’aggrava encore et qu’après avoir cruellement souffert, il fut transporté à la clinique de la rue Pergolèse où il fut opéré d’urgence et parut soulagé.
Il supporta cette secousse avec son entrain et son courage habituels et rentra chez lui où Mathilde ne le quitta pas, pendant que nous étions à Clausonne avec les enfants et Madame Arnaud. En décembre, Georgette vint s’établir boulevard de Courcelles où Jacques naquit le 29 décembre causant encore une grande joie, la dernière, à son grand-père.
Mais sa santé continuait à décliner, l’hiver ayant été excessivement rigoureux, ce fut le 26 mars 1929 qu’il nous fut enlevé, ayant conservé sa lucidité jusqu’au bout, ayant écrit, encore la veille de sa mort, un article qui parut le lendemain, et ayant auprès de lui tous ses enfants, Philippe et Georgette étant arrivés depuis quelques jours et le petit Jacques ayant été baptisé le 25 mai.
Ce fut pour nous un très grand chagrin car nous considérions Jacques tout à fait comme un fils tellement il nous en avait montré l’intérêt et l’attachement. Nous admirions ses qualités d’esprit et de cœur et nous plaignions beaucoup Mathilde de perdre si tôt un guide aussi précieux.
Il avait eu le temps d’exercer sur ses enfants une bonne influence et avait su inculquer à ses fils le goût du travail et le désir de réussir et d’être utiles à leur pays. Ses quatre enfants l’aimaient et le révéraient et pouvaient être un soutien pour leur mère.
Son ami, le Pasteur Henri Monnier, qui présida ses obsèques à l’Oratoire, souligna les immenses services qu’il avait rendus au Ministère en obtenant le blocus qui devait amener la fin de la guerre et en déployant la même activité que si sa santé avait été normale. Aussi la nombreuse assistante était-elle profondément émue et on le sentait regretté par tous ceux qui le connaissaient.
Mathilde ne put pas rester pour aller au cimetière et je suis rentrée avec elle et Georgette boulevard de Courcelles, où nous avons attendu le retour de ces messieurs, qui nous ont assuré que tout s’était bien passé.
Mathilde se montra courageuse en s’occupant de tout ce qu’il fallait faire mais on sentait que ce foyer avait perdu son âme et toute cette période fut bien douloureuse et pénible.
René l’emmena en auto passer quelques jours à Saint-Etienne, en s’arrêtant à Béguin ; elle revint à Paris par le train et en repartit au mois d’août pour venir nous retrouver à Clausonne où notre réunion fut, bien entendu, très assombrie.
5.8 - 1930-1939
1930
L’hiver suivant, nous entourâmes beaucoup Mathilde qui s’efforçait de conserver des relations suivies avec les amis les plus intimes de Jacques qui lui restèrent très fidèles et elle commença à préparer avec Mesdames Arnavon de Felcourt le livre qui devait être un témoignage d’une partie de l’activité diplomatique de Jacques et qui parut quelques mois après.
Ce livre : « De Versailles au plan Young » est Villa Malesherbes.
François, qui travaillait au Ministère où il était attaché au service de la Société des Nations, ce qui l’obligeait à se rendre souvent à Genève, préparait ses fiançailles avec Béatrice Thurneyssen qu’il connaissait depuis toujours puisqu’elle était une des amies intimes de Georgette.
Il nous annonça qu’elles étaient officielles, au printemps, pendant que nous faisions un petit séjour à Nîmes où nous pûmes ainsi recevoir les félicitations de nos amis. Après quelques réunions et dîners de famille, le mariage fut célébré à la fin de juin à l’Etoile par Monsieur Henri Monnier, et suivi d’un grand lunch avenue Foch.
Mathilde ne put prolonger son séjour à Clausonne étant appelée à Saint-Etienne par la naissance, le 28 septembre, du second fils de Georgette. Elle nous laissa l’aîné quelques semaines ; nous avions eu la visite du jeune ménage et, comme elle en avait pris l’habitude chaque année, la présence de Madame Arnaud.
Nous sommes rentrés à Paris en novembre en faisant un arrêt à Saint-Victor, qui fut abrégé par la mort de Marguerite Bérard car nous voulûmes assister à son enterrement à Nîmes d’où nous repartîmes directement pour Paris sans nous arrêter à Béguin.
1931
Le printemps suivant, René, qui réussissait bien aux Sciences Politiques, se fiança à Mademoiselle Geneviève Schlumberger. Le mariage eut lieu également à l’Etoile en juillet 1931 et le lunch qui suivit à Cormeilles dans la propriété des Schlumberger.
À côté des mariés, leurs grands-parents Fornier de Clausonne, jolie photo de groupe, mon arrière grand-père a ici quatre vingt un ans et mon arrière-grand-mère soixante seize. Ils ont l’un et l’autre belle allure.
Le jeune ménage partit en voyage et à son retour s’arrêta quelque temps à Clausonne où la maison commençait à s’animer avec les nouvelles générations et à son retour s’installa au quai d’Auteuil en passant de nombreux week-ends à Cormeilles.
C’est à cette époque que nous prîmes l’habitude de passer quelques jours chez Mathilde boulevard de Courcelles pendant qu’on nous mettait l’avenue Vélasquez en état, mais la santé de François commençait à être moins bonne, et il en était préoccupé comme moi ; aussi menions-nous une vie très calme d’autant plus que la disparition, quelques années auparavant, de notre cousin Amédé de Rouville, jointe à celle d’Augustine Roussellier, rendait notre petit cercle intime beaucoup plus restreint et attristé.
1932
Cependant la naissance de nos petits-enfants y mettait de l’animation et l’année 1932 nous en apporta, en moins de 6 semaines, trois nouveaux : Hubert Coste, Véronique Seydoux, Liliane Seydoux. Au mois de janvier suivant, nous voulûmes les faire baptiser tous les trois ensemble à l’Etoile par le Pasteur Picard, mais ce fut manqué par suite d’un accès de fièvre qui retint Véronique chez elle, où Monsieur Picard proposa d’aller la baptiser.
François et Mathilde se rendirent au quai d’Auteuil pendant que je rentrais pour recevoir les premiers invités au goûter qui se trouva assez restreint et ce ne fut qu’en fin de journée que René et Geneviève vinrent passer un moment avec nous.
1933
Dès le lendemain, François commença ses visites aux spécialistes et ce fut en sortant d’un déjeuner chez les Henri Maroger que je l’accompagnais chez le radiologue et chez le Docteur Labernadie qui décida que François devait retourner à la clinique de Neuilly où le Docteur l’opéra et ne fut pas satisfait, ce que le Docteur Labernadie dit à Mathilde. Après quelques jours, il rentra chez lui où il fut assez mal entrain pendant quelque temps. Lorsqu’à la fin de février une angine se déclara, elle devint tout de suite infectieuse ; nous fîmes venir les Thuret, nous eûmes une consultation du Docteur Abrami et malgré les bons soins du Docteur Jacques Florand, François nous fut enlevé le 4 mars 1933.
Photographie d’un beau portrait réalisé par Paul Hugues, grand ami de ma grand-mère Mathilde.
Mathilde et Edith me furent toutes les deux très secourables, car en perdant François qui, depuis ma plus tendre enfance, avait tenu tant de place dans ma vie, il me semblait que, pour moi, tout était fini.
Les regrets de tous mes parents et amis me prouvèrent combien il était aimé et apprécié par tous ceux qui le connaissaient, et je fus très entourée le jour où Monsieur le Pasteur Bertrand vint faire un service dans le salon de l’avenue Vélasquez avant le départ pour Nîmes.
Je partis moi-même le lendemain matin avec mes deux filles, mon gendre et mon frère André, et ce fut ma cousine Maroger qui nous reçut chez elle, et me fut d’un grand soutien par sa tendre affection.
Dès le matin, j’eus la visite de Monsieur le Pasteur Fayot qui devait présider la cérémonie et de Mesdames Frank et Georges de Rouville, venues de Montpellier.
A 2 heures, nous nous retrouvâmes à la chapelle du cimetière, Robert et mes quatre petits-fils conduisaient le deuil ; l’assistance était plus nombreuse que je ne l’aurais cru ; tous les anciens amis de mes parents et les ingénieurs de Bessèges étant venus nous témoigner leur sympathie.
Monsieur Fayot parla très bien, rappelant les souvenirs de notre famille et les services rendus par François dans sa carrière et ce fut bien lasse et bien ébranlée que je rentrais chez Lucie qui fut pour moi pleine d’attentions et chez laquelle je restais quelques jours.
Monsieur P. Causse emmena mes filles passer quelques jours à Clausonne où je n’eus pas le courage d’aller et Mathilde partit pour Saint-Etienne d’où peu de jours après elle me rejoignit à Lyon, conduite par Philippe, Georgette et le petit Jacques qui voulaient me voir. La rentrée dans mon appartement de Paris me fut bien pénible, bien que les Louis m’y attendissent et eussent fait tout ce qu’ils pouvaient pour m’aider à la supporter et Edith me resta encore quelques jours, Robert étant rentré directement à Béguin. Puis il fallut revoir les amis les plus intimes, répondre à beaucoup de lettres, s’occuper du notaire, des banquiers et j’étais bien novice pour toutes ces questions d’affaires, François me les ayant toujours épargnées, mais Mathilde me fut d’un grand secours, ayant eu plus jeune que moi à supporter cette épreuve.
Ma cousine Laurence Fries née Seydoux, me signale il y a quelques jours après avoir lu ce texte, que Bonne-maman Elisabeth, notre arrière grand-mère commune, a oublié de rappeler sa naissance : le 28 novembre 1933. Je lui ai dit que je m’empresserais de corriger cette lacune impardonnable !
1934
Les Thuret me revinrent au printemps et c’est alors que nous nous occupâmes avec Maître Saucier et son premier clerc, de la succession qui se régla sans trop de difficultés. Je ne changeais rien à ma vie habituelle, Mathilde ayant la nue-propriété de Clausonne et moi l’usufruit ; elle eut en toute propriété le Mas-Neuf et les terres l’entourant et Edith celles de la vallée dont le fermage fut peu à peu augmenté. M. T. Pallier s’occupa de mes affaires à la Banque Arnaud et à Paris, je fus très aidée à la Société Générale par M. Jardin directeur aux comptes particuliers.
Je continuais à m’occuper de l’Orphelinat de Courbevoie qui m’avait beaucoup absorbée avec ma mère et qui continuait avec Mathilde qui en était devenue trésorière. Mais nous trouvant devant beaucoup de difficultés, après la mort de sa directrice, Mademoiselle Knoderer, nous le fermâmes peu à peu, en plaçant les élèves peu nombreuses qui restaient dans d’autres établissements.
Mathilde cherchait aussi à me distraire en m’emmenant à des conférences, visiter des expositions, etc…
Au début de l’été, je reçus souvent ma cousine Maroger qui vint avec le ménage Léorat pour assister au mariage de son petit-fils Jacques qui meurt de leucémie six mois après la naissance de son fils Alain avec Mademoiselle Gillet, mais je partis avant avec un chauffeur provisoire pris pour remplacer Louis, qui était souffrant, pour Béguin où je fis mon séjour habituel.
Pendant ce temps, Mathilde gardait à Saint-Galmier, à côté de Saint-Etienne, les trois garçons de Georgette qui, le 18 juillet, mis au monde sa fille Mireille. Quand elle fut rétablie, je passais par Saint-Etienne pour prendre Mathilde et le petit Jacques et arriver à Clausonne pour la première fois depuis mon deuil. Sombre voyage. J’avais à déjeuner avalé une bonne platée de riz. Et nous sommes partis en voiture. A mi parcours, j’ai vomi tout ce que je pouvais vomir. Nous nous sommes arrêtés et mon souvenir est constitué de quatre visages, mes deux grands-mères, le chauffeur et la femme de chambre, pleins de sollicitude et de tendresse me tendant une serviette pour m’essuyer la bouche. Comment s’est terminé le voyage ? Je ne m’en souviens pas.
Nous y eûmes, comme d’habitude, les Thuret et Madame Arnaud, ainsi que les René et je revis la plupart de mes amis de Nîmes. Nous rentrâmes à Paris en auto en dînant et couchant à Châlons-s/Saône dans un hôtel petit et assez ancien, mais très confortable, et je pris ma vie solitaire que Mathilde et Roger s’efforcèrent de me rendre moins pénible en venant souvent me trouver, me donnant un poste de T.S.F. et m’attirant souvent boulevard de Courcelles où la famille Coste, venue passer les fêtes de Noël fut retenue par une très violente grippe qui, chez tous les enfants, dégénéra en otite.
Il rentrèrent à Saint-Etienne où quelques semaines après Mathilde fut obligée de se rendre, Bobby y ayant été opéré d’une mastoïdite, dont il se remet normalement. Elle se rendit ensuite faire un petit séjour à Nîmes.
1935
L’été suivant, elle alla passer quelques jours au Chambon voir « Mélodie familiale » où Georgette faisait un séjour avec les enfants pendant que j’étais à Béguin avec un nouveau chauffeur, Marcel, et nous nous retrouvâmes à Vienne à la Pyramide où Philippe partit en auto et partagea notre déjeuner.
Octobre 1936
À notre rentrée à Paris, que nous fîmes après un arrêt de 48 heures à Saint-Victor, sous un orage tellement épouvantable dans la vallée du Rhône que nous fûmes obligées de nous arrêter à Lyon, d’y coucher et de repartir le lendemain par le train, Mathilde reçut boulevard de Courcelles : Philippe, Georgette et les enfants, le premier étant nommé à Paris. Ils y passèrent tout l’hiver avant de s’installer 63 rue de la Faisanderie.
Les changements étaient nombreux puisque François était en poste à Berlin sous les ordres de Monsieur François-Poncet et Roger, qui avait échoué à l’Inspection des Finances, avait un poste au Cabinet de Monsieur Ponsot, résident général au Maroc ; aussi Mathilde me proposat-elle de venir s’installer, ce que j’acceptai, mais elle ne mit ce projet à exécution que l’année suivante.
1934 et 1935 furent particulièrement douloureuses pour ma cousine Maroger, qui perdit son petit-fils Jacques peu de temps après la naissance de son fils et un an à peine après son mariage, et sa fille Léorat après une très courte maladie, et je fus donc beaucoup auprès d’elle, surtout pendant mon séjour à Clausonne.
1936
Ce fut dans le courant de 1936 que Mathilde opéra son déménagement, gardant à Paris quelques meubles qu’elle installa dans l’ancienne chambre de son père et dans le petit salon sur la cour et envoyant les autres à Clausonne où elle avait fait installer le chauffage central dans une partie de la maison. Après un arrêt à Saint-Victor, elle vint les recevoir pendant que je faisais mon séjour à Béguin et quand je l’y rejoignis, je trouvai son installation terminée.
1937
Ce fut à l’automne suivant que mon frère André perdit sa femme, morte à Rives chez sa fille Kléber et que l’on ramena à Nîmes où eut lieu le service et l’inhumation. André était entouré de ses trois filles, dont l’aînée, Antoinette Delbet s’était remariée peu de temps auparavant avec le Comte Edouard De Fleurieu.
Tout en étant très désolé, il reprit son existence parisienne, ne redoutant pas d’accueillir chez lui sa famille et les amis de sa femme.
C’est en 1937 que René et sa famille partirent pour Houston, Texas, aux Etats-Unis, où René fut tout de suite très intéressé par les affaires de son beau-père (prospection de pétrole Schlumberger), dans lesquelles il était entré.
1938
Mathilde vivait donc avec moi et Roger, revenu du Maroc pour prendre aux Sciences Politiques la succession de son frère, s’est installé avenue Vélasquez ; mon intérieur était donc plus animé d’autant que les enfants de Georgette y venaient souvent déjeuner et s’amuser. Effectivement Bobby et moi avons au cours de cet hiver été souvent déjeuner le samedi avenue Vélasquez. L’appartement était magnifique. La salle à manger de très belle taille. Le silence total. L’étiquette rigoureuse. Après le déjeuner Bobby et moi restions dans la galerie et regardions quelques photographies. Après quoi bonne-maman Mathilde nous emmenait en voiture visiter quelque chose d’intelligent. Par exemple, un musée. Nous sommes allés quelques fois aussi au jardin d’acclimatation. François et Béatrice, rentrés également d’Allemagne, François étant nommé au Ministère, prirent un appartement boulevard Jules Sandeau, où au mois de décembre naquit le petit Jacques, un peu plus jeune que son cousin Jérôme, né l’année d’avant chez les René.
Au mois de janvier 1938, j’eus le grand chagrin de perdre encore mon frère Louis, dont la santé n’était pas brillante depuis quelque temps et qui cet hiver-là était resté à Villeneuve-lès-Avignon. On ne me permit pas d’aller retrouver ma belle-sœur, qui n’était pas non plus très bien portante et ce furent mes deux filles et Roger qui me représentèrent à la cérémonie qui eut lieu à Brimborion et ensuite à Saint-Victor, où ils avaient fait transporter dans le petit cimetière du village, le corps de leur fils aîné, tué pendant la guerre de 1915 voir « Mélodie familiale 1915-2 »
Ma belle-sœur vint quelque temps après à Paris où elle partagea son appartement avec ses enfants Olivier et où il nous fut doux d’être beaucoup ensemble. Elle retourna aussi à Saint-Victor qui était devenu la propriété d’Olivier, Emile n’ayant que des filles et Maurice pas d’enfants.
Au mois de juillet, je me rendis à Béguin avec Huguette et mon nouveau valet-chauffeur, Cyrille Fabro, pendant que Mathilde gardait à Villers les quatre enfants de Georgette ; celle-ci, restée à Paris, y mit le 18 juillet au monde, sa deuxième fille, Ysabel.
1939
Mathilde vint me rejoindre après une halte à Paris où elle assista aux obsèques de Madame Roger Odier, belle-fille de Marguerite de Rouville et fille de Madame Hartung, victime d’un accident dans les glaciers et nous repartîmes presque tout de suite car les enfants nous rejoignirent vite, ainsi que Madame Arnaud, Georgette, etc… André nous vint très souvent et nous rentrâmes à Paris au début de novembre. L’hiver fut assez pénible : les craintes de guerre que l’entrevue de Munich, où Monsieur Daladier représentait la France, avait quelque peu éloignées, reprirent avec une nouvelle intensité, si bien qu’au printemps, après l’invasion de l’Albanie par les Italiens, Mathilde voulut me faire partir en auto pour Béguin avec Hubert, qui avait à se remettre d’une coqueluche accompagnée d’oreillons, et emmenant Joséphine. Je m’y résignais avec répugnance ; les Thuret furent peu ravis de me voir arriver, bien qu’ayant été rappelés pendant un petit voyage qu’ils faisaient dans le Sud-Ouest par une carte de mobilisation pour Robert. Celui-ci, en arrivant à Moulins, avait trouvé les esprits calmés et avait été renvoyé dans ses foyers, où il tenait beaucoup à ne pas manquer son séjour à Paris.
Je ne restais donc chez eux qu’une huitaine de jours, ce qui suffit pour donner meilleure mine à Hubert, à qui je fis voir le Château de Fontainebleau. Je le déposais rue de la Faisanderie, où Mathilde avait ramené la petite Ysabel que nous avions gardée avenue Vélasquez pendant que son frère était contagieux.
1939
Le printemps fut plus animé et moins angoissé que l’hiver, si bien que nous donnâmes un grand thé, invité par nous trois, qui fut très réussi. Georgette fit un peu de musique avec Mesdames Chauffard et Hugues et Jacques se fit entendre au piano. J’ai le souvenir très précis d’un « Plaisir d’amour », mélodie ultra célèbre d’un Italien qui en fait était un Allemand, chanté par ma mère, accompagnée par Bobby au violoncelle et par moi au piano.
C’était peut-être ce jour-là.
Je repartis pour Béguin à l’époque habituelle, pendant que Mathilde, après une halte de deux ou trois jours chez Madame de Fontarce, en Champagne, se rendit avec elle en auto à Genève, pour y visiter l’exposition des trésors de Madrid. Elle vint directement par le chemin de fer me rejoindre à Béguin ; Je fis avec elle un très agréable voyage par le col des Echarmeaux, déjeunant à un petit hôtel de la Clayette, nous arrêtant à Lyon et Valence et arrivant pour dîner et coucher à Clausonne, alors que nous pensions n’y être que le lendemain.
Ce fut mon dernier voyage et je n’ai pas revu mon logis parisien que je croyais retrouver en novembre tel que je l’avais laissé.
Nous reçûmes le 17 août les enfants de Georgette, moins Jacques qui, avec ses parents, faisait dans l’auto de Roger un petit voyage dans le centre et sur la Côte d’Azur et ne nous rejoignirent qu’une huitaine de jours après, Philippe repartant le soir même pour Paris, ainsi que Roger, qui, venant de Grasse, s’arrêta seulement quelques heures. Les évènements se précipitaient et, au fond, la mobilisation commençait.
Nous fîmes quelques visites dans les environs, vite arrêtées par l’agitation générale, qui nous valut d’assez nombreux arrivants et d’abord ma belle-sœur Antoinette, avec sa fille Colette et ses deux petits-fils Martin qui revenaient de Savoie. Vers la fin d’août 1939, nous apprenons comme tout le monde par la presse l’alliance conclue entre l’Allemagne hitlérienne et l’Union soviétique. Je ne sais plus quel jour exact du mois d’août cette information nous est parvenue à Clausonne. Le journal devait s’appeler « L’Eclair » ou « Le petit Marseillais ». A vérifier. Mais ce jour-là, à Clausonne, le silence a été de plomb, écrasant. Je m’en souviens comme si cela c’était déroulé hier. La question qui laissait un doute affreux dans les cerveaux des adultes mais qui a été un peu débattue pendant cette journée était : si les Allemands et les Russes s’allient, nous Français, qu’allons-nous devenir ?
Ce fut le 1er septembre que, partant pour la Cassagne, pour voir ma cousine Maroger, je fus arrêtée à Nîmes par l’ordre de mobilisation générale et la T.S.F. nous apprit rapidement l’entrée des Allemands en Pologne. J’ajoute encore : ce soir-là, qui devait être le deux septembre, je sors de la salle de bains où je venais de prendre mon bain, il devait être pas loin de vingt heures, et je monte en chantant l’escalier qui menait à ma chambre. Sur ce même escalier, tante Colette Martin précitée, descend, la mine sombre. Elle me dit d’un ton grave : « Tais-toi Jacques, la guerre est déclarée ».
Nous vîmes, dès le lendemain, partir Méger et Albino qui revinrent du reste rapidement, et arriver Madame Arnaud, conduite en auto depuis les Pyrénées par un ami. Au même moment la petite Ysabel commença la coqueluche qu’elle eut très forte et qu’elle passa à ses frères et sœurs ; sa bonne l’ayant lâchée, elle fut très bien soignée par Emma Zanelli que Georgette put prendre à Meynes. Cette coqueluche nous a atteints tous les cinq. Un médecin, le docteur Clément est venu nous faire souvent des piqûres dont on disait qu’elles étaient de la gammaglobuline destinée à diminuer l’intensité de la coqueluche. Cette coqueluche de nous cinq a été carabinée.
René et Roger rejoignirent leurs régiments ; le premier revenu avec sa famille au début de l’été du Texas, peu avant la naissance à Paris, le 16 juillet, de son fils Nicolas, partit pour son dépôt à Rouen ; Roger fut tout de suite envoyé sur le front d’Alsace où il gagna sa première palme et François fut mobilisé sur place à Paris où Mathilde alla en octobre passer trois jours pour le voir ; à son retour, Georgette alla s’installer chez ses beaux-parents à Nîmes pour mettre ses deux aînés au lycée, en nous laissant les trois plus jeunes ; ma belle-sœur et Colette gagnèrent également le quai de la Fontaine et les allées et venues furent fréquentes.
Edith venue faire un petit séjour est repartie pour Béguin, son mari étant mobilisé à Clermont-Ferrand.
Un comité d’entraide fut créé à Meynes ; de Nîmes, où il y avait déjà pas mal de Parisiens, on venait souvent nous voir ; le froid fut très vif à la fin de décembre où Philippe passa nous voir avec un ingénieur de Saint Gobain en résidence à Sorgues.
5.9 - 1940-1949
1940
Le premier janvier 1940 nous eûmes à déjeuner avec Georgette et ses enfants, les Emile Silhol dans le courant du mois qui continua à être extrêmement froid, nous eûmes une visite d’Edith, puis de Roger, car les événements militaires étant toujours au ralenti, on donnait des permissions, puis au début de février la naissance d’une petite-fille, Anne, chez François, Béatrice étant installée avec sa mère à Vitry, tout à fait occupée par la Compagnie d’Electricité Parisienne. À la fin du mois, Mathilde alla passer une dizaine de jours à Paris, avenue Vélasquez, faire la connaissance du bébé, voir Roger, qui était là en permission et passer une journée au Val Richer où elle vit René pour la dernière fois.
Edith était auprès de moi, partageant mes inquiétudes pour ma belle-sœur, Marguerite, femme de Louis pour ses obsèques à Saint-Victor, escortées par François qui, arrivé de Paris le matin, y retourna le soir-même. Ce nouveau deuil me fit beaucoup de chagrin, car j’avais beaucoup d’intimité avec ma belle-sœur.
Mathilde fit une courte absence pour aller voir sa belle-sœur, Marguerite Seydoux femme de Roger Seydoux, mort en 1907 dans les Landes. Edith rentra à Béguin à la fin d’avril et fut remplacée le 3 mai par Geneviève et ses deux aînés.
Les évènements militaires prenaient beaucoup plus d’importance et en dehors de l’expédition peu réussie en Norvège lorsque, le 10 mai, Geneviève nous mena chez les Pagézy à Viviers, que je ne connaissais pas encore, nous trouvâmes Jacques rappelé à son poste de commandement à Lille par l’invasion de la France par les Allemands.
Nous rentrâmes bien troublées à Clausonne où Geneviève trouva une dépêche de son père lui enjoignant de rentrer tout de suite à Val Richer, mais en évitant de passer par Paris ; elle prit le chemin par Tours et arriva sans incident.
Nous vîmes arriver Madame de Fontarce qui, chassée de Monte-Carlo où elle résidait, vint avec sa femme de chambre s’installer pour plusieurs mois. Elle n’aurait d’ailleurs pas pu s’en aller ; la France entière était bouleversée, car les Allemands, après avoir envahi la Hollande et la Belgique, se répandaient dans tout le pays, malgré la résistance qui leur était opposée en certains points. Le Maréchal Pétain et le Général Weygand, qui avait été mis à la tête de cette dernière, jugeant qu’il était impossible qu’elle se prolongeât, réclamèrent un armistice qui fut signé le 25 juin 1940 avec l’Allemagne et l’Italie, après que la Chambre réunie une dernière fois nomma le Maréchal Pétain chef de l’État Français. Celui-ci finit par installer son gouvernement à Vichy à peu de distance de la ligne de démarcation qui séparait désormais la France en deux : la zone du nord occupée par les Allemands et celle du midi, dite libre.
La plus grande confusion régnait partout, la plupart des gens ayant fui devant les Allemands, on ne savait plus où les prendre.
René parti pour la Hollande y fut fait prisonnier dès son arrivée avec tout son régiment et ce n’est qu’après de nombreuses semaines que nous sûmes enfin par la Croix Rouge qu’il était dans un camp d’Allemagne où il était arrivé souffrant mais où il sut pendant les cinq années qu’il y passa, maintenir le courage de ses compagnons de captivité par son endurance et son entrain.
François, toujours au Ministère, suivit le gouvernement dans ses divers déplacements avant d’aboutir lui aussi, à Vichy.
Roger fit toute la retraite depuis Compiègne jusque dans le Périgord, en combattant toute la journée et en marchant toute la nuit ; il s’en tira sans une égratignure et, une fois démobilisé, il rentra à Paris, où il avait succédé à René, entré dans les affaires de son beau-père, à la tête de l’École des Sciences Politiques ; tous les deux y réussirent bien, quoiqu’ils eussent un caractère et des qualités différentes.
Béatrice, qui se trouvait à Vitry auprès de sa mère, se transporta avec celle-ci et ses enfants, d’abord à Béguin, où elle passa quelques jours chez Edith qui recueillait déjà Madame Thuret et la famille de Seynes. Les Allemands l’occupèrent pendant quelques jours, avant de se rendre dans une propriété des Courtois près de Montauban où elle attendit de pouvoir aller rejoindre François à Vichy.
Geneviève fuyant le Val Richer avec ses parents, gagna, non sans peine, Clairac dans le Lot et Garonne où elle passa l’été avant de nous arriver à la fin de septembre avec ses trois enfants.
Son père vint la voir peu après et elle resta tout l’hiver avec nous, sauf pendant le séjour qu’elle fit à Megève avec ses deux aînés au début de janvier 1941. Leur départ fut rendu très difficile par une formidable chute de neige, qui coupa toutes les communications et nous bloqua pendant 18 jours. Voir « Et rêver de Clausonne », page 141 souffrante à Saint-Victor, qui nous fut enlevée le 7 avril. Nous fûmes toutes les trois .
Je ne pus même pas me rendre à Nîmes pour revoir une dernière fois ma chère Lucie (Madame Maroger), et assister à ses obsèques, ce qui rendit mon chagrin encore plus grand. J’avais bien besoin d’être entourée et les visites d’André, malgré ses nombreux séjours à Paris, d’où il rapporta, du reste, tout son mobilier à Nîmes, me furent bien précieuses.
1941
En avril, Mathilde alla passer quelques jours à Vichy voir François et sa famille, et, en juillet, pour donner un peu de repos à la maisonnée, Geneviève étant à Annecy avec ses enfants, je fis à l’avenue Feuchères, un séjour qui fut le dernier où j’habitais la maison. André y donna le 22 juillet une réception pour le mariage de sa petite fille, Emmeline Kléber avec Jean Cormouls, ce qui me fit revoir pas mal d’amis nîmois et dès le surlendemain, avec Mathilde, nous nous y installâmes avec ma nouvelle femme de chambre, Andrée, que j’avais retenue quelque temps auparavant. Mathilde alla passer 48 heures à la Ciotat avec Roger, qui partait pour Alger juin 1941 et nous rentrâmes à Clausonne, emportant quelques objets de la maison de Nîmes et emmenant une vache que nous venions d’acheter et qui s’avéra une brillante affaire. Les Coste nous arrivèrent assez vite après un séjour au Chambon fort troublé par des maladies d’enfants ; Geneviève revint de Savoie avec les siens et le 4 septembre, jour où nous attendions François et sa famille et où j’allais avoir réunis mes 12 arrière petits enfants, un téléphone matinal nous apprenait la mort presque subite de Robert Thuret que nous ne savions même pas malade.
Mathilde se préoccupa tout de suite de me procurer les moyens de me rendre auprès d’Edith que je plaignais tant d’être seule, François voulut nous accompagner et nous partîmes à 5 heures du matin pour prendre à Nîmes le train de la montagne qui nous fit trouver à Vichy une voiture confortable que le Ministère mettait à notre disposition et qui nous amena à Béguin vers 4 heures de l’après-midi.
Edith était très ébranlée par cette mort survenue après quelques heures de maladie et sa belle-mère très agitée. Ces dames avaient été très soutenues par le Comte et la Comtesse de Waldner qui s’étaient montrés très secourables et Madame de Seynes, arrivée le soir même. Les obsèques eurent lieu le lendemain présidées par le pasteur de Vichy et conduites par François et le Comte de Waldner ; elle attirèrent pas mal de gens du pays, ce qui aida Edith à supporter la cérémonie, plutôt pénible au point de vue matériel, car il fallut se rendre à pied au cimetière, et elle rentra courageusement à Béguin, entourée des personnes de sa famille.
François est reparti le soir même et le lendemain nous vîmes arriver Roger.
Edith eut à aller chez le notaire pour la lecture du testament qui lui fut pénible car il n’était pas ce qu’il aurait dû être, et elle en était bien troublée, mais elle ne voulut pas cependant nous garder plus longtemps et nous repartîmes le 9 avec Roger dans le gazogène loué à Lurcy, qui nous conduisit à Vichy après avoir déposé à La Madeleine Roger qui rentrait à Paris, où nous rencontrâmes à la gare le ménage Helbronner avant leur sort tragique.
Nous arrivâmes à minuit à Clausonne où nous attendaient Georgette et François et le lendemain nous étions au milieu de tous les enfants, mais je restais bien émue et attristée par le sort d’Edith.
Je reçus pas mal de visites d’André, de parents et d’amis venant m’exprimer leur sympathie et j’entretins une correspondance des plus suivies avec Edith en proie à bien des difficultés et des décisions à prendre. Elle vint me rejoindre au début d’octobre après que François et sa famille nous aient quittées pour préparer leur départ de Vichy pour Budapest, où ils passèrent près de deux ans et où naquit la petite Yolande. Puis ce fut le tour de Georgette qui emmena ses trois garçons pour les mettre au lycée à Paris, nous laissant ses deux filles que Philippe vint chercher dans le courant de novembre, et enfin celui de Geneviève qui avait donné ses deux aînés à son père, Nicolas à sa Tante et qui avait donné ses deux aînés à son père, Nicolas à sa tante et qui dut passer plusieurs jours à Vichy pour attendre son laisser-passer.
Edith repartit, à la fin d’octobre après avoir tourné et retourné ce qu’elle devait faire pour Béguin, où elle resta avec sa belle-mère, en attendant de prendre la décision de céder le château et la propriété au Département de l’Allier, moyennant une certaine somme.
Je me décidais à faire transformer la Renault en gazogène, ce qui nous donna bien des ennuis mais nous permit cependant de voisiner un peu avec Avignon, Aramon et Nîmes, et nous eûmes bien aussi quelques visites.
1942
Le 1er janvier 1942, nous apprîmes la mort de la fille aînée d’Antoinette de Fleurieu, Anne-Marie Delbet, mariée depuis un an à Jacques Lafont à Montpellier. Voir « Georgette Seydoux Coste ». Nous assistâmes à ses obsèques qui eurent lieu à Nîmes, au cimetière protestant, bien que sa mère fut devenue catholique. Ce troisième hiver fut aussi froid que les deux autres, avec des températures très basses, les bassins gelés, et un mistral glacé soufflant en tempête ininterrompue, aussi le chauffage central était-il bien nécessaire, mais nous commencions à avoir de la peine à l’alimenter.
Nous eûmes la visite de Monsieur Soulange Kahn qui admira la situation de Clausonne mais n’y trouva pas le jardin à la française qu’il cherchait.
En février, Edith revint pendant quelque temps, ce qui permit à Mathilde d’aller faire un petit séjour à Paris, avenue Vélasquez ; elle en repartit le 4 mars, lendemain du jour où commença par Billancourt le bombardement de la région parisienne par la R.A.F. Voir « Philippe Coste ».
Nous eûmes souvent la venue de mon frère André qui se rapprochait beaucoup de nous et pendant que les vacances de Pâques celle de Roger qui venait assez facilement de Lyon et elle de Jacques et Bobby venus par Clermont-Ferrand et que leur père vint chercher pour les ramener à Paris.
Nous avions pas mal de visites de gens des environs dont certains étaient là en réfugiés comme Mademoiselle des Garets en Avignon, les Bruneton et Rivet à Nîmes, etc… et nous mêmes circulions pas mal quand le gazogène voulait bien marcher.
Edith vint passer le mois de juin ce qui fit que Mathilde put aller passer quelques jours chez sa belle-sœur dans les Landes ; nous eûmes une apparition de Roger ; Monsieur Lafon, le nouveau pasteur de Beaucaire vint avec tous ses paroissiens faire un culte dans le parc. Avec le milieu de juillet, nous vîmes arriver Marinette et ses deux filles, les trois garçons passant un mois au Chambon.
Nous eûmes l’ennui d’avoir Charlotte souffrante et de perdre le garde Monsieur Clauzon, que nous avions pris pour nous défendre contre l’envahissement du parc et à la fin d’août, Georgette repartit avec Geneviève qui n’était venue que pour quelques jours. Le 21 septembre, nous apprîmes la naissance de Thierry ; tout se passa bien ; le 30 septembre, les enfants rentrèrent à Paris par un train d’écoliers, les voyages étant fort compliqués, sauf Ysabel, qui partit le lendemain avec Mathilde, celle-ci allant passer quelques semaines à Paris chez Roger, installé dans un rez-de-chaussée très joli et confortable, rue Saint Dominique ; Elle en repartit brusquement le 11 novembre au soir, jour du débarquement des Américains en Algérie qui eut comme conséquences, l’occupation de la zone libre par les Allemands. Le 16 novembre, nous fûmes occupées par une dizaine d’officiers qui s’installèrent aux premier et deuxième étages, nous laissant la disposition du rez-de-chaussée, et se posant en protecteurs beaucoup plus qu’en ennemis. Bien qu’ils nous avaient fait deux ou trois visites, nos relations furent heureusement peu fréquentes bien qu’ils en prissent fort à leur aise et qu’ils nous aient offert une ou deux nuits de vacarme fort désagréables. Mais ils ne se trouvaient pas confortables et se plaignaient du froid ; aussi le 23 novembre, où nous raccompagnâmes à Nîmes Edith, qui devait en repartir le lendemain pour l’Allier, Joseph nous téléphona que tous Les occupants étaient partis et en rentrant, nous trouvâmes la maison vide, nos hôtes indésirables étant allés rejoindre au château de Montfrin l’État-Major de l’aviation qui y resta pendant toute la durée de la guerre.
Le mois de décembre fut très mauvais avec des averses de neige et des bourrasques de mistral glacé ; cependant, nous eûmes pendant 24 heures la visite de Roger, nommé directeur des S.P qui fut obligé de venir à pied de Remoulins, à 11 heures du soir, le gazogène refusant de marcher comme il le faisait à peu près à toutes nos sorties. Cependant, nous avons pu entretenir quelques relations avec Nîmes et Aramon où nous nous rendions souvent pour chercher des denrées et provisions pour les réfugiés et prisonniers de Meynes, et le 31 décembre, nous avons pu déjeuner chez André, en allant cherche Edith, qui y était arrivée de Béguin, dans la nuit. L’hiver fut légèrement moins froid que les précédents, mais le mistral, souvent glacé, fit rage à plusieurs reprises ; nous pûmes un peu circuler, voisiner avec Aramon, Avignon, Nîmes, d’où André nous vint assez souvent, mais on vivait toujours dans l’angoisse.
Nous eûmes une courte visite de Roger, qui réunissait bien aux S.P. et pendant les vacances de Pâques, Georgette et ses enfants ; elle nous laissa Ysabel qui repartit au début de juin avec Madame Maurice Nègre et Edith nous arriva au milieu de mai, mais fut rappelée une quinzaine plus tard par le notaire de Lurcy qui réglait la succession de Robert. Mathilde alla passer quelques jours à Béguin pour aider Edith à préparer son déménagement ; les Barrère prirent un mois de congé pour aller se reposer chez eux ; Roger vint nous faire une visite ; le gazogène nous donna beaucoup d’ennuis et ce qui était plus sérieux, nous avions de mauvaises nouvelles de Budapest où les enfants de François eurent des otites et même des mastoïdites qui donnèrent force soucis, aussi furent-ils bien aise de quitter la Hongrie et de regagner Paris où François s’occupa comme il put au Ministère après être venu passer 24 heures ici.
1943
Georgette arriva au début d’août avec ses plus jeunes enfants, suivie quelques temps après par Les trois garçons qui étaient au Chambon et c’est au début de septembre que sur un coup de tête, Joseph et Charlotte me quittèrent en quelques minutes après être restés 35 ans chez moi. Il y eut là un moment de confusion, fort pénible, d’autant plus qu’Edith et son mobilier arrivèrent très peu de jours après. Ce départ dont je n’ai pas été le témoin étant probablement au Mas avec Bobby en train de faire les vendanges, a été très surprenant et a beaucoup heurté la maisonnée de Clausonne. Bonne-maman Mathilde dans ses carnets écrit : « Nous quitter ainsi après trente cinq ans ». Mais la passion de Joseph et Charlotte que tous nous adorions, pour Clausonne est restée intacte. J’ai pu le vérifier pendant l’été 1946 où je suis allé passer quelques jours dans son village des Basses-Pyrénées, Cassaber dont il était devenu le maire. Il n’a été question entre eux et moi que de Clausonne. J’ajoute que quelques semaines après ce départ, Bonne-maman Elisabeth m’a dit qu’elle avait envoyé à Joseph un « gros chèque ». Mon arrière grand-mère était une grande dame.
A la fin d’octobre, Mathilde partit pour Paris où elle passa près d’un mois chez Roger, dans sa garçonnière de la rue Saint-Dominique, me laissant très préoccupée de l’état de santé de mon frère André que j’allais voir très souvent, car il ne tarda pas à rester au lit, s’éteignit le 27 novembre, très vite après le retour de Mathilde, ce qui me causa un grand chagrin. La photo d’André est page 4. Je me rappelle très bien oncle André car il venait souvent à Clausonne voir sa sœur ; tous deux se ressemblaient beaucoup. Oncle André marchait le dos voûté, les bras ballants et quand il parlait, sa grosse voix me faisait peur. Je ne me le rappelle pas malheureusement appelant sa sœur ou discutant avec elle. La dernière fois que je l’ai vu, nous étions ensemble dans l’hôtel de l’avenue Feuchères. Il m’a distrait en faisant jouer un jeune chien Fox terrier.
Je me suis rendue le 30 novembre à ses obsèques qui furent présidées par Monsieur le Pasteur Brunel, d’abord à l’avenue Feuchères et ensuite à la chapelle du cimetière. Ses enfants y étaient presque au complet, mais il manquait un certain nombre de ses petits-fils, partis pour l’Afrique du Nord ; Monsieur Varin d’Anivelle fit un petit discours au nom de la Compagnie de Bessèges et l’assistance, pas très nombreuse, comprenait ses amis de la région.
Le soir même, le notaire, Maître Flaissier, nous annonça que la maison de l’avenue Feuchères était réquisitionnée pour la milice et devait être livrée vide 15 jours après. Cette réquisition a été une immense surprise, parfaitement désagréable pour ma grand-mère. On put prolonger un peu ce délai, et mes filles voulant m’épargner la fatigue et les moments pénibles se rendirent souvent à Nîmes pour travailler au déménagement qui fut encore transporté à Clausonne où nous étions toutes les trois, bien désolées.
Mes nièces m’engageaient à m’entendre avec Léontine, la cuisinière d’André qui, après quelques semaines de négociations, entra chez moi avec sa fille.
Roger vint passer les journées de Noël et nous annonça ses fiançailles avec Jacqueline Doll, ex Madame Nicolas Mirabaud, mère de deux enfants.
1944
Notre premier janvier fut tout à fait solitaire et au début de 1944, nous eûmes le chagrin de perdre Madame d’Aramon avec laquelle nous nous étions liées et qui nous laissa un grand vide. Mes filles allèrent aux obsèques où elles retrouvèrent un certain nombre de personnes de la famille et de la région.
Nous avions souvent le désagrément de visites officielles allemandes désireux de venir nous occuper et qui, heureusement, ne trouvaient pas, jusque là, la maison à leur convenance. Cela permit à Mathilde, au début de mars, de partir pour Paris afin d’aider Roger dans les préparatifs de son mariage fixé au 24 mars à l’Oratoire et béni par Monsieur le Pasteur Bertrand étant donné les circonstances, il eut lieu dans la plus grande simplicité. Ce même jour, nous dûmes télégraphier à Mathilde que Clausonne était occupé par 250 Allemands qui nous avaient laissé juste la nuit pour opérer le déménagement des meubles du rez-de-chaussée qu’aidés par les Léoni nous entassâmes dans la bibliothèque. Mathilde, qui arriva le lendemain à 2 heures trouva la maison complètement remplie ; nous n’avions pu garder que juste notre chambre chacune et la moitié de la cuisine. Sur l’occupation de Clausonne par les Allemands, voir « Et rêver de Clausonne - Annexe 2 ».
Notre situation fut donc fort peu agréable pendant les six mois qui suivirent d’autant plus que les Allemands se succédèrent en six invasions différentes ; ils se montraient chaque fois plus exigeants mais avaient ce point commun qu’ils ne pensaient qu’à s’amuser, les distractions et fêtes se succédaient, danses, chants, et surtout bains dans les bassins du parc, car ils vivaient tout nus.
Les bombardements augmentaient tous les jours sur Tarascon, Aramon, où les ponts étaient très touchés, Nîmes et surtout Avignon ; le 14 août, Montfrin fut atteint, le château d’où l’État-Major de l’aviation allemande était parti la veille fut peu touché, mais plusieurs maisons furent atteintes et il y eut d’assez nombreux morts et blessés.
Notre « personnel » finissait par être tellement ému qu’Edith est descendue coucher dans ma chambre et les femmes mettaient leurs matelas dans la galerie. J’engageai à ce moment-là Andrée qui nous fut utile avec les Allemands pour nous éviter trop de contacts et l’ancienne cuisinière de mon frère André avec sa fille.
L’organisation Todt qui nous occupait depuis plusieurs semaines était particulièrement répugnante, formée non seulement de militaires mais d’hommes, et de femmes de toutes races, résidu de la population des villes qu’elle avait traversées.
Le 15 août 1944, l’annonce du débarquement des Alliés entre Nice et Marseille les plongea dans une agitation encore plus grande et ils préparèrent leurs départs. Mais les bombardements américains ne faisaient qu’augmenter ; les routes étaient mitraillées, les ponts coupés et ils ne savaient comment s’en aller.
Enfin ils s’ébranlèrent le 19 août pour être remplacés dans la nuit par un régiment d’artillerie qui s’installa dans les fourrés du parc une masse invraisemblable d’hommes, de chevaux, de canons, de tanks dissimulés sous des branches de lauriers. Le spectacle était aussi étrange qu’impressionnant quand Mathilde et Méger descendirent par le parc et le chemin du cimetière à Meynes pour assister à l’enterrement d’Augustine Bilquet, morte subitement la veille, ce qui nous faisait beaucoup de peine. Augustine, c’est ainsi que nous l’appelions, la tête toujours coiffée du bonnet d’Arlésienne, tenait un petit magasin où l’on trouvait de tout, c’est à dire pas grand chose en ces temps de disette et dans lequel on ne distinguait rien. Elle a été longtemps une confidente de ma mère qui s’asseyait sur une petite chaise en bois et se plaignait du temps, des circonstances etc…. Augustine approuvait poliment. Moi, je n’avais qu’une envie : m’emparer d’une « pochette surprise » dans l’espoir d’y trouver quelque chose à manger. La mort d’Augustine nous a fait beaucoup de peine comme elle en fait à ma grand-mère.
Par suite des circonstances, il n’y eut que la cérémonie à l’église ; défense d’aller au cimetière où se rendirent seuls les porteurs, le Maire, Méger et moi. Dans le village, on ne savait rien de l’extérieur, puisque l’électricité et le téléphone étaient coupés, les trains arrêtés, les bruits les plus divers couraient et l’on s’attendait presque à une bataille sur place. Après le départ de cette horde et en attendant la suivante, nous sommes envahis par les gens du village et tous les passants qui viennent piller et chiper ce qu’ont laissé les Allemands. Cela prend de telles proportions que nous prions le Maire de nous envoyer quelques malgaches pour nous débarrasser. Ceux-ci arrivent au grand nombre et s’attellent aux divers autos, camions, autochirurgicale, roulotte, etc…pour les faire descendre à Meynes.
Il faut monter aussi avec eux jusqu’au deuxième étage rempli de « saletés » et d’immondices de tout genre qu’ils emportent en partie.
Août 1944
Si les mois d’Occupation ont été durs, les jours de la Libération sont pénibles d’autant plus que les bombardements et les bruits les plus divers continuent et que le 24 août, nous avons encore une invasion, la dernière, d’une quinzaine d’Allemands, commandés par un sous-officier fort grossier, qui se promène dans toute la maison et ajoute encore au désordre et au désarroi. Ils partent le soir où l’électricité reparaît un moment pour disparaître à nouveau et où le vacarme d’une fusillade, qui semble très proche, fait croire qu’elle a lieu dans le parc. Les journées suivantes sont pourtant un peu plus calmes et la vie reprend un cours un peu plus normal ; on peut descendre facilement à Meynes et Monsieur Pierre Causse nous apporte quelques nouvelles de Nîmes qui est plus tranquille mais où rien n’est encore organisé ; aussi voit-on paraître, de temps en temps, en général en auto, des gens plus ou moins en uniforme, armés, souvent accompagnés de femmes, qui réclament du lait, des œufs, des vivres.
1er septembre 1944
Le 1er septembre, nous voyons paraître une centaine de fusiliers marins français qui poursuivent les troupes allemandes en retraite ; les hommes sont cantonnés au garage et les officiers dans la maison ; ils ont à leur tête le Commandant Kilian avec lequel nous faisons bonne connaissance mais qui ne peut même pas nous rester à dîner, tandis que nous recueillons trois de ses officiers dans la salle à manger où il y a juste la table et six chaises ; nous ne les voyons même pas, l’électricité continuant à manquer.
Après une bonne soirée de causerie, cette dernière « invasion » nous quitte le lendemain et nous nous retrouvons seules et, pour la première fois depuis six mois, nous prenons nos repas dans la salle à manger.
Aidées de Cyrille et d’Andrée, mes filles se mettent avec courage au nettoyage de la maison, ce qui n’est pas une petite affaire car elle est dans un état de saleté indescriptible ; bien des matelas, traversins, couvertures, objets de toilette, etc…ont disparu et presque partout les vitres manquent et on ne sait comment les remplacer. Nous avons l’idée de démonter celles d’anciennes gravures et Cyrille peut ainsi remplacer les plus indispensables. La porte de la bibliothèque n’a heureusement pas été forcée et, peu à peu, on en ressort les meubles que nous y avons entassés et les salons du rez-de-chaussée reprennent leur aspect normal et je peux y reprendre mes habitudes.
Le 19 septembre, Monsieur Troupel, accompagné de Monsieur Gardet, huissier à Aramon, viennent faire un constat tout à fait officiel des dégâts causés par l’Occupation, ainsi qu’on nous l’avait conseillé à la Mairie et signalent surtout beaucoup de murs et de peintures en mauvais état, de pavés abîmés, etc…
L’électricité est à peu près rétablie ; on remonte le téléphone et nous rentrons quelque peu en communication avec le monde extérieur en recevant aussi quelques lettres, dont nous étions privées depuis plusieurs semaines.
Emile Silhol vient à deux ou trois reprises à bicyclette de Villeneuve où lui et sa famille et plusieurs de leurs voisins ont passé le temps du bombardement très violent, d’Avignon, dans un abri souterrain et ils n’ont eu chez eux que des dégâts matériels. On continue la remise en état de la maison et les salons reprendront à peu près leur aspect normal ; le car remarche, mais très mal car il est toujours au gazogène et absolument bondé, en sorte que les courses à Nîmes ne sont guère faciles.
Nous avons quelques visites, dont celle des Olivier Martin dans une belle auto américaine et le 16 octobre, celle de François qui vient de Paris, a traversé le Rhône à Tarascon dans une petite barque et ensuite est venu en partie à pied et en partie en camion. Il nous donne des nouvelles de tous. Celles de René sont bonnes. Roger est reparti avec l’armée Leclerc et lui-même est nommé Conseiller d’Ambassade à Bruxelles et doit prendre rapidement son poste.
Il retourne à Paris par le même moyen employé à l’aller, escorté jusqu’à Tarascon par Cyrille à bicyclette.
Le 24, j’accompagne à Nîmes, en taxi, Edith qui part pour l’Allier, après avoir dîné chez les Maurice Colomb ; le 30, la cuisinière Léontine et sa fille vont à Bellegarde et une des réfugiées lorraines, Maria Leidelinger vient nous aider ; le 5 novembre arrivée de Philippe Coste avec le Directeur de l’usine du Pontent qui dînent et couchent, et le 9, retour d’Edith qui vient à pied de la gare de Lédenon.
Nous continuons à avoir à faire aux différents corps de métier plombier-menuisier-serrurier qui réparent d’une manière bien provisoire, mais grâce à l’électricité et au chauffage, nous ne sommes pas trop inconfortables.
Notre service manque de régularité car Léontine, après plusieurs consultations à Nîmes, décide de retourner chez elle et nous prenons pour quelques jours, une sœur de Marie Leidelinger.
Je fais une chute dans ma chambre et bien que ne m’étant rien cassé, je souffre beaucoup ; le Docteur Matet commence par me conseiller de mener ma vie normale, mais ensuite, devant la persistance des douleurs, il m’ordonne le repos, et c’est en fauteuil à roulettes que l’on me mène à la salle à manger pour que je puisse prendre mes repas avec mes filles et rester un peu avec elles au salon.
Je me remets lentement ; les Emile Silhol viennent déjeuner et le 26 décembre, Jacques et Bobby arrivent de Paris à Tarascon où nous parvenons à trouver un taxi qui les amène jusqu’ici. Voyage épouvantable. Douze heures pour aller de Paris à Lyon. Train glacé.
Il fait très froid avec un très violent mistral. Le 29, un téléphone de Roger nous apprend que sa femme a mis au monde une petite fille qui n’a pas vécu.
1945
Les deux garçons, après être allés au Mas de Coste, repartent le 2 janvier par Toulouse et Limoges. Le voyage a duré vingt heures. L’hiver est particulièrement froid et très pénible, bien que le chauffage marche bien au bois, puisqu’il n’y a plus de charbon, mais tous les bassins sont gelés, aussi les visites sont rares. Nous avons pourtant celles de Mesdames Joël et Raoul Arnaud, mais Philippe, appelé dans le midi par la mort de son père, ne peut venir jusqu’à nous. Sur la mort de mon grand-père voir « Ceux du Mas de Coste », page 55.
Marguerite Tronc la grand-mère d’Albin Méger, notre inséparable compagnon de jeu, voir « Et rêver de Clausonne » est atteinte d’une congestion pulmonaire qui cède aux soins du Docteur Matet, mais elle reste très affaiblie. Son état s’aggrave dans le courant de mars et elle s’éteint le 24 ; les obsèques ont lieu le lendemain à Sernhac où Mathilde et Edith se rendent à pied en suivant le corbillard pour la cérémonie et en reviennent de la même manière.
Au même moment arrivent pour les vacances de Pâques, Jacques et ses deux sœurs, et deux jours après le ménage Roger avec Véronique. Nous avons donc une maison plus animée ; la jeunesse circule comme elle peut, à bicyclette, par le car ; Roger va souvent à Montfrin pour tâcher de récupérer son auto et celle de René, emmenées quelques semaines auparavant sur les ordres des dirigeants de l’École de l’Air, encore installée dans le château. Lui et Jacqueline sont repartis pour Paris, le premier devant se rendre à la conférence de San Francisco, et, à la fin des vacances, les enfants l’ont également regagné par un train qui passait par Toulouse et Limoges, dans un compartiment où ils étaient 17. Non nous étions 12. Cinq par banquette et deux assis sur leurs valises entre les banquettes. Je me demande encore comment nous avons pu tenir le coup ainsi pendant plusieurs heures. Les trains étaient bondés, compartiments, couloirs, toilettes, tout était plein, archi plein. Pas de souvenir particulièrement savoureux de ces voyages sauf ce jour-là car les deux voyageurs assis entre les banquettes étaient deux jeunes militaires, l’un en kaki l’autre en bleu. Tout à coup, dans la nuit et le silence, l’un dit à l’autre : « Où c’est que tu l’as foutu, le pinard ? » et l’autre répond : « Le pinard, je l’ai foutu dans la valoche ». Ils ont trouvé la « valoche », trouvé la bouteille, ouvert la bouteille et bu. Je dois dire que ce dialogue sur le coup m’a bien amusé et que soixante ans après, je l’écris avec plaisir. Le lecteur pourra constater que par ce langage nous sommes très loin des bonnes manières clausonniennes. Nous gardons Ysabel et Georgette vient passer quelques jours pendant lesquels nous célébrons mes 90 ans qui m’ont bien émus, et m’ont valu bien des gâteries de mes enfants et petits-enfants.
Mathilde part pour Paris avec Georgette et Ysabel le 7 mai, jour de la signature de l’Armistice ; elles entendent les cloches le célébrant pendant un arrêt à Langogne. Leur arrivée à Paris se passe sans incident. Mathilde s’installe avenue Vélasquez, assiste à la première communion de Bobby.
Pendant ce temps, je suis gardée par Edith et Joséphine et je peux circuler en faisant venir des taxis de Nîmes et nous allons souvent à la maison de santé voir ma belle-sœur Antoinette, qui y a subi l’opération de la cataracte, mal réussie. C’est en téléphonant avec Madame Delpuech que nous avons été tenues au courant et j’ai aussi la très grande tristesse d’apprendre la mort de Madame Arnaud, qui avait été pour moi , une bien fidèle amie, et celle de Gilbert Maroger tué en Alsace par une des dernières balles tirées au moment où il revenait de l’enterrement de sa mère. Mon ami Serge Teissier raconte dans une lettre qu’il m’a adressée en août 2004 : « Le troisième fils, remarquable, fait une carrière à la Jean Moulin, passe dans l’armée et se fait tuer la veille de l’Armistice en mai 1945 en revenant au front après les obsèques de sa mère à Paris. En rejoignant son unité, il tombe sur une patrouille allemande et alerte ses camarades » .
Mathilde peut assister à la cérémonie qui a lieu à l’Oratoire le même jour que celle de Madame Arnaud à l’Étoile et nous plaignons beaucoup Jean qui se montre très courageux. Sur Jean Maroger voir « Mélodie familiale »
Enfin, Mathilde a la satisfaction d’assister au retour de René qui a lieu le 28 mai ; elle le trouve aussi peu changé que possible et il reprend sa place à son foyer à la grande joie de tous. Elle revient au début de juin et, quelques jours après, nous avons la visite d’Antoinette de Fleurieu et des ménages Kleber et Pagézy, les premiers restant même à coucher et repartant le lendemain en taxi.
Enfin, le 22, c’est l’arrivée de René avec sa femme et Nicolas et c’est pour moi une très forte émotion de revoir René après cette si longue captivité qu’il a supportée avec courage. Ils nous restent une semaine ; il a d’assez nombreuses réunions avec les prisonniers de Meynes, également de retour ; ils forment une association dont René est nommé Président d’Honneur. Sur oncle René, voir la biographie rédigée par son fils Nicolas dans « L’Annuaire Seydoux ». Il les réunit ici pour la première assemblée. Après son départ avec femme et fils, on nous envoie Mireille, Thierry et Ysabel ayant la rougeole qui les retient à Paris jusqu’à la fin de juillet où Georgette se rend avec eux à Lasalle ; Mireille les y rejoint. Ils sont mal logés mais ils trouvent une société agréable où la jeunesse très nombreuse s’amuse, et ils nous viennent le 20 août, moins Bobby, qui n’arrive que quelques jours après ayant été avec une troupe d’éclaireurs en Bretagne d’où il rapporte un pied assez endommagé. Ils circulent pas mal, vont à Montpellier pour le mariage de Jeannine Delbet avec son beau-frère Lafont, à Saint-Victor pour le double baptême des filles de Christian et d’Aliette à Barbantane, Fontanille, Uzès, etc… Françoise Maroger vient passer 48 heures et demande à être conduite à Montfrin pour voir une ferme appartenant à Monsieur Schreiber qu’elle aurait l’idée d’acheter; on l’y conduit en jardinière, mais la seule vue de ce mas suffit pour la décider à ne pas poursuivre.
François et Béatrice, avec leurs trois aînés, nous consacrent quelques jours; le 30 septembre René amené par un ménage d’ingénieurs avec lequel il se rend à Saint-Gaudens, fait une halte ici qui coïncide avec le départ de Georgette et c’est le jour même, où cédant à la fatigue que je ressens depuis plusieurs semaines et atteinte d’une forte diarrhée, je suis obligée de rester au lit où je passe un mois, soignée par le Docteur Matet.
Le 13 novembre arrive Joséphine, ce qui permet à Edith d’aller passer quelques jours dans l’Allier, mais jusqu’à la fin de l’année, je ne bouge guère de ma chambre où, le jour de Noël, je suis même obligée de déjeuner avec mes deux filles qui me tiennent très fidèle compagnie et me soignent avec beaucoup de dévouement. Le Docteur est très attentif pour les troubles de circulation qui se sont produits. Le froid, qui est très vif, me retient d’autant plus prisonnière. Les visites sont peu nombreuses, en dehors de celle d’Antoinette de Fleurieu, rappelée à Luzarche par la mort subite de son mari et de Jean Maroger, venu à Nîmes pour celle de Monsieur de Mazarin.
Le 30 décembre, Roger arrive de Paris et repart le 1er janvier au soir.
1946
Le froid et le mistral font rage et je passe un assez vilain mois de janvier en ayant des malaises de différentes sortes.
Nous apprenons la mort de Georges Bérard le voici au mariage d’oncle René dont il était un grand ami et de tante Geneviève, à droite de celle-ci en 1931.
et celle de Madeleine Hartung, ainsi que l’opération de Maurice Kléber, de l’enlèvement de la vésicule biliaire, qui réussit parfaitement.
Joséphine me quitte à la fin de janvier. Léontine s’en va définitivement et après bien des recherches, la placeuse d’Alès nous procure Raymonde Clapt, bonne cuisinière mais laissant à désirer sous d’autres rapports.
Nous avons la visite de Françoise Maroger, amenée par Monsieur P. Causse, celle pendant quatre jours de René, venu pour les affaires Bérard et celle de Jacques et d’Hubert pour les jours gras.
Le 17 février, Mathilde part pour Paris, où aidée par le ménage Bahn et qui nous avait fait une petite visite à Clausonne, en revenant de la Côte d’Azur, elle a beaucoup ) faire pour choisir et enlever les meubles et objets de valeur que la maison Bedel nous transporte à Clausonne, etpour préparer l’appartement à être occupé par le ménage Kusel, ami des Jean Pallier, afind’éviter une réquisition ou une très forte amende que l’on voulait m’imposer s’il restait vide. Elle revient le 11 avril, ramenant Ysabel, à temps pour recevoir les objets de Paris, tapisseries et meubles que l’on arrange le mieux possible dans la maison. Bobby vient pour les vacances de Pâques ainsi que René et Geneviève et Nicolas qui vont beaucoup à Bargeton, à l’Abbaye à Nîmes, toujours pour les affaires Bérard. Pendant leur séjour, j’ai une très violente crise de douleurs que le Docteur Matet me calme par un cachet qui m’abrutit et me fait dormir pendant24 heures.
Après le départ de nos hôtes, moins Ysabel, qu’on nous laisse quelques jours, notre vie reprend sa régularité ; nous avons les visites d’Hélène Vergniaud, et son petits-fils, de Madeleine-André, des Emile S. qui nous apprennent les fiançailles de leur deuxième fille,Béatrice, avec un pilote américain, et de Michel Pagézy avec sa fiancée, Mademoiselle Gladys Pallier.
Ysabel part le 15 mai sous la garde de Madame Maurice Nègre.
Notre service est encore compliqué par le départ de Cyrille sur Cyrille voir « Et rêver de Clausonne » qui nous quitte définitivement et est mal remplacé par un cousin des Léoni, Armand, qui ne sait rien faire et ne nous reste que peu de jours .
Dans le courant de l’été nous avons une histoire fort peu agréable avec un protégé de Mademoiselle Matter, Michel Petit, que nous avons beaucoup de peine à faire partir.
Dans le courant de juin, Mathilde et Edith se rendent à Brimborion pour la première communion de Françoise Silhol et le 23, nous apprenons la naissance d’un fils, Eric, chez Roger.
Jacques Pagézy s’occupe activement de la location de la maison de l’avenue Feuchères, restée dans l’indivision ; à peine a-t-il conclu un bail, trop long, avec la Police d’État, qu’il meurt subitement à Viviers, le 17 juillet, ce qui me fait beaucoup de peine. Pour assister à la cérémonie qui a lieu deux jours après à Montpellier, mes filles y sont emmenées et ramenées par Monsieur P. Causse qu’elles vont retrouver à Nîmes. Elles passent un moment avec Jacqueline, bien troublée, mais bien entourée par tous ses enfants et me reviennent bien attristées.
Nous avons le passage de Noëlle Kléber avec deux amies qui voyagent à bicyclette et celui de René, toujours pour les affaires Bérard qui, le 2 août, emmène Edith dans son auto pour la déposer à Lévis, après un voyage un peu trop entrecoupé de pannes. Elle revient le 14, en chemin de fer. A la fin d’août arrivent quatre enfants de Georgette, venant de Baden-Baden,via Strasbourg, et au début de septembre, Véronique, Jérôme, Hubert, de Paris. Roger et Jacqueline les suivent de peu et tout ce monde circule assez dans les environs tandis que moi,qui sans être vraiment malade suis toujours fatiguée, je reste très tranquille, ayant néanmoins quelques visites de famille et d’amis. À la fin de septembre, tout le monde est reparti, mais nous avons l’entrée de Pierre Bouvier qui vient à l’essai comme homme à toutes mains. Le 30 septembre, nous ressentons une assez violente secousse sismique qui ne dure que quelques secondes et occasionne quelques dégâts à Nîmes.
Dans le courant d’octobre, j’ai une petite rechute qui me force à rester quelques jours au lit où je reçois Marguerite Odier et les André de Rouville qui vont faire leur déménagement à Saint-André de Valborgne.
Philippe et Jacques viennent chercher Thierry, qu’on nous avait laissé, et François vient passer trois ou quatre jours avant de gagner Berlin où il doit passer trois ans.
Mathilde et Edith se rendent à Nîmes pour le mariage de Gilbert Andrée avec Mademoiselle Dupuis, petite-fille de Monsieur Steeg et, le 12 novembre, en Avignon, pour le mariage d’Isabelle Silhol avec Monsieur Peeoples, jeune américain ; un goûter assez nombreux a lieu à Brimborion ; le lendemain, j’ai la visite des Emile Silhol avec Madame Schlumberger, Madame de Geer et sa fille, le ménage Northam et tous paraissent fort satisfaits bien que le départ d’Isabelle pour les États-Unis cause une assez grande émotion.
Je reçois à déjeuner le ménage Christian G. ; mes filles vont au Fesc voir Madame Vergnaud. Dans ma vie très sédentaire, elles me tiennent très au courant de ce qui se passe en France, par la lecture des journaux ; rien ne marche comme l’on voudrait et les élections ne nous ont donné qu’une chambre très peu convenable.
Du 27 novembre au 10 décembre, Mathilde se rend à Paris pour s’occuper de l’appartement dont les premiers sous-locataires s’en vont et sont remplacés par le Comte et la Comtesse de Danne ; elle descend chez Georgette, Philippe étant en Nouvelle-Calédonie voir « Philippe Coste » et voit Béatrice et ses enfants, encore à Paris, Roger et Jacqueline, et assiste au baptême d’Eric qui a lieu rue de Varenne ; c’est Monsieur Daniel Monod qui officie.
Peu après son retour, une tempête de mistral, absolument glacée, accompagnée d’une forte chute de neige, rend la maison malgré le chauffage, assez inconfortable, pendant deux ou trois jours ; il faut se décider à abandonner le salon, et la venue de Jacqueline Pagézy, qui passe un ou deux jours, assez compliqué. Pourtant, Pierre et Mathilde peuvent la raccompagner jusqu’à Nîmes sans incident avec l’auto. Monsieur Flaissier vient me parler de la question donation-partage et l’année s’achève paisiblement avec une journée de Noël tout à fait solitaire.
Le 28 décembre, nous avons à déjeuner la famille Barde.
1947
Le premier janvier, 1947, les Emile S. avec leur fille Françoise viennent déjeuner ; le mois de janvier se passe assez solitaire avec, à la fin du mois, assez de mistral et de neige pour que le31 janvier, Maître Flaissier ait assez de peine à venir avec deux témoins me faire signer l’acte de donation-partage de dix millions que je fais à mes filles. En février, les Emile m’amènent à déjeuner Madame Verdet K., puis nous avons les visites de Jean Maroger, Madame T. Pallier, Antoinette de Fleurieu et d’un avocat de Tarascon venu nous demander si nous n’avions pas l’intention de vendre Clausonne.
Le 8 mars, une dépêche de Lucie Maze nous apprend la mort de sa mère qui me fait beaucoup de peine et me fait écrire à tous ses enfants.
Notre personnel est assez branlant car Pierre et Lucie vont beaucoup à Nîmes et ont d’ailleurs annoncé leur départ pour le 15 avril et Raymonde reçoit beaucoup de visites. Mathilde est obligée d’aller souvent à Nîmes pour diverses affaires, mais moi je ne quitte plus Clausonne, C’est vrai, Bonne-maman ne quittera plus Clausonne. Elle vieillit. Si ses yeux sont encore bons, son ouïe devient insuffisante et elle se plaint souvent de ne pas entendre ce que disent ses visiteurs. Sans modestie, j’avoue m’être beaucoup efforcé de parler fort quand je m’adressais à ma grand-mère. Sa fatigue se marque par ses promenades : quelques années auparavant, au bras de tante Edith, elle se promenait jusqu’au potager situé au fond du parc. Puis cette promenade aller retour est devenue trop longue et Bonne-maman s’est contentée d’aller jusqu’au Griff, le premier bassin du parc en descendant de la maison. Puis un beau jour je l’entends dire : « Nous n’avons fait que marcher dans l’avenue ». Cette phrase m’avait frappé mais j’ai encore mes yeux qui me permettent de lire. Pendant ce premier trimestre, j’ai été très peu bien ; j’ai eu de fréquents malaises, très désagréables, quelques saignements de nez ; je sortais et marchais très peu et le Docteur, tout en me trouvant mieux que l’année précédente, me conseillait de rester tranquille.
Le premier avril, les enfants de Georgette, Véronique et Nicolas arrivent pour les vacances de Pâques, suivis de Philippe, Georgette, Roger, Jacqueline, le bébé et la nurse ; les trois premiers restent seulement 48 heures. Roger a oublié dans le train une serviette contenant des papiers importants qu’il faut retourner chercher le soir en Avignon.
Comme toujours en période de vacances, nous avons d’assez nombreux allants et venants, Blanche et Christian, les Emile S., Madame Barbey, une amie de Jacqueline qui va passer 24 heures chez elle, près d’Aix ; Amédée R. Roussellier, Antoinette de Fl. Fleurieu, le Marquis et la Marquise d’Aramon, avec leur fille. A la fin des vacances, tous les écoliers repartent ; Jacqueline et son fils repartant seulement le 18 avril. Le 25, arrivée de Madame de Fontarce ; le même jour, téléphone de Georgette disant que Jacques a une forte fièvre avec point décongestion ; on le traite avec des sulfamides ; on nous l’envoie le 2 mai et Joséphine arrive le 3 ; le 6, Edith part pour l’Allier et Madame de Fontarce nous quitte le 9.
Monsieur de Fontarce, c’est un point qu’il me faut vérifier, avait probablement été diplomate avec mon grand-père Seydoux à Berlin au début du siècle. Et au cours de ce séjour de Madame de Fontarce, ma grand-mère Mathilde et elles ont évoqué un souvenir de l’époque précitée de la monarchie des Hohenzollern et elles ont cité le nom de Guillaume II. Ce rappel m’a amusé. J’ai simplement regretté, la fatigue me martelant, de ne pas avoir posé quelques questions sur cette période à ces deux dames. J’ai dans mes archives un journal allemand de cette époque 1900 dans lequel est décrit un bal donné à la cour de Guillaume II. Mes grands-parents sont cités.
Le 18 mai, Hubert et Véronique font à Paris, l’un à Passy et l’autre à l’Oratoire, leur première communion, ou plutôt leur confirmation. Edith revient le 20 et Mathilde part pour Paris le 22 afin d’y assister à la seconde partie de ces cérémonies.
Jacques me quitte le lendemain pour aller au Mas de Coste, mais deux jours après, le jeune Ausset me téléphone que Jacques arrive chez lui très mal en train et si fatigué qu’il va, avec son frère aîné, nous le ramener en auto ; c’est ce qu’ils font très aimablement, et frappée de la mauvaise mine de Jacques, je demande le Docteur Matet qui vient presque immédiatement. Il ne trouve aucun organe atteint, mais il est étonné de l’état de prostration de Jacques.
J’ai effectivement, probablement rechuté au Mas de cette pneumonie qui m’a littéralement assommé. Mes deux grands-mères étaient très ennuyées et très inquiètes de me savoir à ce point malade au Mas Il semble que, trouver un taxi capable de me ramener à Clausonne ait été impossible et c’est pourquoi bonne-maman Mathilde a fait appel aux Ausset. La voiture était conduite par le fils aîné Robert. Son frère Roland que je voyais très souvent était là aussi.
Il le retient au lit pendant quelques jours, et ne le renvoie à Paris que le 5 juin, en pensant qu’il n’a rien de grave, mais qu’il vaut mieux qu’on l’envoie un peu à la montagne, ce qui sera fait, puisqu’on l’envoie en Savoie, aux Ouches, chez Madame Leven où il fait un bon séjour.
J’ai à déjeuner Madame Bérard et le ménage Grand d’Esnon et Antoinette de Fleurieu m’amène le Duc et la Duchesse de Castries, ménage agréable.
Mathilde arrive le 20 juin et nous rapporte des détails sur le mariage de Jacqueline Roussellier avec Monsieur Leresche, qui a été très brillant et sur tous les parents et amis qu’elle a pu revoir. Avec Edith, elles vont à Nîmes assister à celui de la fille aînée des Maurice Pallier avec le fils de Jacques Favre de Thierrens.
Le 6 juillet, Monsieur de Dadelsen, le nouveau Pasteur de Beaucaire amène ses paroissiens pour célébrer le culte dans le parc, où ils passent toute la journée ; il vient déjeuner avec son suffragant, un Russe assez étrange.
Le ménage Bouvier part en vacances pour quelques jours. Je reçois la visite de Jean Maroger avec sa belle-fille et Alain, et le 2 août, j’accomplis le grand exploit de me rendre en auto en Avignon contradiction avec le paragraphe précédent sur l’immobilité de Bonne-maman à Clausonne voir Madame Verdet-Kléber, chez laquelle les Emile S. viennent me rejoindre.
Le 13, Georgette et ses enfants arrivent. Le 15, c’est le tour de René qui a déposé ses deux fils au Chambon et qui repart le sur lendemain, deux heures après l’arrivée de François, Béatrice et leurs enfants, venus de Paris en auto ; ils y retournent de la même manière le 4 septembre,après s’être pas mal promenés, baignés, etc…et avoir eu les visites de Monsieur Pallier, Mourrier, Causse.
Roger est décoré de la Légion d’Honneur. Françoise Maroger vient passer deux jours, est emmenée par les Roussellier venus dîner tandis qu’Yvonne et Christian de Rouville prennent au passage Georgette et Jacques pour les conduire dans le Tarn ; de là, ils vont chez Madame Roger Seydoux, chez Joseph et Charlotte et reviennent la même nuit que Véronique qui vient de Savoie à Nîmes le 16 septembre à 4 heures du matin. Le 11, naissance à Paris de Michel, le quatrième enfant de René ; tout se passe bien.
Roger, venant de Venise, rejoint sa femme et Eric arrivés directement du Val Richer et re-partent le 4 octobre, tandis que Georgette et ses enfants, Véronique nous ont quittées quelques jours avant par vagues successives.
Le 15 octobre 1947, le ménage Bouvier nous quitte définitivement et nous restons 48 heures seules avec Joséphine, en attendant le retour d’Andrée en congé à Tamaris.
Les Roussellier nous amènent leur cuisinière, Madame Demazure, que je retiens pour le début de novembre, Joséphine nous quittant à la fin d’octobre.
Je vais encore à Nîmes le premier novembre, porter des fleurs au cimetière et faire une petite visite au Mas de Mourier et nous reprenons Mathilde à Nîmes où elle était restée pour le règlement de l’impôt de solidarité.
Nous avons encore les visites d’Antoinette de Fleurieu, de Madeleine André, des Emile, qui nous amènent à déjeuner, Madame Verdet-Kléber, et le 26 novembre, l’arrivée de Cyrille ; il vient prendre son service d’hiver qui jusqu’à présent ne se fait pas trop sentir. Georges Amet, protégé de Madame Daniel vient se présenter et revient à la fin de décembre avec sa femme et son enfant ; nous nous décidons à les retenir pour le mois de février. Les femmes votent mais l’anarchie et le désordre règnent dans tout le pays ; le gouvernement ne fait rien pour y remédier et les grèves sont nombreuses.
Le 21 décembre, Edmond Colomb de D. grand-mère, Madame G. Colomb de D. Daunant m’amène, par une très belle journée, que j’ai grand plaisir à revoir. Notre Noël 1947 est solitaire, mais le 27 décembre, Jacqueline P. Pagézy et son fils Antoine viennent déjeuner et les Emile S Silhol avec leurs deux filles et Madame Verdet-Kléber s’annoncent pour le. premier janvier 1948.
1948
Le 5 janvier 1948, Amédée R. vient déjeuner arrivant de Paris d’où il apporte quelques cadeaux, puis j’ai la visite d’Hélène Vergniaud et de Monsieur et Madame Pierre Causse, le premier commençant une forte jaunisse.
Au début de février arrive le ménage Amet avec un bébé de vingt mois et le 10, nous apprenons la naissance, chez Roger, du petit Pierre, mon dix-septième arrière-petit-enfant.
La fin du mois est marquée par une forte chute de neige, accompagnée par une si forte gelée qu’une partie du chêne est détruite, du beau chêne de l’avenue et du pin voisin ; elle tue les lauriers qu’il faut couper au pied, les figuiers, oliviers, arbres fruitiers et endommage fortement les vignes.
Le 13 mars, nous avons la visite éclair de François qui, venu d’Allemagne à Paris, arrive le matin et repart le soir presque directement pour l’Allemagne où il est en poste. Le 20 mars, l’arrivée d’Hubert, Mireille et Ysabel, en vacances de Pâques, et le 23, le vol d’un petit veau, amené deux ou trois jours avant avec sa mère du Mas de Mourier, et aussi deux roues de secours des deux autos. Ce vol est le premier du genre à Clausonne. Le vol était inconnu à cette époque. Les mesures de sécurité de la maison étaient dérisoires. Mais en cette période où l’on manquait de tout y compris de pneus, perdre ses roues de secours était un drame.
Les chiens ont aboyé fortement mais personne ne s’est dérangé pour aller voir ce qu’il en était. On prévient les gendarmes de Montfrin qui viennent tout de suite mais ne donnent pas un espoir et conseillent de prendre quelques précautions pour l’avenir. Il est si difficile de trouver des roues de secours que nous sommes obligées de nous en faire prêter par les uns et les autres.
Jacques et Bobby ont rejoint leurs frères et sœurs ; allées et venues des jeunes Martin,Christian, les Troupel, Vitry, etc…arrivée en auto de René et Geneviève avec leurs quatre enfants, Georgette et Thierry par le train et Philippe, amené par les Daniel Coste. Toute cette famille va à Nîmes assister au mariage Pieyre-Morel. Georgette repart assez vite avec Jacques qu’elle conduit à Grenoble et, le 3 avril, tout le monde est reparti soit en auto, soit par le train.
Dans le courant d’avril 1948, Cyrille souffre d’un mal aux reins qui lui trouble ses derniers jours ici ; Edith part le 15 avril pour Paris et l’Allier. Pendant son absence, nous avons la visite de Monsieur Walter, d’Yvonne de Rouville que Mathilde raccompagna à Nîmes en faisant une petite visite à Monsieur Lavergne. La température, après un peu de pluie, s’est tellement refroidie qu’il faut rallumer la chaudière pendant quelques jours.
Edith revient le 30 avril. René arrive le 3 mai et célèbre avec nous mon anniversaire et le 7 Mathilde part pour Paris où elle retrouve René décoré de la Légion d’Honneur. Elle loge comme l’année précédente chez François, boulevard Jules-Sandeau, mais renonce par suite des difficultés internationales à se rendre à Berlin pour la première communion de Liliane et Laurence, et nous revient le 4 juin après un arrêt à Rives et Grenoble pour y voir Jacques.Pendant son absence, nous avons eu les visites des Kléber, d’Antoinette de Fleurieu, de Françoise Maroger, etc…au mois de juin, j’ai bien quelques journées de fatigue puisque le Docteur Matet vient à 2 ou 3 reprises et j’agis de moins en moins.
Au mois de juillet, nous apprenons le mariage de Jean Maroger avec Madame Teissier ; Serge Teissier déjà cité écrit dans la lettre précitée du 2 août 2001 : « Quelques années plus tard, Bernard Pagézy et moi qui habitions tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre pensons que cela pourrait être une bonne idée de rapprocher ces deux veufs, son oncle et ma mère. Les occasions de repas communs s’étant multipliées entre les Pagézy et leurs cousins et les Teissier. L’issue prévue se concrétise par un mariage en juillet 1948. Ma mère était veuve comme Maroger depuis mai 1945 ».
Mathilde et Edith vont assister à Nîmes à celui de Mademoiselle Cormouls et nous avons les visites de Madame Delpuech amenée par les Maurice Colomb, Emile et Françoise, de Madame Chauffard née Hugues, sœur de Paul Hugues, déjà cité, excellente pastelliste. On voyait cette dame et les Hugues dans la propriété de Monsieur Chauffard, que je n’ai jamais vu, appelée Fontanille, ravissante maison et de son frère et de Madeleine Andrée qui passe quelques jours et s’en va par le cars le 15 arriver de de Montfrin en Avignon.
Le 6 août, un violent cyclone de vent sans pluie, qui abîme beaucoup l’alisier à côté de la maison, divers arbres dans le parc, les toitures du Mas Neuf qui viennent d’être réparées, nous impressionne. Nous voyons le 15 arriver de Paris Hubert, Mireille, Ysabel et Thierry. Deux jours après, Jacqueline P et Antoine viennent déjeuner et annoncent les fiançailles de Michel avec Mademoiselle Gladys Pallier et celles de Jean-Louis Silhol avec Mademoiselle (?) qui ne convient pas du tout à ses parents.
Le 19, Mathilde part pour Paris où elle passe 5 jours à remettre un peu d’ordre à l’avenue Vélasquez, l’appartement changeant de sous-locataires, le Comte et la Comtesse de Danne le quittent.
Le soir de son retour, visite forcée d’Henri Andrée qui dîne et couche ; Jacques arrive du Tarn où il est remplacé chez les Rouville par Hubert et Mireille, qui en reviennent le 30, ravis de leur séjour. Georgette nous rejoint à cette date, à laquelle Jacques regagne Paris pour travailler.
Le 3 septembre, arrivée des 5 enfants de François, sans leur mère, mais avec une Allemande. Le 4, passage du ménage Kléber se rendant à Boisseron. Le 5, du ménage Roussellier, avec sa petite-fille dans un moïse et le 6, débarquement à Tarascon du ménage Roger avec les deux enfants et une nurse et de Béatrice et celle de Bobby, descendant de Modane où il a passé un mois à travailler comme ouvrier dans une usine de produits chimiques dépendant de Saint-Gobain.
Philippe vient passer trois jours pendant lesquels il circule beaucoup avec sa famille et repart le 13 pour Paris avec Roger et le 16, c’est le tour de Béatrice et de ses enfants.
Trois jours après, Jacqueline rejoint Roger à Cannes chez des amis ; nous avons à déjeuner les Olivier Silhol avec Gérard.
Le voici, entre sa grand-mère à sa gauche et mon frère Hubert sa droite. De dos, Hervé Martin, cousin de Gérard, à droite, ma sœur Mireille. A droite de Mireille, Denis le frère d’Hervé. Enfin mon frère Bobby. Nous sommes à Saint-Victor sur la terrasse. Vu la taille de la photo d’origine, un timbre poste, vu que je ne suis pas sur la photo, et vu que nous sommes à Saint-Victor où on ne pouvait de Clausonne aller qu’en voiture, et vu que j’ai eu mon permis de conduire en mars 1947, je conclus que cette photo ne peut dater que, au mieux, de l’été 1947 ; mais peut-être date t-elle de l’été 1948. Je n’ai ni confirmation ni infirmation.
Aliette et Madame de Labouchère ; le 23, Mathilde apprend par le téléphone la mort de son neveu Pierre Seydoux ; voir «Mélodie familiale». Cet oncle, cousin germain de ma mère, est mort à Séridos dans le sud-ouest. Oncle Pierre est enterré à côté de Séridos. le 24, retour du ménage Roger qui nous a laissé faire tous les préparatifs pour le baptême du petit Pierre. Il est célébré par le Pasteur Barde, Edith étant marraine et Hubert Roussellier remplacé par son frère, parrain.
Bien que n’ayant pas dépassé le cercle de la famille, nous sommes encore assez nombreux, la branche Nègre étant venue à 13. Le beau temps favorise les jeux des enfants à l’extérieur et tout le monde apprécie les produits de pâtissiers nîmois.
Roger part le soir même; sa famille le suit de près, ainsi que Georgette et ses enfants et après une courte visite de Monsieur Arnavon, sur Jacques Arnavon, voir «Mélodie familiale». notre vie reprend son cours habituel.
Je ne vais pas mal, malgré quelques saignements de nez, toujours assez fatigants et nous avons de loin en loin quelques visites, celle de Madeleine Andrée, avec Madame Guttinger, de Monsieur le Pasteur de d’Adelsen, Madame Vergniaud avec trois amies, des Rousselier, des François Troupel, les Emile Silhol avec leurs filles Isabelle et Laure et une cousine ; Jacques venu passer 24 heures de Grenoble. Antoinette de Fleurieu, Marie-Louise Roussellier, Mathilde et Edith vont le 30 octobre au mariage de la fille des Maurice Colomb avec Monsieur Chausse et le 10 décembre, à l’enterrement de Monsieur Lavergne avec lequel nous perdons un bon et fidèle ami.
Mathilde, du 7 au 21 novembre, passe une dizaine de jours à Paris où elle loge avenue Vélasquez et peut s’occuper de quelques affaires tout en revoyant tout son monde, et nous terminons l’année avec une brève venue de François qui nous donne bien des détails sur son séjour et celui de sa famille en Allemagne.
Notre personnel ne marche pas trop mal avec toujours Andrée et un ménage Ludwig, alsacien sorti de chez Madame de Chapelle et entré dans le courant de novembre.
Albin bien rentré de son service militaire travaille avec son père comme ouvrier agricole.
1949
Nous commençons l’année 1949 en ayant à déjeuner les Emile S., les Oliver avec Gérard et le ménage Labouchère, le ménage Christian se décommandant au dernier moment, et nous avons ainsi notre réunion de famille. Le 8, René arrive et va avec sa mère déjeuner à Brimborion pour faire la connaissance d’un ménage d’ancien attaché militaire à Bruxelles, que les Emile, 3 ou 4 jours après, nous amènent à déjeuner, René nous ayant déjà quittées pour rejoindre sa famille à Val d’Isère. C’est à ce moment-là que Monsieur Rochette et Dagmar nous amènent le ménage Le Gras, ancien notaire en Avignon, avec lequel nous sommes heureuses de faire bonne connaissance. Les Raymond de Casenove arrivent impromptu ; quelques jours après, c’est au tour du ménage Grand d’Esnon, mes futurs beaux-parents amené par Anne Bérard. Edith a le gros ennui d’apprendre qu’une grange d’un de ses domaines de l’Allier a complètement brûlé et qu’on réclame sa présence; elle part le 4 pour revenir le 11 sans avoir pris de décision.
Pendant ce mois de février, nous avons les visites de Jacqueline Pagézy, Monsieur et Madame Poudevigne, Pascale Gastembide, les Pieyre de Mandiargue avec Madame Coste, des Emile Silhol avec les Daniel Monnier. Nous apprenons la mort de Madame Hugues, mère de Madame Chauffard, que Mathilde va voir le lendemain.
Au début de mars, un froid assez vif nous amène une petite couche de neige et la température n’est nullement printanière. Edmond Colomb annonce la mort de sa grand-mère, Madame Gaston Colomb de Daunant qui me fait beaucoup de peine car c’était une bien fidèle amie. Mathilde se rend seule aux obsèques, Edith ne voulant pas me laisser parce que j’ai à ce moment-là de fréquents saignements de nez assez violents et un gros rhume de cerveau qui me fatigue beaucoup.
Le 11, visite du ménage E. Silhol avec Marie-Louise Roussellier, le soir pour dîner, le ménage Cormouls avec Madeleine Kléber, se rendant à Boisseron pour l’enterrement de Flora.
Monsieur Arnavon déjà cité s’arrête trois heures entre deux trains ; c’est sa dernière venue puisqu’il meurt quelques mois après bien qu’il nous eût paru ce jour-là en état de nous rester encore fidèle pour longtemps.
Du 28 mars au 4 avril, Madame de Fontarce vient nous faire un petit séjour en revenant de Monte-Carlo ; le 31, nous avons à déjeuner Dagmar et Mademoiselle Kéberlé avec le ménage Cazenove.
Pendant ce premier trimestre, mes filles me tiennent en relations avec le monde extérieur par la lecture assidue du «Monde» et du «Figaro», de quelques revues, de romans plus ou moins intéressants et de quelques livres d’histoire ou de souvenirs, mais je peux de moins en moins lire ou écrire moi-même.
Les affaires générales sont loin d’être brillantes ; les communistes mettent du grabuge partout; de nombreuses conférences sur différents sujets : problème allemand, reconstruction de l’Europe, etc…n’aboutissent pas et l’on n’arrive à rien. À Paris, la vie de société a repris d’une manière presque normale et les aînés des petits enfants commencent à en profiter tout en continuant, bien entendu, leurs études.
Notre personnel intérieur ne marche pas mal avec le ménage Ludwig et Cyrille qui est venu passer les mois des plus froids et se livre à pas mal de travaux de maçonnerie en particulier au potager.
Le mois d’avril débute assez chargé avec les anniversaires de mes deux filles et la visite d’Antoinette de Fleurieu avec son petit-fils et d’Emmeline Cormouls avec ses deux filles.
Nous voyons arriver pour les vacances de Pâques, Georgette avec ses trois plus jeunes enfants et Nathalie Gastambide et les trois garçons de René que Jacques, Bobby et Hubert viennent rejoindre après avoir fait une petite tournée très agréable sur la Côte d’Azur. C’était à Pâques 1948. Il s’agissait d’une randonnée à bicyclette. Quand nous sommes arrivés à Toulon nous avons loué un bateau à moteur et fait un tour dans le port de Toulon encombré d’épaves de navires sabordés en octobre 1942.
Roger vient seul passer les journées de Pâques et René et Geneviève arrivent le dimanche de Pâques pour repartir à la fin de la semaine qui a été très animée par la visite du ménage Roussellier avec Monsieur Maurice Reclus et des habitants de Saint-Victor amenant ma belle-sœur Antoinette.
Roger et René me font faire mes dernières promenades en auto, la seconde jusqu’à Arles et Montmajour.
Les départs s’échelonnent jusqu’au samedi et ce soir-là, je me mets au lit très fatiguée, ce qui m’empêche de recevoir Madame Delpuech qui vient d’Aix déjeuner le dimanche, ainsi que Jean Snollaerts. Voir «Georgette Seydoux». Le Docteur Matet, qui me trouve un petit point de congestion, qui cède assez vite à des cataplasmes et à des sulfamides, puisque le vendredi, il me déclare guérie au point de vue local, et me permet de me lever bien que je sois assez lasse.
Je manque la visite de Dagmar avec les ménages Girod de l’Ain et de Geer et je suis très agacée d’avoir été ainsi arrêtée.
Je reprends ma vie normale dans la maison au début de mai : Mathilde accompagne à Nîmes le petit Michel qui part avec son alsacienne, et mes filles me fêtent le 5 mai avec un gâteau de Madame Raymond. Edith part le 6 pour Lurcy où René vient la rejoindre. À eux deux, ils décident avec Garnier, la reconstruction de la grange brûlée : elle se rend ensuite à Paris chez Madame de Seynes pour quelques jours et revient ici le 19 mai.
Pendant son absence, nous avons la visite de Monsieur et de Madame Félix Pallier et du ménage Kléber et nous commençons nos recherches pour remplacer le ménage Ludwig qui se rend en Algérie, mais nous n’en avons aucun succès. Joséphine arrive le 21 ; nous avons la venue de Max Nègre avec sa belle-fille et la famille de celle-ci et le 25, Mathilde part pour Paris, après une visite d’Olivier qui parle longuement du mariage de son fils et des projets pour l’avenue Vélasquez.
Mathilde loge chez François qui est lui-même de passage à Paris, assiste à la première communion de Mireille voir photo dans l’»Album général» et revoit tout son monde pendant qu’ici, je reçois Madame Delpuech amenée par ses enfants Maurice Colomb.
Pendant l’absence de Mathilde, nous restons avec Edith très au calme mais recevons pourtant la visite des Emile et de Jacqueline Pagézy ; je parle avec les premiers de la vente de l’avenue Vélasquez qui est en train ; Mathilde revient le 23 et se rend quelques jours après au mariage du fils de Madame Fajon en Avignon.
Le 29, nous avons la visite de Lucie Maze qui arrive le matin à Tarascon avec ses deux plus jeunes filles, leur montrer Clausonne bien en détail ; à 5 heures, on les raccompagne à Nîmes d’où elles vont à Montpellier.
Je fais une petite promenade pour voir les champs de fleurs. Malgré la présence de Joséphine qui me facilite bien les choses, nous avons des ennuis de personnel, le ménage Ludwig nous ayant quittées ; un ménage indiqué par Madame Delpuech ne peut venir par suite de la mort du mari, et une cuisinière d’extra de Nîmes, Mademoiselle Séguin, dont on nous avait parlé, nous manque de parole.
Je reçois de Paris la nouvelle que l’affaire de Monsieur de Dudezeele, le jugement est rendu définitif en ma faveur et que Véronique et Hubert sont reçus à leurs baccalauréats respectifs. Une épidémie de «boutons» sévit à Meynes et Edith a une assez sérieuse éruption à laquelle le Docteur Matet ne comprend rien ; il lui fait faire des piqûres de pénicilline par Madame Souchon épouse de l’instituteur dont nous écoutions les conseils avant la guerre. Voir «Et rêver de Clausonne». M. Souchon était mort pendant la retraite en mai 1940 mais l’éruption ne s’atténue que très lentement.
Malgré la chaleur qui est très forte et qui amène un début d’incendie dans le bois du côté de l’étang, nous avons la visite de Jean Maroger avec sa femme et son petit-fils qui continue ses études aux «Roches» dans les Pyrénées.
Le 14 juillet Isabelle Desanges, que nous sommes heureuses de revoir, vient passer 24 heures et son départ, le lendemain, est très troublé par le passage du «Tour de France» à Beaucaire et Tarascon.
À la fin de juillet, le Docteur Matet déclare Edith guérie et nous avons la visite de Madeleine Andrée qui reste deux jours, et d’Antoinette de Fleurieu qui passe une nuit.
J’apprends la naissance d’une petite-fille, Patricia, chez les Michel Pagézy et de Frédérique chez les Cathala.
Le début d’août se passe très tranquille ; nous commettons la faute d’engager, sans renseignements précis, un ménage Fossat, venu se présenter sur une annonce que nous avons mise dans Midi-Libre. Andrée en profite pour aller passer huit jours chez elle ; elle revient presque en même temps que Georgette, qui arrive le 24 avec ses enfants, Hubert et Thierry, venant du Chambon, et nous commençons notre saison de vacances, mal secondées par une journalière d’Avignon, indiquée par Madame Pamard, qui entre le 1er septembre.
Les visites se succèdent avec les jeunes Snollaerts, Antoinette de Fleurieu, Madame de Vitry avec une nombreuse bande de jeunes, mais le 1er septembre, le Maire de Meynes nous conseille de ne pas garder les ménage Fossat dont nous nous séparons le plus rapidement possible.
Bobby revient de son mois d’usine à La Plagne ; les Olivier Silhol s’arrêtent, retour de la Côte d’Azur ; Madame Barral et une petite nièce viennent déjeuner, MM. Bruneton et Cotnareanu présentent le couple des fiancés Donnedieu de Vabres.
Le 8, arrivée en auto de toute la famille François moins Yolande ; François, apprenant qu’il est nommé au Ministère comme Directeur d’Europe, en est très content mais il ne nous reste que 48 heures et Béatrice repart avec lui, toute heureuse de se réinstaller à Paris.
Mais nous continuons à être assez animées avec le passage du ménage Kléber, la venue de Roger et de Jacqueline de Cannes et des deux petits de Paris, l’apparition de René et Geneviève, qui ne séjournent pas, mais nous laissent leurs enfants ; ceux-ci vont avec le reste de la famille à Viviers pour le baptême de la petite Cathala, à Saint-Victor, et nous recevons Madame Sarrut et ses enfants, Françoise Maroger et Dominique, Madame Pamard, le ménage Maurice de Rouville avec Christian, puis les derniers jours du mois, les départs se succèdent et nous restons avec les trois plus jeunes ; les enfants de Roger repartent par le train le 10 octobre et René, dans une nouvelle auto, vient assister à un Congrès de Géologie à Montpellier et emmène son fils le 31 octobre.
Nous avons la visite de Madame Vergniaud qu’Edith emmène jusqu’à Fontanille ; elle-même va passer une semaine dans l’Allier où elle trouve la reconstruction de sa grange terminée, et à son retour, nous recevons la visite des Gérald de Rouville, de Mademoiselle Keberlé, amenée par les Emile S., de Monsieur Rochette avec Monsieur et Madame Legras, de Blanche avec sa fille et son gendre, de Monsieur R. Roussellier et sa nièce Flaissier.
Mathilde et Edith se rendent à Vacquerolles chez les Max Nègre pour le baptême de leur petit-fils, auquel j’envoie un cadeau, d’où elles sont ramenées jusqu’à Nîmes par le ménage Jean Cormouls.
Le Docteur Roche, oculiste à Nîmes, vient constater l’état de mes yeux; malgré toute sa bonne volonté, il ne peut me trouver des lunettes ni aucun traitement ramenant ma vue, et je ne puis plus lire, ni écrire moi-même, ce qui est une grosse épreuve, mais je n’ai ni cataracte, ni glaucome et je ne suis pas aveugle.
Le 2 novembre, on allume le chauffage et le 7, nous voyons arriver une journalière d’Alès, procurée par une autre placeuse, qui ne peut pas faire notre affaire. Elle repart le 21, en même temps que Joséphine qui rentre chez elle.
Nous restons avec Andrée et prenons à la journée Marcelle Cabassol ; un ménage amené par Vézinet ne peut nous convenir. Visites d’Hélène Vergniaud avec Mesdames Daniel Mourrier et Gaussorgues des Félix Pallier, du ménage Olivier avec Gérard et Nicole ; Olivier revient déjeuner deux jours après pour discuter les projets et les propositions de ventes pour l’avenue Vélasquez.
Le 1er décembre, naissance d’un fils chez les Christian Silhol, ce qui met toute cette famille en joie et le 5, d’un fils également chez Anne Mellini-Kléber. Antoinette de Fleurieu, de retour de Tunisie, vient déjeuner deux jours avant Noël ; visite de Madame Chauffard amenée par la Vicomtesse de Rodez-Bénavent avec une fille et une charmante petite américaine. Roger vient passer Noël avec nous et repart le 26 au soir.
Le matin, Olivier et Blanche reviennent pour parler de l’avenue Vélasquez ; une lettre d’Emile m’apprend que lui et Maurice sont sortis de l’indivision en vendant à Monsieur Vanier-Magnien, leurs parts de la maison. Me voilà forcée d’une manière pas convenable de vendre la mienne. Le temps a été assez médiocre et pluvieux au début du mois, plus froid et venteux à la fin, mais sans excès.
Nous sommes assez absorbées par les essais d’un «dératiseur» dont les effets modérés et les prix excessifs ne nous débarrassent guère des rats car ce sont surtout les chats qui meurent, par la venue d’un troupeau très nombreux qui s’installe au Mas Neuf et loue le pré pour y paître, ce qui abîme plutôt celui-ci, et par le transport des radiateurs de la grande lingerie dans la repasserie, ce qui a demandé neuf mois d’efforts auprès de la Maison Gardet.
Ce n’est pas sans émotion que nous finissons cette année qui termine un demi-siècle d’épreuves patriotiques et personnelles. Les deux guerres qui l’ont occupé ont été plus horribles l’une que l’autre et ont bouleversé le monde. On sent que plus rien n’est à sa place, qu’on est mal gouverné, par des hommes qui n’ont pas été élevés pour être des hommes d’État et qui cherchent plutôt à satisfaire des appétits personnels et des relations de camaraderie qu’à établir un régime de paix et de sécurité désiré cependant par la majorité du pays. Le déséquilibre est général et s’étend au monde entier. Pour moi, personnellement, je regrette de n’avoir pu rentrer à Paris au milieu de mes petits-enfants et tout en ne me portant pas mal, je me sens très vieille, étant encore très privilégiée d’avoir mes deux filles auprès de moi et tous mes absents en bonne santé.
5.10 - 1950-1953
1950
Premier janvier 1950, malgré ces impressions pessimistes, notre trio commence agréablement l’année en recevant à déjeuner le ménage Kléber avec ses enfants et petits-enfants Cormouls et Noëlle, les Emile S. avec Laure, le ménage Olivier S. avec Gérard et les Christian S. Nous sommes 18 pour faire honneur à un menu bien combiné et pas mal réussi. On me gâte avec des douceurs et la journée se passe bien.
Le lendemain, nous sommes très étonnées par la visite de Monsieur Vanier-Magnien, acquéreur éventuel de l’avenue Vélasquez qui nous annonce qu’Emile et Maurice sont déjà sortis de l’indivision ayant reçu chacun, pour sa part, 4 millions et me propose pour la moitié que je possède, la somme de douze millions payables à échéance, si je lui consens une promesse de vente.
La manière de procéder de mes neveux m’est très pénible et, en assurant Monsieur Vanier que je n’étais prévenue de rien et que je ne veux m’engager à rien avant d’avoir consulté mes petits-enfants, je me rends compte qu’il est très ennuyé de ma décision et mes filles ont beaucoup de peine à le décider à s’en aller.
C’est le commencement d’une correspondance qui nous donne beaucoup de soucis et René, partageant mon opinion sur la conduite de mes neveux, est plutôt disposé à faire traîner les choses en longueur tout en reconnaissant que je ne peux rien contre eux.
Je suis très peinée par la mort, presque subite, de Madame Delpuech et mes filles vont toutes les deux assister à ses obsèques à Nîmes.
Visite d’Emile et Dagmar, de Philippe, venus passer quelques heures le dimanche 27 et de Madame Louise Roussellier.
À la fin du mois, quelques petits malaises m’obligent à faire venir le Docteur Matet qui m’ordonne une série de piqûres faites très amicalement par Madame Souchon, qui font disparaître ces troubles passagers.
Le mois de janvier, assez froid, avec beaucoup de mistral, s’achève avec une chute de neige. Cyrille, qui est venu comme d’habitude passer quelques semaines, se livre à des travaux du côté du Griffe, très gêné par la chute d’un énorme alisier dont on ne peut parvenir à enlever la souche et, dans la cour, où il nettoie la corbeille du vieux grenadier gelé l’année précédente.
Un téléphone de François nous apprend qu’il est promu officier de la Légion d’Honneur, ce qui lui était bien dû. Monsieur Sabonadier est nommé Chevalier.
En février, visites d’Antoinette de Fleurieu avec son petit-fils qui vient d’avoir une petite sœur, de Madeleine Kléber avec sa fille, Anne Mellini et son bébé, de Dagmar qui vient déjeuner avec Monsieur Rochette et Monsieur et Madame Le Gras.
C’est pendant ce mois que j’ai une forte douleur à la jambe qui fait revenir le Docteur Matet, qui la déclare inexplicable, et qui m’oblige à me mouvoir encore moins. En mars, les jours s’allongent et la température s’adoucit, bien que le mistral au début se fasse sentir en tempêtes encore glacées.
Monsieur Rochette nous amène une première fois le ménage Montagné, lui peintre connu du Midi, habitant près d’Avignon et Monsieur de Log, Conservateur du Musée Calvet. Jacqueline Pagézy annonce les fiançailles de son fils Bernard avec Mademoiselle Laurence Monnier, fille des Christian Monnier.
À la fin du mois, Cyrille ne voulant pas rester pendant les vacances de Pâques, après avoir blanchi les chambres de Méger et arrangé une grande pièce au Mas Neuf et le 30 mars arrive de Nîmes, Alida Beau, procurée par Mad. André, qui fait l’entier de la quinzaine de vacances.
Celles-ci sont très animées par la présence d’abord à partir du premier avril de Georgette avec tous ses enfants, Véronique et son amie Ariane Goguel, puis pour les journées de Pâques, par celle de René et Geneviève, et leurs 3 garçons, venue de Paris en en une journée et y retournant de même, et enfin la venue d’une jeune Anglaise, Miss Janet Stokes, tout à fait silencieuse, intelligente et comprenant très bien le français qui fait un «échange» avec Mireille. À Clausonne, les jeunes dont j’étais ont dansé une fois. Dans le salon. Aucun souvenir de la source musicale utilisée. Mais nous avons dansé et je crois que c’est un peu à cause de la jeune Stokes et de la jeune Goguel précitées que ces quelques moments de musique ont été vécus.
Jacques, Bobby et Hubert profitent bien de la Juva pour faire de nombreuses courses dans les environs, soit seuls, soit avec les jeunes filles ; Marseille, Arles, Lasalle, Saint-Victor, etc…mais nous sommes en général 18 à table où le service ne marche pas mal avec Alida et Marcelle.
Nous avons de nombreuses visites avec à goûter les Rochette et leur fille et les Gérard de Barbentane et leurs fils, les Jean Maroger, Roussellier, Antoinette de Fleurieu, Madame Vergniaud, A. de Clausonne avec ses petits-fils Martin et M. Montagné, qui passe quelques heures pour faire une aquarelle de la galerie.
On fête Edith et Hubert en même temps par une millefeuilles de Montfrin et l’animation règne jusqu’au samedi 13 où les garçons et Véronique partent le matin par Avignon et Georgette et ses autres enfants le soir par Nîmes, après avoir dîné chez sa belle-sœur, Madame Pieyre.
La fin d’avril est médiocre, beaucoup de mistral aigre et froid et par suite de pannes de courant force on est obligé de rallumer le chauffage. Néanmoins, le dimanche 23, nous avons la visite de Monsieur et Madame Pieyre amenant le ménage de Rougemont avec leur fille et le 26 au soir, Mathilde part pour Paris, où je regrette bien de ne pouvoir la suivre Elle s’installe avenue Vélasquez où elle trouve l’appartement très abîmé et souillé par les Américains très nombreux et très mal qui l’occupent et qui ne veulent pas s’en aller avant le 1er septembre.
Une réunion avec Monsieur Vanier et René sur l’exécution de la promesse de vente de la maison n’aboutit à rien et l’on ne touche pas au rez-de-chaussée qui est dans un état de saleté épouvantable. Elle voit quelques amis, est assez invitée par les uns et les autres, donne un coup d’œil au dîner de jeunesse offert pour les 18 ans de Véronique, va faire la connaissance du Moulin dans la Brie, acheté par le ménage René, et nous revient le 25 mai.
Pour nous, le mois a été très calme, ayant eu cependant, l’arrivée de Joséphine qui va à Nîmes avec Edith pour acheter l’étoffe d’une robe du matin qu’elle me confectionne. La visite de Jacqueline Pagézy, avec sa belle-fille Gladys, qui ayant eu un accident aux sport d’hiver marche encore avec des béquilles, et la venue de la société suisse de bienfaisance de Nîmes, qui vient passer tout un dimanche dans le parc, et celle des Emile S. qui passent une fin d’après-midi avec leurs petits-enfants Northam.
Le surlendemain de son retour, Mathilde va faire quelques visites en Avignon où elle est très aimablement pilotée par Monsieur Rochette, puis reprend ses occupations habituelles rendues plus fatigantes par la chaleur qui débute très tôt et très fort. Nous avons pourtant le passage des Kléber, puis nous recevons à déjeuner, avec les Emile S., les ménages Rochette et Le Gras qui sont des relations agréables, et une visite de 24 heures de Madame Leenhardt-Salvador.
Nous avons surveillé les peintres de Nîmes qui remettent le salon du nord en bon état. En juillet, la chaleur ne fait qu’augmenter et devenir plus fatigante. Hubert vient passer une semaine avec nous avant de se rendre en Allemagne où il passe ses vacances. Il profite de la Juva pour bien circuler ; sa grand-mère l’accompagne à Nîmes pour l’aider à se choisir un joli costume que nous lui offrons toutes les deux et il part satisfait de son petit séjour en famille avec Jacqueline Pagézy qui l’emmène en auto.
Nous avons les visites des Dagmar, les Le Gras, Rochette, Pamard ; Mathilde se rend un dimanche à Fontanille pour un concert et en profite pour pénétrer dans Pomeyrol et, le lendemain, Edith se rend en Avignon où elle retrouve sa belle-sœur, Madame de Seynes avec sa fille, qui l’emmènent à Salon où l’on prononce l’éloge funèbre de Maurice de Seynes dont le nom est donné à la promotion de l’École d’Aviation. Voir photos de Maurice de Seynes dans «Album général».
Elles se rendent toutes les deux au mariage du fils des Maurice Colomb à Nîmes.
Nous avons toujours des difficultés de personnel; Andrée prend son congé, que facilite la présence de Joséphine, avant le départ d’Edith pour Lévis, le 18 juillet, où elle va retrouver sa belle-mère et sa belle-sœur.
Le même jour, les Emile S. emmènent Mathilde à Nîmes au mariage de Monsieur Jacques Pallier avec Mademoiselle Labat.
Nous sommes assez absorbées par la remise en état du puits du Mas de Cabassol, nécessitée par l’extrême sécheresse qui fait diminuer la nappe d’eau d’une manière inquiétante. C’est Jonquet, aidé de Collet, qui s’en occupe et le travail est assez rapidement exécuté. Les plombiers terminent ici l’aménagement de la nouvelle petite salle de bains.
Le 27 juillet, Edith revient de l’Allier. Le 29, les Jean Guttinger et leurs trois enfants viennent déjeuner et le 31, c’est l’arrivée en auto de Roger et de Jacqueline revenant d’un long séjour à Florence pour l’Unesco, suivi d’un arrêt à Aix-en-Provence où ils étaient invités par le Comité des fêtes à assister à une partie du festival très réussi.
Mathilde circule un peu avec eux à Fontanille, Beauchamp, La Foux, Nîmes, et repartent le 8.
Les Jean Maroger nous amènent pendant une petite heure le ménage Jean Fay avec un fils très remarquable, Antoinette de Fleurieu avec le ménage Guttinger (parents), et le 20, Georgette nous arrive avec Mireille suivies de près par Bobby, ramenant du Chambon Ysabel et Thierry, visite tardive après le dîner des ménages Bret et Raynaud.
René arrive en auto du Moulin et passe sa première journée à faire une longue course en Camargue, puis avec trois aînés, il part pour le mariage d’Irène Seydoux à Séridos ; il est suivi par Georgette, Mireille et Bobby qui conduit la Juva, et le 31, nous voyons paraître Françoise Maroger pour 48 heures.
Georgette et ses enfants reviennent le 5, après une petite tournée dans le sud-ouest et reçoivent trois jeunes Anglais qu’ils emmènent déjeuner au Mas de Mourgues et qui ont ensuite pas mal de difficultés d’auto pour s’en aller. Le 12, c’est l’arrivée de Béatrice avec ses quatre filles, suivies de près par Jacques qui était en Angleterre et le même jour, visite inattendue des Jean Colomb avec leur fille et des André Hernu avec Madame Vallette-Vialllard.
Ces dames et la jeunesse circulent beaucoup grâce à une 4 cv Renault de renfort louée à Nîmes et se rendent au tennis du Pont du Gard, à Barbentane, Avignon, Fontanille, pour un fête de charité, Boisseron Viviers, etc… Jacqueline et les deux petits avec une nurse sont là le 15 et la première repart dès le 18 afin de préparer son départ pour New York. Mais le 22 débarque François presque directement de New York où il s’était rendu pendant trois jours pour une conférence. Il en est bien un peu éprouvé et endormi. Il se joint au reste de la famille, qui se rend le 25 à Saint-Victor pour le baptême du petit François Silhol fils de Christian et on ramène Christian de Rouville qui passe les derniers jours du mois avec une auto qui permet de multiplier les courses mais les départs commencent le 28 avec celui de Béatrice et de ses enfants. François reste jusqu’au 30 et nous aide à recevoir Jacqueline Pagézy et Monsieur Lobstein, neveu de Mademoiselle Cabarrus. Il rentre avec Georgette, ses filles, et Thierry, Bobby restant quelques jours de plus. Il a été reçu à six des écoles sur les neuf auxquelles il s’est présenté après l’École Centrale, mais il jette son dévolu, sans hésitation, sur l’École des Mines de Paris.
Nous pouvons fêter son succès et l’anniversaire de ses 20 ans avec deux beaux vacherins de chez Madame Raymond, après avoir célébré le 18, celui de Thierry avec une sultane, et celui de Georgette avec un millefeuilles, de Montfrin, auquel a été ajoutée un représentation dramatique donné par Ysabel, Anne, Yolande et Thierry.
Hubert en Allemagne ne revient pas et Jacques, en Irlande, ne vient pas du tout. La majorité de la jeunesse, imitée par François et Béatrice, se rend le 24 à la corrida de Nîmes ; elle ne semble pas avoir été extraordinaire.
Pendant tout ce mois de septembre, où les vendanges se sont déroulées dans des conditions satisfaisantes, soit au Mas de Mouriès, soit au Mas Neuf, nous avons beaucoup d’ennuis avec la question vache ; nous nous décidons à nous séparer de la fidèle Brunette que Monsieur Bonicel remplace par une vache qui, non seulement ne la vaut pas, mais est plus que médiocre. Pour le personnel, à Andrée, Joséphine et Marcelle qui reste le soir, est adjointe Madame Brousson de Meynes : 6.000 par mois. Notre début d’octobre est encore assez animé car Bobby nous reste et après un fort accès de fièvre, il est remis pour recevoir Véronique qui nous arrive le 3 avec une jeune Écossaise polie et gracieuse, mais trop timide pour parler.
Bobby les promène aux Saintes-Maries, à Carpentras, autour du Mont Ventoux, etc… et déjeunent tous les trois chez les Troupel. Bobby nous quitte le 6 au soir et ces jeunes filles vont seules en Avignon par le car et à Nîmes où elles se rencontrent avec les jeunes Troupel, très hospitalières et regagnent Paris le 12.
Mathilde les y suit le 13 et elle s’occupe d’abord de la question de la vente de l’avenue Vélasquez qui, après plusieurs réunions chez le notaire, Maître Thibierge, avec René, Maurice et Olivier Silhol et Monsieur Vanier, ont fini par régulariser l’acte de la promesse de vente.
Mathilde se livre alors au transport des meubles dans trois chambres de débarras et, avec un commissaire priseur, Monsieur Audap, elle fait transporter à la salle des ventes un certain nombre de meubles et d’objets qui sont vendus dans de bonnes conditions.
Cela ne l’empêche pas de préparer dans l’appartement vide, la soirée dansante qu’offrent le 21 octobre 1950 François, Béatrice, Philippe et Georgette, dans les salons vides, mais assez bien arrangés, et encore garnis des lustres achetés par Monsieur Vanier. La soirée dansante, c’était même plutôt un bal en robe longue et smoking, fut très réussie. Cet appartement vide et très grand se prêtait admirablement à ce genre de manifestation. En outre, les organisateurs précités avaient fait appel à un orchestre composé d’une dame très amusante et bonne pianiste, d’un violoniste qui faisait bien la paire et d’une batterie. Je regrette vivement de ne pas disposer de la moindre photo de cette fête. Elle assiste elle-même à la soirée qui attire de très nombreux invités, ce qui lui permet de revoir d’anciennes relations et de constater que la jeunesse a beaucoup d’entrain pour danser.
Elle prend congé de Roger et de Jacqueline qui partent le 23 pour New York sur l’Ile de France. Elle a encore à s’occuper de pas mal d’affaires pour lesquelles elle n’obtient guère d’aide de Monsieur Griffaton et revient ici le 30.
Je la suis bien par la pensée pendant cette absence durant laquelle Edith et Joséphine me gardent fidèlement, les deux enfants de Roger qui se sont bien comportés et ont été une grande distraction pour moi et nous avons les visites d’Hélène Vergniaud avec son petit-fils, d’Emile S. avec Françoise, de Madame Auguste Colomb amenant Madame Louise Roussellier. Mathilde revient de Paris le 30 octobre ; le 9 novembre, nous avons la visite inattendue de Gérard de Rouville avec un cousin et Monsieur Colomb qui se rencontrent avec Jacqueline Pagézy allant attendre leur gendre et leur mari en Avignon; c’est ce même soir que Mathilde va conduire à Nîmes, Eric et Pierre qui, avec la sœur Ursula, prennent le train pour Paris où ils passent une semaine et s’embarquent le 21 au Havre par une véritable tempête qui nous donne beaucoup de soucis surtout au moment de l’arrivée à New York où un véritable ouragan de neige et de vent fait rage, mais eux ne sont même pas malades et arrivent en parfait état où ils trouvent leurs parents installés dans un joli appartement bien situé sur le Central Park, et la correspondance s’établit assez régulière.
Le 15, Mathilde va passer la journée à Montpellier chez Madame Fajon et nous avons ensuite à déjeuner Madeleine Andrée et son petit-fils, Thierry; et quelques jours après le ménage Cormouls, amenant Madeleine et le Ménage Emile S.
Mathilde porte à Nîmes, à la banque Arnaud, le chèque remis par Monsieur Vanier pour le second acompte de la vente de l’avenue Vélasquez et j’en donne une partie à mes filles. Je garde le petit rez-de-chaussée.
Le mois de décembre commence encore plus calme pour nous car nous n’avons plus guère que les visites de Pierre Causse. Edith part le 11 par Avignon où elle prend le train de 12h25 pour Paris où elle loge chez sa nièce de Ravignan pour voir sa belle-mère, qui toujours alitée, la reconnaît à peine et sa belle-sœur, dont le mari va un peu mieux, mène toujours une excellente valétudinaire. Elle profite de ce rapide séjour, favorisé par le mauvais temps, pour revoir ses neveux et nièces tous en bon état et nous revient le 16 par un froid assez vif. Pendant son absence, nous avons à déjeuner les Emile S. qui nous amènent Mesdames d’Olion et Pamard qui sont fort aimables, mais nous sommes absolument seules pour le jour de Noël, forcément assez mélancolique, bien que nous ayons de bonnes nouvelles de tous nos absents et une belle boîte de chocolats des René, partis pour les sports d’hiver en Savoie. Les François et les Coste nous envoient aussi des friandises et nous passons notre dernière semaine à nous livrer à bien des réflexions sur les évènements de l’année, la guerre de Corée rendant l’horizon très sombre et donnant bien des craintes pour la paix générale que l’on voudrait bien voir s’établir.
Durant la longue liste de mes souvenirs personnels, qui n’offrent rien de sensationnel, j’ai peu parlé politique mais je ne m’y suis pas moins beaucoup intéressée en étant toujours instruite des évènements par mon père et par mon mari. J’ai bien pris part aux agitations des affaires Boulanger et Dreyfus, surtout à cette dernière. J’ai eu la chance d’avoir toujours les mêmes opinions que mon mari et nous avons eu la raison d’en parler peu en famille, afin d’éviter les discussions, mais nous n’en avons pas moins beaucoup ressenti les troubles amenés dans la société parisienne.
Celle-ci a pourtant assez vite repris ses allures habituelles et de loin, maintenant, la vie nous paraît avoir été assez agréable jusqu’à la guerre de 1914 qui nous a fait passer des moments bien terribles et nous a fait perdre toute l’élite de notre jeunesse.
Aussi bien, la période qui l’a suivie à partir de 1918 a-t-elle été très différente de celle qui l’avait précédée et bien que le calme ait paru régner pendant les présidences de Monsieur Poincaré, celui-ci donnant confiance pour les finances, Deschanel très connu, Millerand, Doumer et Doumergue et Lebrun, celui-ci dernier Président de la Troisième République, a été remplacé, après la signature de l’Armistice, et tous les bouleversements qui l’ont précédée et suivie, par le Maréchal Pétain qui a pris le titre de Chef de l’État français.
La guerre de 1939 a été épouvantable par sa cruauté et sa barbarie et les progrès de l’aviation l’ont rendue encore plus atroce.
Si notre région n’a pas été parmi les plus éprouvées, elle n’en a pas moins beaucoup souffert des bombardements et nous avons eu à Clausonne même une période d’occupation de 250 à 300 Allemands qui a été fort pénible bien qu’elle se soit terminée sans histoire ni tragédie.
Toutes les trois, nous avons pu tenir bon.
1951
Premier janvier 1951.
Notre déjeuner du jour de l’an est moins nombreux que celui de 1950, d’autant plus que Dagmar, prise d’une bronchite, nous manque au dernier moment et retient auprès d’elle, pour la soigner sa fille Laure. Nous n’avons donc de Brimborion qu’Emile, François et le ménage Northam avec son fils O.K. amené par son grand-père. De Saint-Victor, nous avons Blanche, Gérard et le ménage Christian et, de Nîmes, les Jean Cormouls.
Tout ce monde arrive exactement, et fait honneur au menu : petits pâtés nîmois, ces petits pâtés : petites boulettes de viande entourées d’une petite croûte d’un mauvais pain ont été toujours un objet de grande discussion et une source incomparable de saveur et de contentement. Deux boulangers-pâtissiers de Nîmes Ailliasse et Gouloubert se partageaient nos faveurs. Ce qui est sûr c’est que de ces petits pâtés, on aurait aimé en manger trois ou quatre alors que l’on nous en offrait un et rarement deux. Avec le temps ces petits pâtés sont devenus moins petits. Mais nous rions tous en évoquant cette «entrée» dinde aux marrons, jambon avec salade russe, dominos. La conversation est animée et l’on nous reste jusque vers 4 heures, mais il ne fait pas beau.
Emile m’apporte une superbe boîte d’abricots confits ; j’ai aussi des Calissons et des chocolats et je peux me dire très gâtée, et ma pensées va beaucoup vers les absents. La fin de la journée est naturellement solitaire, mais le lendemain, à 7 heures du soir, Mathilde a la joie d’entendre la voix de Roger qui lui téléphone de New York, où il se dit très satisfait de son sort, les enfants se portant bien et leur installation étant presque terminée.
Les progrès de la science sont vraiment merveilleux et l’on voudrait les voir servir au bien-être de l’humanité plutôt qu’à sa destruction, comme en Corée où les chinois, soutenus par les Russes, font comme les Américains d’ailleurs: des massacres épouvantables.
Nous avons à déjeuner le ménage Raymond de Caseneuve avec les Pierre Causse et leur fils, puis quelques jours après, Madeleine Andrée que sa sœur et son beau-frère viennent chercher à la fin de la journée; puis, le 20, l’arrivée de Roger qui, venu à Paris pour des réunions de l’UNESCO, nous donne son dimanche en débarquant le samedi à 22 heures 22 en Avignon par le Mistral, et en repartant le dimanche soir par Nîmes. Il nous donne force détails sur ses occupations et sur leur existence new-yorkaise qui tout en différant assez de celle de Paris, leur convient néanmoins.
Cette rapide visite est une agréable interruption de notre solitude qui reprend ensuite, bien que nous ayons celle des ménages Poudevigne que Mathilde est allée voir à Domazan, ainsi que Madame Salmat à Aramon.
Je ne me porte pas plus mal, grâce à toutes les précautions que l’on prend pour me préserver du froid, mais je marche de moins en moins et ne sors pas.
Pierre Causse vient assez souvent pour me parler des travaux entrepris au Mas de Mourier, et je lui remets un chèque sur la Banque Arnaud pour achever la plantation de la jeune vigne qui a donné une bonne récolte au mois d’octobre.
Février a été favorisé par un temps assez variable, mais pas trop froid : nous avons eu les visites de Madame Andrée, Amédée, Roussellier avec les Emile Silhol, d’Antoinette de Fleurieu amenant ses trois petits-enfants Lafont, des ménages Cormouls avec une fille, du ménage Christian Silhol avec deux, mais ces dernières je les ai reçues dans ma chambre ayant eu assez de malaises et de douleurs pour faire venir le Docteur Matet qui ne m’a rien trouvé de spécial, mais il m’a conseillé de me reposer, ce que j’ai fait pendant une semaine où il ne faisait pas beau.
Mathilde a pu emmener Madame Chauffard faire une visite à Madame Révoil qu’elle a trouvée très solitaire à Lervannes, mais toujours très accueillante et pleine d’entrain, et elle a eu grand plaisir à parler du passé avec elle.
Quelques jours après, elle se rend à Nîmes pour la vente des missions, où elle entend parler de la grave maladie de Monsieur Pierre Abauzit soigné à Paris à la Fondation Curie, pour un cancer, mais dont ses parents me disent pas un mot.
Dans la maison, le maçon de Nîmes, Monsieur Descombe, commence à réparer la salle de bain du rez-de-chaussée, ce qui marche bien lentement et l’on a le grand évènement de la mort du cochon qui se passe, du reste, très facilement.
François et Béatrice déjeunent à l’Elysée, en petit comité, et André de Rouville est promu Commandeur de la Légion d’Honneur, au retour d’un long voyage dans de très lointains pays.
Le mois de mars peut se partager en deux parties : la première très calme avec un déjeuner avec le ménage Rochette, Emile et sa fille Françoise, le passage des Kléber avec Emmeline, Anne et leurs enfants, et pas mal d’heures solitaires, Andrée allant passer quelques jours à Tamaris d’où elle revient grippée, et l’entrée pour un mois de Lucette Contal, de Sernhac, qui s’acquitte bien de son travail.
Le temps, très variable et encore assez hivernal, nous amène enfin de la pluie si bien que lorsque les enfants nous annoncent leur arrivée pour le 17, nous apprenons que le Rhône, très gros, ayant reflué dans le Gardon, celui-ci a débordé et coupé la route de Tarascon, en sorte qu’il faut les prier d’aller jusqu’à Nîmes ou débarque un premier groupe formé de Véronique, Laurence, Mireille, Ysabel, Thierry et Nathalie ; le lundi, suivent Georgette, Béatrice, Yolande, Jacques et Hubert. Tout le monde se case et la jeunesse s’empare de l’auto pour circuler, assister à des séances de cinéma à Nîmes, visiter Montpellier, Saint-Victor, à une réunion dansante chez Madame Chauffard, suivie d’une autre chez les Mistral Bernard, et ne faire guère que prendre ses repas avec nous.
Nous avons pendant ce temps-là les visites de Gaston de Védrines et ses enfants, Madame André Nègre et Barral, Madame Pichon et ses deux petites-filles, des deux jeunes Martin que viennent chercher Antoinette, conduite par Christian, du ménage Gastambide, dont je connais enfin la femme, des dames Coste et surtout de François, amené en auto par son collaborateur, Monsieur d’Aumale, le dimanche de Pâques, pour le déjeuner. Monsieur d’Aumale part pour Menton et François reste jusqu’au lundi soir où il prend le train à Nîmes pour Paris après 36 heures bien animées par sa conversation et son entrain. Liliane, venue avec lui, nous reste. Le 31 mars, nous souhaitons ensemble les anniversaires de Mathilde et de Yolande, mais le 1er avril, tout le monde a disparu, sauf Véronique qui attend ses parents. Ceux-ci arrivent avec Nicolas le 2 avril, venant en auto de Paris; s’étant arrêtés à Lyon, pour les Amicales de Prisonniers, mais n’ayant pas pu y coucher par suite de la Foire et qui nous restent 48 heures. Ce passage éclair nous fait une transition entre l’animation des vacances et la reprise de notre solitude mais René ne cache pas que les travaux de l’avenue Vélasquez marchent lentement et que sa mère fera mieux de ne pas presser son départ pour Paris.
Nous sommes à ce moment-là très bouleversés par le malheur qui éprouve si cruellement les Pierre Causse avec la mort de leur fille, enlevée à 30 ans, après quelques mois d’une douloureuse maladie, supportée avec beaucoup de courage. C’était une femme charmante, sous tous les rapports, aussi son mari et ses parents sont-ils plongés dans un deuil profond et je trouve Pierre Causse bien courageux quand il revient pour s’occuper des affaires du Mas de Mourier ; sa femme également vaillante m’écrit une lettre bien touchante. Mes filles vont assister à Nîmes à la triste cérémonie et Madame Andrée vient me parler de l’émotion causée à Nîmes et de ses projets personnels de départ pour Paris.
Nous avons aussi à déjeuner le 7 avril, le ménage Rochette avec Monsieur Frédéric Monnier, le 15, Emile Silhol, une grande partie de la journée, le 16, Anne Bérard avec le ménage Henri Grand d’Esnon, mon futur beau-frère. Sur sa carrière militaire voir «Mélodie familiale» et Antoinette Grand d’Esnon, et le 18, à déjeuner, Monsieur le Duc et Madame la Duchesse de Bisaccia qui sont fort aimables et s’intéressent beaucoup à Clausonne. Le lendemain, visite de Monsieur Pierre Causse, très malheureux mais très courageux, et trouvant un adoucissement à sa peine dans les nombreux témoignages de sympathie qu’il reçoit. Il se remet à parler des affaires, du Mas de Mourier, où le 26, il emmène Edith afin de voir le commencement des travaux pour le riz qui présentent pas mal de difficultés et d’ennuis.
Nous avons de meilleures nouvelles de Roger, qui a eu au moment de la visite du Président de la République, Vincent Auriol à New York, une violente grippe américaine dont il se remet très lentement, mais il consent à se reposer. François a eu de ses nouvelles plus favorables par un de ses collègues, retour des États-Unis. Nous n’avons pas de visite pendant cette fin d’avril et Mathilde se prépare à partir pour Paris le 28 ; je fais un tour dans l’avenue et je descends même jusqu’au Griffe qui coule à nouveau après bien des semaines de sécheresse, ce qui me cause un moment de grande fatigue qui ne dure pas. Mathilde s’installe à Paris dans la deuxième chambre du rez-de-chaussée de l’avenue Vélasquez, le reste de celui-ci étant encore plus ou moins à l’état de chantier, comme toute la maison ; elle est la proie des ouvriers, et ne paraît pas beaucoup plus satisfaite de l’activité du nouveau gérant, Monsieur Pillet, que de celle de l’ancien.
Nous retombons dans notre solitude et je célèbre mon 96ème anniversaire en tête à tête avec Edith, et une petite visite d’Antoinette de Fleurieu qui m’apporte de très bons chocolats et se montre satisfaite du rétablissement de la santé de son fils.
Les Kléber me fêtent le 6 avec des bonbons, en déjeunant avec nous, ainsi que les Cormouls qui m’amènent les deux aînés des enfants Causse qui sont très gentils et bien touchants. Après ces journées, les visites sont rares et le temps reste très mauvais.
La correspondance journalière et très détaillée de Mathilde est notre seule distraction, mais après avoir assisté à la soirée très réussie pour les 19 ans de Véronique, elle a bien à travailler pour faire une nouvelle vente, et resserrer dans un seule chambre les contenus des trois chambres de domestiques, et transformer le triste rez-de-chaussée en un très gentil intérieur que tous ses visiteurs admirent.
Elle a le plaisir d’y accueillir et d’y loger Roger arrivant de New York pour assister à une session de l’UNESCO et tous les deux sont contents d’être ensemble jusqu’au 16 juin où Mathilde vient nous retrouver ; mais nous n’avons pas grand chose à lui raconter, n’ayant eu comme visite que Madame Pichon et ses filles et le ménage Le Gras, amené par une dame Danjean. Nous les avons ensuite à déjeuner, ainsi que le ménage Rochette pour se retrouver avec Mathilde.
Avant son retour, nous avions eu l’émotion de l’accident du fils aîné de Pauline Gohain, née Delbet, qui, à deux ans, s’est tué en tombant d’une Jeep ; Antoinette est venue m’en donner des détails, avant de partir pour l’Auvergne, en étant bien émue.
Nous avons fréquemment à dîner Christian de Rouville qui finit son service militaire à Orange, dans un camp près du Rhône. Un rapide passage des Kléber, des ménages Jaureguiberry, Gastambide, des dames Chauffard et Etienne, et Mathilde, conduite par Jacques qui est venu passer une quinzaine de jours, va en Avignon défiler au mariage d’Oléon et déjeuner à Brimborion chez les Emile S. qui nous amènent le dimanche suivant Monsieur de Chancierge, d’Ornano et de Monteynard.
A partir du 15 juin, la chaleur se fait sentir, assez lourde et orageuse. C’est à ce moment-là que le peintre de Nîmes Monsieur Mignon, vient refaire l’escalier en peignant les murs, portes, plafonds, exactement comme ils étaient précédemment et ce travail, exécuté par deux ou trois ouvriers, réussit bien, mais il faut aussi réparer les terrasses, endommagées par les fortes pluies du printemps et avoir recours au plombier et au maçon. La présence de Jacques anime assez la maison, qui reste assez fraîche, mais il part le 11 pour Briançon où il compte passer quatre jours à circuler avec sa bicyclette et nous avons pas mal d’ennuis pour la question du blanchissage. Ce problème du lavage du linge a été l’objet, j’étais présent et je m’en souviens très bien, de nombreuses discussions à ce moment-là. J’ai raconté cet épisode savoureux dans «Et rêver de Clausonne».
Il me faut bien parler aussi des élections qui ont eu lieu le 17 juin après une campagne plus calme qu’on ne le pensait mais on ne peut pas dire que la Chambre ait fini en beauté car les députés ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour ne pas s’en aller et on n’a pas pu obtenir qu’ils réforment la loi électorale très mauvaise. Aussi la nouvelle Chambre ne paraît-elle pas bien différente de l’ancienne et Monsieur Petsch, auquel Monsieur Vincent Auriol propose la présidence du Conseil, demande plusieurs jours pour réfléchir. La guerre continue en Corée malgré une tentative d’armistice qui est longue à aboutir et la situation est toujours troublée partout.
Monsieur Auriol a enfin autorisé la sortie du Maréchal Pétain du Fort de l’Ile d’Yeu où il était interné; il a été transporté dans une maison particulière de Port Joinville, mais son âge et son état de santé ne lui permettent guère de profiter de sa libération; sa femme est auprès de lui.
Quelques jours après, sa mort, attendue depuis bien des mois, met fin à ses souffrances. On l’enterre, provisoirement tout au moins, dans le cimetière de l’Ile d’Yeu et tout se passe avec ordre et calme. Des articles élogieux ou des critiques paraissent dans les journaux, mais gardent dans l’ensemble un ton modéré. Le mois de juillet se passe pour nous, sans événement important; Jacques décommande pour son voyage au Maroc, qu’il devait faire avec les Grand d’Esnon, prolonge celui qu’il a entrepris dans les Alpes d’où il nous revient ravi le 5 août.
Nous avons, dans la deuxième quinzaine de juillet, les visites de Monsieur et Madame F. Pallier qui me fait grand plaisir, de Monsieur Ernest Teissier du Cros, ancien élève de l’école Polytechnique, ingénieur des Tabacs. Il a fait de nombreux séjours en Indochine. Mon père l’aimait beaucoup de Monsieur P. Causse ; le 26 juillet, Françoise Maroger venue dans la région pour le mariage Demangel-Laederich dans les environs de Montpellier, dont elle est enchantée, vient déjeuner et, dans l’après-midi, nous recevons la visite inattendue de Geneviève Bret, amenée par Dominique et Alain Maroger et d’Isabelle Salmon en séjour au grand du Roi, qui ramènent Françoise à Nîmes.
Le dimanche 29, Monsieur et Madame Rochette viennent goûter en nous amenant le père de Madame Rochette, Monsieur Morin, qui était très lié avec la famille Vautre et a connu mon frère André.
Le mois d’août nous apporte un peu de chaleur et de sécheresse, mais ce n’est pas encore le véritable été méridional et, partout ailleurs, il fait en général mauvais.
Pendant tout ce temps, la France est restée sans gouvernement et on a mis plus de 25 jours pour en revenir à Monsieur Pléven qui a fini par constituer un Ministère ressemblant énormément à l’ancien, mais encore plus nombreux et la nouvelle Assemblée Nationale ne vaut pas mieux que celle qu’elle remplace. Il ne se trouve pas un seul homme assez patriote et courageux pour demander la révision de la constitution et de la mauvaise loi électorale qui ne permettent pas le moindre espoir ; on en revient toujours à l’augmentation des salaires et des prix et à la répartition des meilleures places aux gens des partis au pouvoir ; mais je n’ai pas le temps de récriminer puisque deux de mes petits-fils occupent de jolies situations et travaillent de leur mieux. François est Directeur d’Europe au Quai d’Orsay et Roger, Consul Général à New York. René est en voyage au Venezuela et Philippe en Nouvelle-Calédonie. Aussi je ne puis espérer les voir cet automne. Georgette repart avec Hubert et Mireille pour l’Espérou, en nous laissant les deux plus jeunes chez les Teissier du Cros ; elle revient avec l’auto et Hubert pour les emmener le 27 à La Salle au mariage de la quatrième et dernière fille de Monsieur et Madame Pieyre de Mandiargue, ce qui nous vaut le passage rapide de Christine Coste. Belle-sœur de mon père, elle avait épousé son frère Henri mort en 1933, voir «Philippe Coste» Mathilde s’accorde une journée de visites dans nos environs ; elle est toujours très occupée et ennuyée de ne pourvoir compléter notre personnel, ce que je déplore également.
Nous avons toujours un été sans fortes chaleurs, comme nous avions eu un hiver sans véritable froid.
Le mois de septembre qui est pour nous le seul vraiment animé se passe cette année d’une manière satisfaisante et malgré un temps toujours assez variable et plutôt lourd et orageux et un personnel assez restreint, réduit à Andrée, Marcelle, et Joséphine, mais qui se tire assez bien d’affaire.
Nous avons chez nous Georgette et ses enfants moins Jacques et Hubert, partis le 31 août pour remplacer à Uberlingen en Allemagne, Laurence qui arrive le 1er septembre à 5 heures du matin en Avignon où Albin va la chercher, chacun ayant fait dans un sens différent un voyage peu confortable et peu agréable, Béatrice et ses enfants, dont Jacques va passer un certain temps sur la Côte d’Azur chez nos amis.
Bobby nous amène un de ses camarades de l’École des Mines avec lequel il a fait à motocyclette un très beau et intéressant voyage en Allemagne, Autriche et Italie.
François vient nous rejoindre après être allé aux Conférences de Washington et Ottawa pendant que Roger était à son poste, René au Texas et au Venezuela et Philippe en Nouvelle-Calédonie. Ce dernier ne donne que 48 heures au moment du mariage à Frontignan de sa filleule Christiane Bérard et sa femme et ses enfants ne viennent pas du tout.
Nous avons aussi pas mal d’allants et venants. J. Brice de Bary et Amaury de Seynes, Anne Bérard avec son frère aîné et une belle-sœur, Madame Frédéric de Turckheim et une deuxième fois avec le ménage Demarcay, les habitants de Saint-Victor, de Boisseron avec les Kléber, Mesdames Nègre et Barral qui nous apprennent la mort de Madame Desjardin.
Les Michel Seydoux, Cazenove, Pamard, les Max Nègre et Donnedieu de Vabres, les Courtois de Malleville avec Madame Ausset, Odette Pagézy, qui vient déjeuner, le jeune ménage Guy Snollaerts, Jean Snollaerts, Françoise Maroger, Monsieur Lestringant, les Jean Colomb, Mesdames Emile, Daniel et Marcel Coste, Monsieur et Madame Rochette et leur fille, les jeunes Troupel, Lucie Maze, qui fait une grande randonnées en auto avec ses deux plus jeunes filles: ce qui nous fait le 26, une véritable réception car les départs commencent le 28 après avoir fêté les 21 ans de Bobby avec Georgette et trois enfants et le 29, la famille François moins Laurence dans l’auto qui leur a permis de bien circuler pendant leur séjour et quelques heures près, nous voyons paraître dans une auto encore bien plus belle, le ménage André de Rouville qui, avec un chauffeur, fait une tournée de famille.
Toute cette période a été fort animée et nous avons été satisfaites qu’elle se soit déroulée sans accroc de santé ni incident fâcheux.
Notre personnel seul est allé assister à la dernière des quatre journées du Congrès eucharistique à Nîmes qui devait primitivement avoir lieu à la fin de juillet, qui a attiré beaucoup de monde et a été très réussi au point de vue religieux mais n’a pas donné aux commerçants, les satisfactions qu’ils en attendaient. Cela ne nous a pas empêchées de constater que la situation générale n’était pas meilleure en France, que la nouvelle Assemblée Nationale n’était pas plus gouvernable que la précédente et employait tous les moyens pour prolonger la «petite session», pendant laquelle elle ne faisait qu’augmenter les impôts et les salaires jusqu’au début d’octobre.
Le nouveau mois commence par le départ de Mireille et de Laurence, conduites en Avignon par Bobby pour le train de midi 27, la visite de Marie-Louise avec Madame Guttinger, la venue de René appelé à Frontignan par le mariage de Christiane Bérard avec un Anglais et repart le soir avec Bobby et le 6, le baptême à Sagriès du petit Leresche, permettent à Mathilde, emmenée par Emile Silhol, de revoir quelques personnes, Edith ne s’y rendant pas par suite de son deuil.
Cette réunion me vaut la visite de Maurice Silhol qui est toujours pour moi un événement familial fort agréable. Nous continuons à être assez animées par les visites d’Antoinette Pieyre de M. qui revient le 12 déjeuner avec sa cousine de Rougemont, de Madame Delpuech nous amenant son petit-fils Goldet avec sa fiancée, Mademoiselle Barre, d’Avignon, couple fort agréable, d’Antoinette de Fleurieu avec un architecte anglais, des Olivier Silhol et enfin, le30, un déjeuner un peu plus nombreux composé : des Roussellier avec Jacqueline, des Emile S. avec Françoise, un peu par hasard s’y joint Antoinette de Fleurieu, très occupée par les réparations à effectuer à sa nouvelle propriété Piedbouqiet à côté de Boisseron.
Entre temps, Madame André vient passer trois jours et nous avons le passage d’une heure de Jacqueline Pagézy partant pour Paris seule en auto par un temps fort désagréable. Le 31, Edith et Joséphine vont porter des fleurs au cimetière à Nîmes d’où Joséphine repart le soir pour chez elle, ce qui me cause un très grand vide, et le soir, Mathilde va en Avignon attendre sa belle-fille, Jacqueline, à Paris pour un mois ; le «Mistral» a près d’une heure de retard, ce qui est désagréable, mais pendant la seule journée qu’elle nous consacre, nous lui adressons tant de questions qu‘elle arrive bien à nous mettre au courant de sa vie américaine qui lui convient, dit-elle, mais qui me paraît, à moi, un peu dure à cause du climat très rude et de l’agitation perpétuelle qui y règne.
Le 2, Mathilde l’accompagne pour reprendre le Mistral en Avignon à 16 heures; elle en profite pour faire deux ou trois visites avec Dagmar et va prendre congé de Madame Delpuech qui, après un petit déjeuner à Aix, repart pour Paris. Pendant tout ce mois d’octobre, le temps a été très variable et plutôt désagréable avec plusieurs tempêtes du nord ou du midi et un peu de pluie. Il a fallu allumer le chauffage dès le 16 octobre car, bien que la température ne soit pas très basse, l’absence de soleil a très vite refroidi la maison et c’est encore avec de fortes rafales, mais sans une goutte d’eau, que nous recevons à déjeuner, le 6 novembre, Jean Maroger et sa femme qui, cette fois-ci, nous donnent quelques heures tranquilles, remplies par la causerie et les souvenirs de famille. La situation internationale reste toujours fort troublante et les lettres très régulières de François à sa mère ne sont guère optimistes, mais il est toujours plein d’intérêt pour ses affaires et ses témoignages d’affection nous sont bien précieux. C’est sous le régime des tempêtes du nord et du midi que continue le mois de novembre; nous avons, le dimanche, la visite du ménage Cormouls, avec ses deux fillettes, revenant d’Avignon, celle de Mesdames Coste et Pieyre avec le Ménage Lestringant à déjeuner, le vendredi, les Maurice Pallier avec les J. René Silhol et les Cormouls.
Et le dimanche 18, le jeune Goldet vient avec sa fiancée nous présenter le Docteur et Madame Barre qui apprécient fort la bibliothèque. Nous entrons dans la période d’inondations qui désolent la région par suite d’une crue très violente du Rhône et de plusieurs de ses affluents, en particulier la Durance. Un tiers du département du Vaucluse est sous l’eau. Avignon est envahie et dans plusieurs de ses rues, on circule en barque ; Tarascon est également très menacé et le Rhône refluant dans le Gardon, les terres de la vallée sont aussi sous l’eau, et les routes coupées sauf celle de Nîmes, ce qui nous permet d’avoir nos courriers sans trop de retard et d’avoir à déjeuner Madame de Joly et Madame Andrée qu’Edith ramène à Nîmes et la visite tout à fait imprévue d’un Monsieur Couston de Saint-Gilles qui s’étant trouvé hospitalisé comme blessé à Boisseron en 1914, au moment de la mort tragique de Pierre Silhol, tient, en venant voir son fils instituteur à Sernhac, à me parler des souvenirs que lui a laissés cet événement, ce qui m’a bien émue.
À ce moment, les rivières sont en décroissance et le Rhône rentre dans son lit, mais en se retirant, elles laissent encore mieux constater les désastres causés aux cultures, en particulier à celle du riz en Camargue, mais il faut encore s’estimer heureux qu’ils n’atteignent pas l’étendue et la gravité de ceux de la vallée du Pô en Italie qui causent de nombreuses victimes et obligent plus de 200 000 habitants à quitter leurs demeures.
Jacqueline Pagézy nous apprend les naissances d’une petite-fille chez le ménage Monnier et d’un petit garçon chez le ménage Cathala et Madeleine Kléber celle d’un deuxième garçon chez sa fille Anne Mellini.
Le mois de décembre reste avec un temps assez variable et couvert mais pas trop froid et nous avons les visites de Philippe Coste pendant deux heures, le 1er décembre, de Philippe Mirabaud fils de Jacqueline Doll-Mirabaud qui a épousé mon oncle Roger Seydoux en 1943. Voir ci-dessus. Philippe que nous avons vu souvent et avec plaisir est décédé il y a quelques années installé à Nîmes chez Anne Bérard et faisant un stage à Nîmes aux Transports Départementaux. Le 7, les ménages Raoul et Henri Arnaud viennent déjeuner avec Dagmar qui amène Madame Pamard ; Jacqueline Pagézy s’arrête une heure en descendant de Paris, Madame Andrée vient coucher et le lendemain les Maurice Colomb avec Madame Penchinat, viennent la chercher. Le même jour, Cyrille vient de Boulogne sur Mer passer une dizaine de jours de vacances et l’année se termine avec la venue de Jacques qui sous l’uniforme militaire d’E.O.R. nous fait une visite de 36 heures. Il n’a pas mauvaise façon du tout et fait preuve de bonnes dispositions, et celle d’Antoinette de Fleurieu avec sa fille Pauline Gohain.
C’est ainsi que se termine pour nous l’année 1951, qui n’a pas été très mauvaise, mais elle n’a pas été très brillante au point de vue général, la nouvelle Assemblée Nationale se montrant aussi peu gouvernable que la précédente. Tout le monde désire ardemment la paix mais les prétentions allemandes donnent des préoccupations et l’on se demande comment on pourra la maintenir.
1952
La nouvelle année commence par notre déjeuner de famille qui devait se composer d’une vingtaine de personnes et qui, par suite de défections du dernier moment, tombe à 15. Antoinette de Fleurieu et sa fille Jeanine, les Emile Silhol avec Françoise et le ménage Northam, les Christian Silhol et Gérard, les Cormouls, Philippe Mirabaud, se montrent aimables et entrain, me comblant de bien de douceurs.
Janvier se passe plutôt calme et solitaire. Philippe C. Coste s’arrête 2 heures et les Daniel C. Coste le lendemain : une heure, venus pour l’anniversaire de Madame Coste, 80 ans, les Christian S. avec leur petit garçon et le 31, Anne Bérard, amenée à déjeuner avec Philippe Mirabaud.
Un ciel souvent couvert et un vent du nord persistant fort et froid nous amènent, le 24 janvier, une chute de neige assez abondante pour causer de grands dégâts aux arbres et arbustes, etc…pour tous ceux qui ont des feuilles, pins, chênes, lauriers, ces derniers, qui repoussaient bien, sont de nouveau saccagés et le parc offre un triste spectacle et me rend si mal à l’aise moi-même que je suis obligée de faire venir le Docteur Matet. Il ne me trouve rien de grave, mais m’ordonne un traitement de piqûres que vient me faire Madame Souchon à partir du 5 février.
Nous avons les visites, le même jour, de Mesdames Arnaud, Etienne Chauffard ; Le Gras, Rochette, Morin, puis des Daniel Coste et Philippe venus pour les 80 ans de Madame Coste et Emile S. annonçant les fiançailles de sa fille Isabelle avec un Américain. Les temps très froids avec un fort vent du nord m’obligent à recevoir ces derniers dans ma chambre.
François, arrivé à 9 heures à Tarascon le dimanche, repart le soir-même pour Nîmes.
Nous sommes attristées par la mort d’Henri Donnedieu de Vabres qui oblige mes filles à aller à Nîmes pour l’enterrement où elles revoient ainsi quelques personnes.
L’Assemblée Nationale et le Ministère de Monsieur Edgar Faure se débattent dans des difficultés inextricables.
Nous avons toujours quelques lectures intéressantes. Le mois de mars est très calme avec la visite des Gérald de Rouville qui passent une nuit et ne réussissent pas ma photographie. Les Christian Silhol avec leur petit garçon, le ménage P. Gastambide avec leur fille et le ménage Cormouls avec les leurs. La mort d’Ernest Abric à plus de 90 ans, fait que Mathilde va en Avignon de bonne heure le matin assister à la cérémonie où il y a très peu de monde. Roger à Paris pour une dizaine de jours nous donne 36 heures. Philippe M. Mirabaud va le chercher en Avignon où il débarque par le Mistral et le ramène le dimanche soir pour un train qui y passe à 22 heures. Roger est satisfait de sa nouvelle situation à Washington.
Le temps est assez variable et il n’offre pas grand intérêt. Les vacances de Pâques du 6 au 21 avril sont troublées par une maladie subite de Véronique (encéphalite-léthargique) qui fait renoncer René et Geneviève à un projet de voyage en Italie et René nous amène en auto Jérôme et Nicolas qu’ils nous laissent après avoir déjeuné avec M. de Védrines et ses enfants. Georgette et ses quatre plus jeunes arrivent le 6 et sont rejoints un jour ou deux après par Jacques et Hubert. Béatrice débarque par le train avec ses quatre filles, son fils de 16 ans faisant la tournée des châteaux de la Loire avec son ami Léo.
Nous avons les visites de Blanche Silhol et de sa mère, des Maurice de Rouville, de Christian de Rouville, de Monsieur Rewendowski, des jeunes Troupel, d’Antoinette de Fleurieu. Cette animation se clôture, après des départs successifs pendant la semaine de Pâques, par la venue de Bobby et de ses deux camarades Tripard et Roubinet qui s’arrêtent 48 heures en revenant d’une tournée de Nîmes en auto avant de regagner Paris.
Notre solitude est de nouveau rompue le 27 par l’arrivée en auto de René et de Véronique, après un voyage «reposant» mais très rapide en Suisse et dans les Alpes jusqu’à la Côte d’Azur. Il repart le lendemain, mais nous laisse sa fille qui reprend meilleure mine et nous quitte le dimanche 4 mai : ce qui nous empêche de célébrer ensemble notre anniversaire commun.
Le lendemain, Rascalon, plombier, vient faire la réparation du Griffe, changer la conduite, ce qui permet aux deux canons de couler à nouveau, travail qui dure deux à trois jours.
La visite de Mesdames Etienne Fajon et Chauffard n’empêche pas Mathilde et Edith de se rendre le même jour, vers 6 heures, à Antrès, brillant cocktail donné par les Emile Silhol à Brimborion, dont les suites sont fort attristées par la mort de Monsieur Emmanuel Schlumberger, qui nous prive de la présence d’Emile et de Dagmar à un déjeuner où nous réunissions les W. Hérisson, les Rochette et Jacqueline Pagézy, retour du Vénézuela où elle est allée conduire sa petite fille.
Le 18, Mathilde part le soir pour Paris après m’avoir appris les fiançailles de Jacques avec Geneviève Grand d’Esnon, la plus jeune fille de Gaston Grand d’Esnon, et de Viverte Demarçay.
Madeleine Andrée vient déjeuner le 28 recherchée par les Maurice Colomb, et Linette Leenhardt, passer quatre ou cinq jours et le 31, nous clôturons par un déjeuner avec les Roussellier et Leresche, ces derniers arrivent très tard par suite d’un match de tennis. Cela dit sans ironie : «Voilà qui ne m’étonne nullement. M. Leresche était un fanatique de sport et très bon sportif lui-même».
Andrée est partie le matin pour Tamaris, mais Marcelle se tire bien d’affaire.
Pendant ce temps, Mathilde logée à Paris dans l’appartement vide de Jacqueline Pagézy, se félicite du choix de Jacques qui est aussi parfait que possible et Anne Bérard m’apporte de Nîmes ses félicitations.
Madame Leenhardt nous reste quatre ou cinq jours, et le 6 juin, nous avons à déjeuner, Françoise Maroger, pour peu de jours à Nîmes, avec son cousin, Monsieur Molisne, et Philippe Mirabaud.
Le 11, Christian Silhol annonce la naissance d’une fille et Emmeline Cormouls vient me raconter le mariage de sa sœur Noëlle avec Monsieur Volland qui a été béni à Pierrelatte.
Je reçois d’assez nombreuses lettres de félicitations pour les fiançailles de Jacques et suis assez occupée à y répondre.
Le 14 juin, Mathilde revient de Paris et le 25, nous avons à déjeuner Monsieur Stahl, pasteur intérimaire de Beaucaire, avec le ménage Barde et le ménage Bret. Une lettre de Jacqueline Pagézy nous annonce les fiançailles de son fils Antoine avec Mademoiselle Roques de Mont de Marsan.
Le temps est très chaud et très sec. C’est le 19 juin qu’arrivent de Paris les meubles qui restaient encore à Paris dans la chambre de débarras. Comme ce sont surtout ceux de ma chambre de Paris, ils remplacent ceux de ma chambre ici et je retrouve avec eux bien des souvenirs.
À la fin du mois, nous avons à déjeuner un pasteur intérimaire de Beaucaire avec le ménage Barde et le ménage Bret.
Le 2 juillet, Monsieur Teissier du Cros vient chercher Mathilde pour la mener en Avignon au mariage Goldet Barre, qui est très nombreux et brillant ; le 5, les Gérald de Rouville nous amènent à déjeuner une jeune femme hongroise qui s’est échappée clandestinement de son pays et est très touchante à entendre raconter ses aventure ; ils reviennent à la fin du mois pour amener cette fois, Madame Moreau et Mademoiselle Girardet ; Gérald essaie de faire ma photographie qui ne réussit pas.
Le 16 juillet, Madame Delpuech vient d’Aix et se retrouve avec les Rochette, les Le Gras et Philippe Mirabaud et le 20, le passage de Bobby et de ses deux camarades, Tripard et Roubinet qui passent la nuit et qui partent le lendemain matin pour aller s’embarquer à Marseille.
Excellente photo de ces trois garçons, tous trois ingénieurs de l’École des Mines, près de leur voiture :
à bord de laquelle ils ont fait un superbe voyage en Afrique centrale et occidentale. Bobby a un exemplaire de l’album contenant de nombreuses photographies.
Une visite rapide des Emile Silhol qui partent pour Crassier et un petit séjour de Madame Andrée terminent le mois qui a été horriblement chaud, sec et éprouvant.
Le mois d’août, toujours très chaud et sec, a été rempli par la visite de René, Geneviève, avec Jérôme et Nicolas qui, le 6, m’ont amené la 2 cv Citroën que René a obtenue plus vite en la prenant à son nom. Ils passent à peine 4 jours, retournant à leur Moulin par la route de Pérouge, village moyenâgeux. Edith part le 10 pour Lévy, d’où elle revient le 18 et pendant ce temps Françoise Maroger passe cinq jours avec nous qu’elle trouve quelque peu austères et nous quitte pour la Cassagne, ramenée jusqu’à Nîmes par Philippe Mirabaud. Andrée, partie en congé payé, pour Strasbourg, en revient juste pour l’arrivée, le 23, de Georgette avec Ysabel et Thierry.
Pendant ces quelques semaines, nous avons eu à déjeuner Monsieur Rochette avec Philippe Mirabaud, la visite de Jacqueline L. avec Monsieur Christian Monnier, celle du Vicomte et de la Vicomtesse de Rodez avec Monsieur Bourgeois-Renaudin.
Le mois de septembre a été, comme d’habitude, marqué par une réunion d’une partie de la famille, Georgette et une partie de ses enfants, dont la fiancée, Béatrice et ses plus jeunes filles, Jacqueline et les deux petits qui restent un grand mois. Jérôme, Jacques et même François, viennent passer quelques jours à la fin du mois.
En octobre, 1952 nous avons une apparition de Roger, toujours satisfait de l’Amérique. Le 20, Mathilde part pour Paris et le mariage de Jacques a lieu à Versailles le 25 avec beaucoup de monde. Voir «Mélodie familiale» et «Album général». Elle revient le 30 pour recevoir le jeune ménage qui nous consacre trois jours avant de reprendre le chemin de Paris et de Milan où Jacques débute dans une situation à «Minerais et Métaux». Novembre et décembre se passent assez paisiblement malgré un froid assez vif, et surtout à cause d’une très violente tempête de Mistral qui abîme tout et refroidit tout, en particulier la maison. Nous avons le va-et-vient habituel et la visite de Christian de Rouville y vient présenter sa fiancée, Mademoiselle Leenhardt.
1953
Le premier janvier 1953, je réunis autour de ma table encore une vingtaine de personnes, dont le ménage Gérald de Rouville, présidée par François qui nous a fait la surprise d’arriver à huit heures du matin et nous apporte son entrain habituel. Aussi, tous les convives sont ravis et apprécient beaucoup notre menu : petits pâtés, j’ai déjà «causé des petits pâtés», voir plus haut dinde, terrine de foie de volaille, vacherin, et notre journée est plus gaie que nous ne le pensions. François repart vers 9 heures du soir.
La vie reprend son cours habituel, le temps est froid, sec, et bien entendu avec une tempête de mistral. Nous avons les visites de Jean Snollaerts, de Blanche Silhol avec Gérard et notre maison est troublée par la mort de Madame Froment, la bonne de Méger. Celui-ci réclame ses matinées pour pouvoir s’occuper de son ménage. Edith apprend le 30 janvier, la mort de son beau-frère, Pierre de Seynes, et elle part le soir même pour Paris. Son neveu Philippe l’attend à la gare ; la cérémonie a lieu le lendemain et Edith est de retour le 3 février très grippée, pour se mettre au lit où elle passe quelques jours. Le 4, Andrée reçoit un coup de téléphone, lui annonçant que sa mère est très mal et elle part pour Tamaris ; le 14, Marcelle perd sa grand-mère et la maisonnée est bien démontée.
Au milieu de tous ces évènements, nous recevons la visite du ménage Jean Maroger et, en week-end, celle d’Hubert, installé à Montpellier dans la villa Bret. Edith, qui apprend la mort de Madame Raymond Thuret, reprend à peu près son équilibre et ses habitudes et Andrée revient le 21 février.
C’est à cette époque, que la maison Rascalon, transforme en cabinet de toilette, avec lavabo et douche, la penderie derrière la chambre de Georgette.
Celle-ci, qui est venue voir son fils à Montpellier, passe 24 heures ici et repart pour Paris après nous avoir donné des nouvelles d’Amédée Roussellier qui a fait une chute rue de Rome et s’est cassé le col du fémur. Il est tout de suite transporté dans une clinique où on l’opère et il supporte cette aventure avec beaucoup de bonne humeur, tandis que moi qui, un peu plus tard, fais une chute dans le salon, sans rien me casser, n’en souffre pas moins du coup que je me suis donné.
Visite du ménage Michel Pagézy qui revient du Vénézuela et s’installe en Tunisie. Déjeuner avec Anne Bérard, Madeleine Delpuech qui reste deux ou trois jours et Monsieur Lindergard, Pasteur de Beaucaire et le 20 mars, Monsieur et Madame Brunel.
René passe la journée du 21, arrivant le matin, pour repartir le soir et c’est le début des vacances de Pâques avec l’arrivée de Véronique, Michel et sa bonne et celle de Georgette avec ses filles et Thierry et celle de Béatrice avec ses trois plus jeunes filles et toute cette jeunesse nous vaut pas mal d’animation et d’allants et venants.
Monsieur Delpuech avec le ménage Goldet, le ménage Dumas-Lairolle, les Védrines, Randon de Groleu, François Maroger, etc…mais le 12 avril, tout le monde est reparti et le mistral souffle à nouveau avec vigueur.
Nous avons, le 20 avril, la visite d’Elise Maze, très gentille, un déjeuner avec nos relations d’Avignon et nous apprenons par les Roussellier, les fiançailles de leur fils avec Madame Henriette Heugel, divorcée avec trois enfants.
Le 5 mai, nous célébrons toutes les trois mes 98 ans, avec un très bon gâteau offert par le ménage Raymond, ce dont je suis très touchée. Je corresponds avec Véronique, qui est au Texas, emmenée par ses grands-parents Schlumberger, et Mathilde, après être retournée à Montpellier pour le mariage de Monsieur de Beauregard avec Mademoiselle Vivier de Chatelard, part le 10 mai pour Paris où elle passe deux jours et revoit ses enfants et ses amis.
La situation politique est toujours fort peu satisfaisante. Pendant son absence, peu de visites, en dehors de celle du ménage Mellini-Kléber et du ménage Rochette avec Monsieur Morin.
Le mois de juin est également calme. Nous voyons M. Louise R. Marie-Louise Roussellier et sa fille, François Troupel avec sa femme et sa mère.
Le Docteur Matet, qui, après une opération à l’œil revient me voir et me trouve toujours dans les mêmes dispositions. Le ménage Teissier du Cros, qui ramène Mathilde, qui a été passer 48 heures à Valleraugue, vient déjeuner avec les Emile S., Madeleine D., passe deux jours et Madeleine Fajon, Etienne et Madame Chauffard clôturent le 30 juin en venant goûter.
Andrée s’est absentée de nouveau pour quelques jours pour affaires de famille et un peu plus tard pour son congé payé à Strasbourg. Marcelle a pris le sien en mai. Le 2 juillet, un orage pas bien violent amène quand même une effroyable catastrophe en foudroyant sur le tracteur qui rentrait des gerbes au Mas Neuf deux des fils Léoni : Raymond, 23 ans et Yvan, 10 ans. Cette tragédie cause une grande émotion dans toute la région et l’assistance pour la cérémonie du 3 juillet est très nombreuse. Le 4 juillet, visite éclair de Roger toujours satisfait de Washington où il retourne immédiatement pour assister à la conférence. Jacqueline et les petits ne viennent pas pour les vacances. Après avoir eu à déjeuner Madame Delpuech, venue d’Aix, où elle assiste au festival avec les deux Le Gras et les Rochette, Edith part pour l’Allier le 23, où elle fait son séjour annuel chez Monsieur et Madame de Waldner, voit sa belle-sœur et revient le soir du 3 août, juste avant le début de grèves fort pénibles qui atteignent surtout la SNCF et les PTT, et arrêtent tout courrier et tout trafic. Nous étions Geneviève et moi à Valberg près de Nice à un mois de la naissance d’Emmanuel. Effectivement la France entière était bloquée. Mon frère Thierry était à ce moment-là, malade, en pension d’enfants au Chambon. Ma mère n’arrivait pas à lui téléphoner à cause de la grève. Et la fois où elle a pu obtenir son fils au téléphone, elle s’est fait dire par une employée des PTT m’a t-elle raconté: «Madame vous avez assez parlé, je coupe». Bien que le mouvement cherche à s’étendre à bien d’autres secteurs publics ou privés, le gouvernement présidé par Monsieur Laniel, déclare ne pas vouloir céder et la situation reste stationnaire et confuse.
De très violents séismes en Grèce, surtout dans les Iles Ioniennes, causent de très nombreuses victimes. La chaleur est assez lourde et fatigante et la sécheresse est intense.
Le 13, à 10 heures du soir, nous sommes surpris par l’arrivée de Georgette, (qui ne s’annonçait que pour la semaine suivante), avec Hubert, Mireille et Thierry, qui se remet d’une atteinte de congestion pulmonaire, qui l’a atteint pendant son séjour au Chambon, en sorte qu’il faut encore le soigner et le surveiller…
Le lendemain matin, passage en auto de Jacqueline Pagézy, qui, malgré les évènements se rend toute seule à Paris et le 15, visite imprévue de Monsieur Rochette et de Monsieur et Madame Le Gras. Philippe téléphone qu’Ysabel avec des cousins en Bretagne a pu regagner Paris et qui cherche une occasion pour l’envoyer ici.
Depuis presque 15 jours, aucun courrier sauf celui du département, qui est inexistant ;
17 août : la situation est restée la même toute la semaine bien que depuis deux jours, la grève soit officiellement terminée, ni les courriers, ni les trains, n’ont repris leur régularité accoutumée.
Le téléphone et le télégraphe paraissent fonctionner un peu plus normalement et par le premier, François nous a annoncé la mort tout à fait subite au Val Richer de Monsieur Marcel Schlumberger. René et Geneviève avaient renoncé à nous venir voir à la date annoncée, Nicolas étant entré dans une clinique pour être opéré d’un abcès au genou, suite d’une blessure qui s’était infectée.
Béatrice et ses quatre filles sont parties en auto pour Sainte-Maxime.
Thierry continuant à avoir un peu de température, le Docteur Matet vient le voir à deux reprises, et samedi, lui permet de reprendre peu à peu la vie habituelle.
Je profite de sa visite pour me faire ausculter, ce qui n’était pas très nécessaire.
Dans le courant de la semaine, j’ai vu Monsieur Pierre Causse et Amédée Roussellier, installé tout seul à Sagriès.
Georgette et ses enfants circulent pas mal en auto et vont jusqu’à Marignane pour en ramener Ysabel qui a fait son premier voyage en avion, en venant de Paris en deux heures plus une heure et demie de trajet de l’aérodrome jusqu’ici.
24 août : semaine un peu plus animée car, bien que la grève ne soit pas entièrement finie, les courriers reprennent jusqu’à un certain point et les gens se remuent. Mardi à déjeune : Amédée Roussellier et à goûter, Odette Pagézy et les jeunes Crusset et le retour d’Andrée après presque un mois d’absence.
Le mercredi, départ en auto de Georgette, Hubert et Mireille pour aller voir le jeune ménage qui a passé trois semaines à Valberg, Beuil, à 80 kms de Nice, qu’il aide à redescendre à Nice d’où il repart en avion pour Milan, pendant que nous avons ici la visite de Madame Fabre de Thierrens avec son fils Jacques et sa petite-fille et le vendredi à déjeuner, Pierre Causse et Françoise Maroger, et le ménage Gérald de Rouville avec Mademoiselle Girardet.
Georgette et ses enfants arrivent samedi en fin de journée en même temps que Bobby et son ami Tripard, que Méger est allé chercher en Avignon et les deux jeunes gens préparent ici leur voyage en Espagne dans la Juva.
Le temps de plus en plus chaud, est fatigant et la sécheresse est un véritable drame; il faut aller chercher l’eau pour boire au puits de Cabassol.
le 31 août. Je supprime virtuellement cette date isolée.
Le 1er septembre au matin, départ de Bobby et Tripard pour l’Espagne et le lendemain, à 2 heures du matin, Hubert va chercher sa cousine Valentine Coste à Nîmes, que ses parents viennent voir dans l’après-midi. Visites également de madame André Nègre et son petits-fils Barral, avant l’arrivée de Béatrice avec ses filles, moins Laurence, rentrée directement à Paris venant de Saint-Tropez.
Le lendemain, nous voyons Mesdames Planté, Cousin et Schloesing, que Georgette ramène après avoir déjeuné avec elles au Pont du Gard, au bord de l’eau. Le samedi, elle se rend avec tous ses enfants présents au mariage de Mademoiselle Chazel à Valleraugue, d’où elle revient le soir-même, la jeunesse prolongeant jusqu’au lundi. Béatrice et ses filles passent leur temps au Grau du Roi et nous recevons sans elles le dimanche les deux ménages Roussellier puisqu’Hubert vient présenter sa femme, et Gérald de Rouville avec Madame Flotard.
Le 7 septembre c’est le lendemain que mes fille et petites-filles vont à Sagriès à la réception donnée en l’honneur de Madame Hubert Roussellier où il y a pas mal de monde et je me livre à bien des réflexions suer les changements survenus dans la famille, mais la jeune femme est charmante.
Assez d’animation les jours suivants avec à dîner Jean Cormouls et son frère; à déjeuner le ménage Dumas, L. Donnedieu de Vabres ; le passage des Volland Kléber et surtout le samedi à déjeuner, les Franck de Turckheim avec un petit garçon à goûter, Madame Barral, conduite par son fils, Antoinette de Fleurieu, avec les Lafont et le frère de Jacques et les Jean Maroger.
Le 14 septembre, nous apprenons la naissance chez Jacques à Milan d’un beau garçon que l’on nomme Emmanuel, la jeunesse se rend à Rousson, Saint-Victor, au Mas de Coste, et enfin à un mariage à Grasse. Le mardi soir, Georgette les accompagne à Tarascon à une soirée dramatique donnée dans le château qui, malgré un peu de pluie intempestive, est très réussie. Nous recevons Jean Troupel et Hervé Martin, Mesdames André Hérisson, Valette-Viallard, Robert de Barbentane avec ses enfants et Pierre Gastambide. Le jeune Vincent Chazel, neveu de Philippe, vient passer quelques jours. Il parle peu mais écrit ensuite une fort gentille lettre.
Son frère aîné vient déjeuner le dimanche.
Le 21 septembre, visite matinale le lundi de Madame Pichon et ses deux filles. À déjeuner : Hervé Martin, les jeunes Troupel qui jouent au tennis ; la venue imprévue de Françoise Maroger, de Madame Leven, de Monsieur Emile Coste, sûrement pas, mon grand-père étant mort en 1945. Je pense qu’il s’agit de ma grand-mère Mme Emile Coste , de Monsieur Daniel Coste et le samedi de Madame Louise Roussellier et sa fille, avec ses deux enfants, venant passer une heure.
Georgette, désireuse de rentrer à Paris par Milan, en auto, ne recevant pas le passeport d’Ysabel, et effrayée par le mauvais temps encore pire en Italie, rentre directement le dimanche matin en s’arrêtant pour la nuit à Saint-Etienne avec Hubert, Mireille et Ysabel. Méger et moi conduisons Thierry, Anne et Yolande en Avignon pour le train de 13 heures dans lequel ils s’embarquent sous la surveillance d’Hervé Bazin. Grand auteur, c’est vrai. Présent dans ce train pour surveiller ces enfants me laisse un peu rêveur.
L’arrière arrière-grand-mère, l’arrière grand-mère et la grand-mère de ce nouveau né sont félicitées. La mère est tout simplement oubliée, ce qui, à l’époque, nous a bien fait sourire elle et moi.
Mon arrière grand-mère est enterrée dans le cimetière protestant à Nîmes.