Je suis le seul rédacteur de ce texte dont l’essentiel concerne ma femme, Geneviève Grand d’Esnon, 1928-1991, nos enfants, nos petits-enfants. Ses parents déjà évoqués en 13, sont présents également.
Navigation chronologique
1839 - 1930
1839 - Général Demarçay (1722-1839)
Demarçay est le nom de famille de ma belle-mère Geneviève/Vivette.
Voici son arrière- grand- père.
Le détail ci-dessous de sa carrière m’a été envoyé par mon neveu Thomas Flichy. Merci à lui.
«Né à Mortaizé (Vienne) le 11 août 1772, élève sous-lieutenant à l’Ecole d’artillerie de Chalons le 1er mars 1792, lieutenant le 1er septembre suivant, il servit à l’armée de la Moselle en 1793, puis à l’armée du Nord (1794-1795), assista au siège de Landrecies et fut blessé à celui du Quesnoy. Nommé chef de bataillon à titre provisoire le 20 juillet 1794, on le trouve aux différents sièges de la région du Nord, à Valenciennes, à Maestricht, à Grave, et Gertruydenberg. Confirmé dans son grade en mai 1795, il passe alors à l’armée du Rhin, sert au franchissement du fleuve, et, en novembre 1796, à la défense de Kehl. Il fit en 1798, partie de l’expédition d’Orient, fut à la prise de Malte et à celle d’Alexandrie, se trouva aux batailles de Cheibress et des Pyramides mais fut fait prisonnier sur les côtes de Sicile alors qu’il rentrait en France. Mis en liberté sur parole, il fut adjoint à l’inspecteur général Saint-Rémy, servit devant Philippsbourg, fin 1799 et fut envoyé à l’armée d’Italie d’abord comme sous-directeur (mars 1800) puis commandant de l’artillerie de la division Chambarlhac. Il combattit à Marengo et, quelques jours plus tard, fut promu chef de brigade. Directeur de son arme à Turin puis à Mantoue (1801), commandant du cinquième régiment d’artillerie au camp de Saint-Omer en 1803, puis fin août 1805, servit sous Lariboisière au quatrième corps de la Grande Armée, se trouva à Austerlitz et fut promu commandeur de la Légion d’honneur le 25 décembre 1805. Son état de santé l’ayant obligé à quitter la Grande Armée, il alla prendre à Metz le commandement de l’Ecole des élèves d’artillerie et du génie, puis en mars 1807 passa au service de la Hollande.
Il y devint général-major, premier inspecteur de l’artillerie et du génie du royaume. Rentré au service de la France comme colonel le 10 juillet 1808, il commanda l’artillerie à Perpignan, mit en état de défense les places des Pyrénées et commanda l’artillerie du corps de Catalogne, sous Gouvion Saint-Cyr. Baron de l’Empire le 10 septembre 1808 («écartelé; au premier au I d’argent à une pyramide de sable, au 2 de gue. A l’épée haute d’argent en pal; au 3 d’azur à une tour crénelée d’or, ouverte et ajourée de sable; au 4 d’or bélier de siège posé de fasce, attaché de sable»), directeur du parc d’artillerie du septième corps, il fut nommé directeur de son arme à Livourne puis à Zara, mais ne put rejoindre en raison de son état de santé qui le fit admettre à la retraite le 25 janvier 1812.
Retiré à Mortaizé, il prit aux Cent jours le commandement de la Garde nationale de Poitiers, ce qui lui valut d’être arrêté au retour des Bourbons. Elu député de la Vienne le 11 septembre 1819, il siégea à l’extrême gauche, défendit la validité de l’élection de l’abbé Grégoire, prit la défense de Manuel lors de son expulsion de la Chambre et en toutes circonstances se montra un adversaire déterminé du régime: «Je ne suis pas ici, dit-il dans la séance du 7 mars 1820, pour défendre les intérêts du trône, mais ceux du peuple».
Il ne fut pas réélu aux élections de 1824, il revint à la chambre le 21 avril 1828, vota l’adresse des 221, approuva la résolution de 1830, mais il ne tarda pas à se ranger dans l’opposition qui combattit les ministres dits «de résistance». Réélu député de la Vienne le 5 juillet 1831, en 1834, en 1837 et le 2 mars 1839 il continua sa politique d’opposition et mourut à Paris le 21 mai suivant.»
1869 – Mon grand-père Coste et ses deux sœurs
Photographie d’un tableau conservé Villa Malesherbes des trois enfants de mes arrière- grands-parents : Gustave Coste 1830-1918 et Marguerite de Billy 1835-1919.
Les trois enfants sont :
Louise (1858-1882) devenue Teissier du Cros
Juliette (1860-1960) devenue Beigbeder, que j’ai vue une fois en 1945 à Pau où elle résidait.
Emile, mon grand-père, né le 15 février 1864, mort le 8 janvier 1945. Il a épousé en 1893 Juliette Bovet 1872-1958.
Ces différentes personnes sont bien sûr décrites dans l’excellent récit (MB) de 1971 de Tante Marguerite Bonnet, sœur aînée de mon père.
Gustave Coste, le général, mon arrière- grand-père, avait pour frère Jacques Coste, né en 1827 et mort en 1871, dont les descendants sont nos cousins Coste: Alain, Denis, Françoise de Maleprade et Pierre.
1882/1886 – Mathilde Fornier de Clausonne
Ma grand-mère Mathilde Fornier de Clausonne devenue Seydoux, née en 1880. Elle a deux ans.
C’est la première photo de cette dame.
1886
Et la voici à six ans
1890 – Mon arrière grand-père Auguste Seydoux
Auguste Seydoux, père de mon grand-père Jacques.
Il est né au Cateau, près de Cambrai, le 22 septembre 1836. Il est licencié en Droit en 1859. Attaché d’Ambassade à Saint-Pétersbourg en mars 1861, nommé à Stuttgart en septembre 1862, à Constantinople en septembre 1863, à Vienne en juillet 1865, à Londres en septembre 1865, devient secrétaire de troisième classe et est nommé à Stockholm en janvier 1867, à Florence (légation d’Italie) en août 1868, à Berne en juin 1870.
Il est mis en disponibilité sur sa demande en avril 1871. Il meurt en 1890.
Il épouse Anne Sers : 1847-1916.
Patrick Olivier, marié à une Seydoux, fondateur de l’Association Seydoux, passionné de généalogie alors que professionnellement il vendait des produits chimiques, a fait déchiffrer et taper à la machine quelques lettres de cet arrière-grand-père à sa sœur Louise devenue Barbentane, morte en 1909 et numéro 16 de l’annuaire Seydoux. Ces lettres sont Villa Malesherbes.
Auguste et Anne ont trois enfants:
Jacques (1870-1929), mon grand-père,
Roger. Voir MF 1892
Marthe, épouse Clermont. Voir AFS.
1892 – Ma grand-mère Mathilde Fornier de Clausonne
Elle a ici douze ans. C’est cette photo qui est présente dans le montage des sept cousins germains page suivante.
Janvier 1892 – Des cousins germains … de ma grand-mère Seydoux
Photo montage, tirée en 1892, de cousins germains
En (1) ma grand-mère Mathilde de Clausonne. Elle a douze ans.
Bernard Pagezy, (*) Christian Silhol (**) et Simone Guttinger m’ont apporté leur aide bienveillante pour les autres visages.
Les trois garçons du centre sont les enfants de Louis Silhol:
(3) Jacques, (4) Maurice et (5) Emile Silhol.
Les charmantes petites filles à droite sont les enfants d’André Silhol:
(6), Madeleine et (7), Antoinette.
Je peux donc conclure que (2) est ma tante Edith, née le 11 avril 1890, sœur de ma grand-mère Mathilde en (1).
Je précise pour mes enfants et petits- enfants que mon arrière- grand-mère Elisabeth Silhol, Louis et André étaient frères et sœur.
Il manque sur cette photo:
Jacqueline (1892-1992), fille d’André,
Pierre, fils d’André, né en 1904, atteint de tuberculose osseuse, mort à Boisseron d’une chute avec fracture du crâne en 1914, à dix ans;
Olivier (18..)-19.., dernier fils de Louis.
Nous retrouverons la plupart de ces personnes dans les pages qui suivent.
(*) AG 2000
(**) AG 2002: Christian et Nicole Silhol à Saint-Victor.
1892 – Mon grand-oncle Roger Seydoux
Roger Seydoux, frère de Jacques mon grand-père.
Il épouse Marie Bourlon de Sarty.
Ils ont trois enfants:
Hélène (1907-2004), épouse Vin,
Marguerite (1901- 1942), épouse Snollaerts,
Voici sa biographie rédigée par son petit- fils Roger, et tirée de l’annuaire 2003 de l’AFS:
«Aînée des trois enfants de Roger Seydoux et Marie Bourlon de Sarty, Marguerite Seydoux est née en 1901 à Paris 8è.
Son père polytechnicien (X, Ponts) meurt en 1907 à 35 ans seulement, laissant trois très jeunes enfants de six, quatre et un an.
Ils sont élevés par leur mère au château de Séridos dans les Landes, une demeure construite par leur père sur un domaine familial provenant de leur grand-mère Sers.
Marguerite révèlera très jeune des aptitudes artistiques pour la musique (piano), la peinture et la poésie. Elle avait été pressentie pour une carrière de concertiste.
A vingt et un ans elle épouse Francis Snollaerts, de nationalité belge et s’installe avec lui au château de Perchède (Gers).
Ils auront quatre enfants.
Elle meurt prématurément en 1942, au terme d’une longue maladie.»
Pierre 1903-1948.
Pour Séridos voir AG 2000.
La descendance de Roger Seydoux est indiquée dans AFS.
Pendant l’été 1945 et à Pâques 1947 j’ai eu le privilège de séjourner à Séridos chez Tante Marie. J’en garde un excellent souvenir. Elle était une très bonne pianiste. Dans le petit Séridos où elle m’a reçu, il y avait un beau piano à queue sur lequel nous avons joué souvent à quatre mains. Vivaient à Séridos, son fils, oncle Pierre cité ci-dessus et sa petite-fille Irène devenue Pinon.
1893 – Mes grands-parents Coste
Mes grands-parents Emile et Juliette Coste née Bovet.
Ils se sont mariés en octobre 1893.
Mon grand-père avait vingt-neuf ans et ma grand-mère vingt et un.
Mes grands-parents sont longuement décrits dans le récit de Tante Marguerite (MB) et dans «Ceux du Mas de Coste» (CMC)
1894 – Alfred et Juliette Bovet
Voici les parents de ma grand-mère Coste, née Bovet.
Les détails sur cette famille sont donnés par Tante Marguerite dans son récit MB pages 28 à 34. De ce grand-père Tante Marguerite écrit beaucoup de bien: très musicien et très cultivé. Sa femme, Juliette est née Peugeot.
Tante Marguerite insiste sur la passion de cet aïeul pour Wagner et ses opéras. Il y avait d’ailleurs un tableau de Wagner dans le salon de leur maison de Valentigney.
Alfred et sa femme étaient des familiers et peut-être même des amoureux des festivals de Bayreuth. J’ai retrouvé avec plaisir traces de leur passage dans cette ville fameuse, dans un très bon livre sur Wagner écrit par un musicologue réputé de la fin du XIXe siècle: Lavignac. A la fin de son livre écrit en 1897, l’auteur dresse la liste des Français qui sont venus à Bayreuth. Bovet y figure souvent. J’y ai retrouvé aussi les noms Seydoux et Coste.
1895/2 - Réunion familiale à Andron - explications
Mes prédécesseurs ont rarement daté les photos qu’ils gardaient! Ici j’ai de la chance car au dos de cette photo, particulièrement bonne, sont inscrits les noms des présents et c’est eux qui me permettent de conclure que nous sommes en1895.
Trois visages me sont familiers.
Sous son canotier, Eugène Demarçay (1852-1902) Cf voir Livre N°4, père de Vivette et donc grand-père maternel de Geneviève, brillant homme de sciences, partenaire de Pierre Curie. Spécialiste des terres rares, il a découvert l’europium. Il existe une biographie très complète de cet aïeul dans mes archives. En octobre 2003, Joseph de Carayon Talpayrac m’a adressé copie d’un article anglais ou américain récent sur cet aïeul.
La petite-fille assise sur les genoux d’une inconnue pour moi, mais nommée au dos de la photo, est sa fille Vivette Demarçay, ma future belle-mère. Elle doit avoir cinq ans. Je la cite souvent dans ce récit.
Et le jeune homme au regard pensif et à la tête inclinée est oncle Charles Bérard, beau-frère du Demarçay précité, qui épouse sur le tard Anne de Turckheim, célèbre sous le nom de Tante Anne . Voir AG 1969. Charles est né en 1878 et meurt en 1943. Je l’ai vu une fois à Nîmes pendant l’hiver 1939-1940. Il était venu avec Tante Anne à Clausonne rendre visite à «ces dames» et m’avait ramené en voiture quai de La Fontaine où j’habitais. Il était coléreux et fin, le ménage était solide et Geneviève les aimait beaucoup l’un et l’autre.
Tante Anne, m’a dit Geneviève, se rappelait très bien et aimait raconter les voyages qu’elle avait faits avec son mari en particulier aux Indes néerlandaises et au Spitzberg. Ma belle-sœur Marielle ajoute que ce ménage Bérard avait également visité Bali et Damas, et qu’en 1939 ils préparaient la traversée de l’Afrique, du Caire jusqu’au Cap.
Eux-mêmes à cette époque (1939) vivaient soit 4 rue de la Couronne à Nîmes, hôtel classé du XVIIe siècle, soit dans leur propriété d’Andron (dans le village d’Aimargues à quelques kilomètres de Nîmes) que Geneviève aimait beaucoup. Cette maison est devenue propriété de la fille d’oncle Marc, Camille Demarçay de Carayon Talpayrac et s’est trouvée, conséquence du modernisme, entourée d’autoroutes. Elle a pu finalement être vendue. L’immeuble de la rue de la Couronne est propriété des enfants Luze.
Tante Anne a été d’une grande fidélité vis-à-vis de sa belle-famille. Elle est décédée en 1971. Elle était venue nous rendre visite à Milan en 1956
Au dos de la photo, les noms de tous: de gauche à droite
- Marguerite Bérard 1862-1929
- Jeanne Demarçay née Bérard 1864-1933
- Charles Bérard 1878-1943
- Simone Bertanet née Bérard 1888
- Clarisse Bérard née Vincens 1836-1925
- Vivette Grand d’Esnon née Demarçay 1890-1978
- Eugène Demarçay 1851-1903
- Marguerite de Daunant née Vincens 1837-1927
1895/3 – Vivette Demarçay
Cette enfant souriante est Vivette Demarçay, ma future belle-mère, fille d’Eugène Demarçay.
Elle naît en 1890, la même année que Tante Edith Fornier de Clausonne devenue Thuret. (Voir MF 1910 et 1919), et Tante Madeleine Silhol devenue Kléber *. Ma belle-mère aimait beaucoup parler de ces deux dames qui étaient pour elle des amies.
1900/1 – Alfred Silhol
Alfred Silhol: il épouse en 1853 Mathilde Fornier de Clausonne (1834-1919).
Sa fille Elisabeth est mon arrière-grand-mère. En pages 19 et 23 de son Journal elle écrit toute sa peine de la mort de ses parents.
Alfred Silhol était industriel à Saint-Ambroix (Gard). Il a été Président du Conseil Général et Sénateur du Gard. Il meurt en janvier 1912.
Le ménage aura trois enfants:
Louis, père de Jacques, Maurice, Emile, Olivier.
Elisabeth, mère de Mathilde, Maurice mort à la naissance et Edith.
André, père d’Antoinette devenue Delbet puis Fleurieu, Madeleine devenue Kléber, Pierre mort à dix ans et Jacqueline devenue Pagezy. Voir AG 1980.
1900/2 – Les deux sœurs Fornier de Clausonne
Bonne-maman Mathilde: elle a vingt ans.
Et voici Tante Edith: elle a dix ans
1907/1 – Quatre enfants Demarcay
Vivette Demarçay
Vivette, Sabine et Philippe
Sous son immense chapeau, Vivette Demarçay, ma future belle-mère. Elle est très jolie.
A côté d’elle, debout, sa sœur Sabine, épouse Jaureguiberry, mère d’Inès épouse Lassence, Miren épouse Wilhelm et je crois Claude, décédée en 1969, épouse Cazenove. Cette tante avait des idées très arrêtées sur la plupart des sujets.
Accroupi, leur frère Philippe resté célibataire. Aucun des familiers interrogés n’a pu me dire à quoi il a occupé son temps. Peut-être a t-il tout simplement vécu de ses rentes.
Manque le numéro quatre, oncle Marc, père de Camille de Carayon Talpayrac.
Pas de photo de lui de cette époque. Plusieurs photos de lui dans AG 1938.
1907/2- Pierre Silhol
Deux photos de ce charmant garçon, fils d’André Silhol. Il naît en 1904 et meurt en 1914. Dans son Journal, mon arrière grand-mère Elisabeth, sœur d’André et donc tante de Pierre ci-dessus, écrit:
«Il souffrait d’une coxalgie. Ce jour-là, il jouait à Boisseron avec des camarades, fit une chute si malheureuse qu’elle amena une facture du crâne. Le soir même tout était fini». Pour tous, le chagrin a été affreux. Elle raconte aussi dans ce même journal : «La visite (en 1951) tout à fait imprévue de Monsieur Couston de Saint-Gilles qui s’étant trouvé hospitalisé comme blessé à Boisseron en 1914 au moment de la mort tragique de Pierre Silhol, tient, en venant voir son fils instituteur à Sernhac, village proche de Clausonne, à me parler des souvenirs que lui a laissé cet évènement, ce qui m’a bien émue».
Pierre Silhol avait pour sœurs, Antoinette, Jacqueline et Madeleine citées dans ces pages.
1910/1- Le général Grand d’Esnon et sa femme
Le général Charles Grand d’Esnon, quatrième baron Grand d’Esnon, père de mon beau-père et sa femme née Gabrielle Velay. Le général est né le 3 février 1850 et mort au combat le 22 septembre 1914. Il était à la retraite depuis 1910 et s’était réengagé en 1914.
Cette photo est prise à la Chastellerie, grande maison, très grande, riche de nombreuses pièces bien proportionnées, bâtie sur une falaise des environs de Houlgate face à la mer. Geneviève et moi y sommes allés quelquefois avec nos enfants quand cette maison est devenue propriété de Roger. Il l’avait bien transformée pour la louer. Elle a été vendue. Voir AG 1910.
Sa carrière est retracée ci-dessous (merci encore une fois à Thomas Flichy).
Admis à Polytechnique le 1er novembre 1870, il fut employé pendant le siège de Paris comme sous-lieutenant auxiliaire auprès du Général Duboys-Fresney, puis suivit, en janvier 1873 les cours de l’Ecole d’Etat-major d’où il sortit breveté en décembre 1874. Il fit carrière dans le service d’Etat-major.
Après avoir effectué les stages réglementaires dans divers corps, il passa capitaine en 1878, fut aide de camp du Général Munier, Inspecteur Général de l’Infanterie et entra, en avril 1886 au premier bureau de l’Etat-major général de l’armée. Il y fut nommé chef de bataillon en 1890, le quitta le 10 juillet 1892 pour effectuer un temps de commandement au 76ème 5.1 et y revint en octobre 1894. Lieutenant-colonel en 1897, muté au XXe corps à Nancy où il exerça des fonctions de sous-chef d’Etat major du 3ème corps à Rouen, Général de brigade le 27 septembre 1906 et maintenu dans son emploi jusqu’au 19 octobre, il reçut le commandement de la 67ème brigade d’infanterie et des subdivisions de Saint-Gaudens et de Toulouse. Admis à la retraite le 20 février 1911, il reprit du service à la déclaration de guerre, à la tête de la 149ème brigade de réserve, rattachée à la 75ème division de réserve. Il était officier de la Légion d’honneur. Il meurt pour la France le 22 septembre 1914 à Vigneulles-les-Hattonchâtel (Meuse).
1910/2- Jacques Seydoux
Mon grand-père maternel.
Son fils François et le professeur d’histoire, Jeannesson ont rédigé des articles très complets sur lesquels je me suis appuyé pour écrire une courte biographie sur mon grand-père, destinée à l’Annuaire Seydoux AFS. Voir aussi «Jacques Seydoux 1929».
1910/3 - Gaston Grand d’Esnon
Mon beau-père Gaston Grand d’Esnon, né en 1887, il a ici 23 ans.
Le nom Gaston Grand d’Esnon est écrit par Geneviève.
Le voici ci-dessous à dix sept ans en 1904.
Bien entendu voir AGE.
1910/4 – Tante Edith (1890-1965)
Elle a ici vingt ans.
Elle était jolie, très jolie, et adorée par sa mère, mon arrière-grand-mère.
Les deux sœurs Mathilde et Edith avaient des intelligences opposées.
A cette époque Edith fait beaucoup de piano. J’ai hérité de partitions de musique de Debussy qu’elle a dû jouer. Debussy était moderne. Jamais mes deux grands-mères ni tante Edith ne m’ont parlé de ces études de piano.
M’ont parlé d’elle avec émotion, ma tante, Madeleine Kléber, et ma belle-mère: ces trois dames, nées toutes trois en 1890, sortaient ensemble, dansaient, allaient à l’opéra. En ce temps là, c'est-à-dire avant la guerre de 1914-1918, tante Edith a peut-être connu quelques moments heureux.
J’ai écrit quelques lignes sur cette charmante personne dans «Et rêver de Clausonne». Nous avions, c’est vrai, peu de contacts avec cette tante, parce qu’elle nous effrayait, parce ce que nous étions timides et irrespectueux. Elle aussi était timide. Je regrette d’avoir en mémoire si peu de son message sur cette terre.
Mais elle fut pendant la guerre 1939-1945 suractive dans le travail de la laine. Pour tous ses neveux et nièces elle a tricoté force chandails, force chaussettes. Tout cela nous a été fort utile. Un grand merci à cette chère tante.
1912 – Vivette Demarçay
Ma belle-mère était très jolie ce qui se devine assez bien sur cette photo. Chose étrange elle a de mon vivant, si je puis dire, toujours porté des lunettes. Ici, elle n’en a pas. Mystère. Elle m’a bien dit un jour qu’elle n’avait porté des lunettes qu’après son mariage – séduction oblige – et que, et le rapprochement m’a amusé, «C’est grâce à mon mariage que j’ai découvert les lattes de parquet»! Elle était extrêmement myope.
Je l’ai découverte en 1940 à Nîmes. (MF 1940). Elle avait alors cinquante ans. Elle me laisse le souvenir d’une personne très gaie, très allègre.
Voir Livre 13
1915/1 - Ma belle-mère et Béatrice
Ma belle-mère Geneviève Grand d’Esnon. Elle a été très tôt surnommée Vivette. Je ne l’ai jamais connue que sous ce nom. Elle était d’une très grande vivacité. Et en plus, charmante.
Ma belle-sœur Béatrice née le 12 mars 1915 est ici dans son berceau sur les genoux de sa mère. On est le 2 avril 1915.
Au dos de la photo est écrite de la main de mon beau-père l’adresse suivante: 1 rue de Messine. J’ai essayé, mélangeant mes souvenirs et les informations de Béatrice, Roger et Marielle, de déterminer à quelle date mes beaux-parents se sont installés à Versailles, 9 rue Colbert. Provisoirement. Dans un petit trois cents mètres carrés, que j’ai bien connu, donnant sur la place d’Armes. Les avis divergent. Chantal Grand d’Esnon indique 1916. Gabrielle de Gineste 1918. Je pense que 1916 est plus exact car Geneviève m’a toujours dit que ses parents s’étaient installés à Versailles au début de la guerre.
Ils se sont installés dans ce quartier de Versailles pour être près de la sœur de mon beau-père, tante Madeleine devenue Gineste, installée 4 rue Carnot. Vivait également dans cette ville une grand-mère Grand d’Esnon.
1915/2- Jacques Silhol
Un grand monsieur. Docteur en droit et riche de plusieurs autres diplômes. Il voulait être avocat. Il a échangé une longue correspondance pleine d’intérêt entre 1902 et 1915 avec le Maréchal Lyautey, ami de son père, le général Louis Silhol. Ces lettres ont été regroupées en un livre. Bonne-maman Mathilde, sa cousine germaine, me l’avait fait lire en 1947 lors d’un court séjour à Clausonne. Elle m’a parlé plusieurs fois de ce cousin germain et chaque fois avec émotion.
J’ai demandé à son neveu Christian Silhol (AG 2002) de me prêter ce livre que j’ai fait photocopier. Il est Villa Malesherbes. Il vaut vraiment la peine d’être lu.
Jacques Silhol, capitaine d’infanterie est mort au combat en 1915. Il avait trente et un ans.
De ce recueil de lettres j’extrais les lignes qui suivent :
Page 270. On est en 1911. Il écrit :
« Il faut lancer cette idée que le terrain est prêt, que nous ne voulons pas la guerre de revanche étroite et sans lendemain qui renouvellerait l’erreur de Bismarck mais que nous devons régler définitivement la question de notre frontière de l’Est et du conflit franco-allemand par une Alsace neutre ».
Dans sa réponse Lyautey lui donne parfaitement raison. L’idée de la revanche avait, à cette époque là, disparu.
Page 315. On est en pleine guerre. L’horreur de ce qu’il voit lui fait écrire ce qui suit à ses parents :
« J’ai l’âme envahie d’un véritable désespoir de vivre au contact de toute cette misère, de toute cette barbarie. Il me faut toutes les raisons que j’ai ruminées depuis plusieurs années en prévision de ce conflit et l’espoir de vous revoir pour me donner le courage de traverser ces horreurs, sans chercher la première occasion de me faire tuer pour ne plus voir cela. Moi qui aurais tant voulu répandre le bien et l’amour autour de moi, être condamné à vivre cette vie de haine et de destruction ! ».
Il écrit encore :
« Si je souhaite vivre jusqu’au bout de ce cauchemar c’est parce que je crois de toutes les forces de mon être qu’un ordre nouveau lui succèdera, d’où les atrocités que nous vivons seront bannies. Illusion peut-être, mais comme le disait Socrate, « c’est tout de même une belle illusion ».
Les circonstances de sa mort sont écrites dans les pages 317, 318, 319.
Jacques Silhol était le frère :
De Maurice, que je n’ai pas connu, et dont bonne-maman Elisabeth dans son journal dit qu’il a été blessé et fait prisonnier au cours de l’affreuse bataille de Charleroi en 1914.
D’Emile, père d’Isabelle, Béatrice, Laure et Françoise que mes frères et moi avons souvent vu à Clausonne et rue de la Faisanderie.
Et d’Olivier, père de Gérard, Christian, (Voir AG 2002) Aliette (Voir AG 2004) et Jean-Louis, que nous avons vu souvent à Paris et à Saint-Victor.
Nous aimions beaucoup ces deux oncles et leurs familles.
1915/3 – Gaston et Vivette Grand d’Esnon
Mes beaux-parents. Printemps 1915. Où? Je n’en sais rien.
Mon beau-père vient de s’engager, après avoir été réformé
Son frère Roger, officier, était décédé de maladie à Verdun en 1908.
Son frère Henri est tué dans le Brabant le 19 août 1914.
Son père, général à la retraite, réengagé dès les premiers jours du conflit, est tué le 21 septembre 1914.
Son frère William, exploitant agricole en Argentine, rentre en France à la déclaration de la guerre, s’engage et sera tué le 25 septembre 1915 dans le Pas-de-Calais.
1916 – Baron Grand d’Esnon
Nous sommes en février.
Mon beau-père, en permission, avec dans ses bras sa fille Béatrice née en mars 1915.
1917 – Baronne Grand d’Esnon
Ma belle-mère, la baronne Grand d’Esnon (1890-1978). Cette photo est prise, je pense, dans la maison de Houlgate.
Le nom de Vivette Grand d’Esnon au pied de la photo, qui n’apparaît pas ici, est de la main de Geneviève.
1918/1 – Baron Grand d’Esnon
Le baron Grand d’Esnon, mon beau-père, né en 1887, mort en 1972 (Voir AGE).
Son nom au bas de la photo est écrit par Geneviève.
Sa mère meurt vers 1902. Gaston a quatorze ans. D’une nature très sensible, il reste marqué très longtemps par ce drame. Il est élevé par sa sœur Madeleine à laquelle il restera très attaché toute sa vie.
Il avait trois frères :
Roger a d’abord voulu être missionnaire puis est devenu officier d’active. Il meurt de typhoïde en 1908.
Henri, officier d’active.
William, engagé dès le début de la guerre et
Tous deux meurent au combat.
Mon beau-père a donc perdu entre 1908 et 1918 son père et ses trois frères. Il faut bien se pénétrer de cette réalité particulièrement lugubre pour comprendre certaines de ses réactions.
En 1918, il a trente et un ans. Il n’a donc plus que sa sœur, tante Madeleine, épouse de Alexandre de Gineste, lui aussi officier pendant toute la guerre: Voir AG 1918.
En 1905 il a dix huit ans. Il est bachelier. Il essaye d’intégrer une école d’agriculture et passe un an à Grignan. Il est à l’abri du besoin et achète, je crois en 1912, pour une «bouchée de pain» m’a t-il dit, quelques centaines d’hectares d’une terre qui ne vaut rien près de Troyes. L’endroit s’appelle Vaudepart. Il l’exploite en direct. Il épouse Vivette Demarçay en 1913.
Il passe plusieurs mois dans les tranchées comme seconde classe ainsi que dans un régiment de défense anti-aérienne. Les conditions sont épouvantables. Il est gravement atteint d’une dysenterie. Il est évacué et envoyé en convalescence à Montpellier où il séjourne plusieurs mois.
Il s’engage dans l’aviation vers octobre-novembre 1917. Objectif: devenir pilote. Trois cents élèves pilotes passent leur brevet en même temps à la mi-octobre 1918. Il a passé son permis en survolant entre autres le parc de Versailles à basse altitude car on ne devait pas voler bien haut à cette époque. Dans une des nombreuses lettres écrites à sa femme, que m’a montrées Geneviève, il lui raconte ce vol en écrivant: «Je voyais les promeneurs dans le parc et je t’y cherchais. Peut-être étais-tu là avec Béatrice ?».
Il est reçu premier à cet examen. Il est nommé instructeur. «Hors de question, je suis là pour me battre», répond-t-il. Quelques jours plus tard l’armistice était signé.
Pendant la guerre et jusqu’au début des années trente, Vaudepart a été exploité par des fermiers. Exploitation sans grand succès.
Dans les années vingt, mon beau-père rachète aux héritiers de son frère William, mort sans enfant, le château et les terres d’Esnon.
Donc à partir de cette époque mon beau père partage son temps entre ces deux exploitations.
En 1938, arrivent pour Vaudepart, les fermiers hollandais Quaak dont mon beau-père s’est toujours beaucoup loué. Dernier détail communiqué récemment par Roger : mon beau-père avait été décoré de la médaille militaire. Il doit bien exister un document à ce propos.
Dans les années 50 et 60, mon beau-père était administrateur de la Compagnie des Autoplaces, les fameux taxis G7. Le président était Monsieur Walewski que mon beau-père estimait beaucoup. Il participait souvent à des réunions du conseil d’administration et m’en parlait toujours avec satisfaction.
1918/2- Robert Bonnet et Marguerite Coste
Mariage en septembre 1918, la guerre n’est donc pas encore terminée, de:
Marguerite Coste (1894-1976), sœur aînée de mon père
et de Robert Bonnet, ingénieur des Mines (1889-1963).
Les voici tous les deux ci-dessus.
Pour en savoir plus je renvoie bien entendu le lecteur au récit de tante Marguerite.
Tante Marguerite était l’aînée des six enfants Coste, et mon père le dernier. Elle était, m’a dit quelque fois mon père, volontiers en désaccord avec ce que lui disait son père. C’est possible. Je la trouvais très jolie et fort intelligente. Son mari, ingénieur des Mines, très bon violoncelliste, me semblait timide. Nous les avons vus souvent avant et pendant la guerre, rue Pierre Curie où ils habitaient, et après la guerre au Rabugas, maison qu’ils possédaient près de Lasalle (Gard).
1918/3 – Le général Coste et sa femme
Voici mes arrière-grands-parents Coste.
Et voici la carrière de cet arrière grand-père:
"Coste (Edouard-Ferdinand-Gustave-Philippe), Général.
Né à Nîmes le 12 octobre 1830, il entra à Polytechnique en 1848, passa par l’Ecole d’application de Metz et en sortit dans le Génie. Lieutenant à l’Armée d’Orient en 1854, il alla d’abord reconnaître les mines d’Héraclée qui devaient ravitailler l’armée en charbon, puis revint dans la Dodroudgia commander le génie de la division Espinasse. Débarqué en Crimée, il assista à la bataille de l’Alma et prit part au siège de Sébastopol où il fut blessé le 18 octobre 1854, promu capitaine et décoré. Rentré en France il fut employé aux fortifications de Toulon, puis prit part à la campagne d’Italie en particulier aux batailles de Magenta et de Solférino. Après la paix, il devint aide de camp du général Frossard. Chef de bataillon le 31 juillet 1867, il commanda le génie à Tlemcen puis revint prendre part à la guerre de 1870, dans l’armée de la Loire (16ème corps), se trouva à la bataille de Coulmiers où il fut promu officier de la Légion d’honneur. Lieutenant-colonel le 20 décembre et chef d’Etat major du 20ème corps, il fit la campagne de l’armée de l’Est et combattit à Héricourt. Interné en Suisse, il collabora à son retour à l’instruction du procès Bazaine et suivit le général Sere de Rivières au ministère comme chef du bureau du personnel du génie. Colonel le 20 avril 1875, il commanda le 2ème génie puis, nommé général de brigade le 30 mars 1881, fut d’abord commandant du génie des 15ème et 16ème corps et gouverneur de Nice, puis commandant de la 9ème brigade d’infanterie à Rouen. Il commanda ensuite l’Ecole Polytechnique, puis l’Ecole d’application de Fontainebleau et, enfin, le Génie du gouvernement militaire de Paris (11 janvier 1887). Inspecteur général de son arme, membre du Comité du génie, Général de division le 11 juillet 1889, de nouveau Inspecteur général (1889-1893), il fut nommé Commandant supérieur de la défense du camp retranché de Paris le 8 novembre 1893. "
Il est mort à Paris le 31 décembre 1918: voir AG 1918.
1918/4 – Mon grand-père Coste
Emile Coste, mon grand-père, en uniforme de lieutenant-colonel d’artillerie.
La légende au bas de la photo est écrite au crayon par son fils, mon père. Des légendes de photos écrites par mon père sont rarissimes. Ce travail devait lui paraître idiot et de toute manière il avait autre chose à faire. En plus de cet exemple, il existe quelques photos de moi, pardonnez-moi, en mai 1929, j’avais cinq mois, également légendées par mon père.
Sa carrière: voir MF 1945.
Mon grand-père a revêtu l’uniforme pendant la guerre 1914-1918.
Ses trois futurs gendres, Robert Bonnet, Robert Pieyre de Mandiargues et Pierre Chazel font de même.
Son fils Daniel au moment de rentrer à Polytechnique s’est engagé et a fait les quinze derniers mois de la guerre. Pierre Chazel, a été mobilisé à nouveau en 1939. Voir sa carrière dans MF 1945.
1919 – Robert Thuret et Edith Fornier de Clausonne
Fiançailles d’Edith de Clausonne et de Robert Thuret.
Dans son journal, à propos de ces fiançailles, mon arrière-grand-mère écrit ceci:
«Nous étions très préoccupés de voir se fixer l’avenir d’Edith; ce fut quelque temps après que par l’entremise de Jacques et Mathilde, nous parvinrent les premières propositions de Robert Thuret. Personnellement, nous ne le connaissions pas, mais nous avions toujours été en relation avec les familles Jaucourt et Berckein, avec lesquelles avaient même existé des liens de parenté. Ce milieu nous séduisait donc assez. Et nous décidâmes de donner à ces jeunes gens l’occasion de se rencontrer; soit chez la baronne de Neuville, soit chez la baronne Pacquement. Les impressions premières n’étant pas mauvaises, il fut décidé que Robert viendrait nous retrouver à Biarritz où Mathilde faisait une saison avec ses enfants, et c’est là qu’après quelques promenades et soirées passées ensemble, ils se fiancèrent, Edith n’étant nullement effrayée d’une installation à la campagne (c’est à dire le château de Beguin, propriété des Thuret).
Robert rentra chez lui et ce fut à notre arrivée à Clausonne, après un arrêt à Puylaurens, chez la baronne Rey, que nous trouvâmes la dépêche de Madame Thuret, nous adressant la demande officielle. Il fallut donc tout de suite annoncer les fiançailles et ce fut après l’arrivée de ma belle-mère et des Seydoux que nous reçûmes Madame Thuret et son fils et que nous les célébrâmes en famille.
Et tout fut prêt pour le mariage qui eut lieu le 20 novembre 1919 à l’Oratoire.
Nous formâmes un beau cortège; la mariée était très belle avec une toilette toute garnie de dentelles, trois généraux en grand uniforme, l’assistance très nombreuse avec, au premier rang, le représentant du Comte de Paris, et Monsieur Roberty (le pasteur) prononça un de ses jolis sermons où il tint à parler des souvenirs laissés dans le protestantisme par les familles Jaucourt et Clausonne. Le défilé fut long ainsi que le lunch à la maison; tout se passa sans incident, et à six heures le jeune ménage partit pour la gare de Lyon escorté par Joseph». Voir ERC.
J’ai vu ce couple quelque fois pendant l’hiver 1938-1939 chez mon arrière grand-mère avenue Vélasquez où Bobby et moi allions déjeuner le samedi.
J’ai revu ce couple à mon passage à Béguin le 17 ou 18 août 1939 avec mes parents. J’ai le souvenir d’un gâteau au chocolat qui ne passait pas, de la dictée de Mérimée, et naturellement du nom de Metternich.
Au cours de ces vingt quatre heures à Béguin nous sommes allés en voiture dans la forêt de Tronçais, à quelques kilomètres de Béguin. Oncle Robert conduisait. J’étais à côté de lui. Tante Edith et ma mère étaient assises à l’arrière. Tout en conduisant Oncle Robert me faisait remarquer qu’il klaxonnait tout le temps et de fait, il klaxonnait tout le temps ce qui empêchait toute conversation. Que pensaient les deux dames silencieuses à l’arrière? Peut-être souriaient-elles un peu? Oncle Robert conduisait une 202 Peugeot, voiture sortie en 1938. Il m’avait dit un jour faire partie de l’association des Vieux du volant. Je le vois encore, regardant sa carte d’adhérent avec satisfaction. Veuve en 1941 tante Edith est venue vivre à Clausonne.
1920 – Robert et Gabrielle Pieyre de Mandiargues « la rue Ampère »
Gabrielle Coste (1895-1976), (sœur de mon père) et Robert Pieyre de Mandiargues, (1885-1962).
Mon oncle Robert avait vingt neuf ans en 1914. Il a fait toute la guerre. Il a surtout été chauffeur de camion. «Avais-tu peur?» lui a demandé plusieurs fois sa fille Jacqueline. «Non et oui, on oubliait la peur. Je conduisais par habitude». Il était d’ailleurs un excellent conducteur. Jacqueline m’a dit qu’il avait été très marqué, cela se comprend aisément, par la guerre et qu’il avait mis un an à un an et demi à retrouver son équilibre.
Il a vers 1925, pris en direct la gestion de cette belle propriété agricole qu’était Mourgues (Gard). Des vignes essentiellement.
Je peux définir cet oncle et cette tante par un seul mot qui résume tout: générosité.
J’ai souvent entendu mon père prononcer le nom de «rue Ampère» où la famille de mon grand-père a habité longtemps.
Les deux seuls documents que j’ai sur cet appartement sont: la photo ci-dessous prise le jour du mariage en 1920 de l’oncle et la tante précités, et les vers ci-après rédigés par mon oncle Pierre Chazel que m’a envoyés son fils Henri. De quand datent-ils? On ne sait pas.
1920- « La rue Ampère » par Pierre Chazel
1920
«La rue Ampère»
Par Pierre Chazel
La rue Ampère…
La rue Ampère, aux balcons aériens
d’où le regard planait jusqu’au Mont Valérien…
La R… A… où Daniel chaque jour
veillait comme un guetteur au sommet de sa tour…
La R… A… où des tribus d’armoires
jouaient aux quatre coins tout au long du couloir…
La R… A… où sur la cheminée
ta tête, ô Goliath, pendait fort chagrinée…
La R… A… où sur son jeune front
Gabrielle tressait deux chastes macarons…
La R… A… où Francis non sans art
peignait avec Mavro et dansait chez Poppard…
La R… A… où sur son violon
Henri jouait cet air triste et beau de Chausson…
La R… A… où Philippe n’était
qu’un bébé rond, et blond, potelé à souhait…
La R… A… où les doigts de maman,
des comptes, au piano glissaient si prestement…
La R… A… où les grosses Berthas
mêlaient leurs doux concerts à celui des Guinches.
La Rue Ampère où les permissionnaires
s’endormaient dans leur bain en oubliant la guerre…
La R… A… où notre grande sœur
en chantant Weckherlin rêvait à l’artilleur…
La R… A… où l’homme de la Ruhr
s’en venait de Coblence ou d’Essen faire un tour…
La R… A… où certains amoureux
tenaient tendres propos sous le piano à queue…
La R… A… magie des syllabes qui laissent
à nos lèvres ton goût doux amer, ô jeunesse…
1921/1 – Gabrielle de Gineste
Voici Gabrielle de Gineste, nom écrit par mon beau-père au dos de la photo, unique cousine germaine de Geneviève du côté Grand d’Esnon et en même temps sa marraine. Elle est née en 1913 et meurt en 2005.
Son père, oncle Alexandre, est mort en 1940. Voir AG 1918.
Sa mère tante Madeleine, sœur de mon beau-père est décédée en 1968. Pas de photo malheureusement.
Nous avons beaucoup vu la mère et la fille à Paris, rue du Colonel Bonnet où elles habitaient, à Mirabelle, maison située près de Puylaurens et à Saint-Cloud.
L’appartement rue du Colonel Bonnet et Mirabelle ont été vendus et Gabrielle s’est installée dans un appartement à Toulouse. Indépendante, plutôt secrète nous avons assez peu de nouvelles. Je l’ai appelée en avril 2002, pour avoir des détails sur l’installation de ses parents à Versailles. Elle allait très bien. D’après mes neveux Grand d’Esnon elle vit à Tananarive.
Au moment où je termine ce récit, août 2005, j’apprends par le Figaro du 7 août la mort de Gabrielle à Antanarivo le 16 juillet 2005. Ci-dessus l’annonce du Figaro. Marielle contactée le 7 août va essayer de prendre contact avec le pasteur du Temple d’Antanarivo pour avoir quelques détails.
1921/2 – Quelques visages familiers
Les trois photos ci-dessus datent du mariage de Maurice Silhol déjà cité.
Je ne sais pas qui a écrit les noms de quelques-uns des présents.
En haut : en uniforme Louis Silhol, frère d’Elisabeth mon arrière grand-mère
A sa gauche, ma grand-mère Mathilde, elle a quarante et un ans.
Sous le chapeau melon, son fils François, il a seize ans.
Au milieu : à gauche sous le chapeau haut de forme, Emile Silhol, déjà cité, frère du marié et fils du général Silhol de la photo précédente.
En arrière plan, riche d’une grosse moustache blanche et d’une petite barbe de même couleur, mon arrière grand-père, François Fornier de Clausonne : il a soixante et onze ans.
A l’extrême droite, également sous un chapeau haut-de-forme, Olivier Silhol, le plus jeune frère du marié.
Au centre de la photo, également sous un chapeau haut-de-forme, Pierre Champin, frère de la mariée.
En bas : j’ai gardé cette photo car sous le haut-de-forme se trouve Amédée Rousselier, grand familier de mes grand-mères (et cité à juste titre par Hubert dans «MF Jacques Arnavon 1942»).
Sa carrière ci-dessous est extraite du Who’s Who. Il possédait à Uzès, une très jolie maison : Sagriès. Amédée Rousselier et sa femme, non présente ici, sont très souvent cités par mon arrière-grand-mère dans son Journal. Derrière lui Dagmar, née Schlumberger, épouse d’Emile Silhol, ménage très amusant et plein de vie, très proche de mes grand-mères.
ROUSSELIER Amédée, Théodore, Henri
HAUT FONCTIONNAIRE
Né à Nîmes (Gard), le 20 décembre 1879
Décédé à Valence (Drôme), le 24 avril 1960
Inhumé à Nîmes, cimetière protestant
Fils de Paul ROUSSELIER, conseiller à la Cour de cassation (décédé à Paris en 1895), et de Mme, née SILHOL
Marié le 3 janvier 1911, à Marie-Louise DELEUZE
Enfants : Hubert (chef du service exportation au ministère des Affaires Economiques), Jacqueline (Mme Alexandre LERESCHE)
Etudes : Lycée Condorcet à Paris
Diplômes : docteur en droit, ancien élève de l’Ecole libre des sciences politiques
Carrière : auditeur au Conseil d’Etat en 1905, il est chef de cabinet d’Eugène Etienne, ministre de la Guerre en 1913. Mobilisé en 1914, il est détaché au ministère des Colonies en 1917 puis, maître des requêtes au Conseil d’Etat en 1918, il est délégué général de la haute commission interalliée des territoires rhénans de 1919 à 1927. Promu conseiller d’Etat en octobre 1934, il appartient au conseil d’arbitrage des conflits sociaux en 1936. De 1940 à 1945, il vice-préside la Croix-Rouge française. Président de section au Conseil d’Etat, il préside la commission des Marchés de Charbonnages de France. Membre de la cour supérieure d’arbitrage en 1957, il est nommé administrateur du Port autonome du Havre, de la Société générale des transports départementaux, de la compagnie de navigation Sud-Atlantique, de la Société financière de l’armement. Président du tribunal supérieur de la principauté de Monaco, il décède dans le train Avignon-Paris en gare de Valence en avril 1960, à l’âge de quatre-vingts ans.
Décorations : Grand Officier de la Légion d’honneur. Croix de guerre 14-18. Grand officier de l’ordre de Léopold de Belgique. Commandeur de l’ordre des Saints Maurice et Lazare.
Novembre 1927 – Henri et Christine Coste
Photos de mon oncle Henri et de ma tante Christine Coste.
Henri n’avait pas fait Polytechnique comme ses deux frères. Il était diplômé de l’Ecole libre des Sciences politiques. Les rapports entre le fils et le père n’étaient pas toujours simples.
Né en 1901 il avait trois ans de plus que mon père. Les deux frères se sont très bien entendus.
Le mariage d’Henri avec la charmante Christine Cusenier a posé problème d’une part parce qu’elle était catholique et d’autre part parce qu’elle était divorcée. Ils se sont mariés et semblent avoir été très heureux. Tante Christine nous a en tout cas toujours dit à nous ses neveux avoir été très heureuse avec son mari.
Le ménage a d’abord vécu en Indochine où oncle Henri vendait du charbon des mines de Dong Trieu (Tonkin), puis au Japon. (Henri était agent de la société Minerais et Métaux), d’où la présence de nombreux objets japonais dans le salon du Mas. Chose curieuse une des rares fois où j’ai pu interroger tante Christine sur sa vie au Japon, elle ne m’a pas caché qu’elle avait détesté ce pays. Plusieurs photos d’oncle Henri au Japon, au milieu de Japonais dans AG 1927.
L’illustrissime photo vraiment très belle du père et de ses trois fils en 1933 au Mas de Coste montre un Henri au visage mélancolique et fatigué. Il était probablement déjà gravement malade. Il est mort quelques semaines plus tard.
Tante Christine était très jolie, difficile à saisir. Sa vie matérielle après la mort de son mari n’a pas dû être facile. Elle avait trouvé pendant la guerre un travail de secrétaire à l’Institut Pasteur dans le service de Paléontologie exotique dirigé par le docteur Deschien. Ces mots revenaient souvent dans sa conversation.
Dans les années 1960 elle s’est installée confortablement dans un joli appartement, véritable musée extrême-oriental, quai Louis Blériot. Elle y a reçu plus d’une fois ses neveux à des repas fort agréables.
A sa mort il semble que les neveux Coste aient été complètement éliminés de ce qui était obsèques, héritage, répartition de ses biens, etc.. Je n’ai absolument rien su de tout cela.
J’ai dans AG 2000 regroupé le testament d’oncle Henri et les photos prises par Françoise en 2000 au cours de la réunion du Mas dédiée à tante Christine morte quelques années auparavant.
1929 – Jacques Seydoux
Le voici vers la fin de sa vie. Mon grand-père meurt le 5 mai 1929. C’est cette photo que j’ai toujours vue dans la chambre de ma grand-mère, à Clausonne.
Quelques réflexions de Jacques Seydoux :
Mes chers enfants,
Je veux que vous conserviez un certain nombre de pensées que j’ai trouvées bonnes et utiles, car elles permettent de se tracer une règle de vie, ce qui est la chose la plus importante et la plus nécessaire.
On a, en général, mal interprété la parole du Christ :
«Tu aimeras ton prochain comme toi-même.»
Si nous devons aimer notre prochain comme nous-même, c’est que le Christ jugeait que nous nous aimions plus que n’importe qui, ou que nous nous aimions autant que le prochain que nous aimons le plus. Or c’est justement ce qu’il faut faire. Avant même d’aimer les autres, il faut s’aimer soi-même et savoir s’aimer. Il faut s’aimer comme une mère aime son enfant, c’est-à-dire avoir soin de soi au physique comme au moral, développer son intelligence, ses qualités propres et tirer de son être le maximum de ce qu’on peut en obtenir. Le Christ a d’ailleurs développé sa pensée dans la parabole des Talents que je n’ai pas besoin de vous rappeler ici. Mais souvenez-vous des pensées suivantes :
Léonard de Vinci a écrit :
«O, toi, sois tel que tu dois être.»
Et Montaigne :
«De nos maladies, la plus sauvage, c’est de mépriser notre être : c’est une absolue perfection et comme divine de savoir jouir loyalement de son être.»
Enfin, sous une forme plus ironique, mais tout aussi profonde, Voltaire a écrit :
«Cultivons notre jardin.»
La première chose à faire c’est donc de se connaître : c’est la proposition de Socrate, et, comme l’a dit Maurice Barrès :
«Il faut du temps pour que nous discernions le fond de notre être.»
Pour se connaître, il suffit de s’étudier, de réfléchir ; il est vrai que Paul Valéry a trouvé que la réflexion était pour l’homme un véritable martyr.
Lorsque j’étais en philosophie, j’ai eu comme professeur un homme de très grande valeur qui s’appelait M. Darlu et dont je n’ai compris l’enseignement que plus tard : il nous souhaitait d’avoir l’esprit sérieux, c’est-à-dire de nous appliquer aux choses sérieuses ; «tôt ou tard, vous y viendrez, il vaut mieux s’y habituer de bonne heure.»
Vous devez soigner votre corps. Hahnemann a écrit qu’«il est bien plus nécessaire de développer les forces du corps que celles de l’esprit. Celui-ci, en effet, n’a de puissance qu’autant que son activité trouve dans l’organisme des instruments convenables.»
Il ne faut pas négliger le corps qui porte l’âme. Tout esprit qui est préoccupé de l’état de son corps, qui est troublé par sa santé, cesse d’avoir le plein emploi de ses moyens ; or, il faut que le corps soit comme une machine qui nous porte où nous voulons, à la vitesse où nous voulons et, pour cela, il faut le connaître de façon à lui demander tout ce qu’il doit donner mais rien au-delà.
Si nous soignons notre corps, c’est à cause de notre âme, de notre intelligence qui est le don le plus beau que nous ayons reçu. J’ai souvent comparé l’intelligence à un jardin dont nous possédons la terre ; nous ne sommes pas responsables de cette terre, ni de sa grandeur, ni de sa fertilité plus ou moins grande, elle nous est donnée à la naissance.
L’instruction, l’éducation, ce que nous pouvons acquérir, soit par les autres, soit par nous-mêmes, sont comme les semences ou les plants que nous mettons dans la terre ; là aussi, tout ne dépend pas de nous, du moins dans la première partie de la vie ; plus tard, nous devons choisir nos graines et nos plants avec soin, de façon à n’utiliser que ceux qui conviennent à la terre et ne pas chercher à y faire pousser des espèces qui ne sauraient y réussir.
Réfléchissez à cette comparaison, je vous assure qu’elle est bonne.
Ce qui est absolument de notre domaine, c’est la façon dont nous cultivons cette terre, c’est-à-dire notre propre travail. Plus une terre est travaillée, plus elle produit, surtout si ce qu’on lui donne à produire est vraiment ce qui lui convient. C’est là que s’applique la parole de Voltaire : «Cultivez votre jardin».
Suivant que ce jardin sera plus ou moins grand, plus ou moins cultivé, il sera plus ou moins agréable de s’y promener, c’est-à-dire de parcourir votre intelligence, de retrouver les souvenirs que vous y accumulez, de profiter de votre travail pour vous détendre sur un sujet plutôt que sur un autre. Plus une terre est travaillée, plus elle est apte à produire et, par conséquent, plus vous aurez réfléchi sur votre intelligence, plus vous l’aurez nourrie, plus vous serez encore capable de la nourrir encore et de vous attacher à telle ou telle carrière, à telle ou telle œuvre digne de vous et qui peut vous intéresser.
Notre devoir absolu, devoir chrétien et humain, est de faire fructifier notre intelligence le plus possible, de lui faire rendre, comme à notre corps, tout ce qu’elle peut rendre, c’est ainsi que nous pourrons être utiles à nos semblables, d’abord, à ceux qui nous entourent, ensuite à notre pays, et, d’une façon plus générale, à tous nos frères.
Pour cultiver notre intelligence, nous devons avoir une méthode, et nous devons avoir cette méthode dès notre jeunesse. Il y a des hommes qui sont très lents à la trouver, d’autres la trouvent tout seuls et la puisent dans l’enseignement; en tous cas, elle doit consister à écarter tout ce qui n’est pas profitable à notre esprit et à prendre, à recevoir tout ce qui peut lui être utile.
Au fond, ce qu’il faut pratiquer, c’est la philosophie de l’intérêt bien entendu. Si vous y réfléchissez, vous verrez que c’est exactement celle du Christ.
En vous connaissant vous-même, en vous rendant compte de la difficulté de cette connaissance et de l’importance qu’elle a, vous découvrirez le moyen de traiter les autres. Vous vous rendrez compte tout d’abord qu’il est impossible de connaître l’âme de l’être qui nous tient le plus à cœur et qui vit le plus près de nous. Si nous avons tant de peine à découvrir les secrets ressorts de notre propre nature, combien n’est-il pas plus difficile de connaître ceux de natures qui sont tout à fait fermés. C’est pourquoi vous devez juger les autres avec prudence : c’est la morale pratique, c’est également la morale de l’Evangile ; vous ne savez pas pour quelles raisons les autres agissent, il faut donc leur faire crédit, car vous avez besoin qu’ils vous fassent crédit à vous-mêmes. Or, vous ne pouvez pas vous imaginer que les autres vous traiteront autrement que vous ne les traiterez.
On a fini par reconnaître qu’en affaires, l’honnêteté est la meilleure politique et qu’il est préférable de jouer cartes sur table et de dire toujours la vérité que de saisir un succès momentané par une manœuvre frauduleuse. Il en est ainsi dans nos rapports avec les autres. Nous nous devons à nous-mêmes et nous leur devons à eux-mêmes d’être absolument probes et absolument droits. Le mensonge, qu’il soit actif ou passif, c’est-à-dire qu’il soit directement énoncé par nous, ou que nous laissions croire aux autres une chose qui n’est pas exacte, est une preuve de faiblesse qui nous nuit dans l’esprit des autres. Or, ce que nous devons à tout prix rechercher, c’est l’estime que les autres ont pour nous.
Le caractère importe encore plus que l’intelligence et le caractère, nous pouvons toujours l’avoir même si l’intelligence fait défaut. Le caractère est ce qui manque le plus aux hommes ; c’est d’ailleurs ce qu’ils admirent et respectent le plus.
Vous appartenez à une génération qui n’a pas connu ses aînés, ils ont disparu avec la guerre. Aussi la distance qui vous sépare de vos parents est-elle encore plus grande pour vous qu’elle n’a été pour nous. Le devoir des parents est de comprendre qu’ils ne peuvent pas vous comprendre complètement ; vous devez en user de même vis-à-vis d’eux, et comme le disait autrefois Isocrate, «comportez-vous envers vos parents comme vous voudrez que vos enfants se conduisent un jour envers vous-même.»
Mon père m’a lu un jour une lettre de son père lui souhaitant d’avoir des enfants qui se conduiraient vis-à-vis de lui comme mon père s’était conduit vis-à-vis du sien, et il a ajouté que le vœu de son père était exaucé. Je n’ai pas besoin de vous dire que celui de mon père l’a été également, je vous souhaite des enfants dignes de vous.
Vous marchez par des chemins qui ne sont pas ceux qui ont été les nôtres, mais les grandes lignes de la vie sont toujours les mêmes et vous vous féliciterez certainement un jour de vous être souvenus de ce que je vous dis ici.
Je vis, c’est-à-dire je suis en train de mourir.
On est vraiment fort que lorsqu’on s’est persuadé que la mort est le seul bien qui puisse désormais vous atteindre.
La vie est plus cruelle que la mort, mais nous savons que nous ne pouvons pas échapper à la mort et nous espérons jusqu’à la dernière minute pouvoir échapper à la vie.
Nous sommes des parcelles de Dieu. Chacun de nous est à Dieu ce que la cellule est au corps ; c’est nous qui le formons et il nous anime de sa vie.
J. SEYDOUX
Il n’est jamais bien de dire ce qu’il serait mauvais de faire.
Craignez Dieu, honorez vos parents, chérissez vos amis, obéissez aux lois.
Soyez lents à résoudre et prompts à exécuter.
Reconnaissez pour vrais amis ceux qui s’affligent de vos malheurs mais plus encore ceux qui ne s’affligent pas de vos succès.
Aimez les richesses, non pour accumuler des trésors, mais pour en user à propos. Celui qui les entasse et qui ne sait pas en jouir est aussi méprisable que celui qui achèterait des chevaux à grands frais et qui ne saurait pas les monter.
ISOCRATE
Si quelque Dieu venait t’annoncer que tu dois mourir aujourd’hui, tu ne te soucierais pas beaucoup que ce fût après-demain plutôt que demain, à moins que tu ne fusses le plus lâche des hommes : car que serait ce délai ? Pense de même qu’il t’importe peu de mourir demain ou après plusieurs années.
Toute vie est courte ; et encore dans quelles misères, dans quelle société, dans quel corps nous faut-il la passer ? Ce n’est donc pas grand-chose. Regarde derrière toi l’immensité des temps et devant toi un autre infini : dans cet abîme, quelle est la différence de trois jours à trois siècles?
MARC-AURELE
Veut-on traiter des affaires avec succès, il faut d’abord se résoudre intérieurement à céder à quelque chose de son droit.
Se vaincre soi-même, c’est le moyen de n’être pas vaincu par les autres; se maîtriser soi-même, c’est le moyen de n’avoir pas d’autres maîtres.
Une longue prospérité enfante la négligence et l’orgueil.
Auteurs chinois
Ne dites pas aux Princes ce qu’ils veulent entendre, mais ce qu’ils voudront par la suite avoir toujours entendu.
Quand un guerrier souhaite la gloire, c’est la guerre qu’il désire.
SENEQUE
La peur conseille toujours très mal.
Le plus grand des empires est celui qu’on exerce sur soi-même.
Tâchons de rendre notre vie semblable aux métaux précieux, qui ont beaucoup de pesanteur sous un petit volume : c’est par les actions et non par la durée qu’il faut la mesurer.
La mémoire, comme les livres qui restent longtemps enfermés dans la poussière, demande à être déroulée de temps en temps ; il faut, pour ainsi dire, en secouer tous les feuillets, afin de les trouver en état au besoin.
Tu crains de mourir. Est-ce que tu vis ?
La vie languirait dans une inertie continuelle s’il fallait renoncer à tout ce qui peut ne pas réussir.
Nous ne vivons qu’une très partie de notre vie.
Il y a des gens tellement accoutumés aux ténèbres qu’ils voient trouble au grand jour.
L’homme heureux n’est pas l’homme qui rit, mais celui dont l’âme pleine d’allégresse et de confiance est supérieure aux évènements. Croyez-moi, c’est une chose sérieuse que la véritable joie.
SENEQUE
L’honneur consiste à observer les devoirs et la honte à les négliger.
Il n’est pas permis à l’homme de quitter la vie sans l’ordre de celui dont il l’a reçue : ce serait abandonner le poste qui lui a été assigné par Dieu même.
CICERON
Sache que tu n’es pas mortel ; ton corps seul est sujet à la mort. Tu n’es pas cette forme extérieure qui aide à se faire reconnaître : c’est l’âme qui constitue l’homme et non cette figure qu’on peut montrer au doigt.
Un Dieu éternel meut ce monde mortel ; une âme incorruptible fait agir tes fragiles organes.
CICERON
Il faut vouloir vivre et savoir mourir.
NAPOLEON
La suprême vertu, c’est la patience de vivre.
CLEMENCEAU
C’est une grande occupation que d’apprendre à mourir, c’est notre plus importante affaire.
Mme de MOTTEVILLE
Nous vivons dans une éternelle tromperie : nous désirons pour l’ordinaire ce que nous n’avons point ; et quand ces biens nous arrivent, c’est quasi toujours pour notre malheur ou bien dans un temps qu’il les faut quitter malgré nous.
Mme de MOTTEVILLE
C’était un homme dont l’honneur, la vertu, la droiture étaient aussi inséparables que la science et la vaste érudition.
(portrait de Bossuet par Saint-Simon).
«Vous serez aujourd’hui avec moi en Paradis.»
Aujourd’hui, quelle promptitude !
Avec moi, quelle félicité :
En paradis, quel repos ! (fin d’un Sermon de Bossuet).
Ce que l’on regrette de la vie, c’est ce qu’elle n’a pas donné – et jamais n’aurait donné. Apaise-toi.
Paul VALERY
Car ma cendre sera plus chaude que leur vie.
Mme de NOAILLES
O, Dieu, donne-nous la beauté intérieure de l’âme.
(fin du Phèdre de Platon).
Je mets à part les deux dernières pages de ce message relatives à la croyance en Dieu et à la mort de Jacques Silhol, lignes particulièrement émouvantes.
Croyez en Dieu, Nous portons en nous des notions d’infini, de justice, de bonheur, de but à atteindre que nous ne trouvons nulle part dans la nature. Nous avons beau étendre le cercle de nos connaissances, nous ne faisons qu’allonger la circonférence par laquelle nous touchons à l’inconnu. Nous avons toujours plus de choses à apprendre, à connaître ; à mesure que nous avançons, on dirait que l’infini s’éloigne, on peut dire sans paradoxe qu’il devient plus grand.
D’où nous viennent ces notions sinon de Dieu ?
Croyez en Jésus-Christ. Imprégnez-vous de l’Evangile. Vous y trouverez les seuls préceptes qui comptent, les seules consolations qu’on puisse rencontrer dans la vie. Tout le reste est néant.
Aimez-vous les uns les autres. Supportez-vous les uns les autres. Aidez-vous les uns les autres. Nous vivons au milieu d’une époque et d’une race où la bonté, la bienveillance, l’idéal font défaut. On n’est un homme complet que si on s’élève au-dessus de soi-même et si l’on répand la bonté autour de soi.
Les plans de Dieu ne sont pas les nôtres. Nous ne pouvons ni les concevoir ni les interpréter. Il agit en dehors de nous. Ne cherchons pas à les comprendre. Nous avons le devoir de lutter pour la vie, pour l’amélioration de notre sort et du sort de nos semblables, de rechercher un but, de nous efforcer de l’atteindre. Mais s’il nous échappe, sachons qu’il n’y en a qu’un seul qui ne nous échappera pas, c’est notre progrès moral, notre élévation vers Dieu, quoi qu’il arrive et quoi qu’il en coûte.
Je n’ai jamais été ni mystique ni visionnaire, mais je veux pourtant vous raconter une aventure qui m’est arrivée et qui a beaucoup frappé mon imagination. C’était, je crois bien, au mois de février 1915, en pleine guerre. Jacques Silhol avait été tué dans la tranchée quelques jours auparavant et je venais d’apprendre la mort du fils de Caroline et de Pierre, de ce pauvre petit professeur, soutien unique de ses parents, que sa mère, en pleurant, avait tant recommandé à nos prières, à Robert de Courcel et à moi, lorsque nous quittâmes Bordeaux.
J’étais assis dans mon fauteuil, seul, triste et mécontent. J’en voulais à Dieu de la mort de ces deux êtres : j’aimais l’un d’une affection fraternelle ; l’autre était le seul bien que possédassent ses pauvres parents. Tout d’un coup, j’entendais du fond de ma conscience une voix me dire d’un ton à la fois très paternel et très ferme : «Tu ne t’imaginais pourtant pas que j’allais te consulter.» C’était tellement soudain, tellement inattendu, que j’en fus comme stupéfait. Et puis j’ai réfléchi, j’ai compris, ou plutôt j’ai compris que je ne devais jamais essayer de comprendre.
Je suis absolument d’accord pour remplacer «Aimez-vous» par «Supportez-vous» et «Aidez-vous» qui me paraissent plus proches de la réalité que nous vivons et de la nécessité de la vie en commun : «Restons courtois» enseignent d’autre tribus.
Sur la mort de son cousin Jacques Silhol (voir 1915-2), je comprends bien entendu l’attitude de mon grand-père, Job a déjà tout écrit sur ce sujet. Et Job ne fait que reprendre un récit égyptien. Donc tout cela à cinq mille ans. Et rien n’est changé.
Le seul regret que j’ai et que j’adresse à mon grand-père là où il repose est : «Dommage qu’il n’ait pas rédigé, lui homme remarquable, un témoignage, sur cet autre homme remarquable qu’était son cousin Jacques».
Effectivement il n’y a jamais rien à comprendre. Cela n’empêche pas de chercher et cela contraint surtout à témoigner.
Voici la biographie extraite de l’Annuaire de la famille Seydoux :
«A la fois diplomate, expert, chroniqueur, conseiller écouté et respecté dans le monde entier, Jacques Seydoux eut un très grand rôle dans l’élaboration de la politique étrangère et commerciale de la France. Il fut sans nul doute le premier, dans notre pays, à comprendre l’importance des facteurs économiques et financiers dans le nouveau contexte des relations internationales.
Notre grand-père naît à Pau en 1870, d’une famille protestante d’origine suisse. Son père Auguste est diplomate. Il suit l’enseignement de la Faculté de Droit et de l’école Libre des Sciences Politiques et est reçu premier au concours de la Carrière. Il entre au Quai d’Orsay. Il a vingt trois ans.
De 1895 à 1898, il est attaché d’ambassade à Londres. Dans une atmosphère d’extrême tension précédant Fachoda (1898), il découvre la Grande-Bretagne et est enthousiasmé par la culture et le mode de vie britanniques.
Après deux courts séjours à Athènes et à La Haye, il est nommé secrétaire d’ambassade à Berlin où il reste de 1901 à 1905. Il y mesure l’influence de la banque et de l’industrie dans la définition de la politique allemande.
Ce n’était pas rien pour un jeune diplomate qui s’était distingué par la vivacité de son esprit et de ses propos, d’avoir eu le privilège au tournant du siècle de connaître la Grande Bretagne de Victoria et l’Allemagne de Guillaume II…
Il rentre en France et se voit confier les affaires délicates du Maroc.
En 1907, à trente sept ans, un mal inattendu, implacable, inguérissable, un rhumatisme déformant (une «spondylarthrite ankylosante», probablement), le frappe. Il ne pourra plus se déplacer qu’appuyé sur deux cannes et va souffrir cruellement jusqu’à sa mort.
La guerre donne à sa vie professionnelle une orientation nouvelle. À partir de mars 1915 il est correspondant du Quai d’Orsay au Comité de Restriction du commerce avec l’ennemi. Puis il devient chef de service à la direction du blocus, sous directeur au ministère du Blocus et des régions libérées, puis représentant de la France au comité du Blocus lors de la conférence de la Paix.»
Association de la famille Seydoux, février 2001 – Tous droits de reproduction, d’adaptation et de représentation réservés pour tous pays.
Notre grand-père s’impose comme un expert indispensable à la compréhension des mécanismes économiques et financiers. Ses avis de haut fonctionnaire étaient par toutes les têtes politiques de l’époque. Il n’était plus un grade. Il était un nom.
En mai 1919, Philippe Berthelot crée pour lui la sous-direction des relations commerciales, première intrusion des affaires économiques dans l’enceinte du Quai d’Orsay. La tâche qui lui est confiée est gigantesque : liquidation du Blocus, échanges commerciaux, réparations et dettes interalliées. Il est un des rares hauts responsables français à accorder attention à l’Europe Centrale et à la redoutable question des réparations autrichiennes et hongroises.
Il représente la France aux conférences interalliées de Spa (juillet 1920), Bruxelles (décembre 1920), Londres (mars et mai 1921), Cannes (avril-mai 1922), Londres (juillet-août 1924) où l’accompagnait son fils François.
Jacques Seydoux coordonne de Paris toute l’occupation de la Ruhr, étant dans cette affaire, de la conception au dénouement, le principal collaborateur de Poincaré puis d’Herriot. Mais de plus en plus miné par la maladie et en désaccord avec la politique allemande de Briand, il met, fin décembre 1926, un terme à sa carrière de diplomate.
Pour notre grand-père commence une nouvelle vie qu’il mène dans son appartement du boulevard de Courcelles. Dans les années 1927-1928, il déploie une incroyable activité. Il entre au conseil d’administration de la Banque de Paris et des Pays-Bas. En février 1927, il est élu membre du Comité franco-allemand d’information et de documentation. Il est aussi délégué général du Comité d’action pour la Société des Nations. Nombreux sont les hommes politiques qui viennent le consulter.
Il devient également journaliste et écrit de nombreux articles dans diverses revues françaises, anglaises et allemandes. Il donne au Petit Parisien, journal à grand tirage, une chronique hebdomadaire intitulée «Notre politique extérieure». Il avait fondé fin 1926 un hebdomadaire indépendant de politique et d’économie internationale, «Pax» édité à Paris et à Genève.
Notre grand-père avait cinquante ans en 1920. Il est profondément marqué évidemment par son temps. Mais certains traits de sa pensée, riche, cohérente, honnête, sincère, en particulier bien sûr sur l’Europe semblent prophétiques : l’importance des rapports franco-allemands, la primauté de l’économique sur la politique, la stratégie concrète et progressive d’union douanière européenne.
Pendant la seconde partie de sa vie, de 1907 à 1929, il vivra un enfer quotidien. Son admirable courage est noté par tous ceux qui le côtoient et travaillent avec lui. Sa volonté, chaque jour, l’emportait sur le mal. Son stoïcisme, un travail acharné, la sollicitude inébranlable et passionnée de notre grand-mère Mathilde, l’ont puissamment aidé à survivre.
Dans son visage blanchi et aminci par la souffrance des yeux très bleus, qu’éclairent l’intelligence, l’ironie, la bonté, la gaîté…
Il subit fin 1928 une grave opération qui le bloque définitivement au lit. Il meurt le 26 mai 1929. Toute la presse en France et à l’étranger lui rend un vibrant hommage. Il était Commandeur de la Légion d’Honneur.
Pour rédiger cette courte biographie, ont été utilisés les deux textes suivants :
- «Jacques Seydoux, mon père» par son fils François Seydoux, ambassadeur de France, publié en janvier 1964 dans la Revue des deux mondes.
- « L’Europe de Jacques Seydoux » par Monsieur Stanislas Jeannesson, agrégé d’histoire, maître de conférence à l’Université de Paris IV Sorbonne, publié dans la Revue Historique (n°299, 1998. P 123-144).
Son fils Roger raconte dans ses mémoires, trop courtes et non publiées, que mon grand-père, très musicien, chantait volontiers des airs de Wagner. C’est le seul point que je n’arrive pas à comprendre sur cet homme : à une époque où il n’y avait ni disque ni radio, et pour un homme qui dès 1909 a eu beaucoup de mal à se déplacer, comment était-il au courant du détail de la musique de Wagner ? J’ai conclu provisoirement, qu’il était peut-être allé à Bayreuth. Point que j’ai pu vérifier en lisant il y a quelques mois l’intéressant ouvrage déjà cité de Lavignac écrit en 1897 sur Wagner. A la fin de cet ouvrage, son auteur dresse la liste des Français qui sont venus à Bayreuth. J’y ai trouvé le nom de Seydoux. Je pense que c’est mon grand-père.
Ses principales interventions diplomatiques au cours des nombreuses conférences européennes de l’après-guerre ont été rassemblées dans un livre intéressant, dans ma bibliothèque Villa Malesherbes, par un de ces collaborateurs, Jacques Arnavon - voir MF 1942.
1931 - 1939
1931/1 – Mariage de René Seydoux et Geneviève Schlumberger
Nous sommes dans la propriété Schlumberger à Cormeilles en Parisis au nord de Paris.
Mariage de mon oncle René Seydoux, frère aîné de ma mère et de Geneviève Schlumberger.
Voir AFS et AG 1973.
Sur la photo de droite, derrière tante Geneviève, le grand jeune homme est Georges Bérard, ami de cœur d’oncle René. Georges Bérard a épousé une charmante Anglaise. Il dirigeait une exploitation agricole dans le midi de la France.
Le ménage s’est installé à Barjeton, propriété située à quelques kilomètres d’Uzès. Nous y avons été reçus dans les années 1949-1950 avec beaucoup d’amabilité. Le ménage a eu deux enfants dont j’ai cherché, sans aucun succès, à retrouver la trace.
La photo de gauche est la seule de ma collection où figurent réunis mon arrière grand-père (81 ans) et mon arrière grand-mère (76 ans). Mon arrière-grand-père a fière allure. J’ai toujours connu mon arrière-grand-mère habillée de la sorte.
Sur mes arrière-grands-parents voir le «Journal» et «Et rêver de Clausonne».
1931/2 – Lettre à Geneviève
A propos de cette enveloppe:
Geneviève m’a plusieurs fois raconté l’anecdote suivante qu’elle aimait bien, je dois le dire, raconter.
Pendant l’automne de 1931, elle avait trois ans et demi, elle était en séjour dans le village de Péseux près de Neuchâtel en Suisse. Elle est remarquée car elle était gaie, espiègle et très éveillée, par un citoyen suisse déjà d’un certain âge.
Quelques semaines après son retour elle reçoit une lettre contenant le nom du monsieur admirateur et quelques vers écrits par lui, concernant Geneviève. Voir AG 1931.
L’amusant de l’histoire est l’enveloppe que je reproduis ci-dessous: un nom, une ville, pas de prénom, pas de rue. La lettre est très bien arrivée.
Geneviève s’amusait encore de cette histoire trente ans après.
1933/1- Danse à Saint-Etienne
Nous sommes à Saint-Etienne, place de l’Hôtel de ville, appartement revisité en 2000 avec Françoise et décrit dans «Georgette Seydoux-Coste».
Ma mère nous faisait faire à Bobby et à moi de la gymnastique et de la danse. Et nous étions quelque fois priés de nous déguiser. Comme Bobby avait manifestement l’air d’un garçon, il portait toujours des déguisements masculins. Il est ici en marmiton. Il a été aussi déguisé en clown. Avec mon visage de petite fille, c’était incontestable, j’étais régulièrement déguisé en fille, ce qui est le cas sur cette photo.
Cette confusion des sexes m’était évidemment insupportable!
Sous la photographie ma mère a écrit les noms des artistes! Un seul m’est familier: Arlette, la plus grande debout à droite. Ses parents, Barbier de Courteix possédaient une maison dans la banlieue de Saint-Etienne où nous sommes allés souvent.
Le père dirigeait une entreprise de fabrication de clous. Le fils est devenu prêtre après avoir été déporté en prenant d’ailleurs fort courageusement la place d’un camarade. Je l’ai aperçu une fois après la guerre. Les parents sont bien évidemment décédés et au sujet des enfants je ne sais plus rien.
1933/2 – Mon arrière grand-père Fornier de Clausonne
Sur cet homme je sais peu de chose. Sa femme, ses enfants, ses petits-enfants n’en parlaient jamais.
Dans le journal de mon arrière grand-mère quelques phrases, d’ailleurs très aimables, sur sa carrière.
Dans les papiers de ma mère je retrouve le texte de l’allocution du pasteur, - comment s’appelle t-il ? Je n’en sais rien, - le jour des obsèques.
Voici ce texte :
Que mon arrière grand-père repose en paix. Personne ne l’oublie.
Notes pour une allocution aux obsèques de M. le baron François de CLAUSONNE.
Après la lecture du Ps. 130 et une courte prière, le pasteur dit :
Nous sommes réunis ici pour apporter une pensée de regret, d’affection et d’espérance, à notre vénérable frère que Dieu à rappelé à Lui à l’âge de 82 ans.
Avec quelle douloureuse surprise nous avons appris, que ce beau vieillard qui portait sans faiblir le poids des années, des responsabilités et des épreuves, avait brusquement succombé; et comme nous comprenons le vide que son départ a creusé parmi les siens!
Aussi sommes-nous venus vers vous avec une profonde et vivante sympathie ; vers vous d’abord, chère et vénérée mis, qui avez partagé sa vie. Cinquante-sept années de mariage, et plus loin encore dans le passé, une amitié de jeunesse, avaient fait de vos deux existences une seule précieuse réalité. Mais la valeur de semblables affections ne se mesure pas avec un chiffre d’années, elle repose tout entière sur les affinités profondes, les mêmes traditions, les mêmes conceptions générales, la même foi. Et lors même que l’on dit qu’elles sont brisées, il n’en faut pas parler au passé ; car elles sont un éternel présent, une réalité bénie qui demeure et que l’on conserve comme une force et comme une joie.
Et vous aussi, ses enfants, ses petits-enfants, dont il partageait si réellement les épreuves, réclamant comme un privilège le droit d’en porter sa large part, vous aussi vous perdez en lui un guide, un conseiller toujours sûr, toujours bienveillant.
Et nous aussi, nous revendiquons discrètement une part de votre deuil, de votre peine, nous tous qui avons travaillé avec lui, qui l’avons connu, qui l’avons par conséquent aimé.
Notre vénérable frère n’était pas un démonstratif ; il s’enveloppait volontiers d’un silence d’ailleurs souriant et sans froideur, mais qui répondait bien à l’humanité, à la simplicité qui ont toujours été siennes, et qui se retrouvent jusque dans les formes austères qu’il a prescrites pour ses obsèques. Certes bien des amis auraient eu une douloureuse satisfaction à se grouper autour de sa dépouille mortelle dans notre sanctuaire, et à saluer la mémoire de celui qui fut de longues années, le Secrétaire de notre Conseil d’Eglise et le Vice Président de l’Union des Eglises Réformées de la Seine. Mais il a voulu rester jusqu’à la fin dans la note de discrétion et de sobriété qui lui était chère, et ce serait manquer à sa volonté comme à son caractère de tenter de lui un éloge funèbre, si sincère fut-il.
Mais il nous sera permis de dire cependant que sous ce silence et cette réserve, il y avait une grande bonté, quelque chose de plus que l’extrême affabilité et la courtoisie qui frappaient d’emblée tous ceux qui l’approchaient: un désir profond d’être de ceux qui apportent de la paix et de la joie…
Il y avait aussi un esprit extrêmement fin et sûr, d’une haute culture, et d’une droiture à toute épreuve. Par un rare privilège, ce silencieux semblait se livrer tout entier, aussitôt qu’il avait un moment d’abandon, d’intimité, ou simplement de conversation sans apprêt; tant il y avait de spontanéité, de simplicité et de franchise dans son caractère.
Il y avait aussi une foi très sûre d’elle-même aussi éloignée de l’ostentation que de la timidité. Il ne l’étalait pas hors de propos; mais il était conscient de sa valeur, et il la portait à travers la vie avec une fidélité que nous aimions et que nous appréciions d’autant plus qu’elle était simplement un reflet de sa personnalité profonde. À travers les joies, les difficultés et les épreuves, cette foi avait donné à sa vie une belle unité, une sorte de sérénité virile, sans raideur comme sans faiblesse.
Et maintenant, chers amis affligés, c’est vous qui avez à faire appel à votre foi, à ces ressources profondes de l’âme qui ne manquent jamais à ceux qui ont pris devant la vie et devant Dieu une attitude de confiance et d’espoir. Le moment est donc venu pour vous de prendre conscience de tout ce que nous devons à l’Evangile de Jésus-Christ, et du privilège confié à ceux qui ne sont pas sans espérance et sans Dieu dans le monde.
Ceux qui entendent les chrétiens parler de la vie de la mort et de l’éternité, pensent souvent qu’ils sont en possession de paroles et d’idées qui leur apportent la consolation et la paix; et certes ils ne se trompent pas, car il y a dans l’espérance éternelle, dans la pensée du Dieu sauveur, dans l’amour qui nous a été témoigné en Christ, une source inépuisable d’apaisement et de rafraîchissement intérieur. Mais ce serait peu de dresser ainsi devant les esprits un système de croyances, si la foi n’avait d’abord créé autour d’eux une atmosphère, si elle ne nous avait baignés pendant de longues années dans une lumière qui transforme toute chose et nous-mêmes, en sorte que, si l’on ose ainsi dire, l’optique de l’âme est tout entière changée.
L’idée que les choses n’ont pas seulement la valeur conventionnelle que nous leur accordons en vertu de nos mille préjugés, mais que la vie et la mort, le temps et l’éternité, s’ordonnent suivant une hiérarchie souveraine des valeurs, qui remet chaque chose à sa place ; l’assurance que rien ne se perd, qu’aucun effort de la valeur inestimable de la vie profonde et de la destinée divine de l’âme humaine; tout cet enveloppement religieux de l’esprit et du cœur, finit par pénétrer le croyant authentique d’une sérénité qui n’est ni indifférence ni sommeil spirituel, mais qui nous permet de regarder plus loin que les tombes et de supporter le tête à tête avec la mort.
Qui dira ce que fut, pendant ces journées où il sentait s’approcher la sombre visiteuse, la méditation de celui que Dieu rappelait ? Nul ne peut se hasarder à l’imaginer, et celui là même qui la connaîtrait n’oserait la traduire en paroles. Lui-même qui voulait garder pour lui le poids de ces heures, n’a pas consenti à partager avec ceux qu’il aimait cette charge suprême ; il a voulu souffrir dans le silence et mourir seul.
Non pas seul cependant ; car un plus grand que nous était là ; derrière l’appel de la sombre visiteuse, il avait reconnu l’appel de son Dieu, et il avait confiance en l’amour éternel qui nous a appelés à la vie de l’âme.
De cette espérance, qu’il nous soit permis de rappeler une des expressions à la fois les plus sobres et les plus hautes. Relisons, avant de nous séparer ce que l’Apôtre St-Paul dit de la mort et de la résurrection…
La cérémonie se termine par la lecture de I Corinthiens XV, 35-38, 42-44 et la prière.
Pentecôte 1934 – Cinq Coste au Mas
Le lieu et la date sont écrits par grand-maman au dos de la photo.
Cette photo est d’une excellente qualité et les attitudes des quatre enfants sont bien caractéristiques. Bobby et moi avons l’air un peu triste. Je m’attends probablement à me faire engueuler à moins que j’aie déjà été engueulé. En tout cas il y a une engueulade dans l’air. Hubert semble en forme et Gérard sourit. Il a été un enfant très souriant comme le montrent les trois photos de la troupe de l’Etoile. Voir AG 1939.
Grand-papa pour une fois a l’air un peu moqueur. Et le voir sans couvre-chef est rarissime.
Un cinquième petit-enfant Coste va encore venir: Thierry en 1942.
Mes grands-parents ont eu dix neuf petits enfants. Seuls cinq sont des garçons, un chez Daniel, quatre chez Philippe, qui porteront le nom Coste. Les autres seront Bonnet, Pieyre de Mandiargues et Chazel. Grandes familles. Arbres généalogiques immenses voir MB et FM.
Eté 1934 – Clausonne
Dans un autre décor familier, Clausonne, nous voici Bobby et moi entourant Albin.
Ma mère ce jour là fait deux choses exceptionnelles:
Elle indique la date
Et elle écrit un commentaire: «Trois malheureux».
Je n’ai rien à ajouter! Si nos âges:
Bobby a presque quatre ans.
J’ai cinq ans et demi.
Albin a sept ans et demi.
Sur Albin voir «Et rêver de Clausonne». Sa blouse et son béret sont bien caractéristiques de l’époque.
1935/1- La Rionde au Chambon sur Lignon (Haute-Loire)
De cette maison qui me paraissait grande et qui était en fait petite, et qui n’est plus qu’un amas de ruines aujourd’hui, j’ai dit l’essentiel dans «Georgette Seydoux-Coste»..
J’ajoute les précisions suivantes:
Du propriétaire de l’époque, j’ai retrouvé le fils, François Monjot, X 39. Il se rappelait très bien mon père.
Il se rappelait très bien également trois noms précis dans ma mémoire: Rolf et Christophe, étudiants autrichiens. Monsieur Monjot pense qu’ils étaient réfugiés en France à cause du national-socialisme. Il m’a dit sans l’avoir vérifié qu’ils ont été probablement victimes de la tourmente nazie.
Le troisième était Coco. Ce petit bonhomme avait mon âge et ne passait pas inaperçu. Très intelligent, doué d’autorité, il était là en vacances avec ses parents. Je me le rappelle très bien m’expliquant ce qu’était la durée d’une seconde en frappant la table avec une règle. Monsieur Monjot m’a indiqué son nom de famille, mais mes recherches ultérieures n’ont pas abouti.
Il y avait un court de tennis très utilisé et sur les genoux de Rolf ou de Christophe, je regardais les joueurs et rêvais.
Il y avait aussi des myrtilles et comme j’avais toujours faim, j’en mangeais chaque fois que je le pouvais. Une fois avec ma contemporaine Sabine Arbaud, devenue Brem, nous sommes tombés sur un endroit richissime en myrtilles et nous avons commencé à en dévorer, penchés en avant, consciencieusement, oubliant tout le reste. Au bout d’un temps indéterminé, nous voyons arriver un adulte envoyé à notre recherche, content de nous trouver mais parfaitement mécontent de nous voir là en train de gloutonner alors que nous aurions dû être depuis longtemps à la salle à manger. La cloche avait sonné plusieurs fois, c’était l’habitude, non seulement pour nous avertir du repas mais aussi pour nous faire sortir de notre rêve. Revenus à la réalité nous courons à la Rionde et au moment où je rentre dans la salle à manger, pleine de monde, quelqu’un me dit:» Alors tu viens de manger des myrtilles?» Honteux je réponds: «non»! Eclat de rire général. Sabine et moi avions les lèvres bleues de myrtilles. Qu’elles étaient bonnes!
1935/2- Saint –Etienne
La famille Toja a joué un grand rôle. Au sujet du fils Albino, j’ai beaucoup raconté dans «Et rêver de Clausonne». De sa mère, pas suffisamment.
La voici tenant Mireille dans ses bras, les trois frères à ses côtés. Aucun mauvais souvenir de cette dame dévouée et gentille qui nous parlait très souvent de sa vie dans son village en Italie et de ses enfants restés au pays. Elle avait trois enfants: Albino, déjà cité, Roberto et Michele. Seul, le deuxième est encore de ce monde. Françoise et moi sommes allés le voir dans son village dans le pays vaudois en 2000: accueil charmant. Sa mère est restée plusieurs années dans notre famille. Mais je n’ai aucun souvenir d’elle à Paris.
A Saint-Etienne les hivers m’ont paru froids. Nous avions tous d’horribles manteaux de fourrure. Ceux d’Hubert et Mireille sont d’une belle couleur blanche. Celui de Bobby et le mien sont gris. Aucun souvenir de froid au corps. Par contre, souvenir constant de froid aux pieds: nous n’avions ni chaussettes, ni chaussures adéquates.
Le but numéro un de nos promenades était la place Marengo à deux pas de chez nous. Elle me paraissait au bout du monde!
1936 - 1938 – Claire et Mireille
Alexandrine Toja est remplacée par Claire Bolte. La voici tenant Mireille contre elle. Claire était une femme jeune, très sympathique, de nationalité suisse. Elle partait en vacances dans son pays et nous rapportait des tablettes de chocolat Nestlé et des figurines qu’il fallait coller dans un album. Ce travail m’ennuyait mais j’aimais bien le chocolat.
Un jour, en 1937 je crois, ma mère nous dit que Claire nous quittait pour se marier.
Je l’ai revue le 15 ou 16 août 1939, pendant ce voyage que mes parents et moi avons fait entre Paris et Clausonne dans la Citroën d’oncle Roger. La première halte a été pour Claire dans les environs de Paris. Son mari n’était pas là. Ouvrier dans une usine d’aviation, il travaillait tantôt le jour tantôt la nuit. Claire m’a semblé se plaindre de sa vie et de son mari. Elle avait une fille appelée je crois Mireille. Au moment de la quitter, ma mère me demande de m’éloigner pour que je ne voie pas mon père donner à Claire un gros billet de banque. Je n’ai plus jamais entendu parler de Claire.
1936 – Pommerose
Nous sommes à Villers-sur-mer en juillet 1936. Pommerose est le nom d’une pension de famille, plutôt chiche, mais très bien située dans un parc plein de pommiers et de rosiers, à un kilomètre ou deux de la plage. Dans le jardin, quelques tables. On pouvait s’y faire servir à goûter. Nous avons passé là avec les Bruneton, je l’ai raconté dans Georgette «Seydoux Coste», les semaines 15 juillet/15 août des années 1936 à 1939. Les Cotna résidaient dans un superbe hôtel «La Rive normande» et nous rejoignaient sur la plage.
La nourriture était médiocre et insuffisante et nous nous en plaignions tout le temps à ma mère. Un soir de notre quatrième séjour, nous dînons comme d’habitude, les Bruneton et nous, tous ensemble autour de la même table ce qui n’était pas ennuyeux, quand je vois tout à coup Roland, à la fin du dîner, quitter la table, s’approcher de sa mère et lui murmurer quelque chose à l’oreille. Tante Denise sourit. Nous sortons de la salle à manger et Tante Denise nous dit que Roland a mis dans sa poche pour son petit déjeuner du lendemain le pain qui restait sur la table. Le lendemain soir nous en faisions tous autant et avons pu commencer enfin nos journées avec des estomacs mieux remplis. Nombreuses photos dans AG 1939.
Geneviève et moi sommes retournés à Pommerose en été 1954. Emmanuel avait presque un an et y a fait ses premiers pas.
1937 - 1939 – La « troupe de l’Etoile »
Et ce fut l’époque des louveteaux.
Je pense que mes parents nous ont envoyés Bobby et moi aux louveteaux pour que nous débarrassions le plancher quelques jeudis et dimanches par mois. L’hiver 1937-1938, j’étais seul aux louveteaux. L’hiver 1938-1939, j’étais en septième, Bobby en huitième, nous étions ensemble aux louveteaux.
Pourquoi l’Etoile, alors que nous étions élèves de l’Ecole du Dimanche à Passy qui géographiquement était plus proche que le temple de l’Etoile ? Plusieurs réponses possibles. Il n’y avait pas de louveteaux à Passy. Mon cousin Gérard, fervent louveteau et plus tard fervent éclaireur et Christian de Rouville, louveteau à cette époque, étaient tous les deux à l’Etoile. Nous y fûmes donc. Quelques souvenirs dans le désordre.
Je me rappelle très bien la dernière réunion de toute la troupe en juin 1939. Les deux chefs, les frères Fauche, toujours de ce monde, brillants sujets, quittaient la troupe qu’ils avaient animée plusieurs années de suite, pour faire leur service militaire, mot nouveau pour moi. J’ai retrouvé en 2001, grâce à eux, cette photo où nous sommes tous groupés, jeunes, moins jeunes, filles, garçons. J’ai écrit les noms de tous ceux que j’ai reconnus et je remercie Francis Deloche de Noyelle, Maurice de Rouville, (voir 2000), Jean-Marc Sterkers, Claude Letort, Gérard Thurnauer, Christian Verne, Bertrand Zivy, Eliane Bonnet et Murielle de Cazenove de m’avoir aidé dans ma recherche. Cette photo ainsi que celles de la même troupe en 1936, 1937 et 1938 sont regroupées en AG 1939.
Lors de ma première sortie en octobre 1937, la cheftaine Jeanne Brisson - je ne me rappelle pas son totem - me prend par le bras et m’explique en aparté ce que sont les louveteaux. Mowglie, Baghera, je ne sais quoi encore, la promesse, les yeux ouverts… toute une série de notions un peu irréelles comme je les aimais peu.
Un an après, à la première sortie d’octobre 1938, mon cousin Gérard, déjà cité, vient me trouver et me dit : «Mais que fais-tu aux louveteaux ?» Je lui demande: «Que faut-il faire ?» Et il me répond : «Ta promesse, ta première étoile, ta seconde étoile etc…». Honteux d’avoir pêché par inaction, je lui promets de faire le nécessaire, ce que je fais.
Deuxième souvenir de cet hiver 1938-1939 : nous sommes tous dans le «local», misérable petite pièce grise au sommet du bâtiment où se trouvait le Temple, au moment agréable du goûter. Et le goûter est précédé d’une prière prononcée par cheftaine Brisson. Elle remercie le Seigneur de nous avoir accordé la paix. Les accords de Munich venaient d’être signés. Je n’en avais jamais entendu parler. Et je découvrais grâce à Brisson que nous aurions pu être en guerre. Je ne voyais d’ailleurs, et c’est cela qui est important, aucun rapport, aucune relation entre l’état de paix et la prière à une divinité (relisez Job). Ce souvenir absolument authentique de la prière de Brisson est bien dans ma mémoire.
Troisième souvenir : la lecture. Pendant le goûter Brisson nous lisait un livre. C’était pour moi le meilleur moment de ces sorties. Et pendant une bonne partie de l’hiver elle nous a lu le récit d’un raid aérien qui opposait un pilote français à un pilote allemand. On nous préparait à la guerre. Naturellement le pilote allemand ne faisait que des horreurs et le pilote français que des choses héroïques et glorieuses. Je ne me rappelle pas, mes contemporains de l’époque non plus, le titre de cet ouvrage.
J’ai cherché à retrouver la trace de Brisson devenue Harlé parfaitement reconnaissable sur les photos précitées. Un de ses enfants interrogé par écrit et relancé plusieurs fois par téléphone, promet mais ne donne rien. Dommage. Un autre enfant de ma cheftaine, dont l’existence m’est en 2003 indiquée par Monsieur Pierre Scrivener, a très gentiment répondu à mes fax et e-mail, par les mêmes moyens. Mais je n’ai toujours pas d’autres photos. Les textes de cet échange sont en AG 2002.
Pour le reste : les sorties, je les évoque très vite. Je m’ennuyais : brutalité, indifférence, froid, faim. Toutes ces sorties se terminaient par des «pochades» il s’agissait d’attraper le foulard de son adversaire, foulard attaché à la ceinture dans le dos. On s’arrachait surtout les chemises. Bobby et moi rentrions, à la maison, sales et mécontents. Il paraît que d’autres étaient très contents.
Eté 1938 –Ysabel arrive
Ma mère attend son numéro cinq pour la fin du mois. Elle accouche à Paris. Elle ne nous accompagne pas à Villers. C’est bonne-maman Mathilde qui prend sa place. Pas de photo malheureusement de cette chère dame toujours en noir des pieds à la tête sur la plage de Villers où ne se trouvaient que des gens dévêtus. Ces vacances se sont très bien déroulées.
J’ai retrouvé dans les papiers de mes parents quelques lettres que nous leur avions adressées, Hubert, Bobby et moi. Hubert a six ans, Bobby va avoir huit ans et moi neuf et demi. Ce ne sont que des lettres d’enfant. Elles sont très gentilles et ont très peu de fautes d’orthographe. Je me permets d’apporter la démonstration de ce que je viens d’écrire en présentant la troisième page de ma lettre écrite pour la naissance d’Ysabel. J’étais tout fier probablement de ma récente «culture»! Les autres lettres sont dans AG 1938.
1939 – Les Cotnareanu
Ci-dessus, oncle Ionel et ses trois enfants. Gérard est à sa gauche.
Gérard était comme moi aux louveteaux à l’Etoile. Il est parfaitement visible sur la photo de la troupe 1938-1939. Voir 1937-1939.
Les Cotna habitaient rue de la Faisanderie. Il est arrivé souvent que Gérard passe me prendre avec voiture et chauffeur pour aller au «local», avenue de la Grande Armée. Nous avons passé nos vacances ensemble plusieurs années de suite à Villers-sur-mer (AG 1936). Il faisait sa septième comme moi. Où? j’ai oublié.
J’ai raconté dans ERC le départ de la famille pour les Etats-Unis en 1941. Comment ont-ils vécu? Ils ont été accueillis, pris en charge, à leur arrivée par un frère d’oncle Ionel installé depuis plusieurs années dans ce pays et négociant de produits sidérurgiques.
Oncle Ionel a acheté une ferme dans les environs de New York.
Pourquoi ne sont-ils pas restés aux Etats-Unis?
Roland Bruneton répond: «Père et enfants auraient très volontiers continué à vivre aux Etats-Unis mais tante Simone s’y refusait absolument».
A leur retour, en 1946 je crois, les Cotna se sont réinstallés dans leur appartement. Voisins comme nous l’étions, nous nous sommes beaucoup vus. Je n’oublie pas de dire, car c’est important, que tante Simone était sœur de tante Denise Bruneton, confidente de base de ma mère. Ces trois dames causaient interminablement.
J’écoutais avec plaisir Gérard et oncle Ionel me parler de leur vie américaine: la chaleur accablante de New York – plusieurs douches quotidiennes ne réussissaient pas à rafraîchir le corps – la violence à l’école, chose inconnue en France à cette époque, la publicité à la radio – j’entends encore oncle Ionel qui roulait fortement les «r» me dire trouver tout à fait normal d’entendre à la fin d’un concert le présentateur déclarer: «Le concert que vous venez d’entendre vous a été offert par la Ford Motor Company» - publicité à la radio inconnue en France, la richesse de ce pays dans lequel patrons et domestiques, qui existaient comme en Europe, roulaient voiture.
Gérard cherchait sa voie. Pas bien dans sa peau. Pas vraiment fait pour des études théoriques.
J’apprends un beau jour qu’il s’est engagé dans les troupes parachutistes pour deux ans et qu’il part pour l’Indochine où la guerre faisait rage.
Je l’ai un peu revu à son retour. Il avait naturellement changé et était devenu moins bavard. Je n’ai pas bien compris ce qu’il avait retenu de ce temps difficile.
Il épouse en mars 1952 Françoise Bonzon que l’on voyait dans les soirées dansantes. Je n’ai pas assisté au mariage faisant à ce moment-là mon service militaire. Roland Bruneton m’a donné des photos de ce mariage. Je n’avais jamais vu Gérard aussi souriant.
Peut-être attiré par le rythme américain qu’il avait connu et aimé entre 1941 et 1946, peut-être parce que les relations familiales étaient difficiles, peut-être parce que le travail qu’on lui proposait là-bas était plus intéressant, Gérard et Françoise quittent la France pour la Canada.
Qu’a t-il fait là-bas? Je ne le sais pas avec exactitude.
Par Chantal Donnedieu de Vabre, j’ai eu l’adresse de Françoise à laquelle j’ai écrit. Elle m’a répondu une lettre des plus aimables se rappelait très bien en particulier Bobby. Voir AG 1952.
Gérard est mort. Il y a plusieurs années. Paix à son âme.
Le frère de Gérard, Michel, plus calme, plus à son aise au lycée, a souffert néanmoins d’un grave handicap qui l’a rendu malheureux: la surdité. Il ne s’est pas marié. Il s’est occupé de pendules et de montres soit pour le compte de son père, soit pour le compte d’entreprises étrangères. Je ne l’avais jamais revu depuis son retour des Etats-Unis. J’ai appris sa mort il y a quelques années.
Brigitte la plus jeune vit actuellement à Ville d’Avray, elle était trop jeune à l’époque américaine pour pouvoir me raconter des souvenirs.
Je ne voulais pas que le nom de Cotna ne figure pas dans ce récit familial: nous avons été si proches pendant tant d’années.
1940 - 1949
Hiver 1940 – Roger Seydoux
En janvier et février 1940, même si les combats sont encore légers, le risque pour ceux qui se battent est total.
Après une manœuvre périlleuse mon oncle Roger Seydoux a été décoré de la croix de guerre. La citation correspondante qui doit bien exister quelque part avait été envoyée par lui à sa mère à Clausonne. Bonne-maman nous l’avait lue. Nous étions tous très fiers. Je pense qu’après cela oncle Roger est venu en permission. Il est passé en tout cas par Paris et s’est fait photographier par le studio Harcourt, célébrissime à l’époque, en uniforme sur lequel était accroché le ruban obtenu. Deux photos ont été prises et envoyées à Clausonne. Je les ai toujours vues sur la commode de la chambre à coucher de ma grand-mère. Voici l’une de ces deux photos. Voir AFS, AG 1986 et MF 1986.
Mai-Juin 1940 – L’exode
Mot étrange et qui ne trouve pas vraiment sa traduction dans les lignes qui suivent. Exodos veut dire en grec, sortie. Dans le cas présent personne n’est sorti. Tout le monde a fui. Il aurait mieux valu utiliser le mot de musique fuga, la fugue qui veut dire fuite. Il n’empêche que dans ces heures dramatiques, pour ceux qui les ont vécues, le mot exode a tout de suite été utilisé.
A partir de mai 1940, beaucoup de Hollandais, de Belges et de Français du nord fuient l’avance allemande et s’enfoncent dans le midi de la France. La famille Grand d’Esnon est à Esnon (Yonne). Mon beau-père décide d’envoyer sa famille à l’Albarède près de Castres chez son beau-frère Gineste.
Au volant de la Matford, voiture de mon beau-père, Roger vingt ans qui n’avait pas encore son permis. A droite, sa mère et derrière, Geneviève, Antoinette et Marielle. Henri est au front, dans les environs de Dunkerque, et Etienne, élève à l’école des Roches rejoindra l’Albarede plus tard. Béatrice est à Paris.
Première nuit à Sancerre chez les Choulot, cousins éloignés des Grand d’Esnon.
Seconde nuit : Roger ne sait plus où, mais il se rappelle qu’il a dû chercher de l’essence et qu’il en a trouvé.
Arrivée sans encombre à l’Albarède. Aucun sentiment de panique, m’a dit Roger. On ne mesurait pas du tout l’enjeu, a t-il ajouté, sauf oncle Alexandre qui a dit à tout le monde : « Les Allemands sont là pour cinquante ans ». C’est à cette époque le seul témoignage que je connais sur la durée possible de l’occupation allemande. Personne n’évoquait cette affreuse probabilité, cette longue durée possible de l’Occupation.
Quelques jours plus tard, mon beau-père, toujours à Esnon, part à son tour. A pied. Espérant trouver un véhicule pouvant l’emmener vers le sud. Hypothèse qui s’est vérifiée. Des Belges s’arrêtent et lui demandent de l’aide. C’est d’accord, dit mon beau-père, vous m’emmenez et je vous conduis.
Tout le monde se retrouve un ou deux jours plus tard à l’Albarède. Aucune photo de ce temps, malheureusement.
Gabrielle de Gineste interrogée, n’a aucun souvenir que des photos aient été prises à cette époque et n’a peut-être pas eu très envie de chercher.
Mon beau-père reste quelques jours sur place et repart pour Esnon en train par crainte de voir les Allemands occuper le château. Ils y viendront effectivement.
Ma belle-mère, Antoinette, Geneviève, Marielle et Etienne, ce dernier arrivé à l’Albarède par ses propres moyens, viennent s’installer à Nîmes où ils passent l’hiver 1940-1941. Inconfortablement. Nous les voyons un peu. Je suis en cinquième et Geneviève en quatrième. Antoinette nous accompagnait à l’école du dimanche où elle tenait l’harmonium.
En mai-juin 1940, nous étions à Nîmes, Bobby en septième et moi en sixième. Les dramatiques événements que vivait la France ont fait arrêter les classes vers le 15 juin, date vérifiée auprès du lycée de Nîmes. Alors que depuis toujours on s’arrêtait le 14 juillet !
Nous avions, lui comme moi, eu le temps de voir arriver dans cette ville des dizaines de voitures pleines à craquer de choses et de passagers et couvertes à l’extérieur de matelas pour éviter l’impact des balles.
L’humiliation de cette défaite, la panique, étaient réelles. Nous avions peur. De quoi ? De l’inconnu, de l’incertitude ? Ma mère a retiré en banque tout ce qui lui restait, soit six mille francs soit deux mille euros 2005.
L’Agenda de bonne-maman Mathilde et le Journal de bonne-maman Elisabeth indiquent la même chose : nous avons rejoint Clausonne, notre refuge, ma mère, Bobby et moi le 19 juin.
Sur ces semaines, voir «Et rêver de Clausonne» page 120, 121 et 122.
1942/1- Madame Goudman
Je l’ai dit, le piano et la musique en général avaient une place importante rue de la Faisanderie. J’ai résumé la position de principe de mon père dans ce domaine dans: «Ceux du Mas de Coste».
La musique était une vraie corvée pour nous tous, moi au piano, je commence par le plus âgé, Bobby et son violoncelle, Mireille et son piano. Sur les autres mes souvenirs sont inexistants.
Dans cette tâche d’enseigner le piano, (à Saint-Etienne Madame Wannenmaker, voir GSC et AG 1936), ma mère jusqu’à mes douze, treize ans était l’élément essentiel. Elle a été aidée à Paris par Madame Goudman, ancienne élève de Marguerite Long.
Madame Goudman était divorcée d’un monsieur Alagille, vivait au 2 rue Nicolo à Paris dans un appartement microscopique où le piano demi-queue occupait toute la place de la salle de séjour. Le mari ayant été fabricant d’articles en bronze, cette pièce était remplie d’articles en bronze. Cette dame était aimable, bon professeur et n’arrêtait pas néanmoins de m’attraper. A son tour elle se faisait critiquer par Marguerite Long lors des contrôles de cette chef d’école.
Par le Minitel j’ai retrouvé la trace de son fils, Alagille, que je savais être médecin et qui est effectivement Professeur de médecine. C’est lui qui m’a envoyé la photo ci-jointe de sa mère. Le professeur Alagille est parfaitement connu de Bernard Launois, ami de Françoise et de Pierre Valentin son premier mari, tous deux chirurgiens.
Pour Roger-Vasselin et l’accord Gabriel Fauré, voir AG.
1942/2 – La « troupe » de Passy
De retour à Paris en octobre 1941, ma mère nous a envoyés, Bobby et moi, dans la troupe de Passy. Pour les mêmes raisons que notre envoi aux louveteaux.
J’ai fait partie sans joie, sauf sur deux plans très précis racontés plus loin, de la troupe d’éclaireurs de Passy, dirigée par Paul Pelletier dit Croc-blanc.
Le mot éclaireur avait d’ailleurs disparu comme les uniformes, du vocabulaire officiel sur ordre du gouvernement de Vichy. Nous étions devenus «Jeunesse d’Eglise».
J’ai revu Croc- blanc, de son vrai nom Paul Pelletier, bon entraîneur d’hommes et homme intègre, en 2001 pour le plaisir de le revoir et obtenir de lui quelques photos de lui et des autres. Voir AG 1945.
Voici une mauvaise photo de Warnier et Paris deux camarades de cette troupe. Au milieu et à droite.
Bernard Paris, un phénomène. Bavard intarissable, aussi charmant que bavard. Nous avons fait en 1944 notre première communion ensemble. Nous étions l’un et l’autre des élèves moyens. Nous nous sommes retrouvés en 1950-1951 en troisième année de Droit. Je l’ai écouté pendant des heures me raconter ses expériences de chef éclaireur, ses rapports avec Pelletier, ses problèmes personnels avec sa famille. Il a viré dans le «Réarmement Moral» et il y a dix ans vivait en Uruguay, jouait des pièces de théâtre pour distraire et convaincre les foules. Il ne s’est pas marié. Je l’ai revu en 2003 à Versaille s ayant appris par hasard, par François Dommel, sa présence en France. Il est à la retraite en Amérique du Sud, inconfortablement. De quoi vit-il ? D’un petit pécule m’a-t-il dit, versé régulièrement par la France. De passage en France en septembre 2003, il a laissé un message sur mon répondeur en mon absence. J’ai rappelé sa cousine le même jour. Elle m’a confirmé qu’il était déjà à l’aéroport en route pour l’Amérique du Sud.
En juin 2004, coup de téléphone de Paris à Versailles. Il venait en France se faire soigner sa maladie de Parkinson et autres pépins. Il est venu déjeuner. Nous avons pu longuement bavarder. Le voir m’a fait grand plaisir. Il devait repartir pour l’Uruguay début septembre.
Dans cette troupe j’ai profité de deux choses essentiellement : la visite de monuments (le Sacré-Cœur, la Conciergerie, et quelques autres sites comme le Grand canal de Versailles, complètement à sec à cette époque, une usine de fabrication de biscuits, un atelier de fabrication de pièces de monnaie, et une portion d’autoroute autour de Rocquencourt dont la construction démarrée avant guerre était arrêtée) et le chant chorale que Pelletier adorait. Il dirigeait très bien la chorale que nous formions. Amédée Brunet dans son livre déjà cité a bien voulu indiquer ces deux traits.
Un troisième élément m’a plusieurs fois diverti : Tapir, totem de Marachian, nom que j’ignorais, conséquence désagréable de cette habitude des totems. Tapir a été un temps l’adjoint ou l’un des adjoints de Pelletier. Un vrai pitre. Quelque fois désopilant. Nous faisant bien rire, ce qui n’amusait pas du tout Pelletier.
Trente ans plus tard, j’ai vu et longuement bavardé avec un vendeur de matières plastiques. J’avais devant moi un homme sérieux, passionné par son travail et par bien d’autres sujets d’ailleurs. Son nom était Marachian. C’est en bavardant avec Pelletier en 2002 que je me suis aperçu que le Marachian des années 1970 et le Tapir de 1942 étaient le même personnage. J’ai regretté de ne pas l’avoir reconnu en 1970. Si j’avais su son nom en 1942 j’aurais fait un rapprochement… Il ne m’avait pas reconnu non plus. Il est vrai que contrairement à lui, je disparaissais volontiers dans la foule.
Le voici à l’extrême droite de cette photo. A sa droite deux fois : Croc-blanc.
1942/3- Jacques Arnavon – Le Chambon
Une nouvelle fois le Chambon va s’occuper de nous.
En juillet-août 1941, Bobby et moi sommes aux Pins. Pendant un mois. Il y a quelques photos de ces vacances dans AG 1941.
En juillet-août 1942 Bobby et Hubert sont aux Pins, et moi, parce que plus vieux, aux Sorbiers. Même genre d’atmosphère. J’y croise Hubert de Sainte-Marie, charmant type de dix huit ans – j’en ai quatorze, avec lequel je m’entends bien. Sa seule passion est la peinture. Il viendra passer quelques jours à Clausonne en septembre de la même année. Je retrouve trace de ce passage dans l’Agenda de bonne-maman Mathilde de septembre 1942. J’ai retrouvé sa famille, un frère à Reims et un fils à Argenteuil. Hubert est mort il y a longtemps. Chose curieuse, ces séjours au Chambon et à Clausonne sont complètement ignorés de son frère et de son fils. Tous deux m’ont reçu très aimablement. Photos de Hubert de Sainte-Marie et de sa famille, lettres de son frère, sont dans AG 2002.
Cette même année, Jacques Arnavon ci-dessous, m’apparaît pour la seconde fois
J’ai raconté dans «Georgette Seydoux Coste» l’épisode Fachoda. A la lecture de ce texte, rédigé surtout pour montrer le soin et le goût de la formation de ses enfants qu’avait ma mère, - mon père aussi d’ailleurs – deux lecteurs familiaux se sont réveillés: Denis Martin de Clausonne et mon frère Hubert. Leurs témoignages sont ci-dessous. Celui d’Hubert évoque un souvenir de l’année 1939-1940 pendant laquelle il vivait à Clausonne et celui de Denis un souvenir du Chambon d’où sa place ici.
Hubert écrit :
«La venue à Clausonne de Jacques Arnavon était l’événement !
Ces dames se transformaient. En particulier Bonne-maman Mathilde. Sa vitalité réapparaissait; d’une femme éteinte, elle devenait, ce qu’elle avait probablement été plusieurs décennies auparavant, une jeune femme, gaie, entrain, causante. Elle s’habillait même différemment, même si la couleur principale restait le noir.
Dès l’annonce de l’arrivée de cet homme miracle, les trois dames s’agitaient, causaient, préparaient les petits plats.
Lors de son séjour, toujours très court, il était entouré comme une vedette, lui seul savait, comprenait, jugeait, les problèmes politiques créés par la montée du nazisme et par la guerre, et elles l’écoutaient avec passion, buvant ses paroles.
Lorsqu’il partait, c’était à nouveau le vide, la désolation, qu’un éclair avait illuminés pendant un trop court instant.
Enfin, l’apothéose survenait lorsque le facteur apportait une lettre de château, dont le style poétique et laudateur du charme de Clausonne faisait dire à bonne maman Mathilde qu’il restait encore sur terre des hommes qui savaient se tenir.
De mon côté je m’étonnais qu’un homme d’allure si démodée, habillé de noir, maigre, âgé, fût pour elles comme une sorte de jeune premier flattant leur orgueil et les transformant en jeunes femmes. J’ignorais, il est vrai, le rôle qu’avait pu jouer cet ex-collaborateur de Jacques Seydoux. Il avait en tout cas l’art de replonger ces dames dans un passé glorieux, chaleureux, vivant et la triste actualité venait là pour confirmer la justesse de toutes les prédictions entrevues par l’équipe Seydoux.
Clausonne, Madame Jacques Seydoux, un service du quai d’Orsay redevenaient ainsi ce qu’ils avaient été, les horloges se remettaient en marche, les glandes elles-mêmes se remettaient à fonctionner. Jacques Arnavon avait le talent de redonner vie à un passé glorieux, à des mœurs en déclin et à une jeunesse disparue.
La lettre de château, poème subtil et élogieux, était souvent relue, religieusement. J’ai même eu l’occasion de la lire à haute voix devant un public limité mais prêt à tout admirer.
La guerre, l’isolement de Clausonne, enfin le décès de Jacques Arnavon, ont malheureusement fait disparaître ce charme.
Deux autres personnes (voir 1921)ont su apporter quelque chose de similaire à Clausonne, il s’agit d’Amédée Rousselier, cousin et conseiller d’Etat, ex-représentant de la France à Monaco et Jean Maroger, sénateur (voir 1956). Mais à la différence de Jacques Arnavon, ils possédaient en plus une vitalité, une chaleur humaine et une drôlerie peu communes.»
Hubert Coste
Voici le témoignage de Denis Martin de Clausonne :
«Jacques Coste m'ayant demandé de rassembler les quelques modestes souvenirs que je lui ai dit avoir sur Monsieur Jacques Arnavon, ami chaleureux de plusieurs générations de Clausonne, c'est avec grand plaisir que je les tire d'un passé d'une soixantaine d'années fort bien gravé :
Car cela remonte pour moi aux années de guerre où j'avais entre neuf et treize ans. Mr Arnavon était reçu chez ma grand-mère et ma mère au quai de la Fontaine à Nîmes, mais je n'ai aucun souvenir de ses visites. En revanche, je me rappelle très bien l'avoir rencontré lorsque nous sommes allés en vacances au Chambon sur Lignon deux années de suite, où ma mère avait des adresses car elle y envoyait des juifs.
C'était au tout début de la guerre avant que nous élisions domicile de vacances à Saint André de Valborgne, dans la maison mise à notre disposition par l'oncle André de Rouville, le Mas Galabert, que les Bruneton partageaient avec nous.
C'est donc en 1941 ou 1942 que mes souvenirs se placent ; je revois très bien la silhouette de M. Arnavon - mais plus du tout son visage -. Je revois même un peu ses manières qui devaient donc avoir quelque chose d'original : un ton à la fois ferme et feutré, convaincu et libéral.
Je ne sais comment ma mère le connaissait, mais le premier contact avait été sûrement au Chambon. M. Arnavon venait nous voir et nous discutions avec lui, même les enfants, très cordialement et bien évidemment sur les événements. Son amour pour l'Angleterre était total, au point de regretter amèrement que la proposition qui avait été faite de fusionner les deux nations n’ait pas eu de suite. Une prise de bec au sujet de Mers El-Kébir avec mon frère Hervé, qui n'était pas plus âgé que moi de moins de deux ans, résonne encore avec sonorité.
Mais ces réminiscences sont toujours très agréables, notamment celle d'une invitation, Grand-mère, Mère et enfants à prendre le thé à l'hôtel de M. Arnavon : avec toasts, beurre, confiture de myrtilles, un sommet de délices à cette époque. Il y eut d'autres invitations mais sans les enfants.
Voilà : Ce n'est quand même pas peu de choses car si ces moments ont été si bien gravés dans ma mémoire, c'est bien qu'il y avait dans ce "Monsieur" quelque chose sortant de l'ordinaire !»
Denis Martin de Clausonne
Et je reprends la plume.
Si j’évoque ici ce monsieur, c’est parce que le second souvenir que j’ai de lui a pour cadre les Sorbiers au Chambon cet été là, 1942.
Jacques Arnavon était lui aussi au Chambon. Pour des raisons que j’ignorais. J’apprends sa présence par un coup de téléphone qu’il donne à la directrice des Sorbiers, Jeanne Carillat. Rendez-vous est pris pour que je lui joue du piano. Je mourais de peur et j’ai beaucoup retravaillé je ne sais plus quel morceau, un ou plusieurs, sur le piano de la pension, un vieux machin droit installé dans l’entrée. Bien que nous soyons en été, il ne faisait pas chaud et mes mains restaient froides malgré tous mes efforts pour les réchauffer. C’était une des terreurs de tous mes camarades pianistes: comment se réchauffer les doigts pour les avoir chauds au moment où on joue ? Jacques Arnavon arrive. Je joue. Une question me reste dans l’esprit : Comment savait-il ma présence à cet endroit? Probablement par ma grand-mère Mathilde. Ils étaient tous deux de fidèles et ardents correspondants. Le nom d’Arnavon est très souvent cité dans l’Agenda de ma grand-mère. Après ma modeste prestation, Jacques Arnavon et Madame Carillat ont le dialogue suivant :
Arnavon : il me faut aller en Suisse.
Carillat : Ah bon.
Arnavon : Je ne sais pas comment avoir de l’argent.
Carillat : Le meilleur moyen est d’emporter quelques bijoux.
Arnavon : Pas de problème.
Carillat : Il faut les vendre sur place à Genève. Mais je vous préviens, tous les bijoutiers de Genève sont juifs.
Arnavon : Aucune importance, je n’ai aucun sentiment antisémite.
Et nous nous sommes quittés.
Comment entre ces deux personnes qui ne se connaissaient pas une heure auparavant y eut-il un tel dialogue ? Je restais très surpris, et même médusé, à l’idée qu’un voyage en Suisse était possible en 1942 entre la Zone Libre et la Confédération helvétique. Et parler de la sorte des Israélites quand on savait, d’ailleurs assez mal, l’antisémitisme officiel ? Ce court dialogue m’est resté gravé dans le crâne.
Je n’ai jamais revu, à mon regret, Arnavon. J’ai cherché à savoir s’il existait des descendants. Par Minitel, je tombe sur une Mathilde Arnavon. Je l’appelle au téléphone et me présente. Elle me répond sans aucun détour ni réserve. Elle est normalienne et prépare une agrégation d’anglais. J’ai appelé son père. De nombreuses fois. Aucune réponse. J’ai fini par l’inviter à dîner. Il est venu avec des photos de son grand-père: la meilleure est deux pages précédentes.
Jacques Arnavon, m’a dit son petit-fils, était en 1942, président du comité France-Angleterre et c’est peut-être pour cette raison qu’il était recherché par le pouvoir et qu’il était venu s’abriter au Chambon.
De 1934 à 1938 Jacques Arnavon est venu tous les ans passer quelques jours à Clausonne. Après ses séjours il envoyait à mes grands-mères une «lettre de château» sous forme d’un poème en vers. Cinq séjours donc cinq poèmes. (voir AG 1942). Et si quelqu’un a «rêvé de Clausonne» c’est bien Arnavon.
J’insère ici celui qu’Arnavon a écrit après son séjour d’automne 1938. Les accords de Munich étaient signés, l’époque est grave, et ce charmant ami de mes grands-mères en est un bon témoin.
Un dernier mot sur lui : sa petite-fille m’a signalé que son grand-père était un passionné de Molière. Après pas mal de détours j’ai fini par trouver l’ouvrage d’Arnavon sur le Misanthrope. Je m’en suis régalé.
A Mesdames de Clausonne et J. Seydoux - 2 décembre 1938
APRÈS L'ALERTE
Toujours reconnaissant, mais l'âme un peu meurtrie,
J'ai quitté l'autre soir Clausonne et son accueil,
Car sous la souriante et douce causerie,
Je devinais l'angoisse et la peine et le deuil.
En ces lieux, enchantés d'eau vive et de prairie,
Où tout conspire à plaire à l'esprit comme à l'œil,
Nous songions aux périls menaçant la patrie,
Notre pensée errait du salut à l'écueil.
Or, l'alarme est passée et la paix se restaure.
On croit avoir fléchi l'odieux Minotaure…
J'en doute. Mais je veux retenir seulement
Qu'en un jour anxieux, où l'épreuve était proche,
J'ai pu, par l'amitié qui console et rapproche,
Partager vos douleurs et votre âpre tourment.
1943/1- Les François Seydoux à Budapest
J’ai retrouvé dans les albums de ma mère huit photos de la famille François Seydoux à Budapest en 1942 et 1943. Voir AG 1943. Je les garde précieusement sans les décoller de leur support gris sur lequel ma mère a écrit, c’est rare et c’est pourquoi je le signale, non seulement des noms mais des dates: «Budapest 1942 et baptême de Yolande mai 1943». J’en présente ci-dessus deux. On voit très bien les enfants et tante Béatrice. Ces photos sont uniques je pense.
En été 1943 mon oncle est rappelé en France.
Pour regagner Paris, il fallait forcément passer par l’Autriche. Mes souvenirs m’indiquent que la famille François, parents plus cinq enfants, voyageait dans un train différent de celui dans lequel avaient été chargés les bagages. A cette époque l'Autriche subissait de très nombreux bombardements et bien entendu les trains….. A un arrêt dans une gare allemande dont le nom m’échappe, oncle François laisse sa famille dans le wagon et descend sur le quai pour s’assurer de l’existence de l’autre train et donc de ses bagages.
Il apprend que de ce deuxième train, par suite d’un bombardement, il ne reste plus rien. Désespéré il regagne son wagon. Tout à coup et sans préavis le train où se trouvent femme et enfants se remet en marche. Il l’attrape au vol par miracle et retrouve les siens.
Ces détails ont été racontés par lui-même dans une lettre adressée à sa mère ou sa grand-mère à Clausonne, lettre que bonne maman Elisabeth m’avait lue: «Je suis aussi pauvre que Job» écrivait-il.
J’ai interrogé Laurence, ma cousine, sur ses souvenirs de cette époque. Elle n’avait que huit ans. Voici ce qu’elle écrit :
«Pour autant que je m’en souvienne, n’ayant à l’époque que 8 ans, nous sommes partis pour Budapest en 1941, Papa ayant été nommé 2ème conseiller auprès de la Légation de France en Hongrie (à l’époque, ce n’était pas une Ambassade). La situation y est devenue rapidement difficile et délicate en raison de l’avancée des troupes soviétiques et Papa avait alors pris des contacts pour que nous puissions quitter la Hongrie et nous réfugier dans un pays plus clément (il était question alors du Liban). Notre mère est à ce moment-là tombée enceinte et a dû rester couchée pendant toute la fin de sa grossesse qui s’est terminée le 31 mars 1943 par la naissance de Yolande. Alors que les bombardements russes sont devenus particulièrement intenses au printemps 1943, les quatre enfants aînés ont attrapé une rougeole dévastatrice avec des complications dramatiques (otites et mastoïdite) qui ont nécessité d’opérer Liliane d’abord, Jacques ensuite… Nous avons pu finalement quitter Budapest au mois d’août 1943, sous prétexte de vacances et regagner la France. Notre voyage a été assez cauchemardesque, Liliane étant encore fragilisée par l’opération, Jacques ayant la tête enveloppée de bandages, Yolande ayant tout juste quatre mois. Nous avons changé deux fois de train, une première fois à la frontière austro-hongroise, puis une deuxième fois à Vienne. La correspondance à Vienne a été épique, car notre train avait du retard et je vois encore les soldats allemands aux fenêtres du train, ricanant au passage de cette famille courant sur le quai, en portant les bagages qu’elle avait pu emporter. Notre train a été immobilisé en pleine campagne dans la nuit, en raison d’une menace de bombardement, mais nous sommes arrivés sains et saufs à Paris où nous attendaient sur le quai notre Grand’Mère Thurneyssen et Oncle Roger. Selon mes souvenirs, la plus grosse partie de nos bagages (12 caisses ou malles) n’était pas dans ce train, mais ont été convoyées par le train suivant qui a été totalement détruit… seules les bicyclettes qui ont encore pris un train suivant sont arrivées à bon port.
L’hiver qui a suivi a été, tu l’imagines sans peine très difficile…».
Merci infiniment, ma chère Laurence, de ton témoignage.
Le seul souvenir direct d’oncle François sur cette période concerne une conférence qu’il avait faite, m’a t-il dit un jour, au lycée (français?) de Budapest sur Thiers.
Juillet 1943/2 – Gausachs, dit Pépito – Le Chambon sur Lignon
Au centre, Pépito, à droite son ami Plazas et à gauche un autre ami Véra.
En juillet 1943 Bobby et moi nous nous trouvions aux Sorbiers, nom déjà cité, pension d’enfants, essentiellement des J3. Sont venus nous surveiller, nous distraire, deux étudiants. L’un d’entre eux s’appelle Gausachs. Il est espagnol et réfugié au Chambon. Quand Miss Mabel, de nationalité anglaise et se faisant appeler Tantine, la codirectrice, nous le présente, son nom m’échappe et je lui dis tout de suite : «Ton nom est trop compliqué, on va t’en chercher un autre».
Bobby, un autre pensionnaire dont j’ai oublié le nom, - peut-être Pierre de Seynes, présent avec nous à la même époque ; mais ce souvenir lui échappe complètement, - et moi nous réunissons dans l’instant dans la salle à manger et deux minutes après je découvre le nom de Pépito. Je rejoins Gausachs dans la pièce à côté et je lui dis : «On va t’appeler Pépito».
Ce nom a été connu de tous les gens du Chambon, mais parmi les rédacteurs des pages d’histoire sur le Chambon de cette époque, pages qui sont dans mes archives, personne n’avait conclu, chose étrange, que Pépito et Gausachs étaient le même bonhomme. Honnête, modeste, très sympathique. Gausachs m’a laissé un chaleureux souvenir.
Un jour de l’été 1998, en stage de musique au Chambon, je m’entretiens avec l’historien de cette commune, Monsieur Gérard Bollon, prononce le nom de Pépito, et vois son regard étonné : «Vous connaissez ce nom ?» «Oui, lui dis-je, c’est moi qui le lui ai donné».
Dans les années qui ont suivi, j’ai échangé avec Monsieur Bollon, «mémoire» du Chambon, avec le Reader Digest qui avait écrit sur cette période, et avec Monsieur Plazas, ami de Gausachs, voir la photo ci-dessus, qui a écrit un peu n’importe quoi sur le nom Pépito, une série de lettres pour rétablir ce point d’histoire. Toute cette correspondance est dans le dossier Chambon (AG 2000).
Gausachs est mort dans les années 80.
J’ai retrouvé par Minitel Madame Gausachs qui vit dans le sud de la France. Il n’est pas exclu que je aille la voir. Au téléphone elle a été des plus aimable.
Septembre 1943 – Mes grands-parents Coste au Mas
Les noces d’or de mes grands-parents Coste ont été longuement racontées par plusieurs d’entre nous dans «Ceux du Mas de Coste». Je retrouve cette photo faite à cette occasion. Chacun des petits-enfants en a reçu un exemplaire. Soixante ans après, qualité irréprochable. Attitude très bonne et très caractéristique de ces deux personnes.
Un chapeau sur chaque tête. Je ne me rappelle pas mes grands-parents nu-tête à l’extérieur. Vêtements noirs fatigués, pas élégants. Regard sérieux, attitude ferme. Ils sont devant la porte d’entrée du Mas sur la calade. Ces noces d’or ont été préparées très longtemps à l’avance. La rue de la Faisanderie n’a rien eu à faire pour la nourriture, point clé ou presque, de la réunion.
En revanche il fallait meubler de photos un livre d’or créé par Tante Inès. Ma mère trouvait cette idée saugrenue Je m’en souviens très bien. Je la trouvais bonne. La meilleure preuve est que je continue. Ce livre d’or est dans les archives de mon neveu Philippe Coste.
1943 – Noces d’or toujours ! Jacques et Bobby
Quelques semaines avant cette réunion des noces d’or, nous recevons d’un studio de photographies, Piaz, un bon pour des photos gratuites. Sur l’ordre de ma mère nous nous y sommes précipités. Tellement vite que nous avons oublié, et notre mère nous l’avait pourtant bien recommandé, de mettre nos cravates. C’est pourquoi, sur la photo ci-dessous, photo qui figure dans l’album des noces d’or, nous sommes sans cravate. Cela nous a valu au retour une belle engueulade !
Voir AG 1943.
1943-1944 – Lycée Janson – en Seconde
Je trouve dans les albums de photographies, une photo des élèves dont j’étais, de la classe de seconde en 1943-1944. Le professeur principal était Lablénie. Je me rappelle les noms de la plupart des camarades de cette classe. Au premier rang, son chapeau sur ses genoux, M. Vigué, professeur de physique.
Je fais un saut de soixante ans en arrière et me plonge un instant dans le lycée Janson.
Lablénie : je commence par Lablénie, professeur de lettres en seconde. En cela, je ne fais que suivre ce que j'ai cherché à faire sans grand succès pour le moment, sur le sieur Mallet, mon professeur de lettres en sixième et cinquième à Nîmes.
Trois caractéristiques : intéressé, paresseux, intelligent.
Intéressé : il nous a fait acheter dès le début de l'année un livre intitulé "Le latin vivant", dont il était l’auteur. Je n'ai pas le souvenir que nous nous en soyons beaucoup servi. Il nous a fait acheter aussi un recueil de versions latines "à détacher selon le pointillé" que nous avons très peu traduites. Par ces deux biais, dans l'escarcelle de Lablénie, étaient rentrés quelques francs de droits d'auteur.
Paresseux : je me demande combien de versions latines et combien de devoirs de français nous avons faits et je me demande bien davantage combien de ces devoirs nous ont été rendus corrigés. Très peu, je pense. J'en étais chaque fois surpris, mais enfin l'essentiel avait été fait par nous, c'est à dire des versions latines et des devoirs de français. Je n'ai aucun souvenir de devoirs de grec, et pourtant, il nous enseignait aussi le grec: pénible souvenir.
Intelligent : il nous faisait rédiger des biographies d'auteurs qu'à sa demande, tel ou tel en classe, lisait à haute voix, de sa place. Il voulait absolument, et nous l'a dit plusieurs fois, que nous ne commencions jamais ces biographies par "un tel est né en et mort en", mais que leurs premiers mots caractérisent l'auteur que l’on étudiait, pour montrer que l’on avait compris quelque chose à son œuvre. Un jour, il fait lire son travail par l'un de nous. Notre camarade a lu son résumé. Naturellement la phrase "un tel est né en et est mort en" figurait en tête de son papier. Lablénie a laissé notre camarade lire son texte jusqu'au bout. A ma grande surprise. Je me demandais ce qui allait bien se passer en fin de lecture. Lablénie lui a demandé de relire ses premières lignes et l'autre, pas méfiant, a relu : "un tel est né en et est mort en". Silence. "Zéro", conclut Lablénie. Oh ! Cruel!
Au cours des compositions de latin ou de grec, il nous interdisait pendant les quinze premières minutes d'utiliser le dictionnaire. Il voulait que nous réfléchissions sur le texte, que nous nous efforcions de trouver un sens, une construction aux phrases. Je ne me rebellais nullement contre cet oukase : "je favorise les meilleurs", nous disait-il à ces occasions.
Ce n'était pas si mal vu. Et quand mon père, quelques années plus tard, au moment où ses fils se cherchaient des situations et s'efforçaient de gagner un peu d'argent, nous a dit : «L’argent ? Plus vous en gagnerez, plus je vous en donnerai", j'ai repensé à Lablénie.
Une fois, une seule, et pour ma part c'est le seul commentaire de ce genre que j'ai entendu dans la bouche d'un professeur pendant toute ma vie scolaire, il nous a dit en commençant son cours, tout en enlevant son manteau : "Beaucoup de vos parents (j’hésite entre parents ou pères) sont ingénieurs", phrase à laquelle je donnais les trois interprétations suivantes :
1) Il avait étudié, nos réponses aux questions posées par l'administration en début d'année, questions parmi lesquelles figurait toujours : "profession des parents". J'approuvais cette lecture.
2) Il en concluait que nos pères avaient beaucoup travaillé pour mériter les peaux d'âne d'ingénieur, ce qui signifiait aussi qu'il nous invitait à en faire autant.
3) Et il nous considérait comme une classe issue de la bourgeoisie. De sa part, cette réflexion ne m'étonnait pas, car lui n'en était pas. Cela m'était complètement indifférent, mais cela sautait aux yeux.
J'ai gardé en mémoire cette réflexion. Je dois reconnaître que les visages de tous ces élèves sur la photographie précitée, en cheveux courts, en veston et cravate, en gros plutôt bien tenus, étaient assez caractéristiques et justifiaient le jugement de Lablénie.
Autre jugement de lui sur les critiques littéraires qu'il avait en horreur, ce que j'ai découvert à cette occasion. Il voulait que nous nous concentrions nos efforts sur les textes des auteurs. Et sur rien d’autre. Il ne souhaitait pas que nous perdions notre temps à lire des commentaires écrits par d'autres. Ce jour-là, assis sur sa chaise, au milieu d'une phrase de son cours, il nous a dit d'une voix forte en nous parlant des critiques : "Tous à foutre aux chiottes". Ce langage était rarissime en chaire. Nous avons tous été surpris, poussé un grand oh! d’étonnement et le cours a continué.
Il était tout de même professeur et devait nous apprendre à rédiger. Un jour, il nous a demandé d'analyser une tirade, somme de vers qui raconte une histoire, un drame, un combat, un état d'âme dans une tragédie ou une comédie. Le silence a été absolu. Lablénie, pas tellement content, a repris le commandement et nous a analysé la tirade qui, je pense, était tirée d'Andromaque. Du vers 1 au vers 4, tel message, du 4 au 8, telle autre signification, etc. J'ai trouvé cette manière de procéder très intelligente et ne me rappelle pas que dans les classes précédentes et suivantes les professeurs aient eu ce souci de clarté dans l'explication de la structure d'un texte.
Au cours de cette année de seconde, j'ai rencontré deux anciens élèves de Lablénie, tous deux plus âgés que moi. L'un l'avait adoré. L'autre, l'avait détesté. Le premier l'avait adoré justement à cause de Molière, car cette année là, Lablénie avait fait travailler et jouer dans le cadre du lycée, par quelques-uns de ses élèves "Le Malade imaginaire". Lablénie, au cours de notre seconde, nous a branchés sur "Les Précieuses ridicules". Selon un mécanisme que je n'ai jamais su, il avait choisi Barbezat et Payan, (voir plus loin), tous deux excellents élèves, pour tenir les deux principaux rôles. C'est Payan qui m'avait demandé de me joindre à cette troupe. J'acceptais évidemment, quoique me sachant très peu acteur. Il y a eu quelques répétitions chez Payan. Et Lablénie est parti. L'affaire a donc été sans suite. J'aurais bien aimé voir Lablénie en metteur en scène.
Un jour d’avril 1944, je crois, Lablénie est parti. On nous a dit : congestion pulmonaire. Ce n'est que plus tard que j'ai appris que, "résistant", il était probablement recherché par la police de l'époque. J'espère qu'il ne lui est rien arrivé de malheureux. Je dois dire que je n'ai jamais vu son nom dans aucun cadre. Il n'est jamais revenu en classe. Et, pendant son absence deux stagiaires, indifférents, ont pris sa place. Le second, doué d'une belle voix, terminait tous ses commentaires sur la littérature française, tout en se promenant dans la travée centrale de la classe, par l'expression : "Voilà le sens général". La classe a souri plus d'une fois à ces mots.
J'en viens à quelques camarades de cette classe de seconde. D’aucun d’eux je ne dirai, il est intelligent, parce qu’ils l’étaient tous. Et je naviguerai un peu dans d’autres classes. François Bochet : en 2004 je rejoins le groupe de visites de musées de Madame Bochet, auquel participe déjà Françoise, et y rencontre son mari François. Nom et prénom me sont familiers: un sourire, une ironie, un calme, un nez, un menton me font penser qu’il s’agit du Bochet de la classe de seconde précitée (deuxième rang en partant du haut, quatrième en partant de la gauche).
Après hésitation, mais poussé par la curiosité, je lui téléphone. Il a, je le reconnais volontiers, tout de suite embrayé sur le nom de Lablénie et nos souvenirs ont fait boule de neige.
François Bochet a complété la liste des noms de la photo ci-dessus. Il m’a aussi envoyé la photo de la classe de troisième. Il a lu ces pages sur le lycée Janson et m’a complété le paragraphe Georges-Picot. Il a été également le «go between» entre Dallery et moi.
Gouhier : travailleur acharné. Nous étions dans la même septième en 1938-1939 avec Mandreau et nous nous sommes retrouvés en quatrième avec d'Hauterive, professeur de lettres. Il manquait quelque peu d’humour et d'Hauterive, mille excuses si je repars en quatrième au lieu de rester en seconde, s'en est un jour servi. Cette classe était divisée en deux camps, mécanique assez compliquée, mais très intelligente. Chaque camp avait son chef, titre obtenu uniquement par la qualité des réponses qu'à intervalles réguliers d'Hauterive arrachait aux élèves.
Quand une réponse était mauvaise, d'Hauterive donnait un coup de règle sur sa table et c'était à un autre élève, parfaitement sélectionné, de répondre. On était donc tous sur le qui-vive pendant cette interrogation générale qui devait bien durer trois heures.
Ce jour-là, Gouhier était le chef de camp, ce qu’il méritait tout à fait. Il donne sa réponse. D'Hauterive lève le nez vers lui, le regarde avec ironie et lui demande "Vous en êtes sûr ? "Oui" répond Gouhier et d'Hauterive baisse les yeux sur son livre pour préparer une nouvelle question et, tout à coup, nous entendons un coup de règle cinglant qui signifiait que la réponse de Gouhier était mauvaise et que le suivant devait répondre, lequel a donné la bonne réponse. La rage de Gouhier a été totale, la classe a souri. J'ai trouvé d'Hauterive un peu cruel.
Gouhier était un excellent élève. La première fois que j'ai lu une citation ou un mot d'auteur dans un devoir d'élève, c'est en lisant une copie de Gouhier qu'il m'avait permis de lire. Je mettrai un temps fou pour atteindre la moitié du quart de ce niveau et arriver à intégrer des citations dans mes dissertations. Gouhier avait compris dès la quatrième ce qu’il fallait comprendre. Il était très bon en français. Ceux qui avaient de bonnes notes à leurs devoirs pouvaient les lire sur l'estrade devant toute la classe. Gouhier a eu souvent ce privilège. C'est également Gouhier qui, tout en me mettant au courant du contenu des trois premières semaines d'octobre, car je n'ai intégré cette classe que fin octobre, me dit, me clame les premiers mots d'un texte de César, que nous devions traduire : "Ad signa prima Alexander pervenit". Il disait ces mots avec autorité et avec l'accent tonique, ce que je découvrais en l'écoutant et qui était une grande recommandation de d'Hauterive.
C'est de Gouhier que j'ai appris, que j'ai découvert le mot "déportation". La mère de Gouhier et ma mère avaient été camarades de classe dans l'enseignement secondaire. En quatrième, Gouhier et moi, nous nous sommes un peu vus tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre. Ce jour-là, il était à la maison et parlait, devant ma mère et moi, de sa famille, et des petits problèmes quotidiens. Et il dit cette phrase qui me transperce encore le cœur aujourd'hui : "Ma grand-mère a été déportée". Sa grand-mère était israélite. Son nom était Moïse. Je l'avais vue une ou deux fois venant chercher son petit-fils. Elle était revêtue d'un manteau usé, était mal chaussée et mal chapeautée. Mais cette grand-mère a revêtu pour moi un caractère affectueux et je l'associe à mes trois grands-mères. Ce mot "déportation" n'a pas été dit par son petit-fils avec des larmes dans la voix. Ma mère et moi n'avons plus ouvert la bouche pendant quelques instants, sans bien comprendre ce que cachait ce mot. Je pense que pour les trois présents, "déportée" voulait simplement dire déplacée, installée dans un autre endroit que son domicile. Peut-être cette dame avait-elle un lit, une nourriture correcte même si elle était prisonnière. Ce n'est qu'en 1945 que le monde a découvert ce que l'on sait. Paix à son âme. J’irai chercher et saluer son nom sur le monument récemment inauguré.
J'ai retrouvé le nom de Gouhier il y a quelques années au bas d'un article sur le pasteur protestant Pierre Maury que j'avais bien connu dans les années 1942-1944. Cet article était signé A.G. J'ai vérifié auprès du journal qui publiait cet article qu'il s'agissait bien d'Alain Gouhier. Confirmation m'a été donnée. Et mon interlocuteur m'a indiqué que Gouhier, agrégé de philosophie était professeur dans une université de l'Est de la France et très impliqué dans une association d'amitié judéo-chrétienne. Je n'ai pas du tout reconnu le pasteur Maury sous la plume de Gouhier, mais, je l’ai déjà dit, Gouhier était beaucoup plus fort que moi en français.
Guilhen : tout chez lui était plus grand que chez nous : sa taille, sa tête, son nez, son front, ses mains et son cerveau, et il ne semblait pas connaître la peur. Lui aussi était très bon en français. En quatrième il est souvent venu lire son texte sur l'estrade. Pour l'un d'entre eux, il avait inventé un personnage lié au négoce des tissus, en réponse à une question posée, et l'avait baptisé Monsieur Troisfils.
Doué d’une intelligence très vive, il aimait s’en servir pour lancer dans la nature des réparties caustiques dont certaines étaient en plus savoureuses.
Guilhen m’a dit Bochet, est avocat.
Georges-Picot : un peu inséparable de Guilhen. Il était lui aussi bon élève en français et en quatrième dans l'un de ses devoirs, il avait évoqué le bruit des moteurs de voitures, bruit qui collait bien à son récit, mais qu'on entendait vraiment peu à cette époque. Il est entré à l'Ecole des Mines de Paris. François Bochet (voir supra) qui a lu ces lignes se rappelle très bien le texte récité par Georges-Picot chez Sers: le fameux poème de Musset sur le «Rhin allemand»
Payan : excellent élève. Assez maladroit physiquement. Ecrivant d'une manière très raide. Mais une jolie cervelle. C'est lui qui au cours d'une classe de français, en troisième avec Sers qui monologuait sur l'origine du monde, lui a demandé : "Monsieur, vous n'excluez pas une intervention divine?".» Je n'ai pas retenu la réponse de Sers qui m'ennuyait. Mais cette question très bonne de Payan était quand même surprenante, dans l'atmosphère, dans l'ambiance du lycée où les problèmes transcendantaux ou religieux n'étaient jamais évoqués. Pour les compositions de récitation Sers imposait d'une part des textes et d'autre part laissait chaque élève libre de choisir un texte. Je me rappelle celui que j'avais choisi. Et je me rappelle bien aussi le texte choisi par Payan : la tirade du nez. Il s'en était très bien sorti. Il est entré à Polytechnique.
Barbezat : il était chef de classe. Il tenait le cahier de textes officiel. Il avait une jolie calligraphie aérée et ronde. Il était physiquement très doué. Dans le cadre du lycée, il était champion d'escrime. Il était également bon sprinter de 100 ou 200 mètres. Je me rappelle Jabalot, professeur de gymnastique en troisième lui disant : "Je vous donne une ou deux secondes d'avance, allons-y" Je ne me rappelle pas la suite, mais j'avais trouvé ce défi très intelligent. Barbezat reste surtout pour moi, accroché au nom de Vercel. Je me le rappelle très bien nous faisant un exposé, brillant sur le fameux livre de Vercel "Capitaine Conan". Barbezat voulait être médecin.
Kerguelen : petit, la tête dans les épaules, ces mêmes épaules étroites, le visage un peu chafouin, ne payant pas de mine, c'est vrai. Mais il savait tout. En quatrième, d'Hauterive avait écrit sur son carnet de notes que son titulaire m'avait permis de lire un jour : "Excellent élève : son camp lui doit bien des succès". Peu présent en classe, mais très fort. Il voulait faire l'Agro. Qu'est-il devenu ?
Rocher : belle cervelle. Modeste et plein d'humour. De petite taille dont il ne semblait d'ailleurs pas souffrir. En classe de philo, il était surnommé "la puce", surnom qu'il acceptait avec le sourire. La classe l'aimait beaucoup. Son nom reste pour moi attaché à une manifestation de courage de sa part. La scène très rapide, s'est déroulée dans un couloir entre deux cours et en présence de quatre ou cinq témoins dont moi. Rocher et Dupont (son vrai nom n'était pas Dupont) tout à coup s'accrochent verbalement, se heurtent et s'envoient de véritables vacheries. La raison ? Je l'ai oubliée. Les deux dernières répliques ont été :
Dupont : "Si tu n'étais pas si petit, je te casserais la gueule".
Rocher, probablement blessé mais sans perdre son sang froid : "Eh bien! je te rendrais tes coups!"
Nous, spectateurs, étions médusés de la violence de ce dialogue et de la haine qui apparaissait. Mais Rocher, en sortait vainqueur. Et l'un des spectateurs précités, Brugnon, droit et sympathique s'est interposé entre les deux lutteurs et a dit à Dupont : "Maintenant ça suffit". Et le soufflé est retombé aussi vite qu'il était monté.
Rocher est resté pour moi l'exemple du courage. Je l'ai retrouvé en Hypokhâgne où je suis resté trois mois. Erreur de parcours. Il était toujours modeste et brillant. Il a dû faire Normale Sup et une agrégation d'allemand. A vérifier.
Un jour de 1949 ou 1950, marchant solitairement dans le quartier latin, je vois Rocher vendant l'Humanité.
Lechevalier : élève pas heureux. Souriant mais pas heureux. Un jour des années 1960-1965, la porte de mon bureau s'ouvre et Lechevalier entre. Il s'est assis en face de moi, ne m'a posé aucune question et, pendant quinze minutes, m'a raconté ses malheurs. Quel métier a-t-il exercé ? C'était un type charmant.
D'Esneval : fin, très fin. On sentait chez lui des traditions, une histoire. Il parlait quelque fois de sa maison de Normandie. Il était cultivé, lisait beaucoup et se trouvait très à l'aise en français. Une calligraphie angulaire et pointue, les «f» montaient très haut et descendaient très bas. Une sorte de rage ?
En troisième ou seconde, il a fallu, comme probablement nos prédécesseurs, rédiger une dissertation sur les méthodes d'éducation des enfants proposées par Montaigne et Rabelais. Devoir classique. Je pataugeais aussi bien sur les idées que sur le plan. Tout cela me paraissait compliqué, confus et en dehors de mon temps. J'ai fini par accoucher d'un devoir, probablement mauvais. Au retour des copies corrigées, d'Esneval m'a fait lire son travail. J'ai admiré la clarté de son plan, de ses idées, la logique de sa démonstration. Il a fait l'ENA. Je ne sais comment il vivait pendant la guerre car son père, officier d'active, était depuis 1940 à Londres avec de Gaulle.
Javary : il y a eu plusieurs frères Javary, un peu du même âge que mes frères et moi. Nous avons connu deux d'entre eux. Il s'agit ici de Patrice. Je l'avais déjà croisé pendant l'hiver 1938-1939 dans un cours privé de gymnastique. Je le retrouve en quatrième. Et en classe d'allemand, avec le professeur Stein, j'écoute Javary parler allemand avec aisance, dialoguer avec le professeur, à propos d'un petit livre très amusant qui était notre base de travail : Kai aus der Kiste. Je suis resté émerveillé me disant que j'avais fort à faire pour rattraper la moitié du quart du niveau de Javary.
Je l'ai retrouvé en troisième. En classe d'histoire avec Casati, je ne sais plus pour quelle raison, à propos de l'Afrique française, grand sujet d'étude à l'époque, avait été posée la question : "Qui veut parler du Transsaharien ? Et au cours suivant, mon Javary, au tableau, fait un exposé magistral, le mot n'est pas trop fort, sur les inconvénients, les avantages, les difficultés de construction du Transsaharien.
A plusieurs reprises, Casati s'est levé de son siège pour regarder les dessins et croquis que Javary faisait au tableau, découvrant, peut-être, que Javary lui apprenait beaucoup de choses. J'ai appris, il y a un an ou deux, que Javary s'était suicidé. Paix à son âme.
Bochet Alain : plein de charme, souriant, se moquant de lui, ne croyant pas tellement à ce qu'il était et à ce qu'il faisait, un peu dégingandé. Il me laisse un souvenir délicieux. J'ai appris avec tristesse que lui aussi était mort, d'un cancer probablement. Paix à son âme.
Meynial : brillant sujet, toujours à l’aise, semblant content de vivre. Sur les deux photos de classe précitées il est souriant. Je l’ai appelé récemment au téléphone. Il a aimablement répondu à mes questions.
Duvivier : probablement parent assez proche du cinéaste Julien Duvivier qui à l'époque nous était connu. Elégant, distingué, Duvivier m'a laissé le souvenir de trois passions : la collection de timbres, la création d'un journal de classe, qui a eu au moins un numéro auquel j'ai participé et enfin son goût pour l'écriture. Je cherchais, je cherche toujours un peu, la meilleure méthode possible de travail et un jour, lui et moi discutons de ce que nous faisons en classe de français avec Lablénie. Je lui dis ne jamais prendre de notes. Il me répond qu'il prend tout en note.
Quelques jours plus tard, suivant le conseil de ce charmant camarade, je me suis mis, et ne m'arrête plus, à prendre des notes. Il avait envisagé de nous faire visiter grâce à son parent Duvivier, une séance de tournage d'un film dans un studio. Puis le 6 juin est arrivé, c'est à dire la guerre sur notre sol. Je n’ai pas le souvenir que cette visite ait eu lieu.
Lainé : ombrageux, difficile, susceptible, très bon élève. Il était en plus très concerné par la gestion d'une troupe de scouts dans laquelle il s'impliquait beaucoup. Lui aussi était très doué en lettres. Il a passé son premier baccalauréat à la sortie de notre année de seconde ce qui est tout de même assez fort, après avoir rédigé et montré à Lablénie plusieurs devoirs de français, complètement hors cours, ce qui prouve que Lablénie était accessible en cette fin d'année scolaire 1944 (mais je ne me rappelle pas l'avoir revu au lycée). Lainé voulait être médecin.
Teissier : il n’était pas en seconde mais en troisième, l’année précédente. Voir photo AG 1943. Cette année scolaire est celle dont je garde le meilleur souvenir grâce à Teissier. Voir AG 2002. Il a essayé, à cette époque, de me faire partager son admiration pour Verlaine et Rimbaud. Trop calé pour moi. Il a fait HEC et une brillante carrière au sein d’un groupe industriel français.
Tous ces élèves précités étaient solides, stables, réguliers, travailleurs. Une vraie bonne terre pour les professeurs qui devaient remercier le ciel d’avoir des élèves de cette qualité.
En écrivant ces lignes, j’ai une pensée pour Lablénie qui, dans sa tombe, doit être content.
D'Hauterive : professeur de lettres en quatrième. D'Hauterive était un homme distingué et un excellent pédagogue.
J'ai cité sa méthode de division de la classe en deux camps. L'explication serait trop longue. Mais ça marchait.
Je me rappelle les devoirs de grammaire sur les comparatifs et les superlatifs, sa recommandation sur la manière de prononcer «un» et «in» son long monologue sur l’expression «dès l’instant que», et cette phrase qu'il nous a citée des centaines de fois et que je cite à mon tour bien souvent, en rappelant qu'elle est de d'Hauterive : "Ayant été plumé, le cuisinier mit le poulet à la broche", ce qui est une gigantesque faute de français que bien des gens font couramment sans le savoir. Si je devais définir d'Hauterive par un seul mot, je dirais qu'il était essentiellement grammairien.
Pour moi le meilleur moment des classes de d'Hauterive était le samedi entre midi moins le quart et midi. J'étais content de m'évader pendant quinze minutes des versions et thèmes de latin et de grec dont l'étude m'ennuyait copieusement.
Pendant ce quart d'heure d'Hauterive nous faisait la lecture. Trois livres me restent en mémoire : "La tentation de Saint-Antoine" de Flaubert, histoire plutôt ennuyeuse, quelques passages des «Misérables» dont celui contenant «Et maintenant pioncez !» et "Les Croix de bois" très célèbre témoignage de Roland Dorgelès sur la guerre de 1914-1918. J'entends encore d'Hauterive lisant : "Combien étaient-ils dans cette sape ?" D'Hauterive avait-il fait la guerre de 1914 ?
Il nous a fait visiter sous la conduite d'une conférencière, quelques salles égyptiennes ou grecques du Musée du Louvre. Le lendemain en classe, il nous a fait un très court résumé de cette visite et nous a fait remarquer que la conférencière avait fait une grave erreur de français en disant agonir au lieu d'agoniser. Je vous le dis, d'Hauterive était un grammairien.
C'est également lui qui nous a, un jour, assez vigoureusement conseillé d'aller visiter l'exposition "La lutte anti-bolchevique", qui se tenait dans un immense local, avenue de Wagram. J'y suis allé seul, c'est à dire sans la classe; j'ai été effaré de ce que j'ai vu.
Cette année de quatrième était également la dernière année d'enseignement de d'Hauterive. La classe a organisé une fête en son honneur. Elle a consisté essentiellement en un petit discours du directeur du petit lycée, prononcé en classe, en une «accolade» que ce directeur et d'Hauterive se sont donnée devant la classe - je découvrais le mot "accolade" - et dans la présence, Oh ! Misère des temps, d'une oie vivante que la classe donnait à d'Hauterive. Cette oie a naturellement fait ses déjections sur l'estrade à la grande joie des élèves.
François Bochet m’a prêté un ouvrage sur le Lycée Janson. Chose curieuse je ne vois, parmi les témoins, aucun des noms d’élèves que j’y ai connus. Ce livre est fort intéressant. L’auteur insiste un peu trop sur l’aspect politique de la vie à Janson pendant ces années de guerre. Une chose pour moi est certaine: en classe nous ne parlions jamais de politique.
Janvier 1945 – Emile Coste
Voir photos en 1893, 1918, printemps 1934, septembre 1943
Mon grand-père est mort en janvier 1945. J’ai raconté ce que j’ai pu rassembler comme information sur son décès dans «Ceux du Mas de Coste».
Le détail de sa carrière est ci-dessous :
Coste (Emile-Gustave-A.) Né dans le Gard en 1864, il sortit de Polytechnique major de la promotion de 1883 et fut affecté comme ingénieur des mines dans l'arrondissement minéralogique de Rodez. En 1891, il passa à celui de Saint-Étienne où l'attendait une lourde tâche. Les mines de Saint-Étienne étaient alors fort en retard sur celles du Nord, équipées d'un matériel désuet, souvent exploitées sans souci de l'avenir avec des méthodes archaïques ; les accidents y étaient fréquents et les troubles sociaux renouvelés. E. Coste prit en main la direction des mines, et pendant neuf ans, travailla à moderniser l'exploitation, assumant de grandes responsabilités, payant de sa personne et parvenant aux plus heureux résultats. En 1900 il se fît mettre en congé pour prendre la direction des mines de Blanzy, à Montceau, où la situation était pire qu'à Saint-Étienne.
Il eut, en 1901 à supporter une grève de 105 jours qu'il avait tout fait pour éviter. Le calme revenu, il prit des décisions héroïques, sacrifiant toute une série d'industries annexes peu rémunératrices, réorganisant de fond en comble l'exploitation minière qu'il sauva du désastre. Réintégré dans le corps des Mines en 1914, Coste fut envoyé au Maroc comme conseiller technique du Maghzen, mais quitta bientôt cette position pour être mobilisé comme lieutenant-colonel d'artillerie. Il fut affecté à la manufacture d'armes de Saint-Étienne où il s'occupa de la fabrication des mitrailleuses, qui ne rendirent pas les services qu'on en attendait. En 1917, il prit la direction générale des mines françaises de charbon. Les gisements de houille du Nord étant inutilisables pour la France, le colonel Coste s'efforça de tirer de ceux du Centre-Midi tout ce qu'ils étaient capables de donner, intensifia la production des mines qui étaient en service, en fit rouvrir d'anciennes abandonnées à cause de leur peu de rendement et augmenta, en fait la production de 30 %. Dès 1918, il étudia l'intégration des mines de fer de la Moselle dans l'économie sidérurgique française.
Après l'armistice, en 1919, il se rendit en Alsace-Lorraine, recouvrée, comme directeur général de l'industrie et des mines. Le Reich s'était engagé à faire à la France des livraisons de charbon qu'il n'effectuait pas. Après la conférence de Spa (juillet 1920), E. Coste fut chargé (avec un Anglais et un Italien) de surveiller l'exécution des accords de livraison de charbon, à la commission des réparations. Durant 4 mois, il lutta contre la mauvaise foi allemande et l'égoïsme de ses collègues et n'obtint que très peu de chose. En janvier 1923, Coste fut nommé président de la commission de contrôle envoyée à Essen pour surveiller le KohIen-Syndikat allemand, et le Reich réagit en faisant suspendre les livraisons de charbon. Coste tenta de négocier avec Thyssen et Krupp mais le parti de la violence prenant le dessus, la grève générale (résistance passive) fut déclarée. La Ruhr occupée, Coste fit isoler le bassin minier et finalement saisir le charbon entassé sur le carreau des mines. Il quitta la Ruhr à la fin de 1923 et fut nommé inspecteur général des mines et commandeur de la Légion d'honneur. Il prit sa retraite en 1929, se retira au Mas de Coste, près de Nîmes où il mourut en janvier 1945.
Les années passent. Quarante années. En 1985 Bobby et Catherine sont à Montceau-les-Mines.
Bobby raconte :
«En 1985, Catherine m’a proposé d’aller visiter l’Eco-musée du Creusot qui devait être prochainement ouvert au public. Cette expérience pouvait intéresser ses élèves de l’école active bilingue. Les contacts nécessaires ont été pris par Antoine et Marie-Odile de Bary.
Sur place on nous a conseillé de visiter également la «Maison d’école», élément intéressant de l’Eco-musée de Montceau-les-mines.
C’est Mademoiselle Régnier, institutrice en retraite, pleine d’enthousiasme et de dynamisme, qui nous a fait visiter sa «Maison d’école». Elle a commencé par nous parler de la famille Chagot, qui était à Montceau-les-mines ce que la famille Schneider était au Creusot.
Son discours, qui traitait du développement de l’école primaire publique au début du siècle, est tout à coup apparu plus proche de nous. Je reconstitue ce passage particulièrement évocateur:
«La famille Chagot avait toujours considérablement favorisé le développement des écoles privées au détriment de l’école laïque. Après les grandes grèves de la fin du siècle, les Chagot se sont retirés de la direction effective de la mine. Le conseil d’administration a recherché un nouveau directeur. Il a embauché un ingénieur des mines expérimenté venant des mines de Saint-Etienne, Monsieur Emile Coste. C’était un protestant. Il a toujours déclaré que sa seule mission était de produire du charbon. Il a ainsi cessé de soutenir les écoles privées ce qui a permis à l’école publique de prendre sa juste place».
Catherine et moi avons été frappés par le ton particulièrement chaleureux de Mademoiselle Régnier quand elle commentait le rôle d’Emile Coste en faveur de l’école publique. C’est alors que je me suis présenté.
Je tenais à donner ce témoignage sur l’action de notre grand-père durant ses quatorze années 1910-1914 passées à Montceau-les-mines. Quelque soixante dix ans après, on en parlait encore».
J’ai classé dans AG 1945, un extrait d’un journal dont le nom est pour le moment inconnu, sur le rôle de trois ingénieurs, dont mon grand-père dans le bassin minier stéphanois à la fin du XIXe siècle.
La vie et la carrière de mon grand-père sont décrites longuement dans deux revues bien connues des ingénieurs: «Les grands mineurs français» (Dunod) et «Les Annales des mines». Ces deux ouvrages sont Villa Malesherbes.
J’ai cité en introduction l’existence du récit familial de mon grand-père. Il a également rédigé un très intéressant témoignage sur son action dans la Ruhr au moment de l’occupation de cette région par les troupes françaises. Ces textes sont Villa Malesherbes.
Enfin soyons modernes : il existe un site Internet de l’Ecole des Mines. On y trouve bien sûr mon grand-père. On y trouve aussi mon père, mon frère Thierry. J’y ai ajouté mes deux fils.
Le texte de l’allocution du pasteur Saussine pour le service funèbre :
SERVICE FUNEBRE DE Monsieur Emile COSTE
TEMPLE de CANNES-CLAIRAN
Le 21 janvier 1945
Service liturgique de Monsieur le Pasteur SAUSSINE
Frères et sœurs,
Nous sommes réunis dans ce temple pour rendre nos derniers devoirs à notre frère, Monsieur Emile Coste, que Dieu a rappelé à lui, dans son ciel de gloire, le 19 janvier 1945, à l’âge de 81 ans.
Nous invoquerons ensemble le nom de Dieu.
«Que notre aide soit en toi, ô Seigneur, qui n’est pas le Dieu des morts mais des vivants, et qui nous a donné la vie éternelle en Jésus-Christ notre Sauveur.
En présence de la mort, nous affirmerons la foi de l’espérance chrétienne, en disant dans la communion de l’Eglise Universelle :
«Je crois en Dieu, Le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre.
«Je crois en Jésus-Christ, son fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint Esprit, et qui est né de la Vierge Marie. Il a souffert sous Ponce Pilate. Il a été crucifié. Il est mort. Il a été enseveli. Il est descendu aux enfers; le 3ème jour il est ressuscité des morts, il est monté au ciel, il s’est assis à la droite de Dieu, le Père Tout Puissant. Il viendra de là pour juger les vivants et les morts.
«Je crois au Saint-Esprit, la Sainte Eglise Universelle, la Communion des Saints, la rémission des pêchés, la résurrection du corps et la vie éternelle - Amen-»
Pour nous conformer au désir exprimé par notre frère, nous ne prononcerons ici, devant sa dépouille mortelle, que des paroles tirées de la parole du Seigneur.
«Parle Seigneur, pour la Consolation, tes serviteurs écoutent.
«Ta parole est la vérité».
- Ecoutez la Parole d’espérance et de vie.
C’était un homme intègre et droit qui craignait Dieu.
Sa voix était aplanie par la justice de son âme.
L’homme de Dieu a la faveur de Dieu – Il a pour héritier des enfants en grand nombre.
L’homme droit voit la face de Dieu et il s’en réjouit.
La lumière se lève devant les hommes droits et le salut est à tout jamais leur partage. L’intégrité des hommes droits les dirige, et leur justice les délivre, leur maison prospère toujours.
Éternel, que je meure de la mort du Juste et que ma fin soit semblable à la sienne.
Lorsque le Christ, qui est votre vie, apparaîtra, alors vous aussi, vous apparaîtrez avec lui dans la gloire.
«Non ce n’est pas mourir que d’aller vers son Dieu
«Que de quitter ce lieu de luttes et de misères
«Pour entrer au séjour de la pure lumière;
«Non ce n’est pas mourir que de monter aux cieux.»
- Les appels du Sauveur dans l’épreuve.
Venez à moi vous tous qui êtes travaillés, chargés, je vous soulagerai et vous trouverez le repos de vos âmes.
Il n’y a aucune proportion entre les douleurs de ce monde et la gloire à venir.
Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus, vous ressuscitera également en lui.
Fortifiez vous et prenez courage, dit le Seigneur, car je ne vous laisserai pas, je ne vous abandonnerai jamais.
Il n’y a maintenant aucune condamnation pour ceux qui appartiennent à Jésus-Christ.
Celui qui croit au Fils a la vie éternelle.
Seigneur, à qui irions-nous? Tu as pour nous les paroles de la vie éternelle.
Ne pleurez pas comme ceux qui sont sans espérance.
Nous savons que si notre demeure terrestre, qui n’est plus qu’une tente, vient à se détruire, nous avons dans le ciel un édifice fait par Dieu, une demeure éternelle qui n’est pas faite par la main des hommes.
- J’irai vers lui, il ne reviendra pas vers moi.
Seigneur Jésus augmente notre foi.
Je suis la résurrection et la Vie, dit le Christ, celui qui croit en moi vivra quand même il serait mort.
«Qu’il est doux, dans les cieux, le réveil des fidèles
«Qu’avec ravissement, autour de Dieu pressés,
«Ils unissent aux sons des harpes immortelles,
«Les hymnes de l’amour ici-bas commencés.
«Amis, joignons nos voix à leurs voix fraternelles,
«Ils ne sont pas perdus, ils nous ont devancés».
- La cité Sainte où vivent nos bien aimés morts dans le Seigneur - Je vis, dit l’Apôtre St Jean, descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la ville Sainte… et j’entendis du ciel une voix forte qui disait : voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, ils seront son peuple et Dieu lui–même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus, ni deuil, ni cris, ni douleurs… car les premières choses ont disparu.
Il n’y aura plus de nuit, et ils n’auront besoin ni de lampe, ni de lumière, car le Seigneur Dieu les éclairera et ils règneront au siècle des siècles.
Heureux sont dès à présent, ceux qui meurent dans le Seigneur; oui, dit l’esprit, ils se reposent de leurs travaux et leurs œuvres les suivent.
Ceux qui ont semé avec des larmes moissonneront avec des chants d’allégresse. Les rachetés de l’Eternel iront à Sion avec des chants de triomphe et une joie éternelle couronnera leur tête, l’allégresse et la joie s’approcheront, la douleur et les larmes s’enfuiront.
Seigneur, tu m’as pris par la main, tu me conduiras par ton conseil, puis tu me recevras dans ta gloire.
Quant à nous nous attendons, selon la promesse, de nouveaux cieux et une terre nouvelle où la justice habitera.
Quand je m’en serai allé, dit le Seigneur Jésus, et vous aurai préparé une place, je reviendrai et vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez tous avec moi.
Nous sommes citoyens des cieux.
Veillez donc et priez, afin que vous puissiez subsister en présence du fils de Dieu.
Ils sont morts dans la foi.
«Quand le bruit de tes flots, l’aspect de ton rivage.
«O Jourdain nous diront «vos travaux ont cessé»
«Au pays du salut, conquis par ton courage
«Jésus nous recevra, triomphants et lassés,
«Près de ces compagnons d’exil et d’héritage
«Qui ne sont pas perdus, mais nous ont devancés».
Mes frères, prions Dieu.
Seigneur notre Dieu nous te bénissons de ce que tu te révèles à nous dans toutes nos tristesses et dans toutes nos épreuves. Ta présence éclaire notre nuit et raffermit notre petite foi, ton Saint Esprit nous console et nous relève, et ton fils bien aimé, qui a fleuri de toutes nos larmes vient à nous et dans la détresse qui accompagne la mort de ceux que nous aimons, il fait briller la clarté splendide de sa Résurrection glorieuse et de sa vie éternelle.
Veuille ô notre Père, manifester ta puissance d’amour et de consolation et glorifier ton nom au sein de cette famille en deuil, garde nos frères et nos sœurs affligés qui ont la douleur de se séparer de celui qui les a tant aimés. Donne leur la soumission à ta volonté sainte, les certitudes de la foi et que dans ces heures de peine, ils voient les cieux ouverts, et dans les cieux ouverts, tous les chers et doux visages qui ont accueillis là haut notre frère et qui les accueilleront à leur tour.
Nous te prions pour tous ceux et toutes celles que notre frère a aimés jusqu’à la fin d’un amour toujours clairvoyant et toujours jeune. Bénis ceux qui sont là, entourant sa dépouille, ceux aussi que les événements ont retenus au loin, dans la terre de France ou la terre étrangère. Que ta présence les rassure, et qu’en Christ éternellement agissant et vivant, Ton amour les atteigne et les console Seigneur.
Que tous, petits et grands, jeunes et plus âgés réalisent bien que leur cher disparu se trouve auprès de Toi qui le Dieu des vivants, et que, par la mort, tu l’as simplement envoyé dans une vie meilleure, la vie vraie, la Vie Eternelle.
Seigneur à cette heure, Tu nous adresses un nouvel avertissement. Puissions-nous veiller, prier, et être prêts.
Exauce-nous, ô notre Dieu, c’est au nom de ton fils que nous t’invoquons.
Notre père qui es aux cieux
Que ton nom soit sanctifié
Que ton règne vienne
Que ta volonté soit faite sur la terre comme aux cieux.
Donne nous aujourd’hui notre pain quotidien
Pardonne nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés
Et ne nous induis pas en tentation, mais délivre nous du mal,
Car c’est à toi qu’appartiennent dans tous les siècles le Règne, la Puissance et la Gloire.
Amen.
Et que l’amour de Dieu notre Père, la grâce de N.S. Jésus-Christ, la consolation et les secours du Saint Esprit, soient avec vous, avec tous ceux que vous aimez, au loin comme auprès, sur cette terre et dans le ciel ; dès maintenant et à toujours.
Amen.
On nous prie d’annoncer la mort à l’âge de 81 ans de Monsieur Emile COSTE
Inspecteur Général des Mines
Commandeur de la Légion d’honneur
De la part de :
Madame Emile COSTE, sa veuve
De Mr et Mme Robert BONNET
De Mr et Mme Robert PIEYRE DE MANDIARGUES
De Mr et Mme Daniel COSTE
De Mr et Mme Pierre CHAZEL
De Madame Henri COSTE
De Mr et Mme Philippe COSTE ses enfants
De ses vingt petits enfants et de son arrière petite fille.
«Voici le Chemin, Marchez y»
Essai 30-21
Mas de Coste par Quissac-Gard
19 Janvier 1945
Mars 1945 – Bean et Fisher
Bean et Fisher.
Monsieur Haricot et Monsieur Poisson. C’est ainsi que quelques fois, en souriant, ils se nommaient.
Pendant l’hiver 1944-1945, la guerre n’est pas terminée, nous avons joué le jeu de l’époque: recevoir des soldats américains.
Plusieurs sont venus.
Quelques-uns sont revenus.
Chose étrange: avaient débarqué en juin 1944 des Anglais et des Américains mais on ne parlait que des Américains. Il faut dire qu’on ne voyait qu’eux, leur matériel et leur richesse qu’on devinait: cigarettes, vêtements, chaussures, nourriture nous paraissaient venir d’un autre monde. Ne parlons pas des véhicules. La misère de mon pays à cette époque – elle avait commencé dès l’armistice et a duré longtemps après l’arrêt du conflit - était effarante. On a peine à l’imaginer aujourd’hui.
Donc nous avons reçu des soldats américains et nous n’avons reçu que des soldats américains.
Trois sont revenus:
Pace, intimidé, qui avec ce nom était certainement d’origine italienne. Il arrivait, nous distribuait quelques gâteries, s’asseyait sur le divan du bureau, souriait et ne disait plus un mot Je n’ai pas de photo de lui.
Bean, un pitre, amusant. Ci-dessus sous son calot.
Fisher, plus mystérieux. Ci-dessus tête nue.
Tous deux marins et semble t-il bons amis.
Que faisaient-ils à Paris? Pas le temps ni la capacité de poser des questions. Nous étions très maladroits en anglais, y compris mes parents, et eux ne disaient pas un mot de français. On riait de je ne sais quoi. Ils ont été fidèles car ils sont revenus plusieurs fois entre janvier et mars 1945 partager nos dîners. Je pense qu’ils s’ennuyaient ferme à Paris. Ils nous apportaient souvent des friandises: chocolat, bonbons, dont nous étions complètement privés depuis des années et dont nous nous régalions.
Bien des années plus tard, en 1967 ou 1968, ma mère me signale que Bean, de passage en France, vient la voir tel jour à telle heure. Je suis là au rendez-vous et Bean, ma mère et moi parlons longuement. Cette fois l’anglais ne me jouait plus de vilain tour. Bean avait maigri et avait perdu sa jovialité d’antan. Il était professeur aux Etats-Unis. Que faisait-il en France? J’ai oublié. Peut-être un tour d’Europe à l’américaine. De Fisher, il n’avait aucune nouvelle. J’ai été touché, ma mère aussi, que Bean soit revenu rue de la Faisanderie passer un moment.
Août 1945/1 – Pierre Chazel
Voici oncle Pierre, mari de Françoise Coste. La photo date de 1938.
D’après son fils Henri, oncle Pierre, ici en officier de chasseurs alpins, revient d’une «période».
C’est en août 1945 que je l’ai bien vu et écouté.
En Europe la guerre était finie depuis mai. Mes parents nous avaient envoyés Hubert et moi à Valleraugue. Bobby participait à un camp d’éclaireurs avec la troupe de Passy dirigée par les frères Beigbeder. A Valleraugue nous avons retrouvé deux ou trois cousines Pieyre et naturellement Henri.
Trois souvenirs de nature très différente.
D’abord la taille de la maison, haute, large. De grandes pièces.
Deuxième souvenir: la marche à pied. J’ai découvert la marche. Nous n’avons pas arrêté de nous promener dans la campagne. Oncle Pierre était un excellent marcheur et connaissait admirablement le pays. Le suivre fut un plaisir.
Enfin dernier souvenir : la fin de la guerre entre les Etats-Unis et le Japon.
Ce matin là, probablement le 9 août 1945, nous prenons notre petit déjeuner comme d’habitude autour de la grande table dans la cuisine. Le Figaro qui avait reparu dès la fin des hostilités arrive à Valleraugue avec le courrier. Oncle Pierre, debout, déchire la bande et ouvre le journal.
Et nous apprenons qu’une bombe d’un type nouveau avait été lancée sur une ville japonaise, Hiroshima, mot que nous découvrons tous en même temps et qui restera célèbre dans l’histoire, que cette bombe avait en quelques secondes détruit une ville entière. Quelque chose de nouveau, d’effarant, d’inconnu jusqu’alors venait de se produire. Nous écoutions toujours, oncle Pierre nous lire le journal et restions stupéfaits assis autour de la table. Oncle Pierre en repliant le journal a eu des mots mélancoliques sur le rôle de plus en plus important des sciences, des techniques, et de moins en moins important des lettres. Il m’a donné ce matin là l’impression d’être tout à coup exclu de ce monde nouveau qui naissait en août 1945. Sa mélancolie m’a fait de la peine. Mais ce séjour fut superbe.
Voici les lignes que m’a adressées son fils Henri sur la carrière de son père:
«Professeur de Lettres à la Khâgne de Montpellier, Inspecteur Général de l’instruction publique. Né le 24 juillet 1897 à Aulas, Gard, mort en janvier 1976 à Sceaux, Hauts-de-Seine. Fils d’Ernest Chazel, pasteur et de Marthe Teissier du Cros. Marié à Françoise Coste. Quatre enfants. Liens anciens entre les familles Coste, Delon, Nogaret, Tessier. Agrégé de lettres. Professeur à Colmar puis à Montpellier. Mobilisé en 1916-1919 et 1939-1940. Prisonnier évadé en 1940. Voir 1940 «Prisonniers français».
Suivent quelques notations de la plume d’André Dumas.
Pierre Chazel a marqué de nombreuses générations par l’élégance de sa culture classique, son tempérament artiste et son exigence spirituelle, comme si Provence et Cévennes s’étaient unies en lui.
Très nombreux articles de critiques littéraires dans «Semeur» et «Foi et Vie».
Plusieurs ont été réunis dans le livre «Figures de proue» Delachaux 1946.
Très proche du poète Léon James, du Pasteur Pierre Maury et du théologien W. Vischer. Son humanisme a été fortifié par la théologie de Karl Barth. Il n’a cessé de demeurer disponible aux appels de l’Eglise. Camp de lycéens et de routiers (les premiers camps de ski dans les Alpes) participation aux groupes «Esprit» et aux rencontres œcuméniques dès les années 1930 «Club cévenol» Conseil académique de la Faculté de théologie protestante de Montpellier et délégué à l’assemblée fondatrice du Conseil œcuménique des Eglises à Amsterdam au sortir de la guerre. Maison de famille à Lussan, Gard. Pierre hérite de la vieille maison Tessier à Valleraugue sur le Claron.
Août 1945/2 – Jean-Pierre Dieterlen
J’ai cherché, j’ai beaucoup cherché une photographie de ce charmant cousin. Grâce aux appuis de Henri Chazel, Bernard de Luze et Rémy Teissier du Cros, j’ai obtenu cette photo magnifique, exemplaire unique m’a dit Rémy..
Jean-Pierre et Dominique Dieterlen étaient par leur mère née Teissier du Cros, des cousins proches. La filiation est parfaitement définie dans la brochure généalogique de Françoise de Maleprade.
Jean-Pierre est né en 1928 et Dominique en 1931. Nous les avons vus souvent, c'est-à-dire quelques fois pendant la guerre où ils nous recevaient pour goûter dans leur appartement très curieusement situé au dernier étage d’un vieil immeuble, 44 rue de Bellechasse. Nous y allions toujours avec plaisir. D’abord pour goûter, c’était toujours ça qu’on mangeait en plus.
Et ensuite pour bavarder. Nous n’étions d’accord sur absolument rien. Ils étaient assez loin de nous sur le plan des idées et des comportements. Je garde néanmoins un excellent souvenir de ces deux cousins.
Jean-Pierre avait un don exceptionnel pour le piano et la musique. Il aimait composer. Son dieu était Bach. Je me rappelle très bien Jean-Pierre se mettant au piano et me montrant comment il fallait jouer le concerto italien, morceau de piano de Bach qui m’a fait beaucoup transpirer en 1941 Je le vois encore debout, accoudé au piano dans son salon et écrivant des notes de musique sur un papier plein de portées. Il était jeune et n’a pas dû composer beaucoup. Néanmoins le peu qu’il a fait, qu’est-ce devenu? Nul ne sait me répondre.
Jean-Pierre avait des ascendants musiciens, sa grand-mère paternelle, devenue Dieterlen. Le nom de Bovet est également synonyme de musique en la personne d’Alfred déjà cité.
Je l’ai vu avec Bobby pour la dernière fois en juin 1944. Tante Germaine nous avait invités à un goûter dînatoire. Jean-Pierre a naturellement joué du piano.
Un autre souvenir est rattaché au théâtre. Mes parents nous avaient offert à Bobby et moi un abonnement aux après-midi théâtrales de la Comédie Française. Pratiquement tous les quinze jours, le jeudi nous pouvions voir une pièce de théâtre du répertoire classique, admirablement jouée. C’est un des excellents souvenirs de ma jeunesse.
Et pour la première représentation à laquelle j’ai assisté, donc pour la première fois où j’ai été spectateur au Français, Bobby étant occupé par ailleurs, c’est Jean-Pierre qui est venu avec moi. Ce jour là on donnait l’Avare sur lequel j’avais quelques notions parce que je l’avais étudié en classe et les Fourberies de Scapin. Ce qui m’a amusé c’est d’entendre Jean Pierre, avant que la pièce ne commence, me dire en souriant cette phrase bien connue de lui, et que moi j’ignorais: «Que diable allait-il faire dans cette galère!».
C’est en août 1945, qu’installés à Valleraugue chez les Pierre Chazel nous avons appris la grave maladie, une méningite dont souffrait, affreusement, Jean-Pierre, soigné dans un hôpital voisin. C’est Lucienne Teissier du Cros, une tante de Jean-Pierre, qui nous donnait des nouvelles chaque jour. Son discours était un discours sans espoir. On savait donc que Jean-Pierre était en train de mourir. Il est mort le 15 août 1945, (renseignement donné par la mairie de Valleraugue). Je n’ai aucun souvenir d’avoir été à un enterrement, à une réunion en son honneur ou à sa mémoire. Dominique a pu être croisé à l’occasion de quelques réunions familiales. J’ai dans AG 2000 une très bonne photo de Dominique et le détail de sa carrière, documents envoyés par sa fille.
Mon oncle Pierre Chazel qui savait manier le français et rédiger des vers, a écrit les vers suivants sur Jean-Pierre, document envoyé par son fils Henri:
Jean-Pierre Dieterlen
Repose, ange musicien,
Parmi les fleurs de ta vallée;
Le halo des airs anciens
Flotte sur tes lèvres scellées
La mort, invisible lien,
Enchaîne, hélas, les mains ailées
Dont tu guidais, musicien,
L’essor des notes envolées.
Mais un étrange apaisement
A caressé ton front dormant
Où repose l’œuvre rêvée.
Comme si ton âme, là-bas,
Loin de nous, reprenait déjà
La mélodie inachevée.
Pierre Chazel
1950 - 1967
1950 – Geneviève à la Sorbonne
Geneviève après une année de droit, une hypo-khâgne et une khâgne était licenciée en philosophie, discipline qui l’a, dès la classe de philosophie, conquise et passionnée. Je la retrouvais de temps en temps à la Sorbonne – j’étais en faculté de droit pas bien loin.
Sur la photo ci-dessus, Geneviève et trois amis de cette époque.
Celle de droite est Nelly Demé pour laquelle Geneviève avait une grande admiration car elle la trouvait remarquable philosophe.
Je n’ai jamais vu la jeune fille appuyée sur le mur.
Le jeune homme à gauche est Michel Priol, un grand ami de Geneviève. Bon philosophe et très doué. Il avait eu un malheur, un grand malheur dont il ne s’était jamais remis : son échec à l’agrégation de philosophie. Pour des raisons stupides et idiotes. D’après Geneviève – c’est toujours ma mémoire qui parle – il aurait le jour de l’écrit de philosophie du concours de l’agrégation, mangé des conserves préparées par sa mère, conserves qui lui ont détruit l’estomac pour les heures suivantes, l’empêchant de se concentrer. Et il a raté cette partie fondamentale de ce concours. Je n’ai jamais su s’il avait représenté ce concours qu’il souhaitait tellement réussir. Il n’était en tout cas pas agrégé de philosophie. Trouver du travail lui était difficile.
Il a d’abord été embauché dans une organisation de formation para-étatique. Il a été par la suite professeur de philosophie en province et se plaignait beaucoup de la médiocrité du salaire de débutant. Il était resté célibataire.
Il est venu plusieurs fois rue Tahère.
Il a été, par suite d’une dépression probablement, pris en main par une psychanalyste, et a commencé une cure de psychanalyse. Il arrivait rue Tahère de plus en plus sale et «laisser aller», ne parlant plus que de lui. Nous avons appris son décès par suicide. Horrible destin. Je garde de lui un souvenir de grande cordialité.
Priol nous a laissé un souvenir malgré lui : un livre sur lequel j’ai tout de suite marqué son nom car je comptais bien le lui rendre : HMS Ulysse. L’histoire de cinq jours de navigation d’un convoi anglo-américain entre le nord de l’Écosse et Mourmansk, pendant la guerre 1939-1945. Épouvantable et dramatique récit.
1952 – Geneviève
Geneviève et la philosophie ont été longtemps inséparables: elle y était très compétente comme elle était compétente en littérature française. Ses lettres et ses textes étaient remarquablement composés et écrits.
Elle avait fait une année de droit qui l’avait ennuyée mais au cours de laquelle elle s’était beaucoup distraite, m’avait-elle raconté. Elle avait beaucoup dansé. Trois danseurs étaient «à ses pieds»: Jean de Drouas, que j’ai vu une fois, Charles de Blois, que je n’ai jamais vu, et Xavier de Castelnau que Geneviève et moi avons revu très souvent avec le plus grand plaisir.
Son diplôme sur, je crois, David Hume n’était guère philosophique. Il était patronné par le professeur Hippolyte que Geneviève aimait plus ou moins. Elle a commencé l’agrégation quand deux choses se sont produites: elle a envisagé de se marier et a commencé à sentir une certaine saturation de la philosophie.
Plusieurs professeurs étaient souvent cités par elle: Merleau-Ponty, Hippolyte précité et Vuillemin. Geneviève a beaucoup travaillé avec lui.
Vuillemin écrivait quelques fois à Geneviève qui m’en informait. Professeur à la Faculté de Clermont-Ferrand vers ses quarante ans, il ne souhaitait pas poursuivre cette carrière sauf s’il se trouvait nommé au Collège de France, ce qui s’est produit. Geneviève a suivi plusieurs années de suite ses conférences dans ce cadre vénérable. Vuillemin lui envoyait ses ouvrages car il a beaucoup écrit, en particulier sur Kant et sur les rapports entre les mathématiques et la philosophie, rapprochement qui intéressaient très peu Geneviève. Elle avait l’esprit abstrait mais pas porté sur les chiffres. Vuillemin est venu à Puy Saint-Vincent pour un court séjour. Nous sommes allés le voir dans son village inaccessible le long de la frontière suisse.
Il connaissait la terre entière, voyageait beaucoup et donnait ici ou là des cours ou des conférences. Quant Olivier était à l’X, Geneviève s’est un peu démenée pour que Vuillemin fasse une conférence dans cette enceinte. Ce qui fut fait. Sujet: la liberté de penser. Cette conférence est dans mes archives. Bah! Bah! Olivier m’a dit que le public avait été «largué» presque tout de suite. J’ai en AG 2001 l’article nécrologique du Figaro sur Vuillemin.
24 et 25 octobre 1952 – Notre mariage à Versailles
Nous nous marions civilement le 24 octobre 1952 et au Temple de la rue Hoche à Versailles le 25. La réception a lieu rue Colbert. Un monde fou. J’étais le petit cordonnier. Beaucoup de photos dans AG 1952. En voici une.
Geneviève ne voulait pas qu’un photographe public ou privé nous prenne en photographie ce jour là. Et puis, comme c’est arrivé quelques fois, elle a changé d’avis. Après la cérémonie religieuse elle a demandé à son frère Roger, le photographe en titre de la famille Grand d’Esnon de prendre quelques photos dont celle-là.
Ci-dessous photocopie du compte-rendu manuscrit de cette journée par ma grand-mère Mathilde dans son célèbre Agenda
«Variable, venteux, un peu moins…
A dix heures et demie chez Georgette dont nous partons toutes les deux avec Jacques pour l’avenue de Lamballe voir l’appartement du jeune ménage. A midi et demi, nous déjeunons et ensuite tout le monde s’habille et à deux heures et quart part en quatre autos. Je suis avec Bobby, Ysabel, et Madame Lefèvre.
Le temple qui est très petit, contient déjà quelques personnes et se remplit vite. A trois heures très exactement le cortège composé des cinq petits couples d’enfants dont Thierry, Yolande, et Michel, Geneviève et Monsieur Grand d’Esnon, Jacques et Georgette et Philippe et Vivette fait son entrée. Ni fleurs, ni musique que l’orgue. Monsieur Edmond de Billy prononce un discours assez familial sur un texte assez étrange de l’Ecclésiaste. A trois heures et demie le défilé commence et dure presque une heure dans une toute petite sacristie où il fait bien chaud.
A la maison où il y a un très beau buffet, beaucoup de corbeilles de fleurs et où l’on voit peu les mariés, il vient aussi beaucoup de monde connu et inconnu. Nous repartons vers 7 heures Philippe, Georgette, Ysabel, Thierry et moi laissant la jeunesse qui désire danser. Autrement il ne reste plus personne.
Je monte un petit moment rue de la Faisanderie et suis à l’hôtel à 9 heures. Tout c’est passé beaucoup d’ordre et de correction.»
Je sors un peu de la philosophie mais pas tellement…
Quelques semaines avant notre mariage, échange de correspondance entre Geneviève et son pasteur. Cette anecdote m’a laissé rêveur et admiratif:
Geneviève avait suivi, comme tout descendant d’une famille protestante, des cours d’instruction religieuse. Le pasteur avait été Aeschimann, citoyen dont le nom m’était connu, ce qui veut dire qu’il avait eu à faire avec la famille. Il avait été avant la guerre, en effet, le pasteur de mon cousin germain Michel Bonnet.
Comme Aeschimann était intelligent et comme Geneviève ne passait jamais inaperçue et que, très bûcheuse, elle suivait avec attention et intérêt ses cours, il l’avait forcément remarquée. J’en profite pour ajouter –je l’ai appris bien après – que tous la remarquaient. Le pasteur Alain qui a vécu à Saint-Cloud, avait été élève d’Aeschimann en même temps que Geneviève et m’a dit un jour, quarante ans plus tard, «tout le monde était amoureux d’elle!»
Donc Aeschimann apprenant par Geneviève son mariage, lui écrit une lettre qui disait à peu près ceci:«Vu ce que vous êtes, un esprit très tourné vers l’abstraction, votre futur mari doit être doué d’un esprit tourné vers le concret.». Cette lettre que Geneviève m’a montrée l’avait rendue furieuse. J’avais trouvé cette opposition à laquelle je n’avais, je le confesse sans détour, jamais songé, opportune et j’en ai tenu compte. Geneviève a aussitôt écrit à Aeschimann une lettre de protestation. Nous n’avons jamais, à mon grand regret, revu Aeschimann.
1952-1957 – Milan
Et donc, un jour de la mi novembre 1952, Geneviève et moi atterrissons à Milan.
Brouillard, absence de vent, odeur de mazout, bruit de voiture, constructions modernes nombreuses dans une ville sans arrêt en chantier.
Nous nous installons pour quelques jours dans un hôtel près du centre. Je suis frappé d’entendre pendant les repas un appel général provenant du central téléphonique à la recherche d’un client: «Signor… al telefono», telefono avec accentuation forte de la syllabe «le», premier mot italien que j’ai appris et su.
Nous avons habité successivement:
Pension Ray, médiocre et inconfortable. Nourriture mauvaise. Le séjour a duré quatre mois.
25 via Stoppani: à l’Est de la ville. Quartier petit bourgeois. Appartement confortable et suffisant. Emmanuel y est né.
Piazza Stuparich: au sixième étage. A l’époque le dernier immeuble, très moderne, au nord-ouest de la ville. Vue superbe sur les Alpes par grand vent. Appartement très confortable. Malheureusement situé sur un boulevard périphérique très circulant et bruyant. Dommage. Parking dans la cour de l’immeuble.
Nous nous sommes efforcés de vivre totalement au rythme italien.
Nous passions donc nos vacances sur place.
Joli et court séjour en 1954 à Canzo au nord de Milan.
Court séjour à Santa Margherita au sud de Gênes.
Nombreux week-end à Premeno, petit village au nord de Milan sur le lac Majeur.
Vacances d’été en 1955 et 1956 à Selvino près de Bergame.
Séjour d’hiver à Madonna di Campiglio, célèbre station de sports d’hiver.
Sur l’entreprise qui m’employait, Minerali e Metalli, photos et textes dans AG 1954.
13 septembre 1953 – Naissance d’Emmanuel
Le samedi 12 septembre 1953 vers neuf heures du soir, Emmanuel s’annonce.
L’accouchement s’est très mal passé. Pour des raisons familiales, Geneviève a voulu accoucher loin de sa famille, donc chez elle, à Milan. L’habitude n’étant pas encore prise d’accoucher en clinique, elle a donc accouché dans notre appartement, rue Stoppani.
Naturellement les douleurs ont commencé le samedi vers vingt et une heures.
Naturellement Pardi le médecin, que Geneviève avait apprécié n’était pas là.
Naturellement, le médecin remplaçant – j’ai oublié son nom –jeune et inexpérimenté n’avait qu’une passion le football. Pendant toute l’après-midi du dimanche il a téléphoné en gros toutes les trente minutes à je ne sais qui pour savoir comment se déroulait un match de football.
Naturellement la sage-femme arrivée quelques jours plus tôt ne savait pas assez de choses, perdait patience et sang froid.
Naturellement une erreur grave a été commise.
Emmanuel est arrivé à minuit. Il aurait pu arriver trois heures plus tôt. Il était tout de même d’une ponctualité quasi parfaite.
Geneviève était complètement épuisée.
Emmanuel était calme. Il a crié comme il devait. Il s’est endormi immédiatement sans problème.
Cette naissance a été une secousse terrible pour Geneviève. Les autres accouchements se sont déroulés dans l’ordre, la paix, le calme, j’en reparlerai plus tard. Et pour moi le 13 septembre 1953, la vie a vraiment commencé.
Roger me rappelle au cours d’un récent séjour à la Pommeraye que c’est lui qui est venu à Milan chercher Geneviève, avant la naissance, pour l’emmener à Valberg, très agréable station de haute montagne au nord de Nice. Geneviève allait bien. Et Roger conduisait très bien. J’ai rejoint Geneviève une semaine plus tard en train.
Novembre 1953 – Emmanuel
Bobby passe par Milan et prend ces trois photos.
Emmanuel a deux mois.
Un vrai scénario.
Emmanuel est dans mes bras et j’essaie de le faire sourire.
Sur la première photo il est méfiant.
Sur la deuxième il rit nettement.
Sur la troisième il est épuisé.
Geneviève et moi avons souvent souri devant ce petit film.
Printemps 1954 - Geneviève et Emmanuel
Emmanuel a quelques mois, le voici dans les bras de sa mère. Il n’avait pas vraiment à cette époque de problèmes existentiels, mais plutôt un air conquérant et possesseur.
Mars 1954 - Mariage d’Antoinette et Hervé de Luze Rue Colbert
Photo des deux héros du jour. Photo prise probablement par Roger. Nous sommes dans un des coins du salon de l’appartement de mes beaux-parents, rue Colbert
J’ouvre une courte parenthèse: sur la droite de la photo, accroché au mur, un très joli pastel de Geneviève tenant un lapin dans ses bras.
Geneviève et Antoinette, aussi différentes qu’il est possible sur le plan cérébral, s’entendaient remarquablement bien. Qu’Antoinette ait été célibataire ou mariée, elle est restée égale à elle-même et nous l’avons toujours revue avec un immense plaisir. Mon beau-frère était très séduisant.
L’un et l’autre nous ont quittés.
Voici la carrière de mon beau-frère. Voir également AG 1954.
FICHE BIOGRAPHIQUE
NOM – Prénoms : de LUZE Hervé, Alfred, Louis, Raoul
Date et Lieu de Naissance : 19 Septembre 1918 à BORDEAUX
Arme : Troupes de Marine / Infanterie
Grades successifs :
- Sous-Lieutenant 20.03.1940
- Lieutenant 20.03.1942
- Capitaine 25.09.1945
- Chef de Bataillon 01.01.1953
- Lieutenant-Colonel 01.10.1959
- Colonel 01.04.1964
- Général de Brigade 01.07.1972
- Général de Division 01.07.1975
Brevets – Diplômes : B.O.M.S.
Affectations successives :
- Engagé spécial au titre de l’Ecole Spéciale Militaire de SAINT-CYR (France) 01.10.1939
- Dépôts des Isolés n°172 (France GUERRE) 20.03.1940
- 8ème Régiment de Tirailleurs Marocains (MAROC) 15.08.1940
- 5ème Régiment de Tirailleurs Marocains (MAROC) 01.11.1940
- Ecole Spéciale Militaire AIX-EN-PROVENCE (FRANCE) 24.04.1941
- 43ème Régiment d’Infanterie Coloniale (TUNISIE) 01.09.1941
- 1er Régiment de Tirailleurs Sénégalais (SENEGAL-MAURITANIE) 05.06.1942
- Lieutenant Méhariste au Groupe Nomade d’Idjil (MAURITANIE) 01.07.1942
- Lieutenant Méhariste au Groupe Nomade d’Akjoujt (MAURITANIE) 10.06.1943
- Chef de la Subdivision Nomade de Tichitt de Aioun El Altrouss de Tunchakett (MAURITANIE) 01.04.1944
- Commandant le Groupe Nomade d’Akjoujt (MAURITANIE) 01.10.1946
- 1er bataillon de marche du 2ème Régiment d’Infanterie Coloniale (INDOCHINE) 12.01.1947
- Chef de la Mission Française de Liaison auprès du 1er bataillon de l’Armée Nationale Vietnamienne (INDOCHINE) 06.10.1948
- 2ème Bataillon de Marche d’EXTREME-ORIENT (INDOCHINE): Chef de Corps
18.08.1949
- Compagnie de Commandement de la Zone Ouest (INDOCHINE) 03.10.1950
- 2ème bataillon de marche d’EXTREME-ORIENT (INDOCHINE): Chef de Corps 14.10.1951
- Direction des Troupes Coloniales – Bureau Etudes Générales (FRANCE)
01.05.1953
- Commandant le 1er Bataillon du 1er Régiment de Tirailleurs Sénégalais et les Unités Sahariennes de MAURITANIE 24.09.1954
- Inspection des Forces Terrestres d’Outre-Mer (FRANCE) 01.08.1957
- Commandement Interarmées au Sahara – Commandant le Sous-Secteur de TINDOUF (ALGERIE) 10.09.1959
- Chef d’Etat-Major du Secteur Opérationnel de COLOMB-BECHERD (ALGERIE) 01.10.1960
- Etat-Major Interarmées du Commandement Supérieur de la Base Stratégique de BIZERTE – Sous-Chef «Organisation-Opérations» (TUNISIE)
01.12.1962
- Commandant du 21ème Régiment d’Infanterie de Marine (France) 01.03.1964
- Commandant Militaire de la Martinique, Adjoint au Général Cdt. Supérieur Interarmées du groupe ANTILLE-GUYANE (MARTINIQUE) 28.03.1966
- Etat-Major 1ère Brigade Mécanisée Adjoint au Général Commandant la Brigade (FORCES FRANCAISES D’Allemagne) 01.12.1968
- Chef de la Mission Militaire Française d’Instruction près le Gouvernement Royal Lao (LAOS) 14.02.1972
Campagnes : FRANCE GUERRE – MAROC – TUNISIE – SENEGAL - MAURITANIE – INDOCHINE – MAURITANIE – ALGERIE – TUNISIE (BIZERTE) – MARTINIQUE – LAOS
Décorations :
1/-Françaises : Grand officier de la Légion d’Honneur
Croix de Guerre des T.O.E =
6 citations à l’% de l’Armée
1 Citation à l’% du Corps d’Armée
1 Citation à l’% de la Division
2 Citations à l’% de la Brigade
2 Citations à l’% du Régiment
Croix de la Valeur Militaire =
1 Citation à l’% de l’Armée
1 Citation à l’% du Corps d’Armée
1 Citation à l’% de la Division
Commandeur de l’Ordre de l’Etoile Noire du Bénin
Officier du Mérite Saharien.
A l’époque de la rédaction de ce document mon beau-frère était Commandeur de la Légion d’honneur. Sa fille ou son gendre ont corrigé «Commandeur» en Grand Officier. C’est Grand Croix qu’il faut lire.
Été 1954 Emmanuel - Canzo
Emmanuel a presque un an. Nous sommes installés à Canzo, petit village à cinquante kilomètres au nord de Milan et à quatre cents mètres d’altitude. La chaleur de la plaine lombarde était véritablement éprouvante.
La climatisation dans les hôtels ou salles de cinéma était déjà beaucoup plus répandue qu’en France. Mais nous n’en avions pas, ni à Milan, ni à Canzo. Chaque été nous avons essayé de fuir le feu milanais et de trouver du frais. Cet été là j’ai fait la navette matin et soir en train.
Nous avons à cette époque reçu la visite de Roger. (les deux photos ci-dessus sont de lui. Roger était un excellent photographe et beaucoup de photos récoltées par sa mère et par Geneviève sont son œuvre), et de Maurice et Denyse de Rouville.
Geneviève a, après la naissance d’Emmanuel souffert d’une crise de furonculose aiguë. A Canzo elle a un beau jour été victime d’un anthrax dans le haut du dos près de l’omoplate gauche. J’ai immédiatement téléphoné à Marielle lui demandant de bien vouloir venir pour s’occuper d’Emmanuel et soulager Geneviève. Le médecin local, aimable et compétent a fait de son mieux. Mais quarante ans plus tard la trace de furoncle avait encore la taille d’une pièce de cinq francs.
2 octobre 1954 – Mariage de Mireille et Guy Raoul-Duval (1922-1982)
J’ai plusieurs photos de Guy et de Mireille pendant leurs fiançailles et le jour de leur mariage. Voir AG 1954.
Voici Mireille et Guy le jour de leur mariage au haut des marches du Temple de la rue Cortambert. C’est le père de Guy qui officiait.
Nous savions que mon beau-frère avait séjourné en camp de concentration. Il n’en parlait jamais. C’est Mireille qui en 1997 ou 1998 donc bien après la mort de Guy, a fait publier ses souvenirs rédigés à son retour de captivité en mai ou juin 1945 à la demande de son père. Ces témoignages manuscrits ont été tapés à la machine par Hubert et Mireille a fait transformer ce texte en un livre qui est dans ma bibliothèque. Ce témoignage est stupéfiant et se compare, si l’on peut dire, au livre de Primo Lévi. Et Guy ne dit probablement pas tout.
Chose extraordinaire: le père Raoul-Duval recevait des lettres de son fils écrites de Buchenwald. Donc le père Raoul-Duval connaissait dès 1943 l’existence de ce camp sans probablement en comprendre l’aspect tragique. Je sais, pour l’avoir vérifié, que de certains camps de concentration, la correspondance était possible (rien d’Auschwitz par exemple).
Que pouvait deviner, penser ce père en recevant ces lettres?
Autre anecdote stupéfiante citée dans le livre que Mireille a fait paraître: la montre de Guy qui lui a été enlevée à son arrivée au camp, lui a été renvoyée après la guerre.
1954 – Guy Raoul-Duval
La carrière de mon beau-frère est extraite de l’annuaire «Qui était Qui ? 2005».
RAOUL-DUVAL Guy, Robert, Edouard
BANQUIER
Né à Paris, le 23 septembre 1922
Décédé à Paris, le 12 mai 1982
Fils de Nicolas RAOUL-DUVAL, pasteur, lui-même fils d’Edouard RAOUL-DUVAL, président de la société de négoce ROUAL-DUVAL et Cie au Havre et frère d’Edgar RAOUL-DUVAL et de Jean RAOUL-DUVAL, présidents successifs de cette même société, et de Mme, née Adrienne MORIN-PONS
Marié le 30 septembre 1954, à Mireille COSTE
Enfants : Antoine, Véronique, Didier, Philippe, Juliette
Etudes : lycée Janson de Sailly à Paris, lycée de Saint Etienne puis facultés des lettres de Clermont-Ferrand, Lyon et Paris
Diplômes : licencié ès lettres (histoire et géographie). Ancien élève de l’Ecole nationale d’administration (promotion Croix de Lorraine) en 1947-1948.
Carrière : en septembre 1943, il est arrêté pour faits de résistance et déporté au camp de Buchenwald puis à Dora et à Bergen-Belsen dont il ne sera libéré qu’en mai 1945. Il reprend alors ses études et en février 1949, après sa sortie de l’Ecole nationale d’administration, il devient attaché commercial adjoint dans les services de l’expansion économique, en poste à Stockholm. En janvier 1952, il quitte la Suède pour l’Inde où il est affecté d’abord en poste à Bombay puis le mois suivant à Calcutta. En octobre 1954, il est nommé conseiller commercial et affecté à New York puis en février 1956, à Chicago. En octobre 1957, il rejoint l’administration centrale à Paris en tant que chef de secteur à la direction des relations économiques extérieures. Promu en janvier 1960, conseiller commercial de classe exceptionnelle, en service détaché, il est chargé de mission auprès de la Banque française du commerce extérieur dont il devient en janvier 1961 directeur adjoint. Il poursuivra sa carrière au sein de ce même établissement dont il sera directeur en janvier 1964, directeur central en juin 1976 et directeur général adjoint en janvier 1978. Le 17 février 1982, il est nommé par le nouveau gouvernement socialiste, lors des nationalisations dans le secteur bancaire, administrateur général du Crédit commercial de France et le 9 avril 1982, vice-président de l’Union de banques pour l’équipement. Fonctions qu’il abandonne dès le 28 avril, pour raisons de santé. Il décèdera quelques semaines plus tard, en mai 1982, dans sa soixantième année.
Décorations : Officier de la Légion d’honneur, Officier de l’ordre national du Mérite. Croix de guerre 39-45.
1956 - Emmanuel et son père
Pas de date plus précise. Pas d’indication de lieu. Peut-être Premeno charmant village déjà cité, au nord de Milan avec vue sur le lac Majeur. Cette photo est probablement prise par Roger.
Et comme le disait Geneviève, «On se demande qui tire l’autre».
Juillet 1956 – Selvino (Italie)
Le village de Selvino se trouve au nord-est de Bergame à mille mètres d’altitude. Nous y avons passé les mois d’été 1955 et 1956. C’était d’après nos calculs et les conseils éclairés des Italiens de MMI, le village le plus élevé et le plus proche de Milan. La première année j’ai fait l’aller retour Milan Selvino tous les matins et tous les soirs. Une heure et quart de voiture dans chaque sens. L’autoroute Milan Bergame était extrêmement dangereuse avec une seule voie dans chaque sens - les Italiens la baptisaient le cimetière – et les dix ou quinze kilomètres entre Bergame et Selvino n’étaient que des lacets et des épingles à cheveux sur une route en terre battue. Jolie navette. J’arrivais souvent fourbu, complètement fourbu le soir.
La deuxième année j’ai fait le voyage un jour sur deux.
Bonnes photos d’Emmanuel mangeant de la confiture. Il est gaucher. Cela l’a gêné pour apprendre à lire et à écrire. Quand il me présentait un livre pour que je lui lise, il l’ouvrait toujours à la dernière page. Quand rue Tahère, un an plus tard, il a commencé à écrire, je lui ai donné un cahier et un stylo avec la recommandation suivante: «Tu écriras de la main droite». Les premiers mots de ce cahier étaient: «Nous, moi et mon père». Je n’ai pas le souvenir que ce cahier ait été furieusement rempli. Emmanuel écrit de la main droite mais il est resté gaucher.
1956 – Jean Maroger (1881-1956)
Dans son texte sur Jacques Arnavon (1942), Hubert cite Jean Maroger, grand familier de mes grands-mères et de Clausonne. La photo ci-dessus m’a été envoyée par son beau-fils, Serge Teissier (voir supra).
Jean Maroger était effectivement, j’en ai un excellent souvenir malgré le peu d’occasions de rencontres, un homme charmant. Il avait épousé après son veuvage la mère de Serge Teissier précité.
La vie de Jean Maroger est exceptionnelle et figure ci-dessous. Je tire ce texte de l’édition 2005 et «Qui était Qui». Je n’ai jamais connu son fils Jacques, bien qu’ayant croisé le petit-fils Alain. J’ai croisé en août 1939 le deuxième fils Gilbert, chez les Kléber à Rives lors du voyage Paris-Clausonne avec mes parents en août 1939. Ce fils est mort sous l’uniforme dans les derniers jours de la guerre. Paix à son âme.
Carrière: 1906: ingénieur des Ponts et Chaussées à Toulon. 1914/1918: Capitaine, il termine la guerre, chef de bataillon, décoré de la Légion d’honneur et de la croix de guerre. 1919: Ingénieur en chef des Pont et Chaussées, directeur des forces hydroélectriques au ministère des Travaux publics. 1923: quittant l’administration, il fonde l’union des producteurs d’électricité des Pyrénées-Orientales, devient président de la société des Tréfileries et Laminoirs du Havre. Administrateur de l’Energie électrique du Rouergue, administrateur de Poliet et Chausson, membre de la commission de direction du comité des Forges, président de la chambre syndicale des forces hydrauliques, membre du conseil supérieur de l’électricité, du comité consultatif des forces hydrauliques et du conseil supérieur des travaux publics. Parallèlement, il se lance dans la vie politique: maire de Camarès et conseiller général de l’Aveyron, il est élu le 23 octobre 1938 sénateur de l’Aveyron. Devenu agriculteur aveyronnais, il est également président des Phosphates tunisiens lorsqu’il est réélu le 7 novembre 1948 sénateur de l’Aveyron, inscrit au groupe des républicains indépendants, vice-président de la commission sénatoriale des finances et rapporteur spécial du budget des affaires étrangères. 1951/1952: délégué de la France aux 6e et 7e session de l’ONU. Le 19 juin 1955, réélu sénateur, il est délégué de la France à l’assemblée commune de la Communauté européenne du charbon et de l’acier-CECA. Il décède quelques mois plus tard, à l’âge de soixante-quinze ans, ayant appartenu à près de quarante conseils d’administration de sociétés métallurgiques, sidérurgiques ou hydroélectriques.
Décorations: Officier de la Légion d’honneur. Croix de guerre 14-18.
Septembre 1956 – Mariage de Catherine Boissonnas et de Roger Coste
Avant le mariage photo, probablement prise au Val Richer du groupe familial. Excellente. Tout le monde sourit. Pour la bonne forme je nomme tout le monde.
De gauche à droite: Bobby, mon père, Ysabel, Thierry, ma mère, Hubert, moi-même, Mireille.
Et voilà les deux héros de la journée.
Dans AG 1956 nombreuses autres photos et discours.
Hiver 1956 - 1957 – Emmanuel
Nous sommes à Madonna di Campiglio en plein hiver. Geneviève n’allait toujours pas bien à cause de la furonculose agressive et violente qui durait. Certains furoncles l’ont fait terriblement souffrir.
Nous avons essayé toutes les médications possibles: antibiotiques, auto vaccin, altitude, d’où nos séjours en montagne (Madonna di Campiglio et Saint Moritz). Il fallait lutter contre le staphylocoque doré, véritable saloperie, quasiment indestructible. Il est possible que l’atmosphère de Milan ait entretenu cette furonculose.
Emmanuel a trois ans et est très en forme.
Février-Mars 1957 – Retour en France
La décision est prise par Minerais et Métaux et Minerali et Metalli de me faire revenir à Paris. Cette décision me convient. Je prendrai le poste de François Robert, lui-même nommé à Londres. Je suis moi-même remplacé par un nouveau dans le groupe: Gérard de Lambilly.
Vers le 15 février, Geneviève, enceinte du numéro deux, rentre à Versailles avec Emmanuel et s’installe chez ses parents rue Colbert.
Je reste seul pendant les dernières semaines et m’occupe du déménagement de la place Stuparich. Je me promène dans les rues, seul. Quels souvenirs de ces cinq années? Un goût de sel essentiellement dans la bouche. Ces années furent difficiles. La langue italienne m’est devenue vraiment très familière.
Le 1er mars 1957, je m’installe chez Minerais et Métaux avenue Hoche. Je cherche tout de suite un logement. MMX m’a fichu la paix. Pas d’appartement, me dit Geneviève, après l’expérience plutôt désastreuse du second appartement à Milan trop bruyant de tous les côtés. Je n’avais aucune idée du marché de la petite maison en banlieue parisienne. Geneviève non plus. Geneviève et moi, ensemble ou séparément avons pu visiter une vingtaine de maisons. Nous avions pris une option pour une maison immédiatement habitable dans le bas de Garches.
Nous étions un samedi. Le dimanche je montre l’emplacement à mon beau-père. Feu rouge immédiat. «Vous êtes entre la route et le train» me dit-il. J’ai immédiatement laissé tomber. Le vendeur de l’agence était furieux.
Quand j’ai visité la maison de la rue Tahère, quelques jours après, j’ai tout de suite été conquis. Geneviève l’a vue à son tour et l’a trouvée trop grande. Nous l’avons achetée début avril. L’achat effectué, Geneviève est partie pour Clausonne et est revenue en juillet.
Les premiers travaux indispensables et beaucoup plus importants que prévu ont commencé tout de suite: une baignoire dans notre salle de bains, la deuxième salle de bains à refaire complètement y compris le plancher, installation d’une chaudière à mazout, beaucoup de peinture et de travaux d’électricité. La chambre de Geneviève et la salle de bains correspondante étaient prêtes pour l’arrivée du numéro deux attendu pour le début août.
La ville de Saint-Cloud nous plaisait pour deux avantages fondamentaux sur le plan scolaire: une excellente école communale dans notre quartier et un très bon lycée.
1957 – 139 rue Tahère – Saint Cloud
J’indique aux lecteurs:
Que nous sommes dans le jardin, face à la maison.
Qu’il n’y a que deux fenêtres par étage. Nous en ferons percer deux autres sur le mur vide à droite de la photo, au rez-de-chaussée et au premier étage.
Que le jardin est très riche en d’arbres.
Que la photo est mal prise car on ne voit pas le toit de tuiles plates. Heureusement.
Que cette maison était laide. Le crépi était marron, mais en parfait état. Et en quarante ans il n’a pas bougé.
Cette autre photo est prise de la salle à manger.
Au premier plan une des constructions de romanichels dont le jardin était riche. Deux ont déjà été détruites par mes soins: juste devant vous et à droite.
Cette troisième à gauche, construite en béton, servait de clapier et de remise d’outils. Je l’ai démolie à la masse avec Cyril Fabro. Voir «Et rêver de Clausonne». Ainsi toute la largeur du jardin, pratiquement à dix mètres de la maison, a été dégagée. Photo de droite, le même clapier pris de flan: Emmanuel est au travail. Une de mes hantises a été: mes enfants se plairont-ils dans cette maison et dans ce jardin?
Plus loin, des arbres fruitiers en fleurs: pommier, poiriers sur espalier. On ne voit pas bien mais on peut le deviner qu’on circulait entre les arbres sur un chemin, lequel chemin était bordé de briques posées sur chant et bien enterrées. J’ai passé des heures, des dizaines d’heures à déterrer ces briques. J’entends encore Delphine en 1964, elle avait donc deux ans, et nous étions installés depuis près de sept ans, me poser cette question: «Tu enlèves encore des briques».
Pour l’histoire je raconte que tous les arbres fruitiers trop vieux et fatigués, peu entretenus par moi qui n’étais pas du tout intéressé par cette production locale, ont été petit à petit arrachés. Pour dégager de l’espace.
Et contre les murs à droite et à gauche, j’ai fait planter des thuyas ne prenant pas de place. Ils sont toujours là. Mon acheteur les a conservés.
Après la mort de Geneviève, j’ai fait abattre le noyer situé au fond du jardin et qui devenait dangereux. Je l’ai fait remplacer par un érable. L’acheteur a également conservé l’érable.
Cette maison m’avait plu par sa situation en plein midi, sur la hauteur de Saint-Cloud, à mi-distance entre Versailles, où habitaient mes beaux-parents, et la porte Dauphine où habitaient mes parents. Je l’ai vendue en décembre 1996. Mes enfants l’ont vue partir sans état d’âme J’y avais vécu trente neuf ans.
Et le parc de Saint-Cloud a été notre lieu favori de promenades pendant des décennies. J’ai dans AG quelques vues du parc de Saint-Cloud depuis sa création au XVIème siècle.
Nous allions souvent aussi nous promener à Versailles. Dans les années soixante dix nous faisions en courant le tour du canal: six mille trois cents mètres, trente minutes.
7 août 1957 – Naissance d’Elisabeth
Naissance d’Elisabeth vers vingt trois heures cinquante dans une clinique rue Nicolo Paris 16e.
Tout s’est très bien déroulé. Pacifiquement, calmement. Les infirmières et sages-femmes étaient compétentes. Geneviève n’a pas connu le break de septembre 1953 à la naissance d’Emmanuel. J’ajoute ce qui est important pour Geneviève, qu’il faisait très frais.
Je rentre en 2 CV, voiture épouvantable, mais nous ne pouvions nous offrir que cela, rue de la Faisanderie, chez mes parents, où je dormais cette nuit là. En garant ma voiture, je découvre à cet instant qu’avec deux enfants je suis un homme riche. Cette idée ne m’a jamais quitté.
Le lendemain matin à Saint-Cloud, je raconte à Emmanuel, presque 4 ans, la naissance d’Elisabeth.
Je lui dis: «C’est une fille!».
«Tu en es sûr ?», me demande t-il.
Il rend visite à sa mère en clinique le lendemain de la naissance. Devant le berceau où Elisabeth dormait, il demande: «Mais où sont ses jambes ?»
La voici à six mois et à un an.
Octobre 1957 – Mariage de Marielle Grand d’Esnon et Paul Schrumpf rue Colbert à Versailles
Photo de groupe assez réussie. Je pense que tous, reconnaissent tous.
Pour mes petits-enfants, je précise :
Debout, Hervé, Antoinette, Jean, Geneviève, Jacques, Geta, Etienne, Henri, Paul.
Assis, Roger, Chantal, mon beau-père, ma belle-mère, Marielle.
Accroupies, Béatrice, Jacqueline.
La carrière de mon beau-frère Paul est ci-dessous, de sa main.
C.V. résumé de Paul Schrumpf, né 5.7.23 Paris (8ème)
Fils de Jean Schrumpf, né à Wesserling (Ht Rhin) 1889, décédé à Paris 17ème 1951
Odette Wintergersy, née à Paris 17ème 1897, décédée à Versailles (Yvelines) 19..
Épouse Marielle Grand d’Esnon, à Versailles, 4.10.1957.
Études secondaires et classes préparatoires: lycée Carnot, en 1939-40 : lycée Malesherbes (Caen). Lycée Condorcet puis Chaptal.
Reçu en 1943 au concours d’entrée à l’Ecole Polytechnique. 43-44 : 1ère année à l’Ecole Polytechnique.
1944 : À la libération de Paris : engagé volontaire à la 2ème div. Blindée (div. Leclerc)
1.11.44 : Blessé
1945 : Décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre
1945-46 : 2ème année à l’E.P.
1947-50 : ouvrier métallurgiste
1950-60 : ingénieur à la Télémécanique Electrique
1960-73 : ingénieur à la Cie d’études industrielles et d’aménagement du territoire (surtout en Afrique)
1974-77 : mission au Sahel, après sécheresse, pour le Conseil … des Eglises.
1978-86 : organisation et animation de séminaires sur les grandes questions mondiales (…)
1986 : Prise de retraite
1978-93 : présidence du groupe de recherches et réalisations pour le développement rural dans le tiers monde (GRDR)
1991-92 : Présidence … du Comité Français Contre la Faim (devenu, depuis, … de Solidarité Internationale)
1993 : Nommé vice président honoraire du CFCF
1993 : Nommé président d’honneur du GRDR
1983-2001 : Secrétaire d’une émission radio sur «Fréquence Protestante» (Eglises en mission) en Ile de France
19.12.00
Printemps 1959 – Elisabeth à Saint-Cloud
Elisabeth a vingt et un mois.
Je pense: «C’est important, mais difficile d’expliquer».
Elisabeth pense: «Ce n’est pas si difficile de comprendre et je ne suis pas certaine que tu ne m’ennuies pas un peu», ou peut-être: «Es-tu certain de ce que tu me racontes?»
Eh! Oui
Eté 1959 – Courchevel
Emmanuel a presque six ans et Elisabeth, deux ans. Nous passons nos vacances à Courchevel dans un chalet plutôt inconfortable, loué par correspondance. Vivent avec nous, Bobby et Catherine qui nous y ont rejoints après la naissance quelques semaines auparavant de Bertrand. Tout s’est très bien passé.
La présence de Nana – de son vrai nom Marie Morichon - qui n’est plus de ce monde, aide familiale des Boissonnas, nous a été précieuse. Qu’elle sache que nous ne l’avons pas oubliée.
Quelques mois auparavant était sorti en librairie un livre qui a eu quelque succès: «Zazie dans le métro», de Raymond Queneau, que Bobby et Catherine nous avaient apporté. Tous les quatre, l’un après l’autre, nous l’avons lu. Sur les quatre adultes il y en avait toujours un qui riait tout seul dans son coin en lisant Zazie.
Photo d’Emmanuel et d’Elisabeth. Emmanuel commence à apprendre à lire dans «l’Ane de René», manuel de base de l’apprentissage de la lecture. La syllabe y est fondamentale. Emmanuel était gaucher et apprendre à lire lui a été difficile.
Mes beaux-parents sont arrivés un soir. Mon beau-père est reparti presque aussitôt pour dormir à une altitude moindre, Courchevel était trop haut pour lui.
Eté 1960 – Emmanuel et Elisabeth – La Chapelle d’Abondance
Nous sommes à la Chapelle d’Abondance, village savoyard près de la frontière suisse, conseillé par Jean Snollaerts qui connaissait très bien de par son métier tous les coins alpestres et forestiers. Nous étions bien logés dans un chalet confortable. Sur quatre semaines de séjour il a plu sans discontinuer deux semaines. Nous étions pleins de compassion pour les campeurs nombreux installés dans ce coin.
Elisabeth tient dans sa main gauche une très fameuse poupée appelée Tata. Elle était d’une couleur bleu pâle si ma mémoire est bonne. Un jour, oh! catastrophe, Tata a disparu. J’ai été au BHV acheter une autre poupée rigoureusement identique: je n’ai malheureusement pas trouvé la couleur bleu. La nouvelle Tata était jaune. et non bleu. A la vue de cette couleur Elisabeth a rejeté cette seconde Tata et n’y a plus jamais pensé.
Mots d’enfants: «j’en ai plein mes tiroirs». Je raconte celui-ci car il m’a particulièrement plu. Nous avions l’habitude, Geneviève et moi, et nous l’avons gardée longtemps, de donner la becquée à nos enfants jusqu’à l’âge de trois à quatre. Pendant ces repas nos enfants jouaient faisant peu attention à ce qu’ils mangeaient. Ce jour-là c’est moi qui officie. Je nourris Elisabeth qui doit avoir un peu plus de trois ans. Dans la pièce d’à côté, Emmanuel joue. Tout à coup Elisabeth pose la question suivante: «Quoi tu fous mnè-mnè?» Mnè était la transformation Elisabéthienne d’Emmanuel. A cette question Emmanuel ne répond d’ailleurs pas. Et c’est moi qui interviens. Intraitable sur la grammaire, je dis à ma fille: «On ne dit pas quoi tu fous, on dit qu’est-ce que tu fous?». Elisabeth qui ne quitte pas son jeu du regard et qui continue à avaler, me répond, sévère: «C’est pas toi, c’est mnè-mnè».Autrement dit ce n’est pas ton sort qui m’intéresse, c’est celui de mon frère. Le dialogue s’est arrêté là. Une heure après je raconte ce «mot d’enfant» à Geneviève qui me dit: «Eh bien tu apprends un joli français à tes enfants!».
Sont venus nous voir Mireille et Guy Raoul-Duval, oncle Maxime et tante Dora Velay avec leur petite fille Mireille. Ce trio voyageait dans une superbe Delage d’avant guerre avec chauffeur en livrée.
Nous reverrons, je n’ai malheureusement aucune photo, au moins deux enfants de ce couple:
Dorance, qu’aimait beaucoup Geneviève. Spécialiste de lithographie et de gravure sur cuivre et que sais-je encore. Elle s’est mariée avec un écrivain.
Gérard: amusant, bavard, plein d’humour. Il était violoniste. C’est lui qui nous avait fait connaître Guy Lasson, professeur de piano et excellent professeur, et directeur du Conservatoire du quinzième arrondissement. Emmanuel a beaucoup travaillé sous sa direction, Delphine aussi. Son nocturne de Chopin qu’elle jouait très bien est l’œuvre de Lasson. Lasson est mort il y a plusieurs années. J’ai appris récemment la mort de Gérard. Paix à leurs âmes.
6 février 1962 – Naissance de Delphine
Six février: naissance de Delphine chez Mademoiselle Jeanne Collinet, (voir AG 2005), rue de la Porte Jaune à Saint-Cloud, à deux pas de chez nous. C’est ma belle-sœur Catherine qui nous a indiqué l’existence de la clinique Collinet et nous a expliqué les liens de cette sage-femme avec la famille Boissonnas. Tout se passe bien. Bons et excellents soins. Calme. Très bonne nourriture. Geneviève s’est bien reposée dans cette clinique. Delphine va très bien.
Delphine, m’a dit Geneviève, est restée éveillée de très longues heures après l’accouchement, regardant d’un air très intéressé tout ce qui passait autour d’elle.
Nous avons toujours eu Geneviève et moi des rapports amicaux avec Jeanne la sage-femme et sa sœur France...
Et voici Delphine à quatre mois.
Eté 1962 – Agnès et Elisabeth
Cet été là nous sommes en Suisse. Les tarifs de location des maisons sont a peu près comparables à ceux pratiqués en France et Geneviève se sentait très à l’aise dans ce pays. Nous avions trouvé un chalet qui s’est avéré très confortable à Pathier, petit village proche de la fameuse station de Verbier.
J’avais fait le voyage en auto avec Elisabeth et Agnès, fille aînée d’Hubert. Ces deux petites filles s’entendaient fort bien. Carmen, charmante espagnole, aide-ménagère rue Tahère, était également avec nous. Geneviève suivait en train avec Delphine née cinq mois auparavant.
Pour des raisons que j’ai oubliées, mais probablement les maux de cœur de Carmen, nous avons dû nous arrêter plusieurs fois en route et sommes arrivés trop tard pour prendre possession du chalet à la porte duquel avait été posé un papier rédigé à la main, «nous vous avons attendus jusqu’à dix neuf heures, veuillez disposer». J’ai donc emmené mon petit monde passer la nuit à l’hôtel. Le lendemain matin, tous les quatre, nous y prenons notre petit déjeuner. Et c’est là que j’ai vécu une minute savoureuse.
Ce petit déjeuner devait être pris bien entendu dans la salle à manger. J’ouvre la porte et fais passer mes deux princesses. La salle à manger était à cette heure matinale occupée par trois ou quatre valets de chambre qui balayaient, époussetaient, nettoyaient, travaillaient. Ils ont vu entrer ces deux enfants qui l’une derrière l’autre, chacune avec une poupée dans les bras marchaient avec élégance dans la salle vers la table qui nous était réservée.
Je me délectais à cette image et suis resté immobile. Et petit à petit, les quatre employés, fascinés par la grâce de ces deux demoiselles se sont arrêtés de travailler et les ont regardées traverser la salle, dans un silence absolu. Elles se sont assises sans s’être rendu compte de l’émotion qu’elles avaient créée. Alors les employés se sont à nouveau concentrés sur leur travail et j’ai rejoint la table.
Je ne voulais absolument pas que cette minute soit oubliée, d’où ces lignes. Je regrette qu’il n’y ait pas eu, à cette minute là, un Chaplin pour emmagasiner pour la postérité ce moment magique.
La photo ci-dessus a été prise à Pathier quelques jours plus tard.
Hiver 1962 – La Pommeraye chez Jacqueline et Roger Grand d’Esnon
Il est tombé des tonnes de neige sur la France, y compris en Normandie. Justement nous y sommes. A la Pommeraye, très jolie demeure, que les Roger ont achetée en 1960, après avoir vendu leur maison de Nantes où nous avions fait au moins deux séjours. Des films pris par Roger sont de bons témoins.
Je reviens à la Pommeraye. Voici: Aude, Jacqueline, Jacques, Geneviève, Elisabeth, Dominique.
C’est au cours de ces quelques journées que Dominique a, sur une petite pente de rien du tout derrière la maison, réussi à se casser la jambe. Il faut le faire!
Eté 1963 – Château de la Pachevie ( Cantal)
Nous avions loué quelque chose de tout à fait différent de ce que nous louions d’habitude. Pour nous rapprocher des Luze qui venaient de s’installer à La Varenne (commune de l’Hopital) à vingt kilomètres au nord d’Aurillac.
C’est Antoinette qui nous avait indiqué le nom du notaire local qui m’a fait visiter le château de La Pachevie dont il était propriétaire. Du XIVème siècle probablement. Un côté authentique garanti. Des traces d’une existence fastueuse mais ancienne. De la poussière, peut-être aussi du XIVème siècle. Cette maison était pleine de charme. Nous y avons vécu quatre à cinq semaines. Sont venus s’installer dans la maison une chauve- souris, un crapaud, un mouton.
Voici Henri, mon beau-frère, devant le corps central du château. Je n’ai malheureusement aucune autre photo de cette charmante maison.
1963/1 – Elisabeth à l’école primaire
Elisabeth à l’école en hiver 1963. Elle est souriante. Et pourtant, comme pour Emmanuel, les premiers trimestres d’école n’ont pas été source de joie.
1963/2 – Elisabeth : audition de piano
Nous sommes dans la «Maison du Maroc» de la Cité universitaire chez Monsieur et Madame Charlier, amis très chers de Madame Nekrouf, très bon professeur de piano vivant à cent mètres de la maison. Monsieur Charlier agrégé de philosophie est Directeur de cette maison du Maroc. Il prête le salon de son appartement pour l’audition de piano de Madame Nekrouf. La voici en train de surveiller Elisabeth.
L’audition s’est très bien déroulée.
Le plus amusant est ce qui suit: dans l’auto entre Saint-Cloud et la Cité, Elisabeth nous demande ce que font les pianistes quand ils ont fini de jouer. Nous lui expliquons qu’ils se mettent debout contre le piano face au public et qu’ils se penchent en avant pour saluer. Et nous parlons d’autre chose.
Et notre surprise à Geneviève et à moi, a été grande de voir Elisabeth saluer comme nous lui avions expliqué. Elle y ajoutait sa grâce.
Madame Nekrouf était aussi une excellente animatrice. Elle organisait périodiquement des examens, des concours, des auditions. Tout le monde travaillait dur, mais dans la gaîté. Elle est décédée d’un cancer il y a une quinzaine d’années. Paix à son âme.
Un peu énervée par son père, Elisabeth s’est mise au violon. L’école Loewenguth avait une répétitrice à Saint-Cloud. Elisabeth a bien travaillé. Loewenguth était un homme volontaire et un bon entraîneur. Tout son petit monde travaillait ferme. Concours, examens, prestations publiques, poussaient les élèves à travailler. «Je ne travaille que quand j’ai un concert en vue» disait-il souvent à ses élèves.
En 2005 Elisabeth continue à travailler son violon.
1963/3 – Rue Maurepas à Versailles – Dîner chez mes beaux-parents
Il y a eu, si ma mémoire est bonne, trois réunions familiales autour de mes beaux-parents.
La première a été un dîner rue Maurepas. Voici des photos. Nous étions tous là y compris leur nièce Gabrielle de Gineste. La photo ci-dessus en est le témoignage.
Sur la photo ci-dessus on reconnaît: de gauche à droite: Antoinette, Paul, un visage que je ne discerne pas, mon beau-père, probablement Béatrice, probablement Hervé, Geta, Etienne, Geneviève, Chantal, Jean, Henri.
Après le dîner avec photo en couleur, nous voici réunis dans le bureau pour une photo en noir et blanc.
De gauche à droite: Geneviève, ma belle-mère, Béatrice, Chantal, Marielle.
Ma belle-mère tient sur ses genoux une planche de photographies d’Emmanuel. Nous avions effectivement à l’occasion de cette réunion familiale fait faire par le studio Natkin, à leur intention, des photos de nos enfants.
J’ai fait encadrer quelques unes de ces photos qui sont accrochées aux murs, rue de l’Ermitage. Page suivante et AG 1963.
En 1970 un deuxième dîner a eu lieu au Trianon Palace. Pour éviter à mes beaux-parents des fatigues inutiles. Aucune photo malheureusement dans mes albums.
La troisième réunion a eu lieu en 1971. Voir 1971 et AG 1971.
1963/4 – Réunion rue Maurepas
Voici les photos de mes enfants faites par Natkin pour cette occasion.
1964 – Emmanuel
Emmanuel a bientôt onze ans. Les problèmes existentiels commencent à se poser.
Je suis malheureusement incapable de me rappeler dans quel lieu de vacances nous étions cette année là. Mais nous étions bien évidemment à la montagne.
1965 – Delphine – Ville d’Avray
Nous sortons Geneviève, Delphine et moi d’une paisible réunion chez Jean et Brigitte Snollaerts dans leur appartement de Ville d’Avray au-dessus de l’avenue Thierry.
Delphine est sur sa bicyclette. Et nous précède. Très habile avec son corps et avec tout ce qui était agrès divers, y compris la bicyclette, nous n’avions pas d’inquiétude à la savoir deux mètres devant nous.
Le chemin goudronné sur lequel nous marchions est en pente très douce, qui se termine avenue Thierry.
Tout à coup Delphine lâche les pédales de ce vélo à roues fixes. Impossible pour elle de ralentir la course de l’engin. La bicyclette s’en va vraiment très vite. Delphine ne peut plus rien faire. Geneviève et moi courons derrière elle pour tenter de la rattraper.
Impossible.
Pendant ces quelques secondes j’ai pensé:
Au bout de ce chemin la pente est de plus en plus forte, la vitesse de plus en plus rapide, donc immanquablement Delphine va tomber.
En tombant elle peut se faire un mal de chien, se casser quelque chose et même se tuer.
Ce chemin pentu aboutit avenue Thierry, rue passante et rapide. Une voiture peut très bien passer au moment où Delphine débouche de ce chemin et la tuer.
Nous arrivons sur Delphine. Elle est déjà debout à côté de son vélo. Les dieux nous ont été favorables. On la tâte sur tout le corps. Miracle. Elle n’a rien de cassé. Et miracle encore, il n’y a pas eu de voiture. Delphine pleure à peine.
Grand silence. Nous partons à pieds. Geneviève et moi tenant Delphine par la main. Je porte la bicyclette. Je demande à Delphine: «Tu as eu peur?» «Oui».
Elle n’avait pas trois ans.
Automne 1966 – Delphine
Ce curieux papier bleu à fleurs ne me rappelle rien. Delphine a l’air en forme. Elle a quatre ans et demi.
Vers cet âge de Delphine, on entend un jour dans l’escalier de la rue Tahère où se trouvent Elisabeth et Delphine, un hurlement de cette dernière. Immédiatement Geneviève et moi nous nous précipitons. Que s’est-il passé? Delphine nous dit: «Elisabeth m’a dit quoi en méchant». C’est du Delphine!
Oh! temps, suspends ton vol, comme écrivait l’autre, un très grand et laisse-moi savourer encore les mots des enfants qui sont les miens.
1967/1 – Naissance d’Olivier
Trois février, arrivée d’Olivier. Accouchement aussi exemplaire que ceux d’Elisabeth et de Delphine. Dans la clinique Collinet.
A peine arrivé à la lumière du jour, Olivier à la demande de Collinet est attrapé par les pieds par son père, le temps pour Jeanne Collinet de lui couper le cordon.
Il était plein d’humour. Il a tout de suite et pendant longtemps placé sa langue entre ses lèvres et faisait tout le temps des bz …bz… Ce bruit était devenu un cri familial. Toutes les photos le montrent toujours souriant.
Le voici à près de trois mois, le 28 avril 1967. A droite en bas, Delphine
Le voici à quatre ou cinq mois, toujours à Saint-Cloud dans une position qui lui a été très familière. Il n’a pas vraiment l’air pas éveillé!!
Et le voici, dans les bras de sa mère.
Voir Geneviève s’occuper d’un bébé et plus tard d’un enfant était pour moi une vraie joie. L’opportunité de ses gestes, de ses soins, l’opportunité de son discours, le haut niveau de ses conseils et recommandations étaient remarquables. Elle était une éducatrice. Je sais bien pourquoi mes enfants sont ce qu’ils sont.
Juillet 1967 – Dinard ou Saint-Lunaire
Ma mère a emmené en vacances quelques uns de ses petits-enfants à Dinard. Apparemment il faisait beau et ils ont tous bien bronzé. Voici en haut: Elisabeth et Delphine.
Et en bas: Elisabeth, Delphine, Philippe, Florence, Agnès, Véronique et Christine.
Les souvenirs racontés à leur retour étaient enchanteurs et enchantés.
Août 1967 – Champéry
Nous sommes à Champéry en Suisse. Voici Elisabeth songeuse et Delphine contente. Olivier (cinq ou six mois) à plat ventre sur le tapis regardait avec attention tout ce qui se passait. Quand on s’arrêtait devant lui, on lui disait immanquablement une blague et il accusait le coup instantanément.
1968 - 1991
Eté 1968 – Olivier à Orcières (Hautes-Alpes)
Les vacances ont été passées à Orcières où nous avaient rejoints Paul et Marielle et un peu plus tard Emmanuel venant d’Allemagne.
Olivier disait quelques mots. Partant pour le Japon quelques semaines plus tard, je lisais bouquins sur bouquins sur ce pays et lui avais appris à saluer à la japonaise. Et le voir avec ses couches, penché en avant à ma demande et l’entendre dire: «Papa oum on» ce qui voulait dire «Papa s’en va au Japon en avion» nous mettait tous en joie.
Décembre 1968 – Ski à la Plagne
Vacances de Noël à La Plagne dans le petit appartement que mes parents ont acheté je crois en 1962. C’est la dernière fois que j’y vais.
Olivier, dix huit mois, fait ses premiers pas sur la neige. Delphine est parfaitement à l’aise sur ses skis et avec cette casquette des années trente destinée à regrouper les cheveux longs des dames - elle qui a les cheveux courts - a fière allure. Nombreuses photos en AG 1968.
Mes enfants y sont retournés pour toutes les vacances de Pâques jusqu’en 1974. A partir de 1975 nous nous sommes retrouvés à Puy Saint-Vincent. AG 1975.
Cet appartement est depuis 1974, année de la mort de mon père, propriété des Widmer.
Eté 1971 – Le Freyssinet (Hautes-Alpes)
Après quelques semaines à Cargèse (Corse), voir AG 1971, où je ne fus point, nous choisissons le Freyssinet, petit village à 1600 mètres d’altitude près de Briançon. Geneviève et moi avons adoré ce pays où nous sommes retournés en 1972 pour aboutir à Puy Saint-Vincent en 1973 où nous avons, en quelques minutes, choisi et acheté un terrain sur lequel a été construit un an plus tard un chalet, utilisable pour la première fois à Noël 1975 toujours bien occupé en 2005.
De gauche à droite:
Rémi de Cazenove, fils de Maurice, gentil garçon, victime d’un accident de naissance.
Geneviève, sous un chapeau blanc?
En bleu, le fils Boggia chahuteur et intelligent. Voir MF octobre 1990 et AG 1954.
Tripotant ses lunettes, Olivier.
Regardant Olivier, une jeune Anglaise,
Sous son chapeau, votre serviteur.
Ne figure pas sur cette photo, simplement peut-être parce qu’il était hors du champ, un jeune Allemand très sympathique. Il avait suivi le conseil d’Emmanuel en achetant un journal de bandes dessinées rédigées en français pour essayer de perfectionner son français. C’est un des rares enfants étrangers reçu par Geneviève, qui a voulu un petit peu parler français.
Geneviève a beaucoup aimé ces réunions d’été, entourée de ses enfants et des enfants des autres. J’aimais moins.
La collection de paresseux que j’ai vu défiler... Manque de curiosité, éducation à la limite, ne parlons pas de leur humour, ni de leur volonté d’apprendre le français, gamins ou gamines se servant sans retenue dans le réfrigérateur. Bref …
Décembre 1971 – Delphine
Delphine suivait des cours de gymnastique dans le gymnase de Saint-Cloud dirigé par un excellent chef: Ramillon. Emmanuel, Elisabeth, Delphine et Olivier, champion de barre fixe, après Delphine seront des élèves très attentifs de ce professeur de gymnastique.
Un jour, je demande à Delphine si cela ne l’ennuie pas que j’aille la regarder travailler. Et je suis à l’heure voulue au gymnase.
Delphine debout sur la barre horizontale fait un ou deux mouvements et tombe. Elle ne m’avait pas vu arriver. Elle se relève en hurlant. De là où je suis, son bras droit a une drôle d’allure. Il est sûrement cassé. Ramillon et moi nous précipitons pour la consoler. J’appelle Geneviève au téléphone et nous nous retrouvons tous les trois une heure après à la clinique du Val d’Or où le Docteur Arnaud réduit la fracture sur le champ. Delphine est équipée d’une atèle. La nuit se passe bien.
Le lendemain c’est la fête de Noël chez mes beaux-parents. Elle y arrive avec son atèle, pas vraiment embarrassée. La soirée est très réussie. Des disques de danse ont été installés sur l’appareil acheté quelques semaines auparavant par Emmanuel et tout le monde a bien dansé, y compris ma belle-mère avec son petit gendre. Delphine a participé à cette fête avec son entrain habituel. Et le soir elle me dit en se couchant: «Je me suis bien amusée, je n’ai pas manqué une danse».
Décembre 1971 – soirée rue Maurepas chez mes beaux-parents
Voici deux photos de cette soirée. Voir AG 1971.
De gauche à droite: Ma belle-mère, Delphine, Marc, Jacqueline, Chantal.
De gauche à droite : Jacques, Emmanuel, Elisabeth, Dominique et Jérôme en train de danser.
On distingue à l’arrière plan: Henri Grand d’Esnon, Elisabeth de Vial, Jean
A droite : Gabrielle de Gineste
1972 – Emmanuel à Polytechnique
Emmanuel est reçu à Polytechnique.
Faute de photographie de lui à cette époque, je présente ci-dessus une photo de 1973. Emmanuel danse avec Brigitte de Bary, fille de Bertrand.
Il avait fait ses années secondaires à Saint-Cloud.
Pour la terminale nous hésitons sur le choix du Lycée: Marc et Elisabeth Julia, Béatrice Schlumberger, son fils Henri, en direct avec Emmanuel, conseillent la classe de Gerl à Louis le Grand. Nous tentons notre chance en discutant avec ce professeur. Le livret scolaire d’Emmanuel fait le reste. Et Emmanuel vit les années 1969-1970 à Bossuet, 1970-1971 chez mes cousins Bonnet, rue Pierre Curie et 1971-1972 chez les Julia à Paris. De la sorte, pas de temps perdu, lycée-domicile. Il avait eu au bac la mention «Très bien».
Nous passons nos vacances pour la seconde fois au Freyssinet. Emmanuel monte au sommet des Ecrins et poursuit le long de la barre des Ecrins. Il revient enchanté. Il commence Polytechnique en octobre de la même année.
1973/1 – Philippe Coste et Nicolas Raoul-Duval
Excellente photo et attitudes très familières de mon père, à gauche, bavardant avec Nicolas Raoul-Duval, à droite, le beau-père de Mireille. J’aimais beaucoup cet homme, Geneviève aussi. Il était un homme de cœur et un homme de culture. Il fut un des nombreux combattants à Verdun. Geneviève et moi l’avons bien vu et bien écouté aussi à Combloux dans leur chalet. Nos discussions étaient interminables. J’en garde un excellent souvenir. Voir AG 1973.
Il semble que ce soit cette photo de mon père qui a été utilisée pour la création du bas-relief posé à l’entrée de Pierrelate en 1975. A vérifier.
Monsieur et Madame Raoul-Duval sont venus plusieurs fois rue de la Faisanderie pour les fêtes de Noël.
1973/2 – Anzère (Suisse)
Anzère est une station de sports d’hiver située dans le Valais en Suisse. Si ma mémoire est bonne, elle était à cette époque de création récente. S’en sont beaucoup occupés, Philippe Denis, beau-frère de Thierry d’Hauteville et je crois aussi ce même Thierry.
Geneviève décide d’y faire un court séjour pendant l’hiver 1973.
Thierry précité et moi ne faisons pas de ski. Nous avons beaucoup bavardé et nous sommes beaucoup promenés.
Il m’a adressé en novembre 2004 cette photo qu’il a baptisée «Méditation».
Je suis surpris de l’absence de neige. Et je n’ai aucun souvenir d’avoir été à Anzère pendant un mois d’été sans neige. Thierry que j’interroge sur ce plan me répond: «La station serait parfaite s’il y avait de la neige!». «Ah! bon».
1973/3 – Olivier au piano
Nous sommes rue de la Faisanderie pour la fête de Noël habituelle. Sur le piano sont posés des santons, chère habitude de ma mère.
Olivier dans une attitude très appliquée joue un morceau de piano. Je confesse que j’en ai oublié le titre. Le dernier morceau qu’il a joué et d’ailleurs bien joué dans ce même cadre familial a été la fameuse polonaise de Chopin.
Cette photo est un bon exemple des prestations que les petits-enfants présentaient à leur grand-mère au cours des réunions familiales. Je renvoie le lecteur à GSC.
1973/4 - René Seydoux (1903-1973)
Grand acteur de la société Schlumberger, il a été l’objet de nombreuses communications et textes dont certains sont rue de l’Ermitage.
La photo ci-dessous, datant de 1972, prise dans son bureau rue Galilée m’a été envoyée par tante Geneviève.
Je renvoie le lecteur à l’excellent texte que mon cousin Nicolas a, pour l’annuaire AFS, rédigé sur son père.
J’ajoute ci-dessous le texte du Who’s Who 2005.
SEYDOUX FORNIER de CLAUSONNE René, Alfred, Emile, Roger
GEOPHYSICIEN, ADMINISTRATEUR DE SOCIETES
(Né SEYDOUX, autorisé par décret du 5 août 1934 à relever le nom en voie d’extinction de sa mère et à s’appeler légalement SEYDOUX-FORNIER de CLAUSONNE
Né à Paris, le 19 octobre 1903
Décédé à Clausonne (Gard), le 25 juin 1973
Fils de Jacques SEYDOUX (1870/1929), diplomate, et de Mme, née Mathilde FORNIER de CLAUSONNE, issue d’une vieille famille du Languedoc anoblie par Louis XV en 1774. Frère de François et de Roger SEYDOUX FORNIER de CLAUSONNE (voir à ces noms)
Marié le 8 juillet 1931, à Geneviève SCHLUMBERGER (1910/1993), fille de Marcel SCHLUMBERGER, président de la Compagnie générale de géophysique
Enfants: Véronique (épouse de Philippe ROSSILLON), Jérôme, Nicolas, Michel
Études: Lycées Carnot et Saint-Louis et université de Paris
Diplômes: ancien élève de l’Ecole libre des sciences politiques
Carrière: il débute dans l’enseignement en tant que professeur d’économie politique à l’Ecole libre des sciences politiques. En 1929, il devient secrétaire général de l’Ecole et sous-directeur en 1934. Il fait construire des amphithéâtres, des salles de cours, une salle de sports. En 1937, il démissionne pour entrer dans les sociétés de son beau-père, Marcel Schlumberger. Son frère Roger lui succède dans ses fonctions à l’Ecole. Prisonnier pendant la guerre, il est de 1953 à 1969 président-directeur général de la Société de prospection électrique Schlumberger et parallèlement à partir de 1958 président-directeur général de Pétrofigaz. Administrateur en 1965 de la société en gestion mobilière et de Comith, il est également à partir de 1969 membre du conseil de surveillance d’Interexpansion et, à partir de 1971 administrateur des sociétés ABG-Semca et Fornier. De 1971 à 1972, il préside la Société pour le financement de la protection de la nature et de la lutte contre la pollution dont il est nommé président d’honneur en 1972. Président d’honneur de la Caisse de retraite interentreprises, président honoraire de l’Union nationale des amicales de camps de prisonniers de guerre, membre du Conseil supérieur des Français de l’étranger depuis 1948, il décède en 1973, à l’âge de soixante-neuf ans.
Décoration: Officier de la Légion d’honneur.
1973/5 – Les deux frères Coste à Castignargues (Gard)
Je sors un peu du sujet tout en y restant bien qu’en en étant un peu loin, en présentant ces trois photos.
Les deux ci-dessus sont amusantes, oncle Daniel et son frère Philippe, mon père, ont une attitude absolument similaire. Même regard vers le carnet, même tenue du carnet, mêmes mains. Et celui qui a pris la photo a fait preuve d’astuce.
Nous sommes en 1973 à Castignargues, ferme isolée à quelques kilomètres du Mas, que mon père, un court instant, a envisagé de garder, à la suite d’un partage. Il l’a prudemment vendue à son frère Daniel. Ce dernier a fait de gros travaux pour essayer de planter de la vigne et de rentabiliser cette terre ingrate. Si j’ai bien compris, ces vignes ont été abandonnées (cinq ou six hectares). Ce domaine appartient aujourd’hui à mon neveu Laurent Coste, fils de Gérard et petit-fils de Daniel.
Sur la photo ci-dessous, on reconnaît tante Inès, mon père, mon cousin Gérard et son père Daniel. Daniel et Gérard sont morts d’un cancer environ dix ans plus tard à quelques semaines d’intervalle.
Oncle Daniel avait créé une habitude, très bonne, consistant à inviter la famille Coste au sens large au début de septembre au Mas. Cette date ne collait jamais avec nos propres déplacements étant donné que nous étions dans les Hautes-Alpes, fin août. A mon grand regret. Nous n’y avons été qu’une seule fois. Très sympathique ambiance.
J’ai vu souvent oncle Daniel et tante Inès soit au Mas avant et pendant la guerre, soit rue de Prony où ils invitaient souvent les membres de la famille. Il y a eu avant la guerre des arbres de Noël particulièrement réussis dans leur salon.
Je renvoie le lecteur à CMC
Je savais qu’avait été rédigé à l’occasion de la cérémonie autour de son décès un texte sur la carrière professionnelle fort brillante d’oncle Daniel. Merci à Valentine de m’avoir envoyé ce texte qu’on peut lire pages suivantes.
Daniel Coste (1898-1983)
Il était né le 3 septembre 1898 à Saint-Etienne (Loire) d’une lignée polytechnicienne, de souche cévenole.
Son grand-père paternel, le Général COSTE, appartenait à une des promotions admises rue Descartes pendant le Second Empire, et s’était éteint en 1919.
Son père, Emile COSTE, Ingénieur au Corps des Mines, avait achevé sa carrière en 1926 comme Inspecteur Général des Mines, après avoir, de 1922 à 1923, assumé la haute charge d’Inspecteur Général de la RUHR. A la fin du siècle précédent, sa carrière l’avait amené au siège de Saint-Etienne, où précisément est né son fils Daniel. Un frère cadet de celui-ci devait être, à son tour, Ingénieur au Corps des Mines.
Les origines de la famille COSTE – fort anciennes puisqu’il reste à leur sujet un document daté de 1366 – se situent dans cette région vallonnée que traverse la route allant de la cité de Nîmes à la petite ville de Le Vigan. Cette route atteint au bourg de Quissac le fleuve côtier « Vidourle » redouté pour ses crues soudaines durant la saison des pluies. A quelques deux kilomètres
du « Vidourle », près du village de Cannes, une famille paysanne, la famille COSTE, possédait de père en fils des exploitations agricoles, faites de parcelles de polyculture, et surtout de vignobles et de bergeries, le « Mas de COSTE ». Notre camarade ressentait une joie profonde à s’y retrouver, chaque année, lors des vendanges.
Cette belle campagne aurait souffert, au 16ème siècle, des guerres fratricides de religion. Le vallonnement du pays Cévenol, son éloignement des villes, la communauté des intérêts ruraux de la population, propre à tempérer les divergences de convictions, la sauvèrent de cette épreuve.
Tel fut le cadre où se forma l’enfance de Daniel COSTE. Les exigences de la scolarité l’en écartèrent à partir de la classe de sixième. Il fut alors confié à son grand-père, le Général, qui s’était retiré à Paris, place Wagram, et entra au lycée CARNOT. Ayant facilement passé les baccalauréats, le jeune étudiant fut alors dirigé vers les classes de mathématiques du lycée SAINT-LOUIS .
N’ayant pas, au printemps 1916, été admis à Polytechnique, Daniel COSTE s’engagea aussitôt pour faire à Fontainebleau, comme canonnier-conducteur au 32e régiment d’artillerie, la connaissance du fameux matériel de 75 mm. Aspirant en mai 1917, sous-lieutenant le 1er janvier1918, notre camarade servit dans cette arme jusqu’à l’armistice de novembre 1918, après de sévères engagements de son unité au printemps 1918, puis au Chemin des Dames. De ces engagements, il revient indemne, avec une citation et la Croix de guerre.
Après l’armistice, le Gouvernement organise des cours préparatoires aux grandes Ecoles pour les jeunes Officiers dont l’appel des armées avait arrêté les études. Inscrit au Centre d’études de Strasbourg, Daniel COSTE est admis à Polytechnique en 1919, parmi les plus jeunes de la promotion « 1919 Spéciale ».
Deux années d’externat à Polytechnique lui ouvrent, le 1er octobre 1921, le Corps du Génie Maritime. Sorti en novembre 1923 de l’Ecole d’Application, notre camarade, d’ailleurs promu entre temps Ingénieur de première classe, est désigné pour servir à Brest, comme il le souhaitait. Il y arrive avec la toute jeune femme qu’il venait d’épouser, Inès d’EICHTHAL, descendante de la famille MIRABAUD.
A Brest, notre camarade est accueilli par de remarquables ingénieurs, parmi lesquels RACLOT, COLOMB, NORGUET. Il apprend d’abord le métier à la Section des Réparations, puis est appelé à s’intégrer dans l’équipe réputée chargée des Constructions Neuves. Il participe notamment à la construction des croiseurs, en particulier à celle du croiseur « Colbert ».
Dans cette pépinière d’architectes navals que forme l’arsenal de Brest, le Service Technique des Constructions Navales de Paris puise volontiers pour faire face à la réalisation de l’important « Programme naval » de l’époque. L’Ingénieur en chef NORGUET est ainsi appelé à prendre la tête de la « Section grands Bâtiments ». Il y fait bientôt venir, auprès de lui, le 1er novembre 1929, l’Ingénieur principal Daniel COSTE, qu’il avait apprécié à Brest. Celui-ci y travaillera jusqu’au 1er février 1934.
Cette date marque un tournant dans la carrière de notre camarade.
A l’époque, un ancien Ingénieur du Génie Maritime, Ernest MERCIER, jouissait, dans les sphères dirigeantes du Pays, d’une influence et d’une haute estime, dues à des qualités rarement réunies au service d’une même intelligence, le courage personnel, la prescience du futur, et l’esprit d’entreprise.
Au lendemain de la première guerre mondiale, Ernest MERCIER avait compris le rôle international qu’allait jouer le pétrole, et, pour notre pays, engagé la création de la Compagnie Française des Pétroles et de ses filiales.
Il avait aussi mesuré l’importance grandissante qu’allait prendre l’énergie électrique dans la production industrielle. En particulier, mainte usine, encore ramassée autour d’une machine à vapeur responsable de la force motrice nécessaire à l’entraînement de ses gros outillages par le truchement d’une succession de lignes d’arbres et de courroies de transmission, voulait se libérer de cette entrave et aérer la distribution de ses ateliers en s’équipant de moteurs électriques individuels. Encore fallait-il que la sécurité d’une alimentation régulière en courant électrique lui soit assurée, donc qu’un minimum de caractéristiques communes se prêtât à l’interdépendance des divers producteurs d’électricité. Pour commencer l’intégration de ceux-ci dans une formule d’ensemble, Ernest MERCIER créait « l’Union d’Electricité ». Cette création commençait une longue marche vers l’unité, aujourd’hui accomplie sous le sigle d’EDF.
En Région parisienne, l’Union d’Electricité allait étudier et financer la construction de puissantes centrales électriques, situées en bordure de Seine pour recevoir à bon compte, le charbon ou le fuel-oil à brûler dans leurs chaudières. La plus récente est alors la nouvelle centrale de Vitry-sur-Seine, baptisée du nom de l’Ingénieur du GM ARRIGHI, à la mort de ce grand collaborateur d’Ernest MERCIER . Pour ses vastes projets, Ernest MERCIER a toujours besoin d’hommes au tempérament réalisateur. Il fait pressentir Daniel COSTE. Celui-ci quitte la Marine le 1er février 1934, en congé hors cadres.
De fait, notre camarade va, jusqu’à l’ouverture des hostilités de 1939, donner en qualité d’Ingénieur en chef beaucoup de son temps à cette nouvelle centrale électrique, en parallèle avec les plus anciennes.
Mobilisé durant quelques mois en 1940, il revient à « l’Union d’Electricité » pour la servir jusqu’à la nationalisation de l’énergie électrique, survenue en 1946. Il s’en sépare à cette date, préférant l’indépendance du secteur privé et l’aventure industrielle, à une fonction para-étatique.
Aventure industrielle… A la veille de la guerre, Ernest MERCIER avait déjà engagé Daniel COSTE dans des voies où la nouveauté, en dépit des risques d’échec, répondait à son tempérament d’entrepreneur.
Depuis bien des mois, en effet, il s’inquiétait des insuffisances de notre pays en matière d’aviation. Encouragé par notre Ministre de l’Air, il avait, fin 1938 négocié l’achat d’une licence pour la construction en France du moteur Bristol-Herculès, à double étoile, de 14 cylindres, refroidi par l’air, qui équipait l’aviation britannique. Et, début 1939, pour l’exploitation de cette licence, il créait la « Société Industrielle Générale de Moteurs d’Aviation » (SIGMA) en associant à l’Union d’Electricité plusieurs firmes de qualité :
· Société Alsthom, marjoritaire ;
· Société Alsacienne de constructions mécaniques ;
· Cie Thomson-Houston ;
· Chantiers de Saint-Nazaire-Penhoët
· Ateliers Louis Bréguet.
A la SIGMA, l’Alsthom avait apporté une usine, anciennement affectée à la construction de tramways, dont elle disposait à Vénissieux, dans la banlieue de Lyon. Monsieur Louis BREGUET avait été choisi comme premier président de la SIGMA, et Daniel COSTE représentait l’Union d’Electricité à son Conseil d’Administration.En mai 1940, avec de l’outillage acquis en Grande Bretagne et aux Etats-Unis, la SIGMA vient de terminer cinq moteurs, mais qui n’ont pas encore tourné au banc d’essais… Notre défaite oblige à totalement reprendre la raison d’être de la SIGMA.
Celle-ci conserve son sigle, pour s’appeler en juillet 1940 « Société Industrielle Générale de Mécanique Appliquée ». Monsieur LE BOURHI, Président de l’Alsthom, succède à Monsieur Louis BREGUET comme Président de la SIGMA et Daniel COSTE est confirmé dans les fonctions de Directeur Général qui venaient en fait de lui être confiées au début de 1940.
Quelle reconversion peut alors envisager la SIGMA ? Celle-ci commence par fabriquer des pièces de rechange pour le modeste parc d’avions que l’Allemagne autorise à la France à garder ; et se tourne vers l’usinage de matériels naguère importés de Grande Bretagne (embrayages à disques pour machines-outils ; pompes à viscose, etc.).
En 1943, notre camarade Léon PEILLON, ex-Indrétois est appelé par Daniel COSTE au service de la SIGMA comme Ingénieur en chef, pour participer à cette reconversion, entre temps élargie à la fabrication de moteurs à pistons libres.
L’année 1944 est une année d’épreuve pour la SIGMA et son Directeur Général Daniel COSTE. L’usine de Vénissieux est détruite par un bombardement aérien. Il faut transférer les fabrications dans une usine de Villeurbanne également proche de Lyon. Daniel COSTE s’acharne à reconstruire très vite l’usine de Vénissieux.
Avec Léon PEILLON devenu le Directeur de cette usine, Daniel COSTE ajoute, année par année, de nouvelles spécialités à son activité antérieure : pompes à injection pour moteurs Diesel de petites et moyennes puissances (camions –moteurs marins – etc.) équipements hydromécaniques (pompes à engrenages, distributeurs, vérins) qui connaissent rapidement une bonne réputation et une clientèle française étendue. D’ailleurs en 1947, la Société « Lyonnaise des Eaux » liée de longue date à l’Union d’Electricité, rachète à l’Alsthom sa participation majoritaire dans la SIGMA. Elle en devient l’actionnaire principal, et lui apporte un profitable appui dans ses efforts de reconversion.
En 1962, Daniel COSTE est promu Président-Directeur Général de la SIGMA.
En 1970, à l’âge de 72 ans, notre camarade se retire de ces fonctions, avec le titre de Président honoraire.
Six ans plus tard, la Lyonnaise des Eaux, soucieuse d’élaguer des activités pour elle secondaires, afin de se concentrer sur les principales, recherchera des acquéreurs pour la SIGMA. Finalement, deux groupes allemands de renom prennent en main cette société, et se la partagent : le groupe BOSH prenant le département des pompes à injection ; le groupe MANNESMANN celui de l’hydromécanique. Les deux Directions allemandes apporteront l’efficacité de leur gestion, mais elles vont apprécier la qualité des équipes techniques constituées à la SIGMA et les garderont intactes. Elles conserveront donc à la région lyonnaise ces productions et ces emplois… Daniel COSTE aura connu cette satisfaction, conclusion de ses quelque trente ans de travail.
Une autre activité avait, depuis 1939, littéralement passionné Daniel COSTE : l’aventure des moteurs à pistons libres.
Quelques années avant la guerre, les plus hautes instances de divers pays européens avaient été démarchées par un inventeur italien, le marquis de PESCARA, déjà connu par sa création d’un autogyre.
Il offrait ses brevets pour la réalisation de moteurs à pistons libres constitués essentiellement d’un monocylindre Diesel attaquant directement un cylindre compresseur sans intermédiaire bielle-manivelle, à la manière des pompes à vapeur à action directe d’emploi fréquent sur les navires, un matelas pneumatique jouant le rôle de ressort de rappel.
En dehors de l’application banale à la réalisation de compresseurs mobiles pour chantier, PESCARA proposait une application nouvelle particulièrement intéressante :
· l’air comprimé produit par le compresseur serait utilisé en totalité pour balayer et suralimenter le cylindre Diesel à une pression très élevée ; les gaz d’échappement, portés eux aussi à très haute pression, étant collectés pour alimenter une turbine sur l’arbre de laquelle serait finalement recueillie la puissance utile de l’ensemble.
Les principaux avantages mis en avant par l’inventeur étaient les suivants :
· l’absence d’un attelage bielle-manivelle, combinée avec la très forte suralimentation permettrait d’atteindre dans le cylindre Diesel des pressions de combustion très supérieures à celles qu’admettent les moteurs Diesel classiques, d’où un rendement thermique très élevé ;
· le cycle thermique réalisé était, comme dans les moteurs thermiques alternatifs, un cycle à air chaud, donc sans intermédiaire vapeur mais avec, pour la puissance utilise, les avantages bien connus de la turbine.
Au total on pourrait espérer de l’ensemble « générateurs de gaz à pistons libres – Turbines » ainsi réalisé, un rendement global comparable à celui des moteurs Diesel et supérieur à celui des groupes à vapeur et surtout des turbines à gaz de l’époque. Accessoirement, et ce n’était pas sans intérêt, les générateurs à pistons libres pourraient brûler non plus du gas-oil mais du fuel lourd dont la combustion dans un Diesel entraîne toujours des pressions trop élevées. Ces prévisions techniques furent par la suite confirmées en tous points.
Bien des portes s’étaient ouvertes au marquis de PESCARA. Aux flatteuses introductions qu’il trouvait dans le monde politique, s’ajoutaient de sérieuses références.
A Paris, le Directeur Central des Constructions Navales et le Chef de son Service Technique furent invités à recevoir Monsieur de PESCARA. Ses conceptions possédaient à vrai dire une crédibilité qui manquait bien souvent aux « inventions » diverses auxquelles la Marine était souvent sollicitée de s’intéresser. Mais la compétence de l’Etablissement d’Indret, à priori le plus désigné pour juger d’une technique de l’espèce, se trouvait alors tournée vers les appareils de propulsion à vapeur plus que vers les moteurs à combustion interne. Pour ceux-ci, la Marine s’appuyait sur des firmes au renom international, entres SULZER. Or ces firmes connaissaient déjà le marquis de PESCARA, sans envisager davantage…
Dans ces conditions, le Directeur Central des Constructions Navales s’ouvrit du problème à son contemporain du Génie Maritime, Ernest MERCIER. Entre celui-ci et l’inventeur, le contact dut décisif.
En 1938-1939, Ernest MERCIER, de concert avec l’Alsthom, crée une « Société d’Etudes et de Participations » qui achète les brevets PESCARA pour le monde entier, sauf la zone britannique. Un bureau d’études, baptisé « Société d’Etudes Mécaniques et Energétiques » (SEME) est installé à Paris et Daniel COSTE en est le Directeur Général. Avec une excellente équipe d’ingénieurs issus du Polytechnikum de Zurich, les premiers plans du matériel sont établis.
Notre défaite oblige, en juin 1940, à prendre des dispositions nouvelles. Les techniciens suisses repartent pour leurs pays. Daniel COSTE transporte le bureau d’études à Lyon, chez la SIGMA, qui commence alors à fabriquer et monte des bancs d’essais.
Entre 1950 et 1974, quelque 1 200 compresseurs d’air sont ainsi vendus sur le marché des travaux publics.
Quant aux générateurs à pistons libres, des licences sont cédées, notamment à PENHOET, à DEMAG, à GENERAL MOTORS, à NIPPON KOKAN, à AMSTERDAMISCH DROOG DOCK, plus de 600 générateurs au total sont livrés tant par SIGMA que par ses licenciés pour alimenter des turbines à gaz destinées à la production d’électricité ou à la propulsion des navires.
Daniel COSTE, devenu entre temps Président de SIGMA, se multiplie passionnément pour ce matériel.
Des années passent, au terme desquelles il faut bien constater que le succès commercial n’est pas à la hauteur de la réussite technique… Les moteurs Diesel classiques sont parvenus à tourner correctement avec du fuel lourd ; et surtout, grâce aux progrès de la métallurgie, les turbines à gaz du type utilisé maintenant couramment en aviation et d’une construction très ramassée, ont vu leur rendement sensiblement amélioré et trouvent des applications sans cesse plus nombreuses dans l’industrie, la Marine et les services publics.
L’aventure est finie.
Mais elle aura apporté à l’industrie française des milliers de jours de travail et les stimulants de la recherche technique. Elle aura procuré des exportations au pays.
Les pionniers de l’aventure méritent d’être remerciés.
Les allers et venues de cette carrière n’avaient jamais altéré l’attachement que Daniel COSTE portait à son Corps d’origine.
Après avoir fait partie du Conseil d’Administration de la Société Amicale du Génie Maritime (SAGM) Daniel COSTE est, en 1962, choisi pour présider cette Association, succédant ainsi à Georges BOURGES. Cette charge lui est confiée à un moment très contrasté dans l’histoire du Génie Maritime.
Le Corps du Génie Maritime allait en effet, en mai 1965, célébrer son bicentenaire. Le Ministre des Armées, Monsieur MESSMER, en préside le banquet, et répondant aux allocutions du Directeur Central des Constructions Navales et du Président de la SAGM, il exalte les services rendus au pays par le Génie Maritime…
Or, dans le même temps, le Gouvernement croit nécessaire de mettre fin au Corps du Génie Maritime, en le fusionnant avec les autres Corps d’Ingénieurs militaires dans un Corps nouveau, le Corps des Ingénieurs de l’Armement. Parallèlement, les Ecoles d’Application placées à la base de ces corps sont, elles aussi fusionnées dans une nouvelle « Ecole Nationale Supérieure » de Techniques Avancées » (ENSTA) qui ouvre ses portes en 1969.
Daniel COSTE est de ceux, nombreux, qui doutent de la nécessité de mesures aussi radicales.
Pour assurer la bonne marche de quelques nouvelles Directions fonctionnelles communes au trois Armées, ne suffisait-il pas de puiser des ingénieurs dans les Corps spécifiques du moment ? Ainsi aurait-on conservé le renom attaché à ces Corps - renom propre à susciter des vocations dans la jeunesse, et à intéresser le tissu administratif et industriel du Pays…
Daniel COSTE est, en tout cas, tenu de conduire l’adaptation de la SAGM à ces circonstances.
Bien sûr la création du Corps des Ingénieurs de l’Armement mène à celle d’une Amicale ouverte à tous les Ingénieurs militaires de toutes spécificités.
Bien sûr, les élèves de la nouvelle ENSTA, civils pour la plupart, ont besoin d’une association d’anciens, ouverte à toutes les options techniques.
Eté 1974 – Puy saint Vincent
Suite à nos séjours d’été au Freyssinet (supra 1971), nous avons en 1973 continué à louer une résidence dans cette région sèche et ensoleillée dont le climat convenait particulièrement bien à Geneviève. Et nous avons abouti à Puy Saint-Vincent. Par quel biais? Je ne m’en souviens plus.
Un jour d’août 1973 nous sommes à pied d’œuvre. Le séjour commence mal, Geneviève trouvant la maison louée d’une saleté repoussante, elle la quitte aussitôt et s’installe dans un petit appartement de Puy Saint-Vincent «1300».
Bon séjour.
Idem en été 1974. Et cette année-là nous décidons de nous y fixer.
Nous cherchons un chalet disponible. L’offre est limitée et ce que l’on nous propose ne nous convient pas.
Nous achetons alors un terrain, à mi-pente bien situé au-dessus de Puy Saint-Vincent «1300». Les règlements locaux nous obligent à acheter 4 000 m2, ce que nous faisons.
Je propose à Geneviève un plan pour ce chalet, la pièce de base devant être une grande salle de séjour au premier étage. Recherche d’un architecte, d’entrepreneurs, liaison avec l’EDF, la mairie, les PTT. Démarches courantes. RAS.
Les travaux commencent en octobre 1974. Ils sont interrompus le 15 décembre. Ils reprennent en mars-avril 1975. Tout est terminé pour Noël 1975.
Le pays à l’usage est charmant et tous s’y plaisent.
Beaucoup de travaux d’aménagements extérieurs à la Toussaint 1976-1977 avec Olivier. Nous plantons des mélèzes et des sapins. Et planter des arbres à 1 500 mètres d’altitude n’est pas vraiment une sinécure. Il y a maintenant trop d’arbres.
C’est l’affaire de mes enfants.
1975 – Bal à Versailles
Les traditions bourgeoises ne disparaissent pas. Geneviève et sa sœur Antoinette décident de donner un bal pour leurs filles. Il a lieu à Versailles au Cercle militaire, rue de l’Indépendance américaine, grâce à mon beau-frère Hervé de Luze qui d’ailleurs ne sera pas présent au bal.
Voici Elisabeth, Mathilde et Delphine. Chose extraordinaire et triste, aucune photo de Caroline, fille d’Antoinette.
Bonne photo des deux sœurs. Je suis là aussi.
1977 – Elisabeth à Polytechnique
En juillet 1977 Elisabeth est reçue à Polytechnique. Elle est contente. Les parents aussi. Dire le contraire serait idiot.
Je rappelle pour mémoire qu’en 1974 Elisabeth en terminale à Saint-Cloud a passé son baccalauréat avec mention «Très bien» et une moyenne de 17,6. Nous demandons aux Julia qui avaient eu l’amabilité de la recevoir en hypotaupe pour Louis le Grand de l’accueillir à nouveau en taupe dont elle suit encore les cours à Louis le Grand.
Pour sa deuxième taupe, Bobby et Catherine nous ont proposé de recevoir Elisabeth dans une chambre indépendante, rue Las Cases. Solution parfaite. Elisabeth était bien installée. La présence de Catherine et des cousins, réconfortante. La chambre était spacieuse et la proximité de Louis le Grand, du sur mesure.
Le jour de la publication des résultats, Geneviève était partie en voiture pour Palaiseau où se trouvait déjà Elisabeth. Un collègue m’a laissé à l’entrée de l’école et je marchais vers l’école quand je vois Geneviève en voiture arriver à ma rencontre. Elle me dit le nombre de points d’Elisabeth et conclut: «Elle est reçue».
Nous sommes retournés dans les bâtiments de l’école et avons assisté aux nombreuses discussions, dialogues, cris de joie, manifestations de regrets de beaucoup de jeunes reçus et non reçus. Dans l’ensemble l’atmosphère était joyeuse. Nous avons écouté sans beaucoup intervenir, nous réjouissant du succès de notre fille.
Vers dix neuf heures nous avons quitté l’école en voiture avec l’intention d’aller dîner chez ma mère, ce que nous avons fait. Dans l’auto il y a eu tout d’un coup un silence, un silence qui a duré. Je l’ai délibérément rompu en interrogeant Elisabeth: «A quoi penses-tu? A ton succès?» «Oui, me répond t-elle je réalise que je suis reçue à l’X». Je crois que c’est la seule fois que ce sentiment lui a traversé l’esprit.
1977 - Elisabeth au service militaire
Après les deux ans ou trois ans d’école, Elisabeth a été engagée comme chercheuse dans un laboratoire de la société Elf où elle a fait des recherches conclues par une thèse de bio-génétique. Je n’ai bien entendu pas compris un seul mot de ce texte que j’ai lu d’un bout à l’autre.
Cette thèse terminée, Elisabeth n’a pas souhaité être salariée. Elle avait bien raison.
Geneviève et Henri
Je ne suis pas certain de la date et ne devine pas l’endroit où est prise cette photo, peut-être à Esnon. Le résultat est excellent.
Henri et Geneviève s’estimaient beaucoup et s’entendaient très bien. Aussi passionnés l’un que l’autre, ils passaient des heures à discuter. Cette photo les résume très bien.
Henri est venu plusieurs fois à Puy Saint-Vincent. Il était resté excellent marcheur et ne faisait aucun chi-chi pour pique-niquer et arpenter les sentiers de montagne. J’ai bien profité de ses discours dont beaucoup tournaient autour de Chateaubriand. Un jour de septembre 2000 il a accepté de me raconter sa vie. Elle figure pages suivantes. Voir aussi AG 1954.
1978 – Ecosse
Nous sommes pendant quelques jours d’août 1978 en voyage avec Bobby, Catherine, Bertrand et Olivier en Ecosse.
Atterrissage à Edimbourg, location de voiture et montée dans le nord de l’Ecosse. Aucun problème. N’étant ni les uns et les autres intéressés par la pêche au roi saumon, pêche pourtant présente dans tous les villages traversés avec trophées, records, photographies et je ne sais quoi encore, nous n’avons jamais taquiné ce bestiau. La question n’a été même pas posée. Je m’en veux un peu de n’avoir pas davantage connu le roi saumon.
Même chose pour l’autre gloire de ce pays plein de saveurs et de charme: le whisky. Le nom de ce produit, très fade à mes yeux, n’a même pas été prononcé. Nous sommes toutefois stupides de ne pas avoir étudié la possibilité de visiter une distillerie.
Nous étions six. Nous voici tous les six sous nos capuchons. Il vente, il pleut, il fait froid et nous affrontons ces éléments avec stoïcisme. Cette photo me rappelle un livre lu à Clausonne au sujet d’une famille anglaise au bord de la mer avant 1914, époque encore victorienne. Notre allure me rappelle les illustrations de ce très amusant ouvrage.
Olivier a été très content pendant tout le séjour. Le voici entre ses parents sur une espèce de petit ferry-boat allant de je ne sais où à je ne sais où: j’ai oublié. Nous avons eu de la pluie. Nous avons eu aussi du soleil. Très beau voyage.
1978 – Olivier à mobylette
C’est vers cette année-là mais à un an près, je ne suis pas très sûr de moi, que se déroule cette anecdote. Le samedi après déjeuner pour faire faire un peu d’exercice à Olivier, nous allions dans le parc de Saint-Cloud jouer au football c’est à dire taper violemment sur un ballon l’un contre l’autre. Nous allions au parc à mobylette.
A cet endroit du parc, où était possible ce genre de jeu, nous n’étions pas seuls. Il y avait bien d’autres gamins qui faisaient la même chose que nous.
Après une heure et demie de frappe de balle, Olivier était en nage, je pense rassasié et nous rentrions. Mais avant de rentrer je laissais Olivier conduire la mobylette. Sa tête disparaissait sous mon casque. Je faisais démarrer le moteur, il s’installait et avec le plus grand sérieux faisait quelques tours de mobylette. Le plus amusant était le regard de tous les autres enfants vers Olivier. Ils avaient tous plus ou moins l’âge d’Olivier et auraient tous voulu en faire autant. La somme de paires d’yeux qui suivaient les tours et détours de mon fils étaient à la fois admirative, un peu jalouse et… vivement qu’on grandisse.
Olivier me remet en mémoire la suite: un garde du parc passe devant nous, s’arrête, regarde la scène et me dit: «Qu’est-ce que le père dirait?». Je lui réponds: «C’est moi le père».
Et il a continué sa ronde.
Je reprenais le guidon et, avec Olivier sur mon porte-bagages, nous rentrions à la maison.
Je racontais ce genre d’anecdote à Geneviève qui me disait: «Tu te rends compte de ce que tu apprends à tes enfants!».
Avril 1977 et avril 1978 – Ski de haute montagne
C’est ma belle-sœur Catherine, l’organisatrice de ces formidables séjours en haute montagne où l’on ne se déplaçait bien entendu que sur des skis. Catherine était la première. Suivaient mes deux filles Elisabeth et Delphine excellentes skieuses. Et la deuxième année, a participé à ces randonnées, Nicolas, frère de Catherine.
Le guide était le fameux Alain Barnier que Catherine appréciait beaucoup et que nous retrouverons en 1982 Geneviève et moi. Voir MF 1982.
Sur la photo du haut, entre mes deux filles, le porteur particulièrement compétent.
16 juin 1980 – Mariage d’Elisabeth et de Bertrand Meunier
Mariage d’Elisabeth et de Bertrand (X 1977 comme Elisabeth) dans une propriété située à Marnes-la-Coquette. Temps superbe. Service impeccable. Le seul petit bémol a été le retard de l’arrivée de l’organiste au temple de l’Oratoire, décalant la cérémonie de presque une demi-heure. Nombreuses photos dans AG 1981.
Mariage (suite) - Geneviève
Pour ce mariage, Geneviève s’était fait faire une robe en taffetas bleu éblouissante.
1980 – Réunions familiales – rue de la Faisanderie
Avoir réuni très souvent chez eux de nombreux éléments de notre famille au sens large est un des traits caractéristiques de mes parents. Ces réunions étaient gaies. Ma mère était toujours enchantée. Mon père suivait plus qu’il ne prenait d’initiatives mais participait avec plaisir. Tous ceux qui ont connu ces réunions en parlent encore en 2005 avec émotion, le souvenir qu’ils en ont tous gardé étant très bon, comme le démontre page suivante le texte de ma cousine Anne Seydoux d’Albis.
Pour le présent et le futur, mes enfants ont pris le relais. Voir AG mai 2004 et juin 2005.
Voici une photo d’un petit groupe au cours d’une réunion de 1980 :
Debout : Bobby, Guy et Hubert.
Assis : Bertrand, fils aîné de Bobby,
Jacqueline Pagezy, voir AG 2000, fille d’André Silhol, familière de ces réunions, elle est décédée à cent ans ou presque. Sa voix était grave, son sourire permanent, son humour toujours présent et discuter avec elle ne manquait pas de charme.
Ma mère.
Sur ses genoux, Bruno, fils aîné de Thierry, aujourd’hui marié, père de famille et installé en Angleterre.
A l’extrême droite, Vincent, le deuxième fils de Thierry.
Anne Seydoux d'Albis m’avait promis il y a quelques mois un texte sur ma mère et ses réunions familiales. Elle m’avait bien précisé : «Tu auras ce texte après ma retraite».
Anne a pris sa retraite récemment. Elle a d’abord marié son fils, Marc-Antoine. Voir AG 2005. Elle a ensuite rédigé le charmant texte ci-dessous. Anne, merci infiniment.
A Clausonne : les 24 septembre 1950, 1951, 1952, …
Branle-bas de combat à Clausonne. Aujourd’hui c’est l’anniversaire de Tante Georgette. Tante Georgette a 28 ans. Tous les ans, Tante Georgette a 28 ans.
Pour nous, pour les enfants, pour ses neveux et nièces, Tante Georgette ne change pas. Je l’ai toujours connue, grande, un peu dégingandée, plutôt une allure sportive avec ses souliers plats et sa façon de balancer son sac.
Tante Georgette «reçoit» dans sa chambre du 1er étage. En fait, elle est dans son lit et si nous n’assistons pas à son «lever», nous nous asseyons autour d’elle pour lui fêter son anniversaire. Tante Georgette déguste son œuf à la coque – elle est la seule à avoir le privilège d’avoir son petit déjeuner dans son lit – et la journée commence, comme elle finira par des fous rires, des fous rires inextinguibles et qui font du bien.
Ces fous rires, nous les avons aussi à table, au déjeuner et au dîner. Nous rencontrons alors le regard courroucé de mon père ; mon père ne veut pas faire de peine aux «3 dames» et l’idée que le fou rire peut leur être désagréable le rend très malheureux, si malheureux qu’il finira par ne plus venir en même temps que nous à Clausonne en septembre.
Tante Georgette est sous le chêne, ou sous l’alisier, ou sous le chêne, selon le vent – bien que le mistral ne souffle jamais – selon les moustiques – bien qu’il n’y ait jamais de moustique à Clausonne. Elle papote avec ses belles-sœurs, puis prend son courage à deux mains et va faire «visite» à sa grand-mère, à sa mère, à sa tante…
C’est alors qu’elle nous surprend en train de fouiner dans le fruitier et que, tout en nous grondant sévèrement, elle se délecte de nos larcins.
Clausonne, c’était Tante Georgette. Elle était là quand nous arrivions et encore là quand nous repartions trois semaines plus tard. Clausonne sans Tante Georgette, ce n’est plus Clausonne.
A Paris, tout le reste de l’année
Tout le reste de l’année, la rue de la Faisanderie nous accueillait. Monopoly, puis bridge avec Ysabel et Thierry ; Thierry était le chouchou et Ysabel en pâtissait. Ces jours-là, je détestais Tante Georgette,… d’autant que si Tante Georgette était chaleureuse, elle pouvait aussi vous peiner par des «piques», comme on disait chez nous.
Maman et elle tous les matins se téléphonaient pendant une heure, se racontaient leur vie par le menu, puis se quittaient furieuses l’une contre l’autre des piques qu’elles s’étaient lancées mutuellement, à propos de leurs enfants le plus souvent. Le lendemain, elles se rappelaient comme si de rien n’était.
Plus tard, bien plus tard, après la mort de Maman, Tante Georgette a poursuivi avec la génération suivante son hospitalité si chaleureuse. Le samedi après-midi, elle accueillait mes fils avec ceux de Thierry pour des parties de cartes, de jeux divers, un excellent dîner. Avec son cœur d’or, elle a ainsi voulu un peu remplacer une grand-mère partie trop tôt.
La dernière fois que j’ai vu Tante Georgette, c’est sur son lit, quelques jours avant sa mort. Je lui avais apporté un essuie-mains sur lequel était dessiné une carte d’Afrique du Sud. Elle le serrait devant elle pendant que je lui racontais ce pays et me regardait tendrement.
J’ai compris alors que je la voyais pour la dernière fois.
Tante Georgette – c’est ainsi que tout le monde l’appelait, même ceux qui n’étaient pas de sa famille proche – était une personnalité. Courageuse, exigeante pour elle-même et pour les autres, toujours gaie et accueillante, elle a donné l’exemple.
Je me souviens d’elle avec émotion et tendresse.
Août 1981 – Geneviève et la montagne
Depuis notre installation à Puy Saint-Vincent en décembre 1975, date à laquelle le chalet s’est trouvé prêt – les travaux avaient commencé en octobre 1974 – nous n’avons pas cessé de marcher et d’arpenter la montagne. Voir AG 1975.
C’est bien entendu Geneviève «qui poussait à la roue» ce qui ne l’empêchait pas de me dire au début de chaque été: «Tu ne vas pas comme l’année dernière nous faire marcher tous les jours, c’est crevant». Ce n’est jamais moi, je le jure, qui étais demandeur. Nous marchions tous et toutes, c’est vrai, beaucoup. Et au fond parce que nous aimions bien cela.
Le problème était de donner le goût de la marche aux jeunes générations. La part de Geneviève est grande. Et les nouveaux parents, c’est à dire mes enfants, emmènent maintenant leurs enfants dans des courses avec nuit en refuge. Bons efforts, bons souvenirs.
Voici Geneviève au sommet de la Grave. Elle fait ce jour là partie d’une cordée conduite par Etienne de Maleprade, excellent montagnard.
Septembre 1981 – François Seydoux de Clausonne
Je m’éloigne momentanément de Geneviève, de mes enfants et fais une courte pause sur quelques oncles qui ont tenu dans nos vies un grand rôle. François Seydoux était l’un d’entre eux.
Son humour, sa gaîté, son goût des mots, sa moquerie cachaient un peu l’homme grave et consciencieux qu’il était réellement. Je l’ai déjà dit dans un récit ancien, il était d’abord un gros travailleur. Comme il était particulièrement lié avec ma mère, nous suivions avec grande attention les péripéties de la vie du ménage et de leurs cinq enfants et nous avions de bonnes raisons d’applaudir. Ce n’est qu’à sa retraite qu’il s’est mis à écrire ses souvenirs, un peu d’histoire, sa vie professionnelle. Ses livres sont excellents.
La photographie ci-dessous, où oncle François apparaît très fatigué, est prise sur le balcon de son appartement rue Saint Didier à Paris quelques mois avant sa mort le 31 août 1981.
J’ai retrouvé dans mes papiers un texte que le pasteur Georges Casalis qui avait croisé mon oncle quelques années auparavant à Berlin a rédigé sur lui un peu avant sa mort.
Voici ce texte :
A la famille et aux amis de François SEYDOUX de CLAUSONNE
La grandeur d’un homme ne se manifeste pas seulement dans son action publique, dans sa façon d’assumer ses tâches quotidiennes, de vivre ses amitiés, ses affections, ses amours, mais aussi et peut être surtout en face de sa propre mort.
Ayant bien connu et aimé François depuis que nous nous étions rencontrés à Berlin, en 1946, j’ai eu l’occasion de partager bien des choses avec lui, notamment à la mort d’un de nos enfants, de vivre certaines joies familiales, mais aussi de passer par des moments de désaccord, des périodes de silence également pendant lesquelles chacun des deux a attendu l’autre, sans jamais céder à l’indifférence.
Nous nous sommes retrouvés ces deux dernières années à Carnac où je devais suivre un traitement de thalassothérapie et, comme j’étais aussi chargé d’y présider les cultes protestants du mois d’août 1979, c’est au début d’un de ceux-ci que nous nous sommes trouvés l’un face de l’autre, après des années, comme si nous nous étions quittés la veille. Je crois pouvoir dire que nous avons eu un immense plaisir réciproque à nous revoir, à bavarder comme autrefois, à passer du plaisant au grave, de l’intime à l’universel durant de longs moments. Ce furent deux étés d’amitié heureuse malgré les inquiétudes qui lui causait la santé des autres plus que la sienne propre.
Au cours de ce printemps, l’une de vous m’a appelé, me disant son état désespéré. 1981, de la première visite que je lui ai rendue, je l’ai trouvé d’abord, comme toujours, débordant d’affection et en même temps, comme souvent, un peu ironique pour masquer la profondeur de ses sentiments, demandant, avec sa mémoire, sa précision et sa chaleur proverbiales, des nouvelles de chacun et de tout. Il n’était pas encore alité; soudain il alla à la porte et la ferma, grave :
« Nous n’allons pas, vous et moi, jouer à cache-cache, n’est-ce pas? Je sais où j’en suis, un cancer des os; ça ne pardonne pas et maintenant que j’ai parcouru un long itinéraire, il me reste encore une chose à vivre, ma mort et je pense que c’est un acte suffisamment important pour que je m’y prépare, pour que j’y entre debout, en la regardant en face. Je voudrais en parler avec vous, parce que c’est curieux comme, autour de moi, on évite ce sujet, on en change vite lorsque je l’aborde. Est-ce qu’on en aurait peur à ce point. Je voudrais pouvoir m’en aller dans la vérité sans croiser des regards fuyants. Dites-moi que vous comprenez cela…». Je suis resté silencieux à côté de lui, un moment, tant j’étais ému par la simplicité, la grandeur de chacun de ces gestes, de toute son attitude. Et je comprenais, moi qui ai accompagné tant d’hommes et de femmes jusqu’à ce seuil que l’on franchit toujours seul en définitive, moi qui l’ai approché de très près à quelques reprises, que tout change dans les rapports entre les êtres, chaque fois que l’un deux, non plus seulement en face de la connaissance générale, et comme encore abstraite du fait que nous mourrons tous un jour, mais confronté à l’imminence certaine de sa propre mort, l’assume courageusement, un peu, si je puis dire, «comme la chèvre de M. Seguin», pour livrer un ultime combat qu’il ne peut que perdre à court terme. Petit à petit le dialogue s’est noué au cœur des questions dernières, celles qui donnent à la vie son sens et sa pesanteur vrais. Et voyez-vous, l’Evangile se tressait tout naturellement dans la trame de nos échanges: ce n’était plus l’insignifiance de tant de propos religieux, mais le pain de vie dont nous avions besoin, lui pour partir, nous pour le savoir et l’accepter partant. Il tendait la main, non pour une consolation pieuse mais parce qu’il voulait la force, l’espérance et la paix que, seule, donne la vérité en face de soi, en face des autres, en face de Dieu. Et là, pas de doute, c’était lui qui me montrait le chemin, avec une telle droiture, une rigueur si entière, que je ne pouvais que l’accompagner, le suivre comme l’on marche sur les traces d’un guide en haute montagne. Il m’a fait ainsi beaucoup progresser vers la vraie mesure de toute chose.
Vers la fin de ce partage qui a bien duré une heure, il m’a dit: «pour vous, tout ça est clair, vous avez la foi». Et je n’ai pu que répondre, ce que je m’efforce à dire toujours, qu’on n’a pas la foi, mais qu’aujourd’hui, demain, on peut faire un acte de confiance, croire que le Christ est vivant et nous communique sa vie et qu’elle est dans la mort même, plus forte que la mort. Et j’ai cité Pascal: «Tu ne me chercherais pas si tu m’avais trouvé» et, en allant au-delà: si moi, Jésus qui te parle, je ne t’avais trouvé.
Nous n’avons pas expressément prié, mais qu’avions nous fait d’autre durant cette matinée?
Au sortir, il m’a accompagné ; Béatrice, vous nous attendiez ; j’ai seulement dit : nous avons parlé ensemble dans une transparence entière. Vous avez souri, très émue et je sais que j’ai mis les mains sur vos épaules à tous deux et qu’à la façon de cette parole de la liturgie du mariage : «Vous promettez… jusqu’à ce que la mort vous sépare». Et même au-delà, n’est-ce pas… Mais comment accepter, au bout de tant d’années entièrement partagées, que l’un des deux parte le premier et laisse seul l’autre ?...
Je suis rentré chez moi, un peu comme ces femmes du matin de Pâques qui, soudain, ont été submergées par l’évidence de la résurrection.
Et j’ai tâché de dire aux uns et aux autres que, désormais, c’était là qu’on le rencontrerait, qu’on ne pouvait le rencontrer que là, vivant face à sa mort, avant et après elle.
Je suis revenu quelquefois jusqu’à mon départ pour un voyage de dix semaines, inexorablement fixé au 25 juin. J’espérais et craignais le retrouver au retour. C’est à Rio de Janeiro que la nouvelle de sa mort m’a rejoint. Les deux dernières visites, nous n’avons pas reparlé de «cela». Pourquoi d’ailleurs, tout n’avait-il pas été dit entre nous ? Il y avait chez lui parfois comme des points de suspension au bout d’une phrase, un clin d’œil de temps en temps, un sourire qui en disait long, lorsqu’il était question de l’été, du futur. Je me souviens qu’après le 10 mai, ou était-ce après le 21 juin, il m’a dit avec un peu de malice: «vous devez être très content». Et c’était l’aveu que nous étions désormais, l’un et l’autre, au-delà de nos désaccords et de nos options opposées; c’était, sur ce plan là aussi, une rencontre inespérée et, du coup, nous avons eu un long entretien politique, où il souriait à m’écouter…
Il ne faudrait surtout pas penser que je glorifie un homme dont je crois avoir connu le dévouement et les limites, le courage et les faiblesses. Mais, d’un coup, il avait pris une autre stature; il était passé déjà de notre condition mortelle à la vie éternelle. C’est ainsi que j’ai perdu et enfin trouvé mon vieil ami François.
Et vous comprendrez que j’ai voulu le dire, pour que, dans toute votre peine, vous soyez heureux.
Georges CASALIS – 9 septembre 1981
La biographie ci-dessous est extraite de l’Annuaire 2005 «Qui était qui?» du Who’s Who.
SEYDOUX FORNIER de CLAUSONNE François, Auguste, Louis
AMBASSADEUR DE FRANCE, CONSEILLER D’ETAT
(Né SEYDOUX, autorisé par décret du 5 août 1934 à relever le nom en voie d’extinction de sa mère et à s’appeler légalement SEYDOUX FORNIER de CLAUSONNE)
Né à Berlin (Allemagne), le 15 février 1905
Décédé à Paris, 16e, le 30 août 1981
Fils de Jacques SEYDOUX (1870/1929), diplomate, et de Mme, née Mathilde FORNIER de CLAUSONNE, frère de René et de Roger SEYDOUX FORNIER de CLAUSONNE (voir à ces noms).
Marié le 21 juin 1930, à Béatrice THURNEYSSEN (1907/1984)
Enfants: Liliane (Mme Pierre PEUGEOT), Laurence (Mme Daniel FRIES), Jacques, Anne (Mme Tristan d’ALBIS), Yolande (Mme Louis RONCIN)
Etudes: lycée Carnot et université de Paris
Diplômes: ancien élève de l’Ecole libre des sciences politiques, licencié és lettres et licencié en droit des facultés de Paris.
Carrière: admis au concours d’entrée dans les carrières diplomatique et consulaire en mai 1928, il est attaché d’ambassade dans les services français de la Société des Nations à Genève. 1933: deuxième secrétaire à Berlin. 1936 : affecté à la direction Europe au ministère des Affaires étrangères. En février 1941, il est appelé à Vichy comme chef adjoint du cabinet de l’amiral Darlan, vice-président du Conseil et ministre des Affaires étrangères; il est nommé quelques mois plus tard premier secrétaire à Budapest, mais démissionne dès 1942. En 1943, il est membre du bureau d’études clandestin des affaires étrangères. Octobre 1944 : deuxième puis premier conseiller à Bruxelles. Juillet 1946 : secrétaire général de la délégation française à la Conférence de Paris. 1949 : directeur des affaires d’Europe à la direction des affaires politiques au ministère. En 1955, il est nommé au haut-commissaire de la République française, chef de la mission diplomatique en Autriche puis en 1958, il succède à Maurice Couve de Murville en tant qu’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire à Bonn. Septembre 1962; représentant permanent de la France au Conseil de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) avec rang d’ambassadeur. De février 1965 à mai 1970, il est à nouveau ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire à Bonn, il succède à Roland de Margerie ; il a été élevé entre-temps, en octobre 1965, à la dignité d’ambassadeur de France. Le 20 mai 1970, quittant la carrière diplomatique, il est nommé conseiller d’Etat (au tour extérieur). Administrateur de l’Agence Havas, représentant l’Etat de 1969 à 1976, il est responsable de la chronique de politique étrangère à la Revue des Deux Mondes en août 1970 (François Puaux lui succédera en 1981), président de la Maison de l’Europe de 1971 à 1979, membre du conseil supérieur de l’Agence France-Presse de 1971 à 1976, membre du comité des programmes de l’ORTF de 1972 à 1974, administrateur de la Fondation pour les études de défense nationale de 1972 à 1976, vice-président de l’Union des Français de l’étranger de 1974 à 1979, membre de la commission des archives diplomatiques à partir de 1975. Le 15 février 1976, il est admis à la retraite du Conseil d’Etat. Membre fondateur en janvier 1977 du Comité pour l’indépendance et l’unité de la France, il se présente sans succès en mars 1977 aux élections municipales à Paris. Président à partir de 1979 de l’Union des Français de l’étranger et président du comité pour le français, langue de l’Europe, il est nommé membre de la commission pour la publication des documents relatifs aux origines de la guerre de 39-45, peu avant son décès survenu après une longue maladie, en août 1981, à l’âge de soixante-seize ans.
Œuvres : Mémoires d’Outre-Rhin (1975) ; Dans l’intimité franco-allemande (1977) ; le Métier de diplomate (France-Empire, 1980).
Décoration : Grand Officier de la Légion d’honneur.
Distinction : Prix Charlemagne décerné par la ville d’Aix-la-Chapelle en 1970.
Voir également l’article de son petit-fils Charles Fries dans AFS.
Chateaubriand
Au début de 1982 je lisais un petit livre sur Chateaubriand et sa vie amoureuse: le titre en est «Mon dernier rêve sera pour vous».
A la page 206, l’auteur Monsieur Jean d’Ormesson insère un court paragraphe sur les Mémoires d’outre-tombe et explique, très bien, pourquoi cette œuvre est un chef d’œuvre.
Depuis quelques mois déjà, mon beau-frère Henri me parlait de cet ouvrage mais sans y mettre passion et conviction de sorte que cela n’avait rien déclenché chez moi, ce qui est d’ailleurs pitoyable.
J’achète les Mémoires d’outre-tombe. La chance a voulu que je tombe sur l’édition du centenaire préfacée par Maurice Levaillant, remarquable homme de lettres dont je connaissais l’existence bien que ne l’ayant jamais eu comme professeur, par mon cousin Henri Chazel.
Et j’ai commencé la lecture de ces Mémoires par le deuxième volume sur Napoléon. Je dois confesser que j’ai non pas lu mais dévoré les Mémoires avec avidité et passion. Pendant trois ans c’est le seul livre que j’ai lu. Je m’en suis véritablement nourri.
J’adresse ici un très vif remerciement à Monsieur Jean d’Ormesson.
Je suis sorti un peu de la famille. Mais au fond pas tellement.
Et cela en valait vraiment la peine.
Août 1982 – Alain Barnier, Geneviève et moi
Geneviève était une excellente marcheuse, je l’ai dit, et une excellente grimpeuse à condition de ne rien porter. Je portais. Et la voici à la Combe noire une des parois du Mont blanc avec son mari et Alain Barnier, guide très estimé de Catherine. Voir 1978.
Belle marche du sommet du téléphérique jusqu’au refuge et retour. Cinq à six heures de marche. Montée avec piolet, corde.
C’est avec ce même guide, très bon guide, qu’à deux reprises, dans les années précédentes Delphine et Elisabeth ont été emmenées par Catherine, ma belle-sœur faire du ski de haute montagne. Voir 1978.
Eté 1982 - Delphine et Patrick
Delphine est reçue à Centrale et Patrick à Polytechnique.
Qui songe à se plaindre?
A la fin de la journée où Patrick a su son succès, ses parents sont montés à Saint-Cloud, où se trouvaient déjà Patrick et Delphine et tous les six nous avons bu une coupe de champagne.
Aucune photo malheureusement de cette époque et de ce moment précis.
Patrick a fait la deuxième partie de son service militaire à Neustadt en Allemagne. Delphine l’avait rejoint. Geneviève et moi sommes allés leur rendre visite.
12 Décembre 1982 – Mariage d’Emmanuel et Bénédicte Leclerc de Hauteclocque
En l’église de l’Ecole militaire.
Je mets cette deuxième photo: entre ma mère et moi, Geneviève.
Bénédicte et Geneviève s’entendaient très bien.
11 février 1984 – Mariage de Delphine et de Patrick Durand-Smet
Mariage de Delphine et Patrick. Les voici.
On reconnaît: de dos, Aude Grand d’Esnon, de face et souriant Roger Grand d’Esnon, de dos, Jacqueline Grand d’Esnon, de face et riant bien, Emmanuel.
Voici également Geneviève:
Patrick et Delphine s’étaient croisés au lycée Pasteur à Neuilly en première. La famille Durand-Smet nous était familière depuis deux générations, ma mère et ma grand-mère Seydoux ayant très bien connu leurs homologues Durand-Smet.
Le jeune ménage s’est installé dans un petit appartement à Garches. Puis rue des Gaillons à Saint-Cloud. Puis il s’est envolé pour Philadelphie et Wharton.
Nombreuses photos dans AG 1986
Roger Seydoux (1908-1958)
Oncle Roger marié tard, en 1943 seulement, a été pour nous un peu un oncle gâteau et a plus que les autres, oncles et tantes, participé à nos vies d’enfant.. Il y a dans mes albums beaucoup d’autres documents sur sa vie, articles de journaux essentiellement. Voir AG 1985.
Voici le texte que j’ai rédigé pour l’Association Seydoux :
«Enfance heureuse dans une famille très unie. Son père Jacques Seydoux (voir ce nom) avait un rôle très important dans la diplomatie française et, écrit son fils dans des pages biographiques : « à chaque repas il racontait sa journée de travail à sa femme et à ses enfants qui l'écoutaient fascinés ». La mort de ce « père exceptionnel est une dure épreuve » pour Roger. Il a vingt ans. Il se sent « solitaire et responsable ».
Il m'a dit un jour : « Je suis né dans une famille protestante et ai été élevé dans le respect du service public. Cette appartenance et cette éducation ont été déterminantes dans ma vie. »
Protestant sans doute : ce mot assez peu présent dans son discours l'a beaucoup marqué. Je pense qu'il était satisfait d'appartenir à cette communauté protestante française. Ce lien étroit avec le protestantisme a été souligné par son fils Eric dans le document (1) ci-dessous. Son mariage le 23 mars 1943 avec Jacqueline Doll Mirabaud a été célébré au temple de l'Oratoire. Je me rappelle très bien cette cérémonie sobre et discrète. L'assistance peu nombreuse était très recueillie. Il y eut aussitôt après une réunion familiale dans l'appartement de son épouse rue de Varenne. Enfants et « grandes personnes » comme on disait alors étaient un peu séparés. Oncle Roger est venu s'asseoir et bavarder un moment parmi ses neveux et nièces. Cette sollicitude caractéristique de cet homme m'a, à l'époque, beaucoup frappé et j'ai plaisir à la raconter dans ces lignes.
Le couple aura deux enfants, Eric et Pierre. Les deux premiers enfants de tante Jacqueline, Pauline et Philippe, seront bien suivis par leur beau-père.
Service public : titulaire d'un diplôme d'études supérieures de droit public et d'économie politique, Roger Seydoux part en 1931 - il a vingt trois ans - pour Londres comme attaché financier, c'est son premier poste, d'un des grands spécialistes de l'époque en finances publiques : Jacques Rueff. Son dernier poste : Ambassadeur de France à Moscou, poste qu'il quitte pour prendre sa retraite en janvier 1973 ; il a soixante-cinq ans. Pendant ces quarante deux ans d'activité il aura été très au contact du service public.
La liste des capitales où il a été en poste (2) mérite d'être citée :
1931-1932 : Londres, 1933 : Maroc, 1933-1939 : Paris, 1939-1940 : mobilisé, 1940-1944 : Paris, 1944 : mobilisé, 1945 : Paris, 1946 : Etats-Unis Unesco, 1946 Paris dans le cabinet de Blum, 1947-1950 : Paris Relations Culturelles, 1950-1952 : consul à New York, 1952-1954 : Washington, 1954-1956 : Tunis, 1956-1960 : Paris Affaires Culturelles, 1960-1962 : Ambassadeur au Maroc, 1962-1967 : New York Conseil de Sécurité, 1967-1968 Bruxelles OTAN, 1968-1973 : Ambassadeur à Moscou.
A sa retraite en janvier 1973 et jusqu'en 1975, il est président de la Banque de Madagascar. Et de 1975 à 1983, il préside la Fondation de France. Il nous quitte en 1985 à soixante-dix sept ans.
Tant de postes successifs dans lesquels il était, et cela dès 1939, responsable ne pouvaient être remplis que par un homme capable d'étudier des dossiers, de négocier, de décider, de s'imposer, de porter des jugements valables sur les événements et les hommes. Dans le texte précité, son fils Eric écrit : « il était bien entendu, un travailleur infatigable ».
Dans sa vie, une période a revêtu une particulière gravité : 1939-1945. Le 9 septembre 1939, il est mobilisé. Il a trente et un ans. Il est lieutenant dans l'infanterie. Son régiment pénètre en Allemagne : il est un des rares à l'avoir fait. Il est décoré de la Croix de guerre.
Il est nommé à l'état-major de la 4ème armée. Le 15 mai il rejoint son bataillon aux portes de Paris et le 16 commence la retraite, marchant la nuit, m'a-t-il raconté, se battant et se reposant comme il pouvait le jour, dirigeant ses hommes avec courage. « Le choc de la défaite m'a-t-il dit plus tard, a déterminé ma ligne de conduite pendant les années qui suivront ». En juillet 1944 il revêt à nouveau l'uniforme, rejoint la division Leclerc et fait la campagne d'Alsace.
Entre ces deux périodes, Roger Seydoux continue à diriger l'Ecole libre des Sciences Politiques. Il sut, par sa fermeté, conserver à cette institution, pendant toute la guerre, les programmes, l'esprit et les méthodes de l'Ecole (3)qui, et il en fut l'animateur, eut un rôle important dans la Résistance (4).
Mais outre ses capacités professionnelles hors du commun, qui était encore Roger Seydoux ? Mes premiers souvenirs remontent à l'hiver 1935-1936 pendant lequel nous avons vécu chez sa mère, boulevard de Courcelles, où il vivait aussi et les derniers en 1975 dans une usine chimique du midi de la France. Ce que j'ai ressenti, d'autres, beaucoup d'autres, l'ont ressenti aussi. Le charme, qui n'avait rien de superficiel, le sourire qui accueillait ses interlocuteurs, « sourire de Philinte » comme l'a écrit Monsieur Jean Lacouture un de ses amis de longue date (5). Il nous a montré aussi de nombreuses fois sa générosité, sa capacité à aider ses proches. Et quand, à ses côtés, il nous arrivait de l'entendre « parler boutique » comme il disait, dans un discours aussi grave dans le fond, qu'agréable dans la forme, nous nous estimions très privilégiés.
Au décès de ma tante Jacqueline en 1984 et a celui de mon oncle Roger en 1985, deux cérémonies religieuses ont eu lieu au Val Richer. Tous deux sont inhumés prés de cette belle demeure qu'ils aimaient beaucoup l'un et l'autre.
Roger Seydoux avait été élevé en janvier 1973 à la dignité d'Ambassadeur de France.
Il était Grand Officier de la Légion d'honneur.
Les références (3), (4) et (5) sont extraites des pages biographiques précitées.»
Noël 1986 – Marc-Edouard Meunier
Nous sommes rue de la Faisanderie pour une réunion habituelle de Noël. L’arbre est là pour en témoigner.
Et Marc nous récite avec une autorité stupéfiante une histoire que j’ai un peu oubliée sur l’apparition de la première trompe chez les éléphants, au bord d’un fleuve, à cause d’un crocodile. Sa prestation était excellente.
Il se rappelle cette histoire certainement beaucoup mieux que moi. Le public familial était fasciné.
Marc a été applaudi à tout rompre, ce qui était parfaitement mérité.
Au moment où j’écris ces pages, Marc, fait un stage de banque de six mois à Londres. Il y semble content. J’attends son retour et ses commentaires avec impatience.
1986 – Olivier à Polytechnique
Olivier à Polytechnique, en septembre ou octobre 1986. Il avait été également reçu à Normale.
Il choisit l’ X.
En 1984, donc en terminale, il avait été présenté au Concours général en mathématiques et en physique. Je me le rappelle revenant de l’épreuve de mathématique me disant: «Je n’ai rien compris et je crois que cette épreuve m’embêtait».
Je me le rappelle aussi revenant de l’épreuve de physique me disant: «Curieux problème, j’ai d’abord répondu à la question 1, puis je suis passé à la question 3, puis ….», mon souvenir est incomplet. Bref il n’avait pas été sec.
Quelques semaines plus tard, vers quinze heures, je suis au bureau en train de terminer une conversation avec un fournisseur de carton. Le téléphone sonne. C’est Geneviève. Je lui demande son accord pour la rappeler trois minutes plus tard. Elle me dit : «Non, non, Olivier a le premier prix de physique au Concours général.». Je salue bien bas.
Ma conversation s’arrête dans l’instant. Je prends une voiture et monte immédiatement rue Tahère féliciter mon fils. Il m’a semblé ce jour-là, content de ce qu’il avait obtenu. Elisabeth m’a confirmé au cours d’une conversation en 2005, la joie de toute la famille à l’époque, devant ce succès.
1988 – Geneviève à Vienne
En février 1988, Geneviève et moi passons trois jours à Vienne. Nous nous installons à l’hôtel Schwartzenberg central et confortable.
Nous marchons beaucoup pour visiter la ville à l’intérieur du Ring. Nous allons aussi jusqu’à Schoenbrunn où le seul personnage important cité est Napoléon 1er. Nous marchons le long du Danube, éloigné du centre de la ville. Sans intérêt. La guerre est passée durement dans cette ville. (Le Troisième homme), mais la ville a été très bien reconstruite. Nous avons été tout de même plutôt déçus.
Geneviève est très fatiguée et même épuisée.
Au retour elle s’arrête aux Granges Belles, chez Vuillemin pendant deux jours. Vuillemin accentue sa fatigue, sans le vouloir, en lui faisant faire des promenades à ski de fond.
De retour à Saint-Cloud elle consulte et se fait opérer sur le champ.
Avant l’opération je suis dans sa chambre. Le chirurgien Lassery entre, ne se présente même pas, ne me salue pas et me prie de sortir. Ne voulant pas l’agacer avec mes questions, je m’exécute. Même attitude de ma part dans le couloir quelques instants plus tard. L’opération se passe t–elle bien ou mal? Je n’en ai jamais rien su. Quelques semaines après, j’apprends que l’opération a été effectuée trop tard. Je n’ai jamais eu un mot d’explication de Monsieur Lassery. Sur le plan chirurgical je n’ai aucun avis sur cet homme. Sur le plan humain j’ai trouvé son attitude parfaitement médiocre. C’est la seule fois où un membre du corps médical, et Dieu sait si j’en ai vu, s’est comporté comme un mufle.
Geneviève a dû subir après coup un traitement à base de rayons qui naturellement l’ont beaucoup fatiguée.
1989 – Retraite
Entrée dans l’époque bénie de la retraite. J’aurais dû m’en aller un an plus tôt et peut-être même deux à la demande de Gilles Gros. Il m’a dit un jour cette phrase: «La période est terminée». Je n’ai même pas senti le vent du boulet. Je lui ai répondu très calmement : «Il est hors de question que je sois retraité pendant qu’un de mes enfants est encore étudiant». Il m’a dit: «Ok, restez». En temps réel ce dialogue a dû durer une minute.
En janvier 1989, je suis prêt à partir. Réponse: «Il faut vous trouver un successeur».
Le prétendant était un chef d’achat d’une filiale Lesieur très astucieux, intelligent et tout à fait disposé à prendre mon poste. Nous avons travaillé un mois ensemble. Et un lundi après-midi, tout en préparant notre départ pour le lendemain, je le vois tourner dans mon bureau comme un chien enragé les mains derrière le dos apparemment furieux contre lui-même. Je lui demande: «Mais qu’est ce que vous avez?». Il me répond: «Travailler comme vous le faites c’est pour moi impossible. Je ne peux pas prendre le poste». Du tac au tac je lui dis: «Allez le dire à la direction». Ce qu’il fait dans l’instant. Et je le vois revenir quelques minutes plus tard, décontracté, souriant, heureux.
Il a fallu encore six mois pour trouver un successeur et le mettre au courant. Ce qui fait que j’ai quitté Lesieur à la fin de 1989. J’allais avoir soixante et un an. Pendant les trois premiers mois de cette retraite j’ai dormi et me suis bien reposé.
Mai 1990 – Ma sœur Ysabel
La voici en septembre 1986 avec Hubert dans la galerie de Clausonne.
Ma sœur Ysabel est décédée le 17 mai 1990 après un long calvaire, des soins de toutes sortes: chimio, radio. Elle souffrait, était angoissée, ne voyait pas de progrès et était épuisée par ces traitements et ces nombreuses allées et venues entre les centres de soins et son domicile.
Je lui avais dit dès octobre 1989 date de ma prise de retraite, que je pourrais la conduire à tout instant là où elle voudrait. Ce que j’ai fait.
Geneviève et moi avons assisté au service religieux à l’Eglise de l’Etoile.
Une bonne biographie d’Ysabel, a été rédigée par son mari. Elle se trouve pages suivantes.
Ysabel Coste (1938-1990) Michel, son mari, raconte
Ysabel naît le 29 juillet 1938 à Paris 16ème. Elle est la cinquième des six enfants de Philippe Coste, ingénieur au corps des mines et de Georgette Seydoux. Ses frères et sœurs sont Jacques Henri 1928, Roger dit Bobby 1930, Hubert 1932, Mireille 1933. Thierry né un peu plus tard en 1942.
Au début de la guerre de 1939 à 1941, la mère d’Ysabel s’installe à Nîmes pour revenir à Paris, rue de la Faisanderie, en octobre 1941.
Paris : 1941-1962
Ysabel va au lycée Molière et prend des leçons de piano avec madame Brown. En math élémentaires, elle a pour condisciple Marie-Josée Bertucat qui épousera Guy Belenfant, camarade à l’école supérieure d’électricité du futur mari d’Ysabel. Après son baccalauréat, elle entre à l’école Scientia où elle obtient le diplôme d’aide chimiste en 1957 et celui de chimiste en 1958. Elle entreprend ensuite une licence de chimie et travaille dans le laboratoire de Marc Julia.
En 1962, Ysabel se marie avec Michel Widmer, ingénieur à EDF. Le mariage civil a lieu le 27 juin à la mairie du 16° arrondissement de Paris et le mariage religieux le 28 juin à l’église de l’Annonciation, rue Cortambert. Il est suivi d’une réception rue de la Faisanderie. Après un voyage de noces à Bormes les Mimosas, elle part à Pont à Mousson où Michel est déjà installé.
Pont-à-Mousson 1962-1964
Ysabel et Michel habitent dans un des quatre appartements d’un petit immeuble non loin de la ligne de chemin de fer Nancy Metz. L’immeuble construit par EDF pour les cadres de l’aménagement de la centrale thermique de Blénod, fait partie d’une petite cité comprenant aussi un bâtiment plus grand pour les non cadres.
Ysabel fait la connaissance de Nicole Faisandier, fille du pharmacien de Pont-à-Mousson, pharmacien elle-même, et du ménage Lheureux à Nancy. Elle devient la deuxième marraine de leur fille Murielle, conformément à la coutume alsacienne des deux marraines.
Le groupe X de Nancy permet de faire connaissance avec les Rossignol et par eux avec Jacques et Annick David. Jacques travaille à la société des Fonderies de Pont-à-Mousson. Ysabel voit aussi ses cousins Maleprade à Lunéville.
Comme il manque à Ysabel un certificat pour sa licence, son mari l’incite à en passer un, ce qu’elle fait avec succès après une préparation à Nancy. Mais quand Ysabel fera valider ses certificats, elle découvrira avec surprise qu’elle possède un certificat de trop pour sa licence de chimie!
Ysabel suit aussi des cours d’art à Nancy. Pendant trois semaines elle assure le remplacement d’un professeur de mathématiques au lycée de Pont à Mousson.
Dans l’Est les hivers sont longs et rigoureux et la route de Nancy est dangereuse. Heureusement la Dauphine Renault passe sans encombre pour l’accouchement d’Ysabel à Nancy. François y naît le 15 décembre 1963, deux jours après la naissance de Brigitte David.
Les samedis Ysabel et Michel font des courses à Nancy ou à Metz. Les dimanches ce sont des sorties aux alentours et notamment dans la région de Verdun et dans les Vosges.
En 1964, Michel est nommé à Paris.
Levallois 1964-1969
La famille s’installe à Levallois 10 rue de Villiers dans un appartement appartenant à une filiale d’EDF. Cet appartement de quatre pièces avec un assez long couloir à une seule exposition sur la rue de Villiers vers le Sud-Ouest. Il est bruyant et il y fait très chaud l’été.
Patrick naît le 26 janvier 1965 puis Henri le 31 octobre 1966.
Les garçons parcourent le couloir à cheval sur leur camion. Ysabel et Michel participent au groupe des jeunes ménages de l’église de Neuilly.
Pendant qu’elle attend Laurence, la grossesse d’Ysabel est difficile: elle doit rester couchée. Toute la famille se réfugie, rue de la Faisanderie. C’est de là qu’on assiste au premier atterrissage de l’homme sur la lune. Laurence naît le 21 août 1969. L’appartement de Levallois est alors trop petit pour une famille de quatre enfants : il faut déménager.
Paris 1969-1990
La famille s’installe dans un appartement au troisième étage 12 rue Cernuschi à Paris 17ème. C’est beaucoup plus grand qu’à Levallois et les enfants manifestent leur satisfaction en déclarant qu’il y a beaucoup de routes (pour leur camion) !
Les enfants vont à l’école dans le quartier, successivement :
A la maternelle avenue de Wagram,
A l’école primaire rue Ampère,
Au collège avenue de Wagram
Au lycée Carnot à partir de la seconde.
Les trois premières écoles sont contiguës. Au départ il y a une seule association de parents d’élèves. Une partie des parents quittent l’association pour créer trois associations une par école qui se rattachent à la Fédération Cornec, de gauche. Après cette scission, l’association se rattache à la Fédération PEEP. Il n’y a qu’une seule adhésion par famille pour leurs enfants dans le groupe scolaire Ampère-Wagram.
Ysabel fait partie du conseil d’administration de l’association rattachée à la PEEP. Lorsque le Président, Gérard Thouvenin, n’a plus d’enfant dans aucune des trois écoles, il faut le remplacer. Au cours d’une réunion du conseil à la maison, Ysabel, qui ne s’y attend pas est élue pour lui succéder. Elle est bien secondée par les trois vice-présidents qui dirigent chacun un des comités particulier à une des écoles, ainsi que par le trésorier et le secrétaire Claude Alain Nata. Ysabel assure la présidence pendant trois ans ce qui la conduit à faire régulièrement des démarches auprès des directeurs des trois établissements et à rencontrer des notables du 17ème arrondissement car il est question de construire une nouvelle école maternelle dans le quartier. Ysabel est très heureuse dans sa fonction où elle réussit bien grâce à sa gentillesse et à son écoute. L’ambiance des parents d’élèves est sympathique. Ysabel fait de nombreuses connaissances dans le quartier.
L’originalité de l’association Ampère Wagram, compétente pour trois écoles, vaut à Ysabel de siéger à la PEEP au niveau départemental, mais elle ne s’y plaît pas car l’ambiance est mauvaise.
Ysabel est aussi désignée pour représenter la PEEP à une commission d’appel qui statue sur les orientations des élèves des lycées. Avant les séances de la commission, Ysabel reçoit d’interminables coups de téléphone de la part des familles concernées. Celles-ci font part de leurs problèmes et pas seulement de ceux de leur enfant. Ysabel ne peut défendre tous les cas sous peine de perdre son crédit mais elle fait de son mieux.
Ysabel se consacre beaucoup à ses enfants. A chaque période de vacances elle les emmène en dehors de Paris, notamment à Clausonne jusqu’à la mort de bonne-maman Mathilde, à La Plagne, à Trouville. Pendant l’année scolaire elle surveille les devoirs, elle pilote un rallye de bridge et de danse.
Elle a un don pour organiser des sketches pour les enfants. Les plus mémorables sont celui du mariage de Jean-Claude Widmer à Lyon et la partie de cartes lors d’une fête de Noël rue de la Faisanderie. Très sociable, Ysabel a beaucoup d’amies et comme sa mère, elle aime recevoir et elle est bien organisée pour cela. Elle est très liée avec sa mère. Ces dames se téléphonent tous les jours.
Ysabel est sportive, elle est assez bonne skieuse, mais surtout elle fait du tennis. Tous les étés à La Plagne elle participe aux tournois et les gagne souvent comme en témoignent les coupes qui occupent l’étagère du salon de l’appartement du Mont Blanc.
Pendant l’année scolaire Ysabel joue au Verbois. Elle est classée et fait régulièrement des tournois pour conserver son classement. Elle monte jusqu’à 15/3, mais n’apprécie pas le comportement de certains joueurs prêts à tout pour gagner.
A La Plagne, Ysabel participe aux épreuves par équipe du décaplagne et gagne une fois un tournoi de ping-pong. Elle fait ainsi quantité de connaissances.
Arrivée à Paris Ysabel préfère se rattacher à l’église réformée de l’Etoile plutôt qu’à celle des Batignolles, située légèrement plus près de la maison. Le pasteur Boniol demande à Ysabel d’être monitrice de l’école biblique. Elle s’y applique avec le matériel pédagogique qui lui est fourni. Il lui arrive même de donner des conseils à Edith Van der Elst qui est monitrice à la paroisse Saint François de Salle.
Avec des amis du quartier, Ysabel suit des cours de bridge chez Julia et aussi des cours d’anglais ce qui l’amène à lire de la littérature américaine. Elle fait la connaissance de la femme d’un camarade de promotion de Michel, Chantal Manque.
En 1974 Ysabel a la douleur de perdre son père en voyage au Kenya juste après sa retraite.
Grâce à sa mère qui garde les enfants, Ysabel peut faire quelques voyages à l’étranger avec Michel.
Les dernières années 1987-1990
En 1987 la santé d’Ysabel se détériore gravement: elle a du mal à marcher. Son état empire. Elle est hospitalisée à l’Institut Curie pour des métastases osseuses.
Elle a une fracture spontanée du col du fémur. Le traitement réussit procurant à Ysabel une bonne rémission en 1988 et au début 1989. En septembre, elle a encore la possibilité de faire un voyage à Istanbul avec Michel et son oncle et sa tante Hahn. Malheureusement le mal reprend en octobre 1989 et la chimiothérapie n’est plus efficace.
En 1990, Ysabel a du mal à respirer. Elle est à nouveau hospitalisée à l’institut Curie où elle meurt le 17 mai.
Ysabel a alors 51 ans et 27 ans de mariage heureux et les enfants sont élevés.
Le service religieux a lieu à l’Etoile présidé par le pasteur Caumont.
Pendant sa maladie Ysabel est très bien entourée par sa mère et par ses amis qui se relaient à son chevet, d’abord en 1987 puis en 1990, notamment Anne-Marie Lafont, Nancy Parlier, Edith Van der Elst, Solange Goguel.
Elle manifeste une énergie, une volonté de vivre et un courage sans faille. Jusqu’à la fin elle s’occupe mettant à jour son carnet d’adresses et classant les photos de famille.
A Noël 1989 elle a la primeur de l’annonce des fiançailles de François avec Dominique de Lannoy, ce qui lui procure une grande joie (à cette époque Ysabel me dit : «Ce mariage me dope !»). Elle s’occupe des préparatifs du mariage qui est fixé au 16 juin mais elle n’est plus là pour y assister.
Ysabel a aussi l’occasion de connaître Marion Serra mais à l’époque il n’est pas encore question de fiançailles avec Patrick.
Eté 1990 – Geneviève et Florence Giger à Puy Saint Vincent
Dès le 17 juin, date du mariage de François Widmer, nous partons pour Puy Saint-Vincent où nous restons près de cinq mois.
Cet été là, sa nièce Catherine Giger ne sachant guère où aller en vacances, Geneviève lui ouvre Puy-Saint-Vincent. La voici tenant Florence, deuxième enfant de Catherine, dans ses bras, sur le balcon du chalet.
Louis, l’aîné, charmant, attrape une varicelle carabinée. Il était couvert de boutons et très malheureux.
Florence charmante et délicieuse n’était pas commode à nourrir. Catherine la tenait dans un de ses bras, et de l’autre main tenait le biberon et tout en tenant l’enfant et le biberon, elle marchait sans arrêt dans le salon pour que sa fille consente à avaler. Cela durait des quarts d’heures entiers. Florence restait charmante. Elle l’est toujours.
Octobre 1990-Avril 1991 – Geneviève
Nous avons fait en voiture un peu de tourisme dont quelques jours en Italie centrale. Ce séjour s’est terminé à Camogli, petite ville près de Gènes où vivaient les Boggia. Monsieur Boggia était l’ancien directeur de MMI. Voir AG 1954.
Nous passons ce dimanche tous les quatre. Déjeuner dans un restaurant qu’il a fallu chercher un peu car beaucoup étaient déjà pleins. Longues conversations en français et en italien. Boggia et moi étions très à l’aise dans les deux langues, mais pas nos deux femmes.
L’après-midi re-tourisme toujours pilotés par Boggia dans sa voiture.
Nous rentrons à dix neuf heure trente à Camogli et nous nous installons dans leur salon. Je suis tout à coup frappé par le silence et la pâleur de Geneviève. Je la regarde attentivement. Elle ne dit rien. Je pense instantanément que le cancer est en train de cogner et qu’elle va se trouver mal. Je décide d’interrompre immédiatement la réunion, pourtant très amicale, et de la ramener à l‘hôtel.
Mais il faut quitter les Boggia. Je me lève et leur demande le programme de la soirée. Quelques détails me sont donnés. Nous ne serons pas au lit avant minuit. Hors de question pour Geneviève de rester encore quatre heures debout. Tout cela se passe à toute allure. Je dis à Boggia: «Geneviève est fatiguée, il faut nous ramener à l’hôtel». Il se lève très étonné. Sa femme aussi. Nous sommes bientôt tous les quatre dans sa voiture et regagnons notre hôtel. Silence total pendant ces vingt minutes de route. Devant l’hôtel, je brusque la séparation. Il est vingt heures. Trois minutes plus tard Geneviève dort.
Le lendemain matin Geneviève a bonne mine et est détendue. J’ai bien entendu repensé au cancer sans en prononcer le nom. Nous reprenons notre voiture et rentrons à Puy Saint-Vincent en deux ou trois jours. Au moment de repasser la frontière, nous sommes au bord de la route, mangeons un sandwich, causons des jours passés; Geneviève me dit: «Une chose est certaine en tout cas, je ne veux plus jamais revenir en Italie.» Ces mots m’ont surpris après ces quelques jours où elle avait semblé contente.
Temps superbe sec et froid à Puy Saint-Vincent en cette fin d’octobre. Un matin elle me dit avoir mal à l’épaule. Et elle ajoute que cette douleur disparaît à la chaleur et que cela doit être un rhumatisme. Je pense à nouveau : c’est le cancer.
Nous prévoyons de rentrer pour le 15 novembre, date fixée depuis notre départ de Saint-Cloud le 17 juin précédent pour un nouvel examen radiologique. Geneviève recule cet examen de quelques jours pour nous permettre de rester un peu plus à Puy Saint-Vincent vu la splendeur du temps.
Nous faisons une grande balade à pieds jusqu’à Orcières par la montagne. Nous laissons la voiture près de Dormillouse. Trois heures de marche, une heure d’arrêt pour déjeuner et à nouveau trois heures de marche. Nous arrivons en forme à Orcières qui nous surprend par sa taille et son activité. Nous trouvons aisément un taxi qui nous ramène à notre voiture en quarante cinq minutes. Geneviève, sur la banquette arrière, s’est endormie. Retour calme à Puy Saint-Vincent.
Nous repartons pour Saint-Cloud très vite après.
Geneviève cherche à régler ce problème de douleur d’épaule qui continuait à la faire souffrir par temps froid.
Elle s’en ouvre à Madame Rosset, professeur de gymnastique, qui lui conseille un masseur kinésithérapeute. Il vient une fois à la maison, ne me paraît pas sérieux et fait la même impression à Geneviève qui ne renouvelle pas le massage désordonné qu’il lui a fait dans l’épaule et dans le bras.
Le rendez-vous radiologique a bien lieu. A son retour, Geneviève me dit: «Le médecin m’a dit que j’ai un cancer au poumon et que j’en ai pour trois semaines.» Nous avions pris des billets d’avion pour Philadelphie où vivaient Patrick et Delphine. Nous annulons ce voyage. Ce qui était une erreur.
En février 1991, nous faisons avec les Emmanuel un court séjour dans le Midi. Geneviève ne semblait pas souffrir mais accusait très vite la fatigue.
Geneviève nous a quittés le 4 avril 1991. J’ai reçu une centaine de lettres de condoléances. J’ai répondu à toutes et les ai bien entendu gardées toutes.
1992 - 2005
Octobre 1992 – Mariage d’Olivier et de Mathilde Henriot
Mariage d’Olivier et de Mathilde à la Guérinière, maison familiale des Henriot près de Loudun. Nombreuses photos de ce mariage dans AG 1992. S’y trouve également le discours d’Emmanuel.
Voici les deux héros du jour.
Photo de groupe à la sortie de l’église. De gauche à droite: Monsieur Henriot, Elisabeth, Olivier et Mathilde, Jacques et Madame Henriot. Les six garçons d’honneur sont déguisés en petits pages de chasse à cour, le mariage étant placé sous le signe de la chasse. Sonnerie de cor de chasse. Feu d’artifice. Six cent cinquante personnes!
Octobre 2005 – Fin provisoire
J’arrête ici mon histoire
Provisoirement.
Je fais un bond en avant de treize ans et me trouve en octobre 2005, époque de la fin de la rédaction de ce récit.
Sur les dernières pages j’ai mis les photos récentes de mes quinze petits-enfants. Geneviève serait certainement contente de les voir ainsi réunis.
Je commence sans tarder l’après 1992.
Versailles, octobre 2005
2005 – Troisième génération
Marc Meunier (22 ans)
Raphaël Coste (20 ans)
David Meunier (20 ans)
Charles Meunier (17 ans)
Fleur Durand-Smet (17 ans)
Axel Durand-Smet(16 ans)
Philippe Coste (14 ans)
Xavier Durand-Smet (13 ans)
Béryl Durand-Smet (11 ans)
Clarisse Meunier (10 ans)
Laurène Coste (9 ans)
Ambroise Durand-Smet (8 ans)
Gabrielle Coste (7 ans)
Hélène Durand-Smet (5 ans)
Sophie Coste (4 ans)
15.1 - Introduction et mode d'emploi
J’ai précisé dans « Ceux du Mas de Coste » et « Et rêver de Clausonne » la liste des récits familiaux rédigés depuis 1910 jusqu’à aujourd’hui. Nous sommes riches.
Reste-t-il encore quelque chose à raconter ?
Oui. Le reste.
Et pour ce faire j’ai pris comme base l’ensemble des photographies trouvées rue de la Faisanderie et rue Tahère. Au moment de quitter ces deux lieux, au moment de vider ces deux logements, j’ai, avec l’accord de tous, emporté tous les albums de photos qui s’y trouvaient. Plusieurs milliers de photos.
Tout cela était dans un beau désordre. J’ai donc reclassé toutes les photos dans le seul ordre qui me paraissait utile et que je connais bien, l’ordre chronologique. J’espère ne pas m’être trompé car dans beaucoup de cas les photos n’étaient pas datées. Les corrections sont les bienvenues.
J’ai scotché ces photos sur des feuilles blanches que j’ai regroupées, toujours par ordre chronologique dans des albums, au nombre d’une trentaine pour le moment. Gros avantage cette solution est souple et permet des modifications et des enrichissements.
Ces feuilles blanches se présentent presque invariablement de la manière suivante :
− en haut de la page, une date, soit une année, soit un jour précis,
− au-dessous, un titre, une personne, un lieu ou une action,
− au-dessous des photos, une ou plusieurs,
− au- dessous ou à coté quand j’ai besoin de place, le texte.
Par manque de photo il y a des pages sans photo. Mais bien sûr il n’y a jamais de page sans texte.
La somme de ces albums constitue une matière première importante. Il y est traité essentiellement des familles Coste, Seydoux et Grand d’Esnon. J’appelle cette somme : « Album général : AG ».
J’ai quelques fois, quand cela me plaisait, laissé vagabonder mes neurones vers tel ou tel que j’ai croisé, dont j’ai gardé un bon souvenir, dont on risque de ne plus parler, que je refuse de voir oublié.
Délibérément je n’ai pas numéroté les pages, les repères étant la date qui figure en haut de chaque page. Le lecteur qui lit 1925 doit, je préfère le répéter, comprendre qu’il s’agit non pas d’un numéro de page mais d’une année, l’année 1925. L’année 1924 se trouve avant. J’espère avoir été clair.
Tout cela pèse 40 kilos et n’est pas communicable aisément .J’ai donc extrait de cette somme une sélection forcément arbitraire, mais qui me convient : un peu plus de 200 pages. Je les baptise « Mélodie familiale » . Je démarre en 1839 et m’arrête en 1992.
Pour rentrer dans cette mélodie; une table des matières basée sur les dates, les années. J’ai imaginé quelques grands espaces 1839-1930, 1931-1939, etc.
Le lecteur aura évidemment compris que Album général est beaucoup plus important que Mélodie familiale. Il m’arrive donc de renvoyer vers l’Album général le lecteur plongé dans Mélodie familiale. Le mécanisme utilisé est : le suivant.
S’il est écrit AG 1929, je fais référence à l’Album général 1929.
S’il est écrit seulement 1929, je fais référence à la brochure que lit le lecteur en ce moment que je renvoie à l’année 1929.
Et de plus toutes les pages de Mélodie familiale ont été insérées à la date voulue dans l’Album général.
Je me suis bien évidemment efforcé dans ces pages appelées « Mélodie familiale » d’éviter de raconter à nouveau ce qui a été déjà dit dans les ouvrages précédents. Il se peut néanmoins que des redondances subsistent. Que le lecteur me pardonne.
Et maintenant bonne lecture.
NAVIGATION CHRONOLOGIQUE
1839-1930
1931-1939
1940-1949
1950-1967
1968-1991
1992-2005
15.2 - Brochures familiales
Dates | Auteurs | Titres | Abréviations Dans MF |
1910-1913 | Général Coste | Années de jeunesse (1830-1850) | |
1930 | Emile Coste | Le Mas des Coste | |
1930 | Emile Coste | Biographie de son père le Général | |
1953 | Baronne Fornier de Clausonne | Journal | Journal |
1938-1970 | Mathilde Seydoux | Agenda | |
1971 | Marguerite Bonnet | Les Coste du Mas de Coste | MB |
1990 | Françoise de Maleprade | Descendance de Jacques Casimir Coste | FM |
1996 | Cousins Coste | Ceux du Mas de Coste | CMC |
1997 | Cousins Coste et Seydoux | Et rêver de Clausonne | ERC |
1998 | Enfants Coste | Philippe Coste | PhC |
2001 | Enfants Coste | Georgette Seydoux Coste | GSC |
J’ajoute ci-dessous les nouveaux texte publiés depuis 2001 et cités dans le présent récit.
2003 | Antoine Grand d’Esnon | AGE | |
2005 | Bruno et Antoine Seydoux | Annuaire de l’Association de la famille Seydoux | AFS |
2005 | Album général | AG |
(1) Mon frère Bobby en a fait un excellent résumé
(2) Baron et Baronne Grand d’Esnon et leur famille